ALLEMAGNE ET ITALIE. — NAPOLÉON
le réveil do la nationalité allemande, il salue les poètes du \ glaive et de Faction, les Koerner et les Uhland^. — Mats |
les bras se sont lassés vile du glaive et, dans la paix, l'ac- * t ion s'est évanouie. De l'immobile spiritualisme de Gœlbe, rAllemagne est tombée dans la violente négation de Cîœrres, et, sur la pente du scepticisme, « elle descend processionnellcmont dans le néant et scientifiquement dans le doute \ » M. Quinet ne cesse pas de dénoncer le mal et de présenter le remède, il tonne contre le doute, abandon de la vie, excite à l'affirmation de la foi nouvelle, à la réaction contre le vide menteur, à l'ascehsion audacieuse vers la vérité étemelle, qui luit en avant. ^ Préparant sans retard l'œuvre de l'avenir, il brise les préjugés qu'a sur nous l'Allemagne et que nous avons sur elle, il apprend au peuple d'owbres à mieux connaître celui que le docteur Léo nonune le peuple de singes ^ sape les vieilles rivalités politi(Jues, la dispute du Rhin, la (jaHomànie et la teutomanie^ et, en vertu du principe et du lait de T unité du génie des modernes, proclamé la réconciliation
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Cependant un grand changement s'était opéré dans la vie de M. Quinet. Il venait de se marier (18o4). Ayant épousé une Allemande, il passa les premiers mois de son mariage à Heidelberg et à Baden-Baden. Il revint ensuite à Paris, où il fit imprimer Napoléon (1855).
Laissons-le ei^pliquer lui-même et juger ce poëme, où il ne faut voir qu'une suite à Aliasvérus, Tbomme indivi-
' T. VI. - A!lemgne, yi. p. m tOé • * itf vn, vin, IX» p. 194-S18.
^ /rf.. X, 3C1, lu, xiu, siv, xT,,xri, p. 2 d-9iU
♦n i;ilOMMK, SA ME ET SON INFf l'ENCE.
duel, le héros, après rhomme étemel et multiple, rhomme-
humanité:
« J^ai choisi Napoléon pour rajet d*an poème faéroiqii«, lorsque «es' restes étaient proscrits du monde entier. J*ai dénoncé sa mânoire^ sitôt qa^elle est redeveoue une puissance. Voilà le seul genre d*adula> tion dont f aie k m*aocuser.
i Tai Toulu foire Napoléon plus grand que nature, plus noble qu^il n'*a été en effet. Mon héros légendaire est retombé sur moi ; il m*a écrasé de ses débris.
4 J*ai cherché k fixer Na|)oléon dans cette région sublime» éternellement sereine et populaire où se sont maintenues U s figures de Prométhée, d^AchiUc, des grands chefs de race qui dominent Timagination humaine. Le ?ent du siècle ou plutét la force des choses a été plus forte que md. Napoléon n*a pu rester pour nous un sujet poétique.
c II m'est arrivé la même chose qvCk Lucain. L'histoire s^est vengée de lui et de moi en substituant V son César et k mon Napoléon rimplacable vérité ^ •
En 1836, M. Quinet réunit en un seul volume ses
études sur rAllemagne et ses impressions de voyage en Italie. Ces impressions, d'une toute autre forme que ces études, car ce sont tle simples lettres à un ami, n'ont pas moins d'intérêt et d'importance. Elles promettent les Ré*
volutiuns d llalïe. Pour en faire apprécier l'esprit, il suffît de citer les deux derniers paragraphes :
« J'ai lu en Loinbardie le livre de Silvio Pelliro, et j'ai admiré autant qu'un autre la sainteté de cette àme de martyr ; niais Dieu éloigne à jamais de nous le règne de semblables vertus ! Klles sont de celles qu'il faudrait souhaiter à nos plus grands mueniis. Si cette résignation sublime, si ce désistement de la volonté humaine était le dernier mot de Tltalie, rien ne resterait qu'à verser sur elle d'éternelles larmes; car elle aurait justement toutes les vertus des morts.
« Au contraire, tant qu'il reste un espoir et un souflle dans ce grand curps, je trouve qu'il est convenable de ne se point guérir trop
• Avertisnement au poème, daté de Mcyrinpren, 25 août 1857, imprimé i Paris la même année dans les Œuvre* complètes, i. Vlili p. 157-139.
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tôt de la haine enracinée par Pétrarque et par 3Iachiavel ; seule pas» sion, après tout, qui enipèdie les morts de se dissoudre. Il ne faut pas que les peuples tendent les deux joues à leurs ennemis. Cela n^est ni chrétien» ni païen, .ni divin, ni humain ^ »
On ne peut s'empêcher de rapprocher de ce passage une autre page, écrite du reste la même année, sur le Ckamp de bataille de Waterloo*. L'idée de pairie, défendue là contre la résignation individuelle, Test ici contre rindifférence générale, se dissimulant sous le voile du cosmopolitisme :
« Mais, quand on aura violé ainsi tout ce que les ancêtres honoraient; quand l'idée de patrie, dé^nadée par son pr()[)r() abandon, ne réveillera plus nulle pait ni fierti' ni amour; quand il n'y aura i>lusde barrière, plus de foyer, plus d'asile, il n'y aura plus de peuples, cela est vrai; mais aussi il n\ aura plus d'hommes. Avant un siècle, si personne n^opposait à ces maximes une ban e d'airain, TEurope occ identale et continentale ne serait plus qu'une cohue de bourgeois sans feu ni lieu, sans valeur et sans cœur, prêts à devenir, comme ceux de Byzance, la proie du ^l emier venu qui leur iei ait Thonncur d'abaisser la main sur eux. »
Peu avant Tépoque où le livre AUema(jne et Italie obte- * liait en Italie même et en Allemagne, aussi bien qu'en France, un succès mérité, un autre ouvrage avait paru : De VMstoire de (a poésie épique*. Ce savant ouvrage est, pour ainsi dire, la préface et le commentaire des tentatives qu'Ëdgard Quinet a laites pour ressusciter en France le genre épique. C'est aussi un exposé ra{âde mais complet de la tradition poétique et nationale à travers les âges, de riliade au cycle d'Arthus, des Eddas et des ^ibelungs
* Mai i836. — Œuvres empiètes, t. \I, p. 347. — Le voyage en Italie d'Ëdgar Quinet a d'abord été publié dans la Revue desDeus Motldes, sous le titre (îo : Vot/age d'un solitaire, lettres à un ami.
« Octobie 1836* — Mélanges^ lu, au t. VI des Œuvres empiètes, p. 569-389.
Œuvres complêteêf 1. 1\. — 1830-57.
aux chanls populaires des Slaves d'aujourd hui. Là se trouve posée une question capitale, qui fait le fond d'un travail, non moins important, publié èem ans après (1858), V Examen de la vie de Jésus-Christ \ critique théologique, philosophique et historique du célèbre ouvrage de Strauss. Combattant avec vivacité les appUcations extrêmes qui pourraient cire faites du système panlhéistique du docteur allemand, 31. Quinet s'efforce de prouver que rÉvangile, pas plus que les grands poèmes nationaux, n*est émané d'un auteur multiple, anonyme et irresponsable. Contre romuipolence de l'action des masses, absorbant les initiateurs, artistes, poètes, héros, prophètes, au point que ceux-ci cessent d avoir une existence positive, il proteste, dans Tintérét même du genre humain, auquel ainsi l'homme est sacrifié :
< Combien cette idée fausse, dit-il n'a-t-elie pus fauAsé d'excellents esprits ! Combien surtout elle a égaré les peuples qui Tonl appliquée à la lettre dans la conduite de leurs affaires !» — « Ne disons pas, ajoute-t*ii ne disons pas trop de mal de Tindividualité et de la conscience, ne nous (ions pas trop du soin de sculpter de beaux marbres, d'accomplir de grandes œuvres» d'utiles actions, à la force répandue dans l'univers; il s'agit de la vie même. La nature aussi se recueille dans des organisations vivantes; elle ne laisse pas tout faire à rOcéan aveugle. »
Quelques mois avant Y Examen de la vie de Jé$U8y PfVméthée avait été imprimé. Par ce beau poëme se trouva
complétée la frilo|jçie épique, dont Aiiasvérus et Napoléon forment la |)reniière et la troisième partie, et dont les Esclaves semblent être en quelque sorte l'épilogue. De IVométhée, considéré comme le vrai prophète du Christ
' CEhitcs romplèten^ l. 111. ^ T. m, t!8ô, 28G.