L'ÉGLISE ET LA RÉVOLUTION
ors le catholicisme et la démocMtie marchent en sens opi)08é, la Révolution, sous peine de périr, est forcée d'être Tennemie de VÉglise.
La Constituante avait offert la paix. La Législative accepte la guerre. Au bruit des insurrections vendéennes et bretonnes, elle décrète que les prêtres réfractaires prêteront serment à la constitution. Le roi oppose son veto. Le peuple, au 20 juin, apprend le chemin des Tuileries. Par la faute de FÈglise, la royauté inviolable est violée et descend déjà vers le Temple.
Voici venir la Convention. Écrase-t-elle? Non, elle tente de concilier. Son conseil exécutif écrit à Rome pour démontrer s^u pape ridentité du christianisme et de la Révolution. Au plus fort de la tourmente, elle ^proclame la liberté des cultes, et Grégoire, anathématisé par la papauté, peut se parer publiquement de son titre et de son costume d'évéque, et faire profession de foi catholique du haut de la tribune nationale. A Tintérieur, à Texlérieur, partout, rÉglise en masse agit contre la Révolution, pour elle trop généreuse, et trahit la France.
La France alors renonce à sa vieille religion et se cherche un autre culte. Celui de la Raison, trop métaphysique, est repoussé par la lio.ivention, incompris, abandonné du peuple. Robespierre ramène la nation, en train de s'émanciper, vers T asservissement catholique, en faisant décréter TEtre suprême.
ff L'idée de TÊtre suprême, dit avec raison M. Quinet, et de Pimnfortalité de Tâme, toute vraie qu'elle est, relève de la conscience de chacun; en se substituant à cette autorité, en décrétant par une loi îk sa barre le monde intérieur, la Convention usurpe un pouvoir qu'elle n\i pas.... elle refait une religion d'État. »,
Pénétrant jusqu'au fond du système de la Terreur , Edgar Quinet y retrouve le catholicisme. Jamais les pays
protestants n*onl, au plus fort de leurs révolutions, adopté un pareil régime. La France n*en a pu tjrouver le modèle, l'inspiration, que dans sa vieille religion, religion essentiellement terroriste, d'inquisition et d'enfer *. En revanche, c*est aussi dans cette religion qu'elle a puisé le sentiment d^universalité qui a fait de Paris la Rome nouvelle, la Rome de Témancipation des peuples, de la liberté du genre humain. C'est là encore qu'elle a découvert ce principe d'infaillibilité en vertu duquel la Convention décré* lait la victoire et imposait sa volonté au monde. — Terroriste, la Révolution est certainement inférieure à l'Eglise; mais, même en s'inspirant d'elle, combien elle la dépasse pour tout ce qui est spiritualisme et universalité ! Bossuet montrait l'histoire de tous les peuples antiques gravitant vers la croix. Avec plus de vérité, l'histoire moderne tout entière gravite vers la Révolution. « La Réforme y est représentée par la souveraineté du peuple, le catholicisme par l'unité, la philosophie par l'abstraction et l'âme, mêlées à tout. » Elle ne descend pas seulement du dix-huitième siècle, mais « des hauteurs de tout le passé. »
Quelle puissance humaine pourrait l'empêcher d'accomplir tôt ou tard son œuvre jusqu'au bout?
Après dix années , plus pleines que dix siècles , la France, fatiguée de son prodigieux enfantement, se laisse choir dans l'Empire, et descend, silencieuse, vers 1815. Il ne m'appartient plus de reprocher à M. Quinet de s être laissé éblouir par « la splendeur de Napoléon sans le despotisme, d M. Quinet s'est critiqué lui-même en mettant cette note au bas de la première page de sa quatorzième leçon sur le Christianisme et la Révolution française : c( C'est ici le seul endroit où je voudrais quelques
* V. à-dessus, Ualie, § t, p. 202-20ri.