‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 101 sur 135 · XI. — l'église et la révolution · texte numérisé non relu

XI. — l'église et la révolution

Ce qui saisit tout d'abord Edgar Quinet, lorsqu'il enilirasse dans son ensemble la Révolution française, ce n*est ni le renversement du pouvoir absolu, ni l'affranchissement du tiers état, ni lavénement du peuple, c*est que « la France a fait une révolution politique et sociale avant «l'avoir consommé sa révolution religieuse. »

Mais, rentrant dans le détail des faits, M. Quinet voit, «m début de la Constituante, la confirmalion spontanée (les principes qu'il n'a pas cessé de proclamer en remontant le courant des siècles écoulés. — « Pour moi, dit-il \ j'estime que toute la France a communié le jour du serment du Jeu de Paume ; » et il appelle la Déclaration des droits de l'homme « une profession de foi canonique manifestée, au nom de la France, non-seulement à un pays en particulier, mais à la terre entière. » Partout il se plaîFà considérer la Révolution comme raccom|)lissement du christianisme, retardé depuis l'absorption de l'idéal évangélique par la réalité menteuse de l'Eglise romaine. En 1789, selon lui, « pour la première fuis, dans le monde ancien et moderne, un peuple s'émancipe des lois et des limites de son Eglise... 11 embrasse dans une communion universelle un nouveau genre humain. »

Sous le rapport religieux la Révolution se présente donc conune la lutte entre la vieille foi catholique, bornée et haineuse, et la nouvelle foi chrétienne qui émancipe toutes les Eglises, hérétiques et orthodoxes, et aspire à les rallier par la découverte et l'affirmation d'une unité supérieure \

' ChrUiianitme, leçon 12".

*I.cs JésHties, \" ht on.

Ainsi la Révolution se trouve être l'ennemie acharnée, implacable, de Tultramontanisme, qui, pour être conséquent, ne doit, ne peut reconnaître aucun de sesr principes, ni la liberté, ni l'égalité, ni la fraternité, abolissant hommes et peuples, au profit du Vatican, lequel ne rend rien au genre humain, semant partout la mort au lieu de la vie ef la haine au lieu de l'amour.

La Révolution, à son origine, a-t-elle compris cela? Non. Elle n'a su qu'aimer. Après le serment du Jeu de Paume, après la prise de la Bastille, après la nuit dû 4 août, après la déclaration des droits, on voit la Constituante suivre la procession de la Fête-Dieu I Elle a vaincu le catholicisme, elle ne veut pas s'en apercevoir; au moins n'en affecté-telle aucun orgueil. Un jour cependant quelqu'un lui demande de conserver au catholicisme le titre de religion d'Etat. Elle hésite; mais Mirabeau, d'un geste, montre le palais d'où partit le signal de la Saint-Barthélémy, et l'Assemblée passe à l'ordre du jour. Chacun sent, s'écrie M. Quinet, après avoir raconté cette scène, que © la France en ce moment vient de faire un grand pas. » Va-t-elle en faire un second? La Constituante, si audacieuse vis-à-vis de la royauté, se montre extrêmement timide ou généreuse en face de l'Église. Elle lîe la veut pas abolir, elle prétend au contraire la régénérer. Ressuscitant le bas clergé et le reconstituant civilement, rendant au peuple la libre élection de ses prêtres, elle essaye de créer un christianisme démocratique. L'Eglise refuse positivement de redevenir chrétienne , elle lance Tanathème à la Constituante. Plus l'État tend à la démocratie, plus elle se montre aristocratique et monarchique. Elle fait corps avec la noblesse, conspire avec l'émigration, aide à lever cette armée de Bretagne et de Vendée qui prendra le titre de catholique et royale. Dès

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