‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 107 sur 135 · U RÉVOLUTION EST-ELLE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

U RÉVOLUTION EST-ELLE CHRÉTIENNE

torien le décrit, ce temple sans murailles, élevé sur la surface du sol national, ayant le ciel pour dôme et la^ nature entière pour autel! Avec quelle piété, avec quel amour, il communie avec ees millions d'hommes, dont les cœurs battaient en un même cœur, sentaient, voyaient, embrassaient la patrie, et dans un élan de justice vraiment divine, portaient des toats comme celui-ci : « A tous les hommes! A nos ennemis mêmes, que nous jurons d'aimer et de défendre ^ ! »

Plus tard, quand la réaction Teut contrainte à devenir terrible, la Révolution sembla comprendre quelle n était rien sans la révolution religieuse, et qu'elle était tenue d*enfanter la religion de la justice égale pour tous. Étudiant le calendrier républicain, !il. Michelet a parfaitement compris la haute portée de cette nouvelle mesure du temps, qui mettait la logique à la place de Tabsurdité, commençait l'union de la science, de la nature et de la justice, en dehors de toutes les formes convenues, et par là entrait dans le plan tracé par Mirabeau, lorsqu'il disait : « Vous n'aboutirez à rien si vous ne déchristianisez la Révolution. »

M. Michelet, qui reproche justement à la première République d*avoir fermé un moment TÉglise, sans ouvrir le temple du Dieu nouveau, se montre impitoyable à Tégard de rinvenlion de l'Être suprême, qui ne lui paraît, comme à Edgar Quinet, « qu'une neutralité philosophique entre le christianisme et la Révolution française. » 11 est beaucoup plus sympathique à la tentative, au moins directe et radicale, d'Anacharsis Clootz, de Romme, de

* J. Slichelet, Révoiutiatt, Lire tout le livre IV et tout le litre V, surtout U page 175. Le récit entier de la Fédération n'est ni plus ni moins que sublime. On n'a autant de^q énie que quand on a autant de cœur.

Ciiaumelte et de Léonard Bourdon. Pourtant le culte de la Raison, réalisation de Tidéal du dix-huitième siècle et de la métaphysique de Kant qui le résume, ne lui parait pas contenir la vraie foi de la Révolution. Ce culte ne révélait que la « face négative, abstraite de Dieu. » Chaste mais triste, élevé mais froid, il ne pouvait pénétrer jusqu'au cœur du peuple, assouvir sa soif d'idéal. Le Dieu de la nature n*y eût pas sufli. Il fallait encore « le Dieu de justice hértique, par lequel la France, prêtre armé de TEurope, devait évoquer du tombeau les peuples ensevelis ^ »

En somme, la Révolution accomplie n*a pas afBrmé sa foi. C'est à cause de cela qu'elle a pu être arrêtée dans sa marche et ramenée sous le joug des vieilles croyances. La Révolution militante sait déjà qu'elle n'est point inféodée aux religions du passé. Elle )es contient toutes, païennes et chrétiennes, comme l'a démontré M. Quinet ; mais elle n'est à aucune. D'autre part, elle cherche sans cesse, en dehors des cultes matériels et des sacerdoces, le dogme intérieur des hommes libres, et il est aisé de voir, dès à présent, qu'elle tend à la conciliation de l'Amour et de la Raison, à l'affirmatien de la Justice dans la nature et dans l'humanité.

Nous avons vu M. Quinet transporter dans le monde de l'avenir le sentiment de l'Etre, divinisé par l'Inde antique, et l'unir au sentiment de la personnalité de l'homme, divinisé par la Grèce. Nous l'avons vu dégager l'humanité de la nature, par lui-même, par ses propres émotions, par son propre génie, montrer Tintiuiilé profonde de l'une avec Tautre. Enfin, nous l'avons vu élever la science de Galilée, de Keppler et de Newton au rang de « géométrie

* MfOhiHmt, (ome VI, p. 59(^90, note.

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;r sacrée, contemporaine de Dieu, coéternelle avec Dieu » qui est la Justice.

Ici, comme partout, M. Michelet est son compagnon et son frère. Avec lui, envers et contre tous, il a défendu les droits sacrés de Tâme, et, pour la sauver de la corruption et de la servitude, en ce moment même, il rallume le foyer à demi éteint et jette un puissant cri d'Amour. Hier, dans le Peuple^ où il définissait la patrie' « la grande amitié, » aujourd'hui, dans VInseete et dans YOîseau, il ouvre la cité à tous les êtres, rallie toute vie, rapproche la nature et son dernier né, marie la liberté, la justice de celui-ci à la lumière, à l'immortalité et à Tamour de l'autre ; en un mot, au fond de son cœur rajeuni, retrouve l'harmonie perdue et la proclame.

Ces œuvres sont-elles d'art seulement, comme on affecte de le dire? Elles sont aussi de science, et je suis heureux qu'un jeune savant, le docteur Louis Cruveilhier \ ose dire en dépit des sourires de quelques-uns de ses confrères, et qu'il trouve là les aspirations et la tendance de la pensée « moderne, le pressentiment de la science future » qui aura pour but de découvrir et de constituer les « harmo- « nies de la plante et du sol, harmonies de la plante, du sol a et de l'animal, harmonies universelles de la nature. »

La science, en vérité, prépare une nouvelle révélation que la philosophie et la poésie entrevoient aujourd'hui, et que plus tard elles commenteront et développeront à Tinfini. Cette révélation, la Révolution l'attend pour en cou* ronner son œuvre incessamment continuée, et, grâce à elle, les âmes fatiguées de négations, épuisées par des doutes sans fin, retrouveront la paix et la vie dans Tépanouissement du Vrai et du Juste.

' Philotaphie des êciences, % 20, d.ins la fJùre recherche de juin 1858.

mt U QUESTION REUGIEUSE AU Da-NEUnËME SIÈCLE.

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