‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 108 sur 135 · I. — DE LENbEIQftEilENT OU PEOPLE · texte numérisé non relu

I. — DE LENbEIQftEilENT OU PEOPLE

Le t24 février ;1848, la France se rend maîtresse de ses destinées. « Librement consultée, » elle se place, « dans l'échelle des peuples libres, entre le Portugal et Naples ! » — Pourquoi? — Parce que la démocratie a douté d'ellemême, parce qu'elle n'a pas osé porter jusque dans le ciel la Révolution accomplie sur la terre. S'élançant vers l'avenir sans rompre avec le moyen âge, la démocratie française flotte, au gré des tempêtes, entre « Babeuf et Grégoire VII : » de Fextrême liberté, elle retombe fatalement dans l'extrême servitude, incapable de prendre pied sur un terrain solide, assise sur le sable mouvant du désert.

Avant 1848, Edgar Quinet avait démontré publiquement que tous les États catholiques périssent, et que la liberté politique y est irréalisable. Sans porter atteinte à la liberté de conscience, pour l'assurer au contraire, il avait crié à la France : Affranchis-toi de la domination ultra-

DE L'E.NSËIGNEMËNT DU PEUPLE. TiOi

roontaine, « avani-courrière de la dissolution et de l'asservissement » chez tous les peuples modernes, Espagne, Italie, Irlande, Bohème, Hongrie, par exemple ! '

Ses paroles, acclamées au Collège de France, avaientelles été entendues du peuple? Il Tespérait. Au surlendemain du 24 février, il fut cruellement détrompé. Il vit la foule accepter l'arbre de la hberté des mains des prêtres romains, et la Révolution recevoir, rechercher le baptême de son éternelle ennemie! Et bientôt, grâce à TindifTérence religieuse des prétendus révolutionnaires, la République française pouvait être poussée dans le gouffre de l'expédition de Rome et elle y est restée engloutie I — L'expérience est-elle assez décisive pour que nous n'ayons plus à la refaire ?

Le problème social et religieux qui, depuis soixante ans, est le fond de notre histoire, se trouve ainsi posé par N. Quinet * : — « Le catholicisme étant la religion nationale, comment établir la liberté moderne sur un principe religieux qui la repousse? » — La France, jusqu'ici, sem* ble n'avoir voulu ni renoncer à la liberté, ni se déhar-> rasser de l'anti-liberté ; elle a prétendu essayer l'impossible, l'accord des contraires. Qu'en est-il résulté? Que chacun regarde en soi et autour de soi I

Or il y a deux moyens de sauver un peuple d'une religion fatale à son développement naturel : ou remplacer cette religion par une religion nouvelle, ou séparer, mais d\ine manière absolue, le domaine laïque du domaine de l'Église. Le premier moyen a produit la Hollande, l'An-» gleterre, les États-Unis, gouvernements de libre discussion fondés sur une religion de libre examen. En France, où la Révolution est en contradiction permanente, avec la

' EnseignemefU du peuple^ par E. Qainct, — Paris, iSôO.

59i LA QUESTION RELIGIEUSE AU DIX-5EUV1ÈHE SIÈCLE.

Religion, on semble ne plus avoir assez de foi pour imiter, continuer, achever ce que la moitié de l'Europe a pu accomplir contre la théocratie romaine au seizième siècle. Pourtant il n*Y a, pour ce pays, aucune sécurité « hors de la logique,» et, « la première nécessité de la démocratie pour s'affranchir, i» c'est de « sortir de l'illusion. » Les successeurs de Bossuet, en notre siècle, de Maistre et de Bonald, ont eu la franchise d'affirmer et de prouver que la religion de Rome est la religion de l'absolutisme. Pourquoi ne pas croire, sur parole, ces derniers Pères de la vieille Église, et ne pas être logiques comme eux?

11 y a deux mondes ennemis en présence depuis 1789, deux mondes inconciliables. Tel est l'état vrai des choses, et voici quelles conclusions en tirait Edgar Quinet en 1850 : Toute Révolution religieuse étant impossible par le clergé lui-même ; la démocratisation du catholicisme étant une chimère absurde, « mortelle à quiconque l'embrassera, croyant ou philosophe, prêtre ou laïque; » l'accord supposé de TÉglise et de la liberté ne pouvant être que nominal et devant produire la dissolution réciproque de l'un par l'autre; « la séparation absolue du domaine ecclésiastique et du domaine civil, qui, dans les temps précédents, était une garantie de liberté, est devenue une condition de vie et de salut. »

En France, nous avons, dit-on, la liberté religieuse. M. Quinet montre très-bien que nous nous vantons de l'avoir, mais que nous ne Tavons pas. Sans doute, le Concordat et, depuis, la Révolution de 1 830, ont supprimé le cathoHcisme en tant que seule religion d'État; ils ont admis au partage de la souveraineté religieuse le protestantisme, le judaïsme, puis Tislamisme, par suite de la conquête de l'Algérie. Ces quatre cultes, reconnusj sont saLariés ; hors d'eux, il n'en est pas d'autres qui puissent

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