‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 15 sur 135 · EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

EN ALLEMAGNE

?eaUy ni allemand, ni italien, mais français, cest-à-dire universel, car il est, dominé, inspiré, par le génie de la RéTolulion, dont ces deux grandes âmes sont pleines ^

Affamé de science, Edgar Quinet ne resta pas longtemps à Paris à jouir de son premier succès. En 1827, on le retrouve en Allemagne, étudiant la philologie, commentant Homère, se liant avec les hommes les plus célèbres de Tuniversité d*Heidelberg, avec Niebuhr, Schlegel, Tieck, Gœrres, Uhland, Daub, et surtout avec le professeur Frédéric Creutzer, qui Finiiiait au symbolisme religieux de l'antiquité. Tout en s enivrant ainsi de la science et de la poésie de cette grande Allemagne — qui, tandis que d'autres peuples a. remontent de l'expérience à la spéculation..., incline de la spéculation à Texpérience ; » — il conunençait à formuler son Ahasvérus rêvé dès Tenfance, complétait sa pieuse étude sur son premier maître, achevait son Essai sur les œuvres de Herdet\ — C'est également de cette époque (1828) que date Télaboration d'un ouvrage sur le Génie des races germaniq^ies, auquel M. Quinet a travaillé longtemps*, et qui n'a point été imprimé. L'acheva-t-il? Je ne sais. La majeure partie en a, sans doute, été utilisée, surtout dans Y Histoire de la poésie dans Allemagne el Italie.

Mais tout à coup il part, laissant là ses travaux et ses amitiés.

' Chose étrange ! les Idées de Herder et les Œuvres choisies de Vico ont pini juste à la même époque, en 1827. Les deux traducteurs, avant de se eoonaitre, délMitaient dans le monde littéraire, comme s'ils eussent déjà été frères. ^

' (JEnvres eanspléies^ 1. 1, p. 431 . t

« Adieu, s*écri&-t-il ', terre hospitalière, terre paisible! que puisje te rendre pour tout ce que j'ai reçu de toi? Tu n'as ni le doux climat de la France, ni la liberté plus douce de rAn^çlcterre, ni les sites agrestes de TÉcosse, ni les ruines antiques de rn:i]ic, ni Tair embaume des myrtes de la Provence. Mais au fond de tes silencieuses vallées jaillit encore, sous les chênes d'Arminius, la source pure du beau moral où tôt ou tard viendront se désaltérer les peuples qui t'entourent. Us sont morts ou vieillissent, les hommes qui ont fait ta gloire; tu t'appuies sur leurs tombeaux, déjà fatiguée de l'agitation du génie. Le délire de ton inspiration est ])a8sé ; comme le rameau diargé de fruits, tu t'inclines vers le sol, et pourtant tu es encore le pays de l'âme et de l'espérance ! •

Où va-t-il à présent?

Vers un autre pays d'espérance, mort hier, et qui renaît aujourd'hui par l'héroïsme de ses enfanta.

De 1821 à 1829, au seul nom de la Grèce, tous les cœurs hattaient en Europe. Les poètes entonnaient le chant de guerre, ils allaient même aider de leur courage à raffranchissemenl de la patrie du beau. A la fin, cédant à rirrésistiblc élan de l'opinion publique, les puissances civilisées intervenaient pour faire cesser l'horrible carnage, pour assurer la vie d'un peuple qui s'en était montre digne en la gagnant par son propre effort.

IMgar Quinet voulut aller rejoindre les Philhellènes. Il s'autorisa de ses savantes éludes sur l'antiquité pour proposer au ministère Martignac d'envoyer à la suite de l'armée française une commission scientifique, qui explorerait la Morée. Sa proposition fut agréée ; il fut nommé, par l'Institut*, membre de la commission. M. Cousin essaya vainement de le retenir, lui disant qu'il allait courir « quatre-vingt-dix-neuf chances de mort contre une de vie. » Edgar Quinet partit quand même.

* Œmret complètes, t. II, p. 438, 459.

* El grâce à l'appui de Creutser, en qualité de philologue.

Page 1