PREMIÈRES ŒUVRES. ^ HER0ER
traduction qu^il avait déjà finie d'après la veraion anglaise, — les Idées de Herder sur la PhiloBophie de V histoire de r humanité \ furent, pour la première fois (1825-27), présentées au public français, avec une Introduction où ce penseur de vingt-deux ans à peine examinait, discutait et jugeait le maître qu'il s'était choisi, comme s'il avait eu le temps de pâlir sur les livres et de soumettre sa raison à un long exercice.
Lorsqu'en lisant cette Introduction à la pkUosophie de ^histoire *, on songe à l'âge auquel elle a été composée, on s'étonne de l'audace d'un homme aussi jeune à se plonger du premier coup dans les questions les plus ardues delà destinée humaine. On s'étonne encore plus d'y retrouver les idées principales du système historique qui sert toujours de base aux œuvres mûries de l'auteur.
Honneur insigne et qui sacre prince de la pensée l'enfant qui le mérita; le patriarche de la littérature allemande, Gœthe, daigna rendre compte de la traduction des Idées de Herder^ et il recommanda trcs-expresséihent l'introduction qui la précède a à ceux qui ont pour mission de tenir le public au courant des œuvres nationales et étrangères '. »
En France, le succès ne fut pas moindre. Quand la traduction de Herder eut été imprimée chez un éditeur de Strasbourg, M« Levrault, Edgar Quinet, qui jusqu'alors avait eu pour unique protecteur le vaudevilliste Bayard ^, osa en aller offrir un exemplaire au « moderne Platon, » à M. Cousin. Le philosophe le reçut à la manière antique, étendu sur son lit, mais avec une bienveillance qui Tho-
' 3 volumes in-S*, Strasbourg et raris.
* OEmvres eampUies, t. II, p. 545-5il0.
' Œuvres eampliftes de Gœthe, t. XLV1, Art et Antiquité, p. i73.
«Article de M. Ulbach.
9) L HOMME. Si VIE ET SON INFLUENCE.
nore. Bientôt même celte bienyeillance deifint de Tadmiration. Ayant lu le livre du jeune inconnu » il s'écria : « Mais c'est le début d'un grand écrivain I » M. Cousin, — philosophe aujourd'hui converti, — ne se doutait guère que <x le grand écrivain, » dont il prédisait la gloire naissante, deviendrait un jour un des plus robustes ennemis de réclectisnie et de F inconséquence.
Mais M. Quinet doit beaucoup plus que cette vaine marque de sympathie à celui qui, sur ses vieux jours, est Revenu le pieux amant des belles impures du grand siècle. C'est chez lui, — car M. Cousin, reconnu alofs comme un des prophètes de l'avenir, semblait être le chef de la ieunesse française, — c'est chez lui qu'il rencontra M. Michelet, qui venait présenter au maître son travail sur Yico. Dès le premier jour qu'ils se virent, ces deux hommes se reconnurent, comme s'ils s'étaient vus déjà et éprouvés l'un l'autre, et ils nouèrent cette belle et sainte amitié, dont trente-deux années de travaux, de luttes, de malheurs n'ont fait qu'augmenter la force, et qui ne peut « que s'accroître jusqu'à la mort. »
Dédinnt le Christianisme et la Révolution franiçaise^ à M. J. Michelet,. M. Quinet s'écrie :
« Depuis le premier instant où nous nous sommes connus, par quel hasard est-il arrÎTë que, séparés ou rapprochés, nous n^ayons cessé au même moment de penser, de croire, et souvent d'imaginer les mêmes choses, sans avoir eu besoin de nous parler? Gel accord de l'âme a toujours été pour nous la confirmation du vrai ; depuis trente et un ans (1857), ce combat nous réunit; c'est le combat éternel qui ne finira qu'en Dieu. ■
Dans ces deux nobles intelligences se sont mariés le génie de Yico et le génie de Herder, enfantant un génie nou-
* OEuvr^compUles, t. HT, p. i-^i.