‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 21 sur 135 · COURS DE LYON · texte numérisé non relu

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opinions, tant littéraires que politiques, il accepta cette chaire, non comme uniit de repos, obtenu en récompense des importants services qu'il avait déjà rendus à la science, mais comme un théâtre d'action, du haut duquel sa Yoix, à demi étouffée dans le livre, devait forcer Técho à répéter les vigoureuses paroles de vérité qui jaillissaient de son cœur.

Il ouvrit son cours, le 10 avril 1839, par une magnifique introduction sur ï Unité morale des peuples modernes^.

Parlant aux habitants d'une grande ville industrielle, il se hâtait de montrer comment les arts du commerce n'excluent point les arts libéraux; comment, au contraire, il y a dans tout effort, même matériel, de l'honune, « une pensée vers laquelle il tend sans cesse, » poésie, art, philosophie et religion tout ensemble. Puis, arrivant à l'objet de son enseignement, il se gardait avec soin d'en amoindrir, d'en dissimuler la portée. Il ne venait pas apprendre aux Français de Lyon à balbutier quelque idiome inconnu, il ne venait pas commenter en grammairien, analyser et critiquer en érudit tel ou tel chef-d'œuvre exotique. II voulait effacer de notre dictionnaire le mot étranger^ supprimer a les Pyrénées entre les peuples , » augmenter le génie de la France en y associant le génie des autres nations. Or, pour trouver ce génie, pour en exprimer la formule, pour la faire adopter au peuple devenu universel depuis sa révolution humanitaire de 1789, l'examen de la littérature proprement dite eût-il suffi ? Non certes, car « il est des peuples qui n'ont laissé aucun livre et qui pourtant ont été grands par la pensée. »

çàme sur Tirt, une ihèf^e latine : De Indicé poesit atUiqmuimx naiura etMoie.

' OEuvret complétée, l. f, p. .306-411.

« Ce cours, annonçait le professeur, devrait être une histoire de la civilisation par les monuments de la pensée humaine. La religion surtout est la colonne de feu qui précède les peuples dans leur marche à travers les siècles; elle nous servira de guide. Mais la religêon marche environnée de la poésie et suivie de la philoso' phie : je ne Ven séparerai pas. >

De 1859 à 1840, M. Quinet entra frès-franchemeni dans la voie qu*il devait suivre jusqu'à ce qu'on l'arrêtât. Les leçons de Lyon, littéraires et religieuses à la fois, roulèrent sur les civilisations antiques, et de leurs éléments fut par la suite composé le Génie des religions. Elles obtinrent, on le sait, un succès immense : la jeunesse lyonnaise, éveillée à la vie nouvelle, se rangea autour du maître avec un indescriptible enthousiasme.

Un des auditeurs, un des plus fervents, M. Fortoul, qui depuis fut ministre de l'instruction publique et des cultes, exprimait ainsi son admiration au professeur luimême : « Ahl si Ton savait à Paris ce qu'est votre cours, on prendrait la poste pour y assister. »

On le sut bientôt, car M. de Salvandv vint s'asseoir un jour sur les bancs de la faculté des lettres de Lyon*; et, après la leçon, il n'hésita pas à féliciter Torateur du talent avec lequel il savait faire accepter à un auditoire aussi nombreux et aussi divers les idées les plus larges et les plus hardies sur le christianisme*. Ce jour-là, M. Quinet avait montré les rapports de FÉvangile de saint Jean avec la religion des Perses *.

Les occupations et les succès du professorat ne firent point oublier à Edgar Quinet ses devoirs comme publiciste. La question d'Orient, qui s'agitait alors, prouvait à

* Edgar Quinet, îjettre à M. le rédacteur du Journal des Débats^ au t. UI (tes Œuvres complètes, p. '276.

' Ijts Écoles, journal mensuel, année 1845, p. 1d5. ' Œuvres cotuplètes, Ht, 277.

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