‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 20 sur 135 · LA VIE DE JÉSUS. — PROMÉTHÈE · texte numérisé non relu

LA VIE DE JÉSUS. — PROMÉTHÈE

au sein de l'anliquité païenne, le poète a fait à la fois, et « la figure de rhumanité religieuse », et la représentation du combat qui se livre en chacun de nous, a du drame intérieur de Dieu et de l'homme, de la foi et du doute, du Créateur et de la créature, » drame divin c( qui no finira jamais ^ » Par la, Prométhée se rattache à une vaste histoire philosophique des Religions, dont M. Quinet avait déjà conçu le plan et qu'il allait bientôt commencer à écrire.

Quand on considère la variété des œuvres que publia Edgar Quinet durant les dix premières années de sa vie littéraire, on ne se lasse pas d'admirer et la haute intelligence qu'il fallut pour les concevoir, et le prodigieux travail au prix duquel elles furent préparées et parfaites. A toutes les époques de son existence, comme pendant la première, philosophie, histoire, critique, poésie et religion, tous les genres, tous les sujets se succèdent dans ses livres et sembleraient s'y mêler, s*y confondre, si Ton ne voyait, en les lisant avec attention, que toutes ces œuvres, si variées de fond et de forme, se tiennent et se complètent, obéissant à la même impulsion, se dirigeant verâ le même but. Toujours occupé d'un ouvrage principal, M. Quinet ne s'y absorbe jamais au point de ne pas entendre ce qui bruit et s'agite autour de son cabinet de travail. Il écoute, au contraire, et, dès qu'il le faut, il est prêt à se précipiter dans la lutte du jour ; il sait, sans compromettre le principal, aviser au plus pressé. M. Quinet, — et c'est là ce qui constitue son originalité, — est aussi bien organisé pour la polémique d'actualité que pour la réflexion tranquille. 11 unit deux choses qui sembleraient inconciliables : le talent du journaliste au génie

< T. VU des OEuvrtt campUtei, préface de 1838.

du penseur, la fécondité de l'homme d'imagination à la profondeur de T homme de science. Sans doute toutes ses œuvres sont discutables, mais au point de vue des idées plus qu'au point de vue de la forme. Aucune, feuille volante ou livre, aucune n'est médiocre. Kdgar Quinel reste toujours à la hauteur de lui-même.

Ici commence la vie militante d'Edgar Quinet.

Comme elle se mêle, surtout de 1840 à 185^, à l'histoire générale de nos luttes politiques, religieuses et sociales, pour en donner le récit complet, il faudrait ouvrir un vaste cadre, au milieu duquel cette étude particulière se trouverait, pour ainsi dire, noyée. Je n'insisterai donc que sur quelques points, sur ceux qui concernent spécialement le professeur, le représentant du i)euple, et ses œuvres. Ce sera, non un tableau, mais un simple dessin, très-incomplète esquisse d'un coin du grand tableau qui devra être achevé quelque jour, à la gloire de la jeunesse française.

C'est à la fîn de 1838 qu'Edgar Quinet, jusqu'alors simple homme de lettres et Hbre philosophe, entra dans l'enseignement public. Chose à remarquer dès l'abord, c'est qu'il ne s'était pourvu d'aucun des grades universitaires supérieurs quand M. de Salvandy le nomma professeur des littératures étrangères à la faculté des lettres de Lyon *. Se réservant précieusement toute la liberté de ses

* Au commencement de 1839, le 25 janvier, il soutint publiquement à Strasbourg une double thèse pour le doctorat es lettres : une thèse fran-

Page 1