HISTOIRE DE FRANCE
tredit, brisé, anéanti par la Réforme et la Révolution, ces; deux réfutations de Tapothéose de la papauté et du droit divin, assignés comme but final à TAncien et au Nouveau Testament; et sur ces deux réfutations il n'y a plus à revenir.
Mais la théorie des doctrinaires, optimisme impitoyable conçu par des historiens hommes d'Etat du milieu d'un présent borné, qu'ils aflirmaient être la fin providentielle du travail des siècles, cette théorie immorale et débilitante n'a-t-elle pas survécu à Tépoque de fausse pondéralion des pouvoirs qui la yit naître? A cette heure même, n'est-elle point maîtresse absolue de cette partie de l'enseignement national que Tultramontanisme renaissant n*a pu encore envahir qu'à moitié? C'est elle qui naguère, aux beaux jours de son succès oflicicl, avait reçu, pris le mandat d'initier la jeunesse française à la science de l'histoire : ne restons-nous pas corrompus par elle, étourdis des renversements qu'elle ne nous avait appris ni à prévoir, ni à supposer, endormis dans un doute sans issue, désespérant de l'avenir parce que nous avons vu, vu de nos yeux, tomber en pièces ce brillant monument de liberté que^ suivant nos docteurs, quatorze cents ans de despotisme aviuent fondé?
Or, en 1855, la Revue des Deux-Mondes publia un article de quelques pages, signé d'Edgar Quinet, la Philosophie de rUistoire de France. L'apparition de ce morceau produisit un effet immense. L'Europe intelligente s'en émut tout entière, et chacun de nous entendit ce vigoureux appel :
• On a TU que la plupart des peuples sont tombés irrévocablcuient,. non par la force de leurs ennemis, mais pour s'être infatués d'idées fiiusses auxquelles les grands écrivains ont mis le sceau de Timmorta- Klë. Quand eeux-ci n'ont pas eu la vertu de reconnaître à temps leurs
erreurs, les peuples ont décliné avec toutes les joies de la vanité. J*ai montre qu'il a été impossible de convaincre Tltalie d'une chose qui est révidence même; la France embrasse sur son passé des tiiéorief^ non moins illusoires, et le danger est grand si tous ceux qui tiennent une plume ne ramènent pas la vérité simple, antique, nouvelle, étemelle , Il faudrait que tout homme qui pense eût sa nuit du 4 août, dans laquelle il viendrait loyalement faire à la patrie le sacrifice de ^es erreurs reconnues dans V histoire, la philosophie, la science : ce serait le début de la régénération. •
Aujourd'hui que nous retrouvons cette Philosophie de l* Histoire de France dans les Œuvras complètes d'Edgar Quinety recommençons-en la lecture et la méditation. Le» sophismes nous ont perdus. Faisons sur nous-mêmes un grand eCTort. A la voix du maître, extirpons nos sophismes. Quand nous aurons rendu la santé à nos esprits malades, nous serons au matin du triomphe de la justice.
L'enseignement auquel nous a condamnés l'école historique de 1815, triste Pille de l'invasion, repose sur deux principes généraux, que M. Quinet résume parfaitement en ces termes : « L'absolutisme est le chemin de la liberté; — Les hommes font toujours le contraire de ce qu'ils s'imaginent faire, d Eclairés par ces mensonges, pénétrons dans notre histoire nationale.
A l'origine, pour en être la pierre fondamentale, quel sera le droit reconnu, proclamé? Le droit des autochtliones, sans doute? Non. Acceptant l'allégation intéressée de TAllemagne, nous renierons les Gaulois, nos ancêtres, réputés incapables de se civiliser eux-mêmes. Que, pour leur plus grand bien, les Romains les asservissent; puis, ue plus tard les Francs surviennent pour hériter des