‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 32 sur 135 · J. MICHELET · texte numérisé non relu

J. MICHELET

sait rester à son poste, que vienne ou non la récompense, attendant avec calme la victoire plus ou moins tardive, mais certaine; sentant à peine les blessures et les désillusions par lesquelles les faibles sont abattus, protégé qu'il est « par l'autorité de tout le genre humain. »

Je viens d*exposer la double théorie qui sert de base et de lien à Tœuvre de MM. Michelet et Quinet. Ici, jq n insisterai point pour en faire apercevoir les efTets à travers les différents livres des deux frères intellectuels. En examinant les NationalUés et les Religions, je retrouverai Toccasiou d*attester de quelle manière M. Quinet a fait Tapplication de sa théorie. Pour ce qui concerne M. Michelet, peu de mots me sufliront; car, en ce moment même, il achève cette magnifique Histoire de France, dont tous mes lecteurs ont suivi avec intérêt la patiente élaboration.

M. Michelet Ta déclaré lui-même, à la fin de l'un de ses derniers volumes, la Ligue et Henri IV ^ son histoire n'est point impartiale, a Au contraire, elle est partiale, franchement et vigoureusement, pour le droit et la vérité. » Cesi de la hauteur des principes éternels qu'il juge les actes du passé, sans pitié pour le mal, avec un inépuisable amour du bien, n'amnistiant rien, absolument rien, à cause du résultat, cherchant en tout l'intention et ne se laissant jamais éblouir par l'apparence. Comme Herder, sachant lire, entre les lignes écrites, les annales des temps écoulés, il découvre sous le symbole ce qu'il n'a pas pu trouver dans le fait, il force la légende à lui confier le soupir du peuple, que nul avant lui n'avait entendu; il convie l'art à lui livrer le sens intime des choses à demi

i(h; la philosophie de uiiisKunt.

traduites par les événements positifs; en6n, si je puis -dire, évoquant du néant les époques diverses, il contraint chacune d'elles à se présenter devant lui, revêtue des vêtements, des voiles, des masques, à Taide desquels elle s'était e^orcée de tromper l'avenir, et il la metaudacieu* sèment à nu. Ainsi M. Michelet compose une histoire qui n*est point un tableau, mais un spectacle vivant. A ce spectacle, éclairé de la vive lumière de la vérité vraie, du haut de la cité idéale fondée par Vico, assiste un philosoplie, un moraliste sûr de lui-même, et toujours franc, approuvant, désapprouvant, applaudissant ou sifflant selon l'impression de sa conscience, au nom de Thumanitc entière en son âme contenue. M. Michelet s'est appelé luimême, dans V Insecte, « artiste-historien; » dans le P^ii;;/*?, il a nommé son histoire « résurrection. » Oui, son histoire est une résurrection ^ mais une résurrection complète, intime aussi bien qu'extérieure. Dans tous les écrits de ce maître, ce ne sont pas seulement les hommes et les choses du passé qui revivent, mais aussi les idées, essayées à la même pierre de touche, l'idée moderne, la Révolution.

Cettt; libre, méthode, issue du cœur et de la raison» plutôt du cœur, est restée longtemps au ban, incomprise, inconnue du public, haïe par les catholiques parce que sans cesse elle conteste les décrets de leur providence extérieure et autocratique, traitée de folle poésie et de rêve par les doctrinaires, dont pièce à pièce elle démolit l'édiiice funeste au sommet duquel trône le fatalisme.

Aujourd'hui, les catholiques, les théocrates, ne peuvent plus lui disputer l'Influence qu'en les combattant elle s'est acquise dans toutes les âmes jeunes, dans toutes les consciences viriles. Le vieux système des Pères de l'Eglise, d'Augustin à Bossuet, git dans la poussière du passé, con-

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