‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 35 sur 135 · HISTOIRE DE FRANGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE FRANGE

riiomme de Dieu, puisqu'il est le plus fort? Le vrai bien ne ressort- il pas naturellement de ce demi-maîl nécessaire? a Le loup n'enfanle»t-il pasj'agneau? »

D ailleurs, la liberté et la civilisation, contre le sentiment des intelligences naïves mais droites, la liberté et la civilisation, selon les esprits solides, sont deux choses diflerentes parfois, souvent diamétralement opposées. A quoi, en réalité, se réduit ce grand mot de civilisation? Au petit mot de richesse, de bien-être relatif. Par conséquent , puisqu'il s'agit du progrès matériel , sacrifions pourTobtenir le progrès moral. Afin d'avoir la civilisation au plus vite, — en une douzaine de siècles, — faison&4ui litière de toutes nos libertés privées et publiques. Seulement, si, dans le passé, la liberté et la civilisation sod4 deux mots, deux faits inconciliables, n'en est-on pas porté à conclure, et par la méthode ordinaire du raisonnement, que ce serait une folie de les vouloir concilier? Aujourd'hui, comme hier, le bien-être n'est-il pas l'excuse, la légitimation, la glorification de la servitude?

Kous tondions au seizième siècle. L'Kurope est divisée en deux camps. Chaque armée a inscrit sa foi sur son drapeau. De quel côté les doctrinaires doivent-ils se* ranger? Du côté de la Réforme ou du côté de la papauté, du côlé de la libre pensée ou du côté du concile de Trente, du côté de la république de Hollande ou du côté de l'Espagne, de rinquisition et de Philippe II? Seront-ils avec Coligny et les martyrs, ou bien avec Guise, les jésuites et le duc d'Albe?

Les doctrinaires, en masse, se refusent à reconnaître dans la révolution religieuse du seizième siècle le germe, la racine de toutes les révolutions morales, politiques et sociales de l'avenir. — DistintjuanSj disent-ils, et ils argumentent à la façon de ceux qu'ils ont un moment ap|)eléft

leurs ennemis et combattus comme tels. Par exemple, ils ont observé que la masse nationale repoussa le protestantisme et la liberté de conscience. La masse avait raison. Le protestantisme eût fédéralisé, féodalisé le royaume, — fait aujourd'hui prouvé faux ; — la liberté de conscience eût compromis l'unité, l'omnipotence du pouvoir royal! D'où il suit que la Saint-Barthélémy fut, sans doute, une exécution sanglante, mais aussi, à un point de vue plus élevé que celui de Thumanité commune, un acte de salut public.

Quelques docteurs, — ce sont les moins libéraux à cette heure, — n'osent pas pousser la logique aussi loin. Ils se contentent d'être dupes de la démocratie de la ligue et de dénoncer les Gueux comme aristocrates. Enfin, sur les ruines de toutes nos libertés nationales, politiques et religieuses, si pieusement accumulées les unes par-dessus les autres, le niveau monarchique a passé. On salue Louis XIV de frénétiques applaudissements. — On lui fait une auréole de tout le sang que ses méritants ancêtres ont dû verser. Afin qu'il ne reste aucun nuage devant le majestueux soleil^ on explique avec complaisance tout ce qui pourrait assombrir son éclat : notamment, la révocation de redit de Nantes, laquelle répondait au vœu (jénéral^ car l'édit consacrait des franchises, incompatibles avec V existence de VÊtat unitaire !

(iependant, la grande heure de 1789 vient à sonner, — par hasard ! — La confusion était devenue telle, que l'on n'y voyait plus. On s'éveille alors, on regarde, on écoute; et l'on se hâte de défaire tout ce que l'on a fait. De Jules César à Louis XVI, on a méprisé, trahi, crucifié la liberté. Maintenant qu'à son tour elle est debout, qu'elle trône, qu'elle est la force, on se prosterne, on adore aujourd'hui le Dieu traîné hier dans la boue. Le système pourtant se

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