‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 50 sur 135 · U REPUBLIQUE DES PROVINCES-UNIES. S · texte numérisé non relu

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terriBaît, don Juan sourit et fait sourire. Nul peuple ne peut résister au système de la douceur après le régime de l'écrasement, s'il n a dans son sein un homme tel que Marnix, capable, par la toute-puissance de son boii sens, de faire apparaître aux yeux des moins clairvoyants le serpent caché sous les roses.

Mais ce premier danger, — la réaction devenue populaire sous la figure d'un prince aimable, — étant assez aisément écarté, grâce au génie et à la popularité d*un patriote, un autre écueil se dresse. Cet écueil n'est autre que l'application, en apparence, là plus logique de la souveraineté du peuple. Au nom des deux principes fondamentaux de la réforme religieuse et politicpie, — a le suffrage de tous pour la liberté de tous, » — n'est-il pas trèsaisé d'amener la révolution à s'abolir par son propre droit? Dix provinces catholiques se sont unies à sept provinces protestantes : une assemblée générale de la confédération ne pourrait-elle pas décider que la confédération est catholique et monarchique, parce qu'il plaît ainsi à la majorité? la minorité protestante et républicaine ne dèvrait-eOe pas être tenue de subir une semblable décision, légalement prise en vertu de la souveraineté du jpeuple, par elle admise en principe et reconnue inviolable en bit?

La révolution hollandaise fut soumise à cette épreuve.

i Ce fut, dit Edgar Quinet, un des moments les plus périlleux pour h liberté, mise en demeure de se livrer en vertu de ses propres doctrines. Sitôt qu'une révolution est victorieuse, de tous côtés l'invitation Ini est faite de périr pour Thooneur de son principe, et il est rare que celte invitation ne réussisse pas auprès du grand nombre, t

Plus d'une fois, dans l'histoire, n'avons^nous pas entendu demander publiquement à des républiques de se suicider à la majorité des voix? Écoutons donc avec attention ce

2S0 US KATIONAUTËS.

que répondaient, il y a trois siècles, des hommes vraiment dignes d'être libres, lorsque pareille chose leur était secrètement proposée comme l'idéal de la justice !

Tout d'abord les agents catholiques laissaient négligemment tomber cette insinuation indirecte : — « Promettezvous de vous soumettre à tout ce que les états généraux décideront 7 » — a Je ne sais , répliquait Guillaume d'Orange. » — n Jie sorte que vous ne voudrez pas accepter la décision des étals? » — « Je ne dis pas cela; mais telle pourrait être la réponse, que nous l'accepterions, telle aussi que non . » — c< Vous ne voudriez donc pas vous soumettre aux états touchant l'exercice de la religion? » — « Non certes! » s'écriait avec violence le Taciturne , sortant de sa réserva accoutumée; car, pour vous dire la vérité, nous voyons que vous voulez nous extirper, et nous ne voulons point être extirpés. » — « Oh! il n'y a personne (|ui veuille cela. » — « Si fait, certes! » — Un des docteurs présents, démasquant tout à fait les pieuses batteries alla jusqu'à dire a que les états, qui avaient proclamé la liberté de conscience, pouvaient l'abolir. » A quoi répondit Sainte-Aldegonde qu'il s'agissait « d'un serment, non d'une loi, » et,, ramenant la question à sou principe moral, il demanda à son tour : « La liberté d*esprit, conquise par le sang, serait-elle de nouveau jouée à croix ou pile, quand tout le monde voyait que les dés étaient pipés d'avance?» — « Sur ces mots, ajoute l'histoire mon deme, la conférence fut rompue; la liberté était sau- « vée. »

Mais pourquoi ces hommes de la réforme étaient-ils dupes si difficilement? — M. Quinet en a donné la vraie raison : a Ces hommes voyaient tout à la lumière des quesn tions religieuses. » Ils croyaient à leur cause.

Par la rupture de l'union amoindrie en rayonnement.

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mais forU6ée en vitalité, car elle H'a?ait plus les dix pr»- Tinces catholiques pour trahir, livrer les sept provinces protestantes de par le droit des majorités, la révolution hollandaise eut encore une épreuve redoutable a traverser intérieurement : la liberté de conscience. Dès le début, eDe avait proclamé, adopté sans réserve le principe final : la tolérance. La duplicité de ses ennemis et leur violence, surtout lors des massacres des Flandres, ne tardèrent pas à lui montrer où devait conduire fatalement la générosité du plus faible à Tégard du plus fort. Contre le catholicisme armé, le protestantisme, pour vivre , était tenu de rester armé. Si la tolérance est devenue, au dix-neuvième siècle, un principe de gouvernement et de civilisation, ce n'était, ce ne pouvait être au seizième siècle qu'une abstraction métaphysique, comme Ta si bien démontré Edgar Quinet.

• En effet, entre deux religions inconciliabies... nulle paÎK yétîkÊààt D^est possible, la première ne pouvant renoncer à recouvrer la domination absolue, ni la seconde à Tespoir de Tacquérir.... ceTlc qui n*opprime pas est infailliblement opprimée. Pour que la totëranoe de- Tienne effective, il faut que Tespérance de (ovt reconquérir soit an»cbée à Tune au moins de ces églises. » Tant que cela n*étiît pas, c le Téritaible adTersaire de chaque faction religieuse, c^était la religion opposée.»

La Hollande comprit parfaitement quelle politique guerre acharnée lui imposait : les états de Leyde votèrent àTunanimité l'interdiction de l'ancien culte. Ds fournirent ainsi au nouveau le seul moyen sûr qu'il eût alors décroître sans péril, et, d'autre part, ils garantirent la liberté nationale, en lutte avec le plus formidable empire de Tunîvers, contre des déchirements intérieurs dont tôt ou tard l'étranger eût profité pour s'introduire au cœur du pays, appelé, guidé peut-être par ses coreligionnaires.

c La révolutwn hollandaise a réussi : parce qu'elle s'esi pour base une révolution religieuse, parce quelle a osé

£» LES NATIONAUTtS

de la victoire et la prendre au sérieux, parce qu'elle s'est donné le temps de grandir avant d'amniOiier son adversaire et quelle Ta mis dans V impossibilité de la surprendre, parce qu'elle a -refusé toute capitulation avec le principe qui lui était inconciliable, enfin parce qu'abjurant le catholicisme, elle a coupé le câble qui la liait à la monarchie espagnole, >

Ces paroles d'Edgar Quinet , qui résument clairement toute l'histoire de la création de la Hollande par la volonté des Hollandais, n'ont besoin d'aucun commentaire.

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