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LA POLOGNE ET LA SLA VIE

d'hommes et de leur cause commune, •—affranchissement et fraternité, — il tentait de faire une cause française, une cause universelle. Car la France, disait-il, est « l'abrégé du 'monde; elle réalise en son sein l'idée d'une communauté chrétienne des peuples. »

Mais était-ce le panslavisme que Mickiewicz propageait avec tant de succès durant la seconde, la plus glorieuse période de sa vie tourmentée? — Non, si Ton entend par ce mot l'union forcée de tous les Slaves sous le sceptre du czar ; oui, si par là l'on comprend une confédération générale des populations slavonnes, affranchies et des dominations étrangères sous lesquelles elles restent si impatiemment courbées, et en même temps d'une tyrannie intérieure et soi-disant nationale, quelle qu'elle soit. — Il y a, en effet, deux panslavismes : celui de Pctersbourg, qui ne tend qu'à réaliser le testament de Pierre P par l'écrasement des nationalités; celui des Slaves, qui a pour but le rapprochement fraternel de toute une famille humaine, agricole et communaliste sinon communiste, partant stationnaire et paciGque. Le malheur de ce panslavisme démocratique est précisément de ne pas être séparé du panslavisme autocratique, au point qu'il soit impossible aux esprits prévenus de les confondre l'un avec l'autre. L'union des Slaves, voilà leur idée fondamentale à tous les deux : mais, dans le premier, union veut dire liberté de chacun et fédération volontaire de l'ensemble des nations slavonnes; dans le second, union signifie esclavage général, unité du despotisme temporel et spirituel entre les mains d'un maitre-dieu qui est tout. Mongol ou Allemand, excepté Slave. Mais si, en principe, l'hostilité des deux panslavismes est radicale, elle a tendu longtemps, elle tend encore à diminuer, à disparaître, en fait, grâce, d'une part, à la duplicité byzantine des empereurs

de toutes les Russies; grâce, d'autre part, à riiidifTérence, à rinhabilelé, à rimpuissance prouvées de la diplomatie, qui prétend sauver le inonde de la prépondérance ou de la conquête moscovite sans rien changer à Tabsurde constitution de l'Europe actuelle. Tant qu'avec Tappui ou pcir le seul efTet de la non-intervention en sens contraire de rOccident, les Slaves orientaux ne se seront pas émancipés et organisés selon leurs vœux, la route de Constantinople restera ouverte, et « qu'il se trouve, comme on fait dire à Napoléon I^ dans le Mémorial de Sainte-Hélène, qu'il se trouve un empereur de Russie vaillant, impétueux, capable, en un mot, un czar qui ait de la barbe au menton, et l'Europe est à lui. » Dans l'état actuel des choses, maintenant que Yintégrité de V empire ottoman est menacée non d'une invasion, mais d'une dissolution, la question d^Orient se pose exactement de la même manière qu'avant la prise de Sébastopol. Si la Russie semble avoir perdu le protectorat exclusif de ses coreligionnaires sur les terres du moribond, je ne sache pas que les coprotecteurs des chrétiens orientaux aient plus fait qu'elle pour la sûreté des personnes et des propriétés, pour l'affranchissement et la protection des peuples. Le slavisme local, le panslavisme pacifique reste toujours à l'état d'arme non essayée, — rouillée peut-être, — et il est évident que le panslavisme envahisseur de Saint-Pétersbourg a dû largement profiler des fautes et des trahisons diplomatiques de ses ennemis. On ne s'en apercevra que trop tôt.

Qu'est-ce que la Russie? — Cette question mérite d'être posée de nouveau, car Ton a totalement oublié ce que Ton disait d'elle il y a si peu d'années.

f Nous devons, dit M. Michelet*, nous devons envisager la Russie en masse, provisoirement et simplement, comme une force, — force

* Ugendede Kotciusko^ éd. in-18, p. 131.

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