‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 59 sur 135 · U HONGRIE · texte numérisé non relu

U HONGRIE

ceci comme cela n'est plus un peuple , c'est un double ianlôme qui cherche et se dispute les débiîs épars de son corps abandonné sur le champ de bataille.

Le renouvellement de la vie hongroise est un des miracles de rhistoire moderne. Dès le lendemain du désastre, aux trois quarts envahie , divisée, la Hongrie trouve encore la force d'imposer au prince auquel elle se donne la reconnaissance de son indépendance et de ses libertés antiques : Ferdinand T' et tous ses successeurs jusqu'à Léopold l*' sont élus par la diète et aucun d'eux ne règne par droit de succession. Mais ces princes, loin de réparer les désastres d'un peuple martyr, ne songent qu'à lui dérober le peu qui lui reste de vie et de liberté; et sans cesse la Hongrie, usant du droit acquis en vertu de Ta bulle d'or d'André H, se voit forcée de prendre les «rmes pour la défense des lois. C'est au nom de l'indépendance nationale et de la liberté religieuse, — car une grande partie de la nation a adopté la Réforme en haine de l'Autriche catholique, — qu'Etienne Botskai se soulève en 1C04 et contraint Rodolphe H au respect de son serment. C'est pour la même cause que, contre Ferdinand II, digne élève des jésuites, Gabriel deBethlen par trois fois insurge ses concitoyens et par trois fois oblige le roi vaincu a reconnaître les droits de ses sujets. Un peu plus tard, soutenu par la France, Georges 1*' Ràkotzi oppose une révolution victorieuse aux essais de germanisation et de restauration catholique de Ferdinand III ; mais, abandonné des Turcs, il est forcé de mettre bas les armes à la veille du traité de Westpbalie. Alors Léopold, — surnommé le Grand par les adorateurs du succès, — vainqueur des Turcs, grâce au Polonais et au Lorrain, par l'assassinat et regorgement en masse des patriotes terrifie la Hongrie et lui arrache l'hérédité du trône en faveur des aines de la maison de

Habsbourg. BientAt pourtant le sang des martyrs exécutés à Eperjès enfante la réTolte nationale de François II Ràkotzy (1703 — 1711). Triomphante, comme les autres, elle s'arrête devant la même fiction : un nouveau serment du souverain parjure !

Ici finissent les admirables prises d*armes par lesquelles, durant tout le dix-septième siècle, la Hongrie morte a prouvé qu'elle revivait. Comme épuisée de son suprême effort, elle abandonne au doucereux Charles III (VI) l'hérédité absolue de la Sainte Couronne d'Etienne V\ Bientôt même les habiles corruptions de Marie-Thérèse lui font oublier toute son histoire ; en un jour de folle loyauté, au cri de Moriamur pro rege nostro Matia Theresia! elle s*élance au-devant de la Prusse et de l'Allemagne coalisées, et sauve la monarchie autrichienne, son éternelle ennemie ! Après un pareil suicide, Joseph II peut croire que la Hongrie acceptera, sans résistance et sous le couvert de ses réformes libérales, l'unité du chaos autrichien qu'il lui plaît de décréter. Mais soudain les haines endormies se réveillent et le pauvre empereur, pour sauver sa dynastie, doit en mourant renoncer à tous ses grands rêves. L'agitation nationale hongroise eût éclaté en insurrection, si, à la diète de 1790, Léopold II ne s'était hâté de reconnaître de nouveau la complète autonomie de son royaume de Hongrie et de prêter serment-à la constitution de saint Etienne.

Quoique elle ait été entraînée par ses rois dans les coalitions contre la République française et contre l'Empire, — dont la triste expérience fournie par la Pologne l'empêcha sans doute d'agréer les avances, — la Hongrie ne resta pas indifférente à notre révolution. En 179ô, plusieurs nobles conspirateurs qui avaient adopté un programme conforme à notre Déclaration des droits de

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