POUrr DE DÉPART
Des œuvres d'Edgar Quinet, la plus approfondie et la phis complète, est cette œuvre multiple qui commence par deux opuscules, De l'Avenir de la religion et De l'Origine des dietix,, se détermine sous sa face critique dans.r£a:amen de la vie de Jésus, éclate en un chef-d'œuvre, le Génie des reUgions, et se poursuit dans les Jésuites^ YVltramontanismCy le Christianisme et la Révolution française, pour aboutir à YEnseignement du peuple j à la Lettre sur la situation religieuse et morale de f Europe et à la Révolution religieuse au dix-neuvième siècle. Cette œuvre immense, à laquelle la vie d'un autre homme n'eût pas sufB, mérite déjà d'être considérée comme la synthèse d'une Histoire DES RÉv(»LcrnoNS religieuses et sociales, dont l'avenir édifiera la volumineuse analyse. Je vais essayer ici d'en sui-
vre le plan. Mais auparavant, il importe de laisser M. Quinel lui-même indiquer le lien philosophique, avec lequel il a rattaché les unes aux autres les périodes si contradictoires, en apparence, de l'existence religieuse du genre humain :
« L'histoire, ëcrivait-il eo i$%l *, nous apparaissait tout entière comme une vaste et éternelle déduction du général au particulier; c*est le travail du moi qui se fait J9|ir peu k peu, se dégage par degrés de ce qui lui e^i étranger, et aspire à se produire sous la forme Ja plus libre. Semblable au statuaire qui dépouille son bloc de marbre jusqu'à ce qu'il reconnaisse à la lumière les traits qu'il contemple en lui-même, la personnalité de l'homme au sein de l'univers tend à se circonscrire pour se fortifier, brisant avec les siècles un assemblage qui renaît avec eux, toujours divisé et toujours indestructible. D'abord plongé au sein dii monde cosmique, il étend son être sur l'espace et la durée sans bornes. De son soufQe de vie, il anime les cieux errants, les vastes mers. C'est Empédoclc qui agite des mouvements précipités de son sein la cime des monts, les voûtes des forêts, le cours des fleuves. Dans ce premier culte, embrassant tout, adorant tout, n'oubliant que lui-même, il a une cosmogonie, une tiiéogonie, et point d*bîstoire. C'est l'Inde et l'Orient, sitôt qu'il apparaît. De l'univers il descend aux empires, auxquels son être est si bien attaché qu'il n'est rien que par eux ; sans force, sarij valeur, presque sans nom, soit que de vastes générations se confondent sous une seules personne^ soit que lui-même il ne puisse se distinguer dans ses prière^ avec Dieu. C'est la Médie, la Perse, l'Egypte et l'Assyrie. Des empires il retombe par degrés sur lui-itaême, quoique son moi, eiicore à dëmi-confondu avec la cité, n'emprunte encore que d'elle sa valeur et son indépendance. La cité ee brise avec la Grèce, avec Rome, et son i moi restant seuli dépouillé au signe qui en cachait la grandeur absolue, découvre en lui-même un inlini plus vaste que le premier qu'il vient de découvrir. Cest l'univers chrétien. Cet infini, il le divise encore, aspirant après des siècles h ne relever que de soi. C'est la réforme, c*M le cartéBianisme, et, ce qui eu est la suite, c'est la fin du moyen ^[d et .l'aveiiir que j'ignore. §
Cela dit, sans craindre de se perdre, on peut suivre le vaillant disciple de Herder jusqu'au fond des ténèbres des
' Essai sur Herder, tome H des CEtwres camptétes, p. 400401.
DE LA RÈVÉUTION. 271
origines humaines. Ne sait-on pas déjà qu'il n'y descend que pour remonter vers la lumière, vers la liberté ?