‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 69 sur 135 · DE U TRADITION · texte numérisé non relu

DE U TRADITION

per que des idées. L'art est maître de deux mondes, du réel et de Tidéal, qu'il ne peut détruire ni résoudre Tun par l'autre. — « Toute œuvre belle est Téritahlement morale, parce qu'elle exprime Tharmonie du monde et de son auteur. 9 — L'art ayant pour but la beauté souveraine, « malgré la contrariété des temps, des civilisations, des religions, le même idéal plane sur toute Thumanité. » Nais si tous les artistes du monde tendent au même but, l'alliance est encore plus évidente entre ceux qui appartiennent à un même ordre de civilisation. Or l'idéal qui domine une civilisation n'est autre que son idéal religieux. C'est donc la religion qui donne à tous les arts d'une société le même air de famille. M. Quinet signale comme une loi générale que les révolutions dans les arts sont déterminées par les révolutions dans la religion. Il faut cependant prendre garde de confondre les religions et les arts. La poésie n'est point la foi, l'art n'est point le culte. En réalisant les formes palpables de l'idée de Dieu, l'art altère cette idée «t peu à peu la transforme. D'abord asservi, alors que la croyance est profonde, il copie les types consacrés par le sacerdoce. Mais T imagination ne tarde pas à se substituer à la coutume, et « l'art ne grandit qu'aux dépens de la tradition. Né du culte, mais inclinant à l'hérésie, il tend lui-même à détruire son berceau. »

La première époque de l'histoire des religions est le panthéisme des peuples de la haute Asie, qui adorent l'infini matériel, la nature invaincue, le Dieu-Univers. Quel sera l'art de ces sociétés? L'architecture; une représentation de ia nature sans l'homme, œuvre non d'un individu, mais de générations successives, de castes. — La firèce ayant accompli la seconde révolution religieuse, la statuaire est chargée de mettre le Dieu-homme sur l'autel. Art essentiellement païen, c'est par le paganisme qu'elle

S»i LES RELIGIONS A^^TIOVES.

attein(}ra toute sa splendeur. Rome, ayant à peu près h même religion que la Grèce, a le ni%me art ; cependant, comme elle divinise la cité plutèt que l'indiridu, elle fini moins de statues que de décorations urbaines, arcs, portes, voies, colonnes triomphales. — Par la révolution chrétienne, l'humanité ayant abdiqué devant le Créateur, la statuaire sensualiste des anciens est reliée au second plan ; c'est la peinture qui occupe sa place. Mais il est un art surtont dont la révélation appartient au cbristianisine, le plus spirituel des arts, « puisqu'on dirait qu'il arrive à Tâme comme la voix du Dieu-Esprît, sans l'intermédiaire ^es sens, » la musique.

Jusqu'ici Ton n'a pas parlé dç l'art des arts, la poésie. Elle suit exactement les mêmes transformations. Lyrique dans le haut Orient, elle traduit le premier cri de l'humanité éveillée dans l'infini, et ses hymnes sont en parfait accord avec Tarchitecture religieuse. En Grèce, elle est épique, comme la statuaire, érigeant l'homme, le héros, le dieu, sur le piédestal des poèmes homériques. En Grèce encore, au pays des républiques, elle est dramatique, osant dévoiler le combat entre le Créateur et la créature.

Areliiteeture, sculpture, peinture, musique, poésie, tels sont a les degrés par lesquels l'imagination humaine tend à 1 éternelle beauté. » Mais sont-ce là t#os les aris? Edgar Quinet en nomme encore un : r«rl de la vie.

« U y a» s'ëcrîe4-il avec une chaleur d*âme qui pénètre et nrit, îl y a du Phidias en chacun de nous, paixc qiril y a du Phidias eu toute cr^ture morale. Oui, chaque homme est un sculpteur qui doit corriger son mcirbre et son linM>B jusqu'à ee qu^îl ait fait sortir de la masse confuse de «es ioslîiicts grossiers «ne personne ialeUigeiile el libre. Le juste, c'est-à-dire celui qui sait, quand il le faut« dépouillei* la vie mortelle, comme le sculpteur dépouille le marhre pour atteindre la statue intérieure le héros et le saint» voilà fe dernier terme

et le eeniMe de la eréation sur la terre... Voilà le petae, le tiUcau*

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