‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 78 sur 135 · VIII. — LES RELIGIONS DE BABTLONE ET DE LA PHÉJNlCIE · texte numérisé non relu

VIII. — LES RELIGIONS DE BABTLONE ET DE LA PHÉJNlCIE

A Babylone, l'historien philosophe retrouve Tinspiration des pasteurs de la haute Asie évoquant la première aurore ; mais cette inspiration s'y est transformée en science, observation, calcul. On ne se contente plus de demander aux astres indulgents la lumière de chaque jour ; on leur veut arracher l'avenir. Le primitif cantique est devenu l'astrologie. Le culte de Babylone est un rit particulier de la lumière première, incarnée sous la figure des astrea ; il consacre ainsi l'adoration des images dans les temples, ce qui le met en opposition tranchée avec le Zend-Avesta, « véritable protestantisme au sein de la grande Église païenne. » Cette opposition suffit à expliquer les guerres acharnées de l'Assyrie et de la Perse ; ce sont des guerres de religion. — D'autre part, les dieuxenfants, empruntés au culte de la lumière, ont grandi : ils « ont pris la robe virile. » Qu'ils s appellent Bel, Baal,

' Gén!e des ReUgûms, I. IV, ch. ni.

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OU Adonaî, le désir croit dans leur sein, et, avec eux, l'amour divin s'insinua dans les mondes, au cri de volupté jelé par Babylone. Que signifient les rites de Chaldée et de Phénicie? La courtisane universelle, la Nature, celébrapt sans cesse ses fiançailles avec le seigneur Soleil. Aux extrémités de toutes tes grandes voies.de .çommunicatiop, 9U centre du commerce s^siatique, toujours on retrouve rétèmelle amoureuse avecTéternei amant : Mvlitta et Thamnuz, à Babylone ; Astarté et Adonis, ee Phénicie, à Carthage; Cybèle et Attis, en Phrygie; partout, le mariage du ciel et de la terre. Étant représentée de la sorte sous son aspect féminin, la divinité ne pouvait manquer d'émanciper les femmes. En effet, elles ne filent plus, comme ailleurs, au fond des obscurs gynécées ; elles s'étalent au soleil , jouissent d'une épouvantable liberté; d*esclaves, les voilà devenues vierges folles^

« Sémiramis, Didon, Stratonice, Athalie, Ârtbéroifie, Gléop&tre apparaissent sur leurs trônes couime l'image triomphante de rétenielle Astarté. Blessées iFun cuisant aiguillon, vous diriez d'un chœur de Ménades royales qui suivent la course enivrée de la Madone du Panthéisme. §

Edgar Quinet termine ici son savant tableau des religions de la haute Asie par une dès plus belles pages qu'il ait écrites. Je dois la citer presque en entier.

« Voilà donc, après que chacun des sentiments de Tenfance a été épuisé, terreur, respect, ravissement» Thomme épris d'un anoour délirant pour rinfîni sous la forme de la nature.... Souvent il se lasse de n'embrasser que les membres froids de la déesse d'or ou d^argent au fond du sanctuaire : il voudrait («ossédcr la déesse elle-même palpitante sous son étreinte mortelle. Les yeui hagards, saisi de vertige, il se précipite hors du temple où il étouffe à l'étroit ; il parcourt les lieux sauvages; là il forme des chœurs de Corybantes, de Curetés, i)e Dactyles, qui, de retraites en retraites, cherchent la grande aïeule des

montagnes, éternellement mère, éternellement vierge Partout

enivré des émanations de la déesse, il re<pire dlpres parfinns dans la

U RfiUGION H&BRAlQUS. .505

cherehire des bois sacrés, et croit sentir s^émouToir sous les fleurs le sein de la Matrone des forêts. Il s'élêye sur les cimes, il descend au fond des gouffres, il appelle : Érohé! Érohc ! puis, quand le soupir des Oeéiiis lui répond, h la volupté se mêle le dàespoir de ne pouvoir alteindre cet infini décevant. 11 épuise la coupe de Torgie ; sa soif s*acr croit encore; il se déchire de ses innins; son corps garde d'affreux stigmates, et toujours il suit la grande Madone araoureiise, qui toujours se dérobe au bout de Thorizon sur son char attelé de lionnes rugissantes. Il voit la trace des. roues sur la rosée brûlante ; il s'en approche; il s'obstine, jusqu'à ce que, haletant, éperdu, ne sacliant plus de quel coté se tourner pour embrasser Tamante, il la yoit un jour monter dans les cieux épurés de Syrie, sous la figure de la Vierge immaculée du christianisme; car il fallait qu'il eût visité de su terclio toute l*enceinte de la matière et des corps, avant de consentir sans retour à chercher sa volupté, par delà Tunivcrs visible, dans un amour plus insatiable que l'amour des Ménades. >

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