‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 88 sur 135 · VI. DU CONCILE DE TRENTE ET DE l/ULTRAMONTAXISME · texte numérisé non relu

VI. DU CONCILE DE TRENTE ET DE l/ULTRAMONTAXISME

Le concile de Trente ouvre Tère moderne du catliolicîsnie romain. Deux contemporains, en deux sens opposés, en ont raconté Thistoire, le vaillant moine vénitien Sarpi et le jésuite Pallavicini. D'après eux, Edgar Quinet pénètre l'esprit et dénonce le but final delà réaction ultramontaine qui dure encore.

Jusqu'àla Révolution, démontre riiistorien des religions, le monde civil s'est moulé sur les formes de la société spirittielle. D'abord l'évêque est nommé aux acclamations du peuple ; le roi est élevé sur le pavois. Les évêques forment entre eux une sorte de république féodale ; elle est le type de la féodalité des barons. Grégoire VU et ses successeurs, appuyés sur la plèbe des ordres mendiants, humilient les évêques, fondent la monarchie spirituelle ; les rois imitent les papes, et la monarchie temporelle s*organiseà travers toute l'Europe catholique. Au quinzième siècle éclate le grand schisme, la papauté a Irois têtes ; de môme, on voit, pour ne citer qu'un exemple, deux rois en France , un français, un anglais. Au soulèvement des conciles de Baie, de Constance, contre l'autorité papale, répond l'explosion des communes en France, des parlements en Angleterre , descortès en Espagne. Les conciles déposent le souverain pontife, les assemi3lées politiques déposent Tempereur et les rois.

* VVliramontanismeou VÉglue romaine et la Société moderne ^ SMecon; aa tome U des Œwfrâs complètes'

3i8 LES REUGIONS MODERNES.

Les deux derniers conciles, celui de Florence, celui de Trenle, ont un caractère diamétralement opposé. A Florence, la papauté cherchait, annonçait la réconciliation de l'Orient avec TOccident. A Trente, on ne parle plus de réunir le Nord et le Midi. La papauté s'arme pour la bataille, pour la destruction de Tennemi. Aussi n'invile-t-elle point , comme autrefois , toute la terre à prononcer entre Luther et Rome. L*illustre assemblée n'est universelle que de nom. Elle se compose de cent quatrevingt-sept prélats italiens, trente-^eux espagnols, vingt-six français, deux allemands; l'Orient et le Nord n'y sont point représentés. A cause de cela, le roi de France a raison de lui refuserle litre de concile. Ce n'est en réalitéqu'un conciliabule où le pape réunit ses complices pour tramer un pieux coup d'Êtatcatholique. Déplus, le modede délibérations est change. Jadis Ton votait par nation ; ici. Ton vote par télé. Or Comptez les prélats italiens, et voyez comment doivent sûrement être traduites les inspirations de l'Esprit-Saint. En Italie, sous l'effort constant de la papauté, le monde temporel avait disparu sous le spirituel. Appliquer les\slème italien à l'Espagne, à la France, à l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'univers, voilà ce qu'entend le concile de Trente, voilà ce que veut l'ultramontanisme. Eu dépit des protestations françaises, espagnoles, germaniques, malgré les cris des évéques espagnols et la retraite des ambassadeurs français, par la majorité italienne de l'assemblée soi-disant œcuménique, la nouvelle organisation ecefcsiastique est fondée.

A quoi tend cette organisation? A paralyser l'aristocratie des évéques par la démocratie des ordres mendiants et celle-ci par la garde prétorienne que vient de fonder Loyola. L'Eglise du moyen âge, en droit, monarchie tempérée par des conciles, devient, en fait, monarchie absolue.

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