DES JÉSUITES
Tels sont les jésuites chez eux. Au dehors, comment se traduisent-ils? D'abord par leur éducation tant vantée. Dans leurs collèges, leur machine à instruire semble produire les plus merveilleux effets. « En moins de rien, dit M. Michelet % vous verrez leurs écoliers, Cicérons improvisés, faire la stupeur de leurs parents; ils jasent, ils latinisent, ils scandent, docteurs à quinze ans et sots à jamais. » Extérieurement, l'éducation jésuitique est parfaite; intérieurement, absurde et fatale. Tous les vices des maisons de rOrdre sont transportés dans les collèges : Tenfant y apprend à obéir, à rapporter, à ne pas penser et à mentir, ftlentir d'homme à homme et d'homme à Dieu, c'est tout le jésuitisme, soit qu'il rende le repentir aisé et le renouvellement du péché facile par la tliéorie des cas de conscience ; soit qu*il accepte contre le protestantisme le dogme de la Renaissance, le libre arbitre et le salut par les œuvres, sauf à le rejeter plus tard; soit qu'avec le Sacré Cœur il sache mêler le sensualisme au mysticisme, faire de la prière un chatouillement des cœurs blasés, et de la dévotion un roman très-propre à couronner tous les autres; soit qu'il applique à la science ce que M. Michelet nomme avec tant d'esprit <x la vaccine de la vérité \ » à Copernrk opposant un Coster, qui enseigne c< d'une manière également instructive et agréable, » et ainsi ajourne Galilée, etc., etc. M. Quinet a eu raison de nommer les jésuites les « pharisiens du christianisme, » et de lancer, au nom du monde moderne, l'anathème contre « ces sépulcres. »
« Ou le jéftuîtisine, dit-il, doit abolir Tesprit de la France, ou la France doit abolir Tesprit du jésuitisme. » — « Je vois dans le passé, ajoute-t-ii plus loin, je vois le jésuitisme s*emparer de Tesprit pour le
'U lÀgueel Henri IV, p. 112.
* id„ p. 109.
matérialiser, de la morale pour la démoraliser, et je désire passiomié ment que personne ne s'empare do la liberté pour la tuer. »
Dès rorigine, la Société de Jésus ne borna pas son but à la destruction du protestantisme par la ruse et par la force. Elle voulut du même coup, rivalisant avec les anciens ordres, Dominicains, Franciscains, Augustins, étouffer l'idolâtrie dans les pays nouvellement découverts d'Amérique et d'Asie. Mais le catholicisme, en général, et le jésuitisme en particulier étaient-ils propres à tenter une œuvre aussi vaste, aussi humaine que celle de la réconciliation de l'Orient avec rOccidont? A la reconnaissance mutuelle et à la fusion des deux calholicismes, le romain et le bouddhiste, l'enthousiasme de François Xavier, introducteur de la Société de Jésus dans l'Inde, n'avait pas suflO. Les missionnaires jésuites, ses successeurs, apportant avec eux les Constitutions^ et remplis de l'esprit de Loyola vieilhssant, tentèrent de faire tomber la société orientale dans un piège inouï. Pour elle, ils inventèrent un christianisme menteur, qui ne montrait du Christ que ce qui devait plaire aux esprits orientaux, Tincarnation, l'adoration des rois mages, la résurrection triomphante, tout — hormis la passion. De la sorte on gagnait quelques dupes et on les baptisait, sauf à leur dire quelque chose de la vérité j le baptême reçu. De plus, comme Ton cachait le Christ nu, persécuté, martyr, l'ami des humbles et des esclaves, de même on laissait dans le néant les classes déshéritées; on allait jusqu'à leur refuser les sacrements, pour mieux convertir les hautes classes, sauf, sans doute, à évangéhser les autres plus fard, en temps opportun!. Quel fut le résultat des missions jésuitiques, entreprises avec une politique si rafiinée? Dans l'Inde, comme te montre Edgar Quinet, les jésuites ont fait repousser l'Evaagile par les indigènes; ils ont ouvert la voie aux Anglais,