‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 99 sur 135 · L'ÉGLISE ET LE DIX-HUITIËME SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET LE DIX-HUITIËME SIÈCLE

s'est jamais trompé sur la tradition de la France et du monde moderne.

Alors que nos pseudo-philosophes et nos néo-catholiques s'unissaient pour renier nos grands-péres, Hegel, si peu enthousiaste, saluait le dix-huitième siècle comme rère fondamentale de la pensée; Goethe recueillait Voltaire exilé et traduisait Diderot ; lord Byron se faisait disciple de Rousseau et s'efforçait de le réconcilier avec son ancien rival ; enfin la philosophie d'Outre-Rhin, de Kant à Schleiermacher, commentait, développait la Profession de foi du Vicaire savoyard, tandis' que la critique, de de Wette à Strauss, achevait l'œuvre de démolition des encyclopédistes et du sublime vieillard de Ferney.

H. Nichelet, complétant ici son frère d'armes, résume admirablement la marche du grand siècle dans l'élaboration de la justice. D'abord, en 1748, VHistoire naturelle de BufTon commence à remettre l'ordre dans la nature, et, peu après, en 1751, YEnqiclopédie de Diderot et de d'Alembert s'essaye à condenser, a à vulgariser toute science et tout art. » Ces fortes assises étant posées, l'homme apparaît sous trois figures : Montesquieu, Voltaire, Rousseau, et trois interprètes du juste. » Montesquieu cherche la justice à travers le monde entier, « mais la justice fuit devant lui, » il ne la voit jamais que mobile et relative; de la loi il ne saisit que le rapport, l'abstraction, non la vie. « Montesquieu écrit, interprèle le droit, Voltaire pleure et crie pour le droit, et Rousseau le fonde ^ »

Edgar Quinet salue ainsi Voltaire, le pape, le Grégoire VII du monde nouveau :

« Pourquoi cet homme s'est-il assis sans contestation sur le trône des Esprits? C'est que d'abord il faisait bien souvent l'œiiTre ic-

' But, de la Bévolutiim, t. h introduction,

serrée dans le moyen Oige 2à la papauté? Partout uù éclate la vii>- Icnce, rinjustice, je le toîs qti la firappe de ranatlième de i*Esprit. Qu'importait que la violence s'appelât Inquisition, Saint-Barthélemv, Guerre sacrée? il se plaçait dans une région supérieure k la papaiité du moyen âge. Dominant toutes les sectes, tous les cultes, c'était la première fois que Ton voyait la justice idéale frapper la \ioleiKe ou le mensonge partout où ils apparaissaient.... Voltaire est Tange

il 'extermination envoyé par Dieu contre son Église pécheresse il

ébruiile avec un rire terrible les portes de TÉglise qui, posées par saint Pieire, se sont ouTertos pour les Borgia. C'est le rire de Tesprit universel Au nom des générations muettes que rÉglise de?ait consoler, il s*armc de tout le sang qu'elle a versé, de tous les bûchers, de ous le*< échafauds qu'elle a élevés, et qui devaient tôt ou tard se retourner contre elle.... L'esprit de Voltaire se promène ainsi sur la face de la cite divine ; il frappe à la fois de l'éclair, du glaive et du sareasme. C*est la vengciince de Dieu trompé qui a pris Tironie de rhomme pour instrument de colère. •

Mais n*y a-t-il dans Voltaire qu'un briseur d'idoles? Non, « Il y a chez lui un autre homme ; plein de ferveur, celui-ci établit sur les ruines Torthodoxie du sens commun, » et « enveloppe la terre entière dans le droit de l'Evangile. »

i Voltaire, dit M. Michelct^, est celui qui souffre, celui qui a prû; pour lui toutes les douleurs des hommes, qui ressent toute iniquité... Martyr, victime universt*lle, c*est lui qu'on égorge à la Saint-Bartbé> lemy, lui qu'on enterre aux mines du nouveau monde, lui qu'on biùle à Sévillc, lui que le parlement de Toulouse roue avec Calas... Il pleure, il rit dans les souffrances, rire terrible auquel s'écroulent les bastilles

(les tyrans, les temples des Pharisiens Voltaire est le témoin «le

Dieu, son apôtre et son martyr. »

Voltaire est le fondateur de cette Église humaine dans laquelle chacun vit, sent, souffre et se réjouit de la vie, flu sentiment, de la souffrance et de la joie de toute l'humanité présente et passée.

H Voilà pourquoi, ajouterai-je avec Edgar Quinet, ta terre a pro- * Hiit. de la Mvolution, t. I, introduction.

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