L'ÉGLISE ET LE DIX-IIUITIÈME SIÈCLE
clamé cet homme comme la parole vivante de rhumanité dans le dixhvdtiime siècle. On ne sVst pas trompé sur les apparences ; il déchil'ait la lettre; il fiiisait éclater Teaprit universel. Voilk pourquoi nous le proclamons encore. »
Voltaire avait frappé le catholicisme avec les armes catholiques, surtout avec la tradition renouvelée, avec T histoire arrachée à Yinfàme et rétablie sous son vrai jour. Pour le compléter, il fallait Rousseau, issu de la Réforme et armé de ses armes retrempées, la logique, le raisonnement, Tautorité individuelle, l'éloquence intime. « Par lui, dit M. Quinet, Tâme-de la Révolution du seizième siècle passe dans la Révolution française; il rend, plus encore r{ue Voltaire, Rome inconciliable avec la France. » — Pour créer le droit, il prend son cœur pour point d'appui, et il est résumé tout entier par cette phrase de Mirabeau : « Le droit est le souverain du monde. » II réveille les esclaves en leur criant : a La volonté générale, c'est le droit et la raison, » et, sous le souffle de son inspiration pénétrante, tous les cœurs sont reunis. Dans la Profession de foi du Vicaire savoyard ^ M. Michelet le voit identifier Uieu et le droite M. Quinet le montre officiant sur Tautel du Dieu inconnu et posant la première pierre de la religion et de la société de l'avenir.
Voltaire et Rousseau sont et seront à jamais les deux pôles de la France. L'un et Tautre ils sont peuple, profondément peuple; Rousseau par la chaleur de Fâme, le don des larmes et la soif du juste absolu; Voltaire par son amour du vrai, du positif et du réel, par son attachement i la vie humaine et sa philanthropie sans bornes, par sa répulsion pour les vaines subtilités, les abstractions périlleuses et lli scolaslique, enfin par sa loyauté, par <x sa haine pour Tartuffe (religieux, politique, philanthrope, peu importe). » — Ces deux hommes, ces deux génies, récon-
ciliés après la mort, couchés côte à côte dans notre Panthéon, nul désormais ne les séparera sans couper en deux la France elle-même; ils restent assis sur le même piédestal, comme le proposait George Sand, comme le veulent MM. Michelet et Quinet, et si ce piédestal manque à nos places publiques, il est dressé dans le cœur de chacun de nous. ^u\ ne Ty détruira, nul ne transformera le temple intérieur en une église du moyen âge.
Diviser, c'est la tactique de Tennemi. Unir dans la vérité et dans Tamour, telle doit être la nôtre. Si donc on nous demande : Qui préférez-vous dans le dix-huitième siècle? répondons : Le siècle entier I et, avec Edgar Quinet, énnmérons ses œuvres :
« La charité étendue à tous les esprits, la commuiiion des nations dans un iiiènie droit, le bourreau dont vous faisiei avec M. de Haistre le lien de Tussociation humaine n'en étant plus que Phoireur, les peuple? se tenant peu à peu par la sympatliie d*une même cause comuie ils se touchaient auparavant par la haine ; la dignité de chacun sauvée et établie sur la conscience du Dieu intérieur ; Toscbvage, si longteinp> maintenu par TËglise, ellacé d'ai/^rd par Thérésie; Tunilé de l'humanité non plus seulement aperçue, mais fondée ; le droit divin passant de quelques-uns à tous : voilà la cité nouvelle qui s'élève. Déjà elle snrt de terre ; elle vous enveloppe ; et les aveugles demandent encore où sont ses tourelles, où sont ses basiliques de marbre et de porphyre ! »
Que le dix-huitième siècle cependant ne soit pas subi par nous comme une chaîne intellectuelle ; acceptons-le tel qu*il a été, non un système, mais « un foyer d^esprit. » fjes Voltaire, les Rousseau, les Montesquieu, les BufToii, les Diderot, les d'Alerobert ne veulent point èlre adorés, ils veulent qu'on les continue. Donc, comme dit Edgar Quinel : « Vous les honorerez en ne les imitant pas, c'eslà-dire en faisant ce qu'ils n'ont pas pu faire. » Et, ajouterai-je, en conservant, en défendant jusqu'à la mort ce qu'ils nous ont légué.
L EGLISE ET LA REVOLUTION. r>75