LA VIE DE JÉSUS. — PROMÉTHÉE
au sein de l'anliquité païenne, le poêle a fait à ]a fois, et « la figure de T humanité religieuse », et la représentation du combat qui se livre en chacun de nous, <c du drame intérieur de Dreu et de Thomme, de la foi et du doute, du Créateur et de la créature, » drame divin « qui ne fi-' nira jamais ^ » Par là, Prométhée se rattache à une vaste histoire philosophique des Religions, dont M. Quinet avait déjà conçu le plan et qu'il allait bientôt commencer à écrire.
Quand on considère la variété des œuvres que publia Edgar Quinet durant les dix premières années de sa vie littéraire, on ne se lasse pas d'admirer et la haute intelligence qu'il fallut pour les concevoir, et le prodigieux travail au prix duquel elles furent préparées et parfaites. A toutes les époques de son existence, comme pendant la première, philosophie, bistoire, critique^ poésie et reli- <;ion, tous les genres, tous 1^ sujets se succèdent dans ses livres et sembleraient s'y méier, s^y confondre, si l'on ne voyait, en les lisant avec attention, que toutes ces oeuvres, si variées de fond et de forme, se tiennent et se complètent, obéissant à la même impulsion, sedingeant vers le même but. Toujours occupé d'un ouvrage principal, M. Quinet ne s'y absorbe jamais au point de ne pas attendre ce qui bruit et s'agite autour de son cabinet de travail. Il écoute, au contraire, et, dès qu'il le faut, il est prêt à se précipiter dans la lutte du jour; il ss^t, sans compromettre le principal, aviser au plus pressé. M. Quinet, — et c'est là ce qui constitue son originalité, — ^ est aussi bien organisé pour la polémique d'actuaUté que pour la réflexion tranquille. Il unit deux choses qui sembleraient inconciliables : le talent du journaliste au génie
^ T. VII des Œiwres complètes^ préfooe de 1838.
du penseur, la fécoudité de riiomme d'imagination à la profondeur de Fliomme de science. Sans doute toutes ses œuvres sont discutables, mais au point de vue des idées plus qu'au point de vue de la forme. Aucune, feuille volante ou livre, aucune . n'est médiocre. Edgar Quinet reste toujours à la hauteur de lui-même.
Ici commence la vie militante d'Edgar Quinet.
Comme elle se mêle, surtout de 4840 à 1852, à l'histoire générale de nos luttes politiques, religieuses et sociales, pour en donner le récit complet, il faudrait ouvrir un vaste cadre, au milieu duquel cette étude particulière se trouverait, pour ainsi dire, noyée. Je n'insisterai donc que sur quelques points, sur ceux qui concernent spécialement le professeur, le représentant du peuple,- et ses œuvres. Ce sera, non un tableau, mais un simple dessin, très-incomplète esquisse d'un coin du grand tableau qui devra être achevé quelque jour, à la gloire de la jeunesse française.
C'est à la fin de 1838 qu'Edgar Quinet, jusqu'alors simple homme de lettres et Hbre philosophe, entra dans l'enseignement public. Chose à remarquer des l'abord, c'est qu'il ne s'était pourvu d'aucun des grades universitaires supérieurs quand M. de Salvandy le nomma professeur des littératures étrangères à la faculté des lettres di^ Lyon *. Se réservant précieusement toute la liberté de ses
* Au commencement de 1839, le 25 janvier, il soutint publiquement à Strasbourg une double thèse pour ie doctorat es lettres : une thèse fran-
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