INTRODUCTION. T
mêmes, régénérer d'un bout du globe à l'autre ceux qui avaient pas eu le bonheur de boire à là source de vie. Oh! nous nous en souvenons, en ce temps-là le Collège de France était vraiment le Collège du monde!...
Aujourd'hui que leurs chaires sont vides, les deux frères iatellectuels, Quinet et Michelet, prêchent encore, non plus de la voix, mais du livre. Les cœurs, si sympathiques naguère, comprennent-ils aujourd'hui et recueilleront* ils leurs viriles pensées?
En dépit des apparences tristes, lorsque je vois les orateurs debout, 6dèles à leur foi, aussi éloquents de la phime qu'ils l'étaient jadis de la parole, non, je ne puis, je ne veux pas croire à la dispersion, à la disparition de cet auditoire a d'âmes neuves que le souffle d'aucun mensonge n'avait ternies n et qui jurait de travailler sans cesse à ce que « la France conservât et accrût ses droits à se dire la conscience du genre humain. » Je n'y puis, je n'y veux pas croire, parce que je sens que si, une fois, l'on a bu du vin de la libre pensée, pour sa vie entière on en reste enivré.
Que M. Quinet ne se figure donc pas élre le jouet des mirages de sa solitude, lorsqu'il ose affirmer « l'alliance des âmes qui se sont unies un jour dans la recherche désintéressée de la lumière et de la vérité. » — Ses auditeurs d'autrefois, il les a retrouvés dans les premiers lecteurs de ses Œuvres complètes.
Quoique notre époque soit entraînée en avant, — car le progrès dévie mais ne s'arrête pas, — par un mouvement matérialiste irrésistible qui semblerait la pourrir afin d'en précipiter le renouvellement ; quoique le public, presque tout entier, paraisse être uniquement préoccupé de ses intérêts égoïstes et ne s'inquiéter guère des intérêts héroïques de la pensée; malgré les choses et malgré les
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4 L'HOMME, SA VIE ET SON IiSFUJEKCE.
hommes, les Œuvres complètes d'Edgar Quinet ont été publiées juste à Theure nécessaire. Qu'elles obtiennent ou non un succès de librairie éphémère, en ce temps où la vogue court au-devant du médiocre, du faux, du scandaleux surtout, peu importe ! Ces œuvres, issues d'un génie mâle, pur, honnête, ont déjà une inappréciable utilité de circonstance, en ce qu'elles nous forcent à rappeler à la foule :
Que tout corps a une âme ;
Que toute âme a une conscience ;
Que les sociétés, elles aussi, sont des corps et qu'elles ont des âmes qu'elles ne doivent point oublier de nourrir, des consciences quelles sont tenues de satisfaire.
Mais, à quoi bon, disent les nonchalants, — ceux qui ont intérêt è^ ne pas se souvenir, ceux qui ont peur d'apprendre, — à quoi bon recoudre l'une à côté de l'autre des œuvres que le hasard a dispersées, des œuvres qui jadis ont soulevé des tempêtes dont les causes, prétendrait-on, n'existent plus? Est-ce donc que Ton espère, avec elles et par elles, réveiller ces tempêtes, car les œuvres de polémique violente se dévorent sur l'heure, et, l'heure passée, ne méritent guère d'être relues?
Non certes, cette réunion d'ouvrages épars et dont un grand nombre était devenu introuvable, ce groupement^ si j'ose dire, de la pensée d'un homme rendu célèbre autant par les inimitiés qu'il a soulevées que par sa valeur propre, n'a ni cette utilité, ni ce but.
Qu'on parcoure aujourd'hui ces œuvres ; qu'on résume, qu'on synthétise l'idée reçue, l'émotion éprouvée à la lecture de chacune d'elles ; puis, qu'on embrasse l'ensemble d'un large coup d'œil, — on reconnaîtra bien vite le lien intime, il est vrai, mais solide, qui les unit les unes aux autres, ces pages que l'on eût cru tout d'abord étran-