‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 3 sur 109 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

gères et contradictoires; on verra, à ne pas s'y tromper, qu'elles sont comme les branches différentes d'aspect et de forme d'un même arbre, que la même sève y court, qu elles composent un grand livre, multiple par ses chapitres, un par Tidée dont il est le développement logique et la représentation.

Chose plus remarquable encore! qu'il ait abordé les problèmes les plus ardus de la philosophie de T histoire et de la philosophie des religions, qu'il se soit vaillamment essayé à ressusciter le poëme épique dans la littérature française, à faire du drame le fidèle servant d'une idée; qu'il ait, avant tous, posé, après tous, défendu la sainte cause des nationalités; qu'enfin, s'associant à un mort oublié, unissant à l'héroïsme de l'homme du seizième siècle l'héroïque intelligence de l'homme du dix-neuvième, il ait déclaré au miUeu du silence, la guerre au vieux culte; — Edgar Quinet, s' essayant, s'améliorant, se répétant, s' expliquant, se condensant lui-même, n'a pas cessé un seul instant de suivre une direction toujours ascendante. Et encore n'a-t-il pas achevé son œuvre 1

Edgar Quinet a vécu dans l'époque précédente : il y prit son point de départ pour s'élancer au delà. 11 vit dans la nôtre, élargissant à l'infini l'idéal par lui découvert. H vivra dans l'époque future, car, — maintenant qu'arrivé à la maturité de son âge et de son talent, il résume quarante années d'études, — comme pour tirer la conclusion logique mais implacable de tout ce qu'il prouva, il prononce avec le calme et la dignité de la force une de ces paroles qui comptent dans un siècle. Écoutez plutôt les défenseurs du fantôme qu'il poursuit ! Et jugez à leur rage si la plume de cet historien, de ce poète, de ce philosophe n'est pas, aujourd'hui même, une massue!

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Ainsi ses ennemis ont pris la peine de le faire grand. Serait-ce à ses amis de le faire plus petit qu'il n'est? Non.

Quant à moi, humble élève, disciple volontaire, qu'il n*a jamais vu peut-être et dont à peine il connaît le nom, je tiens à lui rendre ici Thommage que lui doit la jeunesse française. Cet hommage ne sera point une glorification banale de sa personne, de ses actes, de ses livres; mais un examen sérieux de sa vie et de sa pensée, examen entrepris, sans doute, avec une respectueuse sympathie, achevé avec la plus complète indépendance.

Deux mots encore avant de commencer.

Ce n'est point sur un champ de bataille que je prétends altirer mes lecteurs en les entretenant d'Edgar Quinet et de son œuvre. Mon intention est moins périlleuse et d'un ordre plus élevé. L'œuvre et la vie du maître me serviront à donner, avec un des plus curieux épisodes de l'histoire de rintelligence française au dix-neuvième siècle, un grand enseignement philosophique, un exemple de travail et de foi, bon à suivre, quoi qu'il semble.

Efforçèns-nous donc d'oublier que la parole de l'exilé résonnait hier encore à nos oreilles attentives. Reculonsnous de trois, de quatre siècles en arrière, ou plutôt avançons-nous loin, bien loin de nous-mêmes, de nos dégoûts et de nos passions. Sachons considérer ces livres et cet homme, comme si nous les retirions d*un passé assombri, où chacun peut porter librement la lumière.

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