‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 31 sur 109 · CRITIQUE DE U CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE U CRITIQUE

putée impeccable, n'aurait-on pas détrôné, renié le peuple de France, érigé en Peuple de dieu ?

Inutile question, direz-vous ! — Inutile? Non pas, car il s'est trQj^vé des défenseurs libératix de l'ancien système qui ont voulu considérer le violent appel d'Edgar Quinet à la saine raison et à la justice comme un anathème injuste et déraisonnable, lancé contre le passé en haine du présent, par un. vaincu, dont les douleurs de l'exil auraient troublé l'intelligence, au point que, de désillusion en désillusion, il serait descendu jusqu'à douter de l'avenir, jusqu'à porter témoignage au détriment de cette cause même, pour laquelle il souffre. S'efforçant de prouver la vérité de leur point de vue, ces doctrinaires en retard recommencent la critique de la critique de l'histoire de France oiTicielle, c'est-à-dire remettent en place les vieilles afiOrmatiens, rasées par la récente négation.. Ici, ij^ font ressortir les avantagea matériels de la conquête, du nivellement et du despotisme, lequel, selon eux., n^usurpa que des usurpations.. Là, ils posent en principe acquis que la Réforme n'a introduit dans le monde aucun dogme nouveau, et que la France a agi suivant ses intérêts véritables en repoussant, on sait de quelle manière, ce faux protestantisme, qui n'avait rien de positif à ajouter à son génie. Plus loin, ils reprennent Yidéal de Vunion spirituelle de l'Europe au moyen âge sous la domination de Rome papale et subordonnent les nationalités et les gouvernements, formes essentiellement variables et en tous points secondaires, aux intérêts généraux de la civilisation {civilisation ne signifiant que bien-être). Enfin, ces restaurateurs de la philosophie historique, positive, fataliste et théocratique, ne manquent pas de couronner leur thèse par un argument ad hominem : ils relèvent avec énergie les accusations jetées par le proscrit à la face de sa patrie ingrate (ou

juste?); ils engagent la jeunesse à se séparer an plus vite de son ancien maître, égaré dans une voie fuiieste, et à se tourner vers les pères qui, au lieu de détruire avec rage et de nier dans le vide, affirment et créent dans la réalité !

A fout cela la réponse est aisée.

S'il a mis en pièces le système de ses adversaires, — parce qu'il est persuadé que « le premier acte d'affranchissement, de régénération pour un peuple, est... de confesser ses fautes et les iniquités de ses pères » (Esdras, livre II, chapitre ix), et que « cet aveu précède tout, même la reconstruction de la cité sainte; » — M. Quinet, n'a point en même temps détruit sa propre doctrine. Après avoir lu la Philosophie de l histoire de France^ relisez, approfondissez tout ce que M. Quinet a écrit et sur Herder et sur Vico; tout ce qu'il a de lui-même affirmé et prouvé. La cité des principes reste encore dans le ciel de la pensée ; et toujours la colonne de feu du progrès guide les générations vers l'avenir infini.

' Parce que M. Quinet a montré que la France, à telle ou telle époque de sa vie, a commis des fautes, des crimes, s'est arrêtée, a reculé quand elle eût dû avancer d'un hond héroïque, il n'a pas renié la France, il n'a point arraché l'auréole qu'a méritée, en se sacrifiant tant de fois pour la cause du genre humain, cette sainte Jeanne d'Arc des nations. Nul n'a cru, ne croit davantage en elle, nul n*a plus agrandi, divinisé son rôle. Mais, s'il aime la patrie, ce patriote républicain, ce n'est certes point comme la terre classique de la conquête et du despotisme unitaire ; c'est comme la mère bénie de la Révolution, mère féconde, grosse encore du salut du monde, et qui se doit à ellemême de rester libre et forte ou de le redevenir, pour que mûrisse et naisse le fruit caché dans ses entrailles.

En thèse générale, voici simplement ce que combat, ce

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