LA REPUBLIQUE DES PUOYIKCRS-UNIES
lande du passé u'est, à proprement parier, qu^une !>iiii* pie biographie. Mais, même élant ainsi réduite, celte œuvre, — vie à la Plutarque écrite psw* un révolutionnaire de génie, — prend une importance considérable , quand on songe que « les morts ne reviennent pas s'ils n'ont quelque chose à dire aux vivants ; » quand on considère quel sublime exemple de foi, de pénétration, d'audace, de persévérance, Philippe de Marnix de Sainte-Aldegoude offre aux hommes du dix-neuvième siècle, affaiblis et hésitants, quelle étonnante actualité ont encore aujourd'hui les fortes paroles qu'il prononçait ii y a trois cents ans.
Qu'est-ce, en effet, que Marnix de Sainte-Aldegonde? — le plus grand citoyen et de la Belgique et de la Hollande, car il s'épuisa en efforts, par malheur, inutiles, pour réconcilier et unir les races wallonnes et flamandes contre Fennemi commun, le tyran, Tenvahisseur espagnol ; — le rédacteur et le premier signataire du Compromis des nobles et de la déclaration de guerre adressée, sous forme de requête, à la gouvernante Marguerite de Parme ; — le questeur de ces Gueux, dont Brederode eut Ihonneur d'être le chef, et qui surent tenir tête au plus riche, au plus puissant empire du monde; — l'exilé, fortifié par l'exil, préparant à l'étranger l'affranchissement de ses concitoyens, mettant Tépée de la patrie aux mains du Taciturne, le jetant au milieu des masses, prince transformé en chef révolutionnaire ; — le tribun et le premier orateur des états généraux de Dordrecht, « ce concile de Trente de la liberté ; » — le prisonnier de Requesens, chargé de pacifier la révolte et préférant rentrer dans sa prison que de laisser les Espagnols tromper, grâce à lui, ses compagnons d'armes ; — Fauteur de la Pacification de Gond et de la Paix de religion; — le collaborateur de Guillaume au plan qui devint V Union d'Utrecht, pacte fon-
damental de la république des Provinces-Unies ; — le négociateur des alliances étrangères de la république naissante ; — le hardi défenseur des droits d'un peuple, de rindépendance nationale et religieuse par-devant la diète d'Allemagne réunie à Worms; — le dernier général debout sur la brèche, quand tous désespéraient, après l'assassinat de Guillaume d'Orange ; le vaillant et l'habile défenseur d'Anvers^, qui contraignit, après un siège de treize mois, Alexandre Farnèse à accorder une capitulation honorable à une ville de cent mille âmes, épuisée de vivres et de munitions.
Et ce n'est pas tout. Soldat, diplomate, tribun, conspirateur, héros par la parole et héros par l'action, Marnix de Sainte-Aldegonde est encore un héros comme écrivain. Digne élève de Calvin et de Théodore de Bèze, frère de notre Duplessis-Mornay et de notre d'Aubigné , précurseur de Pascal et du Vicaire savoyard^ il a créé la langue hollandaise par sa traduction de la Bible en langue vulgaire. Auteur du WilhelmUrS Lied, l'hymne rustique des « pôvres gueux, » il a mérité de son siècle même le titre de Tyrtée de la république néerlandaise. Il s'est élevé audessus de tous les pamphlétaires du monde par les Momhes à miel de la ruche romaine , gigantesque satire populaire de l'Église, mille fois plus audacieuse que les CoUoqties et la Folie d'Érasme, que le Gargantua et le Pantagruel de Rabelais, et même que les Triades et les Brigands d'Dlric de Hutten. Enfin, d'avance il a dépassé les plus terribles ennemis des superstitions et des usurpations catholiques, y compris Voltaire, dans son chef-d'œuvre, le Tableau des différends de la religion^ écrit en ce robuste langage de nos
* On Tante les sièges de M. Thiers. Que dire du siège d'Anvers par Ed^ar Quinet! C'est aussi précis qu'un rapport militaire, aussi vivant qu'une bataille, aussi brillant qu'un tableau, aussi grandiose qu'une épopée.
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