LA RÉPUBLIQUE DES PROVINCES-UNIES
pères de la Renaissance, et où le papisme se trouve, non pas discuté, non pas même raillé, mais dévoilé, déshonoré, « étouffé dans la boue. »
Autour d'une personnalité, déjà si puissante par ellemême, — « pour lui rendre la part d'influence et de vie à laquelle (elle) a droit dans le développement continu des choses humaines, » — le biographe range Thisloire entière des troubles des Pays-Bas du début au triomphe de la Révolution, et cette histoire, mieux qu'aucune autre, <( montre ce qu'il faut faire pour ôter la liberté aux hommes ou pour la leur rendre. » — Ce n'est point le portrait de Marnix, achevé par le maître, qui doit être ici examiné en détail ; ce qu'il importe de faire ressortir, c'est la leçon que l'œuvre d'Edgar Quinet donne, non aux individus seulement, mais aux peuples.
La révolution , dans les Pays-Bas , eut , dès l'origine, un avantage essentiel : elle vit ce qu'elle était, ou elle allait. Si les Pays-Bas s'insurgèrent contre la domination matérielle des Espagnols, ils se révoltèrent aussi contre la domination morale du catholicisme du concile de Trente. Du reste^ Philippe II se montra fort inhabile en abandonnant au plus vite le terrain légal et politique , sur lequel il eût pu facilement égarer ses sujets ; en se déclarant ouvertement l'implacable ennemi et de la liberté civile, et de la nationalité, et de l'hérésie. De la sorte, il prouva au peuple que son idée première était raisonnable et qu'il n'avait d'autre voie de salut que de sortir de la religion de son maître.
La question étant ainsi posée de part et d'autre, la révolution se développa logiquement. En vain l'Espagne essaya d'asservir ces fières communes de Flandre qui, les premières, avaient fait l'apprentissage des libertés civiles, et de « les murer toutes vivantes, toutes avides d'avenir,
a dans la prison du Saint-Offîce. » Rien ne réussit, ni Tastuce de Marguerite de Parme, ni les calculs ingénieux de Granvelle, ni même la hache du duc d'Albe, qui fut émoussée par l'héroïsme des martyrs et brisée par la rage de leurs vengeurs. Afin de ne pas tout perdre, il fallut brusquement changer de système. Les tempéraments de Rcquesens, les caresses de don Juan , les corruptions élégantes du duc de Parme eurent au moins un résultat : les vainqueurs furent divisés. Le Midi, dépeuplé, rentra et resta dans la foi orthodoxe, soumis à Flnquisition, à la tyrannie du Vatican et à la papauté de TEscurial. Le Nord, au contraire, affranchi pour jamais et de l'étranger et du catholicisme, s'épanouit dans la plénitude de la vie républicaine, disputant aux flots un peu de terre pour y planter le drapeau de la liberté , agrandissant la patrie indépendante de toute Timmensité des Océans.
Sans doute, la révolution des Pays-Bas n'a pas réussi en son entier, — telle du moins que se figuraient l'avoir accomplie Marnix de Sainte-Aldegonde et Guillaume le Taciturne quand, le 15 novembre 1576, sur les bases de la liberté réciproque des reUgions et de l'union fédérative, Is si gnèrent la réconciliation des deux races. Mais si la réaction parvint à reprendre la Belgique et à la tenir immobile et silencieuse durant deux siècles, elle s'arrêta toujours devant la frontière hollandaise. En Hollande, la révolution , quoique assaillie de toutes parts, se soutint, se perpétua et resta indestructible. — 11 est utile de bien comprendre pourquoi et comment.
Eu 1577, la révolution semble avoir définitivement
triomphé de la force par la force. Que fait son ennemi?
Il ne combat plus, il flatte; il cesse de tuer, il trompe. A la
férocité sans miséricorde du duc d'Albe succède la grâce
charmante du victorieux bâtard de Charles-Quint ; l'autre
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