LA RÉPUBLÎQUB DE« PROVINCES-UNIES
mais fortifiée en vitalité, car elle n'avait plus leg dix provinces catholiques pour trahir, livrer les sept provinces protestantes de par le droit des majorités, la révolution hollandaise eut encore une épreuve redoutable à traverser intérieurement : la liberté de conscience. Dès le début, elle avait proclamé,, adopté sans réserve le principe final : la tolérance. La duplicité de ses ennemis et leur violence, surtout lors des massacres des Flandres, ne tardèrent pas à lui montrer où devait conduire fatalement la générosité du plus faible à l'égard du plus fort. Contre le catholicisme armé, le protestantisme, pour vivre , était tenu de rester armé. Si la tolérance est devenue, au dix-neuvième siècle, un principe de gouvernement et de civilisation, ce n'était, ce ne pouvait être au seizième siècle qu'une abstraction métaphysique, comme Ta si bien démontré Edgar Quinet.
« En effet, entre deux religions inconciliables... nulle paix véritable n'est possible, la première ne pouvant renoncer k recouvrer la domination absolue, ni la seconde à Tespoir de Tacquérir.... celle qui n'opprime pas est infailliblement opprimée. Pour que la tolérance devienne effective, il faut que l'espérance de tout reconquérir soit arrachée à Tune au moins de ces églises. » Tant que cela n'était pas, « le véritable adversaire de chaque faction religieuse, c'était la religion opposée, p
La Hollande comprit parfaitement quelle politique une guerre acharnée lui imposait : les états de Leyde votèrent à l'unanimité l'interdiction de l'ancien culte. Us fournirent ainsi au nouveau le seul moyen sûr qu'il eût alors de croître sans péril, et, d'autre part, ils garantirent la liberté nationale, en lutte avec le plus formidable empire de l'univers, contre des déchirements intérieurs dont tôt ou tard l'étranger eût profité pour s'introduire au cœur du pays, appelé, guidé peut-être par ses coreligionnaires.
« La révolution hollandaise a réussi : parce qu'elle s'e'it donnée pour base une révolution religieuse, parce qu'elle a osé profiter
de la victoire et la prendre au sérieux, parce quelle s'est donné le temps de grandir avant d'amnistier son adversaire et qu'elle l'a mis dans l'impossibilité de la surprendre, parce qiCelle a refusé toute capitulation avec le principe qui lui était inconcilialfle, enfin parce qu'abjurant le catholicisme, elle a coupé le câble qui la liait à la monarchie espagnole. »
Ces paroles d'Edgar Quinet, qui résuraent clairement toute l'histoire de la création de la Hollande par la volonté des Hollandais, n'ont besoin d'aucun commentaire.
La dernière exceptée, toutes les études d'Edgar Quinel, examinées précédemment, roulent sur les nationalités du midi de l'Europe. De Grèce enlîspagne et en Portugal. d'Italie en Roumanie, le savant démocrate proclame un même principe : l'unité des races méridionales. Dans son ardent amour pour ces peuples, naturellement frères, il ne veut point entendre les voix de malheur qui crient : Ils sont morts, les peuples du Midi I
« S'ils sont las, réplique-t-il, ils se reposeront ; s'ils sont assis, ils se relèveront ; s'ils sont morts, ils ressusciteront ; car ils sont nécessaires K I^économie de la société moderne, et leur place est mai^quée par les débris mêmes du catholicisme. »
Et il excite la France de la Révolution à jeter à ses sœurs la parole de vie, à fonder la première alliance, celle que l'on nommerait à bon droit la Ligue latine. Mais son œuvre, déjà si vaste, ne se borne pas là. Au Midi, il veut, d'avance, unir le Nord, et il prouve que telle est la tendance générale de la poésie, de l'histoire et de la vraie politique moderne,
* Allemagney dans Allemagme et Italie, RÉfOLUTiONs d'Italie. 1. 1, ch. v.; 1. II, ch. I*'. Essai sur les Œuvres de Hërdeii; Examen de la vie de Jésds, UltramarUanisme, leçon I", oux tomes II, III, lY, VI, des Œuvres complètes d' Edgar Qui net.
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que telle est encore la mission de la France , médiatrice naturelle par sa position et par son génie.
M. Quinet n'a de préférence pour aucun peuple, pour aucun groupe de peuples, à l'exclusion d'aucun autre. H les croit tous destinés à coopérer à l'œuvre commune de liberté , d'égalité et de fraternité , et il les convie tous h s'entr'aider pour briser les tyrannies qui les oppriment. C'est pourquoi, bien que s*occupant particulièrement du réveil et de l'union de la vieille race romane, il salue avec une affectueuse émotion l'apparition sur la scène politique de la jeune racé slave, et, en même temps , par-dessus le Rhin disputé, tend la main à la race germanique, lui prêche la concorde et l'amour, et sans cesse lui demande : « Dormez-vous ou veillez-vous, ma sœur? »
Edgar Quinet , dès sa première jeunesse, entraîné instinctivement vers l'Allemagne, sans pourtant renoncer à sa filiation éminemment française, a réalisé en lui-même l'union idéale du Midi et du Nord. Et c'est à cause de cela que ses études franco-germaniques, si profondes et si lumineuses, sont si sympathiques et aux Français et aux Allemands. Lorsque la France se contentait encore de l'Allemagne de fantaisie de madame de Staël, c'est lui qui l'initia aux secrets de l'Allemagne vraie ; et les travaux qu'il consacra à cette initiation, échelonnés de 1831 à 1858, forment en quelque sorte un tableau mouvant sur lequel se reproduisent avec une exactitude rare les métamorphoses des idées allemandes avant 1848.
Le premier mérite de M. Quinet est de n'avoir point maudit le réveil de la nationalité allemande parce que ce réveil a été payé au prix du sang français. De plus, lorsque nul n'y voulait croire, il affirma que l'unité était devenue la pensée profonde, continue , nécessaire, qui ])énétrait en tous les sens ce pays divisé à l'infini ; et que tout
234 LES RATIONALITÉS.
désormais y poussait, religion, philosophie, art, droit, commerce, liberté et despotisme.
Luther, en portant un coup mortel à la papauté, avait en même temps brisé l'unité du saint-empire romain germanique. Par la Réforme, la conscience individuelle s'était affirmécy et en s'affîrmant avait dissous la confusion féodale unifiée. Après les effroyables divisions aristocratico-bourgeoises qui suivirent Técrasement des Jacques d'outre-Rhin réclamant les conséquences matérielles de la révolution spirituelle, après la guerre de Trente- Ans, l'Allemagne épuisée, dévastée, morcelée, n'existait plus guère que de nom. Depuis lors, — comme l'a si nettement expliqué M. Quinet, — deux choses ont servi à rendre à l'État la conscience de lui-même : d'abord, le mouvement littéraire et philosophique de la fin du dix-huitième siècle ; ensuite et surtout la conquête napoléonienne.
Divisés dans la vie publique, les Allemands se retrouvèrent pour la première fois dans la vie littéraire. L'enthousiasme soulevé par un poème de Gœthe, par un drame de Schiller ou par une improvisation de Fichte, rapprocha les âmes, et, durant un demi-siècle, « la dictature de l'art » renoua le lien brisé de la nationalité. Au début de la Révolution française, la philosophie allemande semblait en être la réflexion. Kant, qui saluait l'ère nouvelle avec amour, a le même caractère que la Constituante ; « mêmes espérances iUimitées , dit Edgar Quinet, même enthousiasme du devoir, mêmes acclamations sur sa réforme inattendue... L'héroïsme est la condition de sa philosophie morale, comme il le devait être de la société enfantée par la déclaration dés droits. » Fichte représente « le génie abstrait de la Convention ; » philosophe montagnard, il méprise le passé et la tradition, défait, refait la création éternelle, et, sur la négation de la nature, plante révolu-
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tionnairement la volante humaine. Plus tard , quand la France révolutionnée déborde jusqu'en Egypte, la philosophie allemande s'universalise aussi. Schelling embrasse à la fois « les rêves d'Alexandre et le panthéisme Scandinave. » Bientôt Hegel, remuant les idées universelles au centre de la Sainte-Alliance, de la thèse à Tantithèse, et par la synthèse, d'absolu en absolu, aboutira à cette doctrine de mort morale : « S'accommoder de ce monde tel qu'il est et pourtant lui être supérieur. » C'est là, en effet, que devait fatalement conduire la renaissance intellectuelle allemande. Le grand Goethe, « immobile comme le sphinx du désert, » Wieland et Herder, dans leur sérénité sublime, mènent directement à l'art pour l'art de Tieck et de Jean-Paul Richter. Avec la critique des frères Schlegel, Fart s'éloigne de plus en plus de la terre , et la littérature, égarée dans des nuées indéfinissables, y plane sans qu'aucun bruit de la société poHtique puisse monter jusqu'à elle.
A peine retrouvée, grâce au sublime effort de la seule pensée, l'Allemagne se serait évanouie en fumée transcendantale, si elle n'avait reçu tout à coup le rude choc de la France. En la foulant sous les pieds de ses chevaux. Napoléon lui rendit un double service : il brisa la carapace féodale sous laquelle elle étouffait, il la réveilla à force de se faire haïr, la groupa contre lui-même, si bien qu'à Leipsick elle se dressa invincible devant son invincible ambition. Alors on vit l'Allemagne, sortie d'elle-même, y rentrer avec fureur, restreindre son horizon vague, nationaliser son art entre le Rhin et le Danube : les frères Grimm scrutèrent les antiquités germaniques pour retrouver les titres oubliés de la nationalité ; la musique universelle de Mozart et d'Haydn fut germanisée par Weber et Spohr ; Cornélius fît reculer Va peinture jusqu'au fond
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du moyen âge, vers les temps glorieux du saint-empire ; enHn la poésie endossa la giberne, mâcha la cartouche et entonna le Chant du glaive avec Kœrner et Uhland. Mais celle renaissance sous la forme militaire ne pouvait pas plus que la renaissance pacifique et idéale amener immédiatement de féconds résultats. Gothique et carlovingienne, au service de toutes les aristocraties européennes, elle devait être comprimée par ceux mêmes qui l'avaient encouragée, des brillantes promesses de la Sainte- Alliance, en 1813, tomber dans les amères déceptions qui couronnèrent la victoire de Waterloo et la prise de Paris.
La Révolution de 1850 n'exerça qu'une action peu apparente sur l'Allemagne, remise sous le joug de ses rois, princes et principicules. Cependant, l'ambition politique, éveillée en 1814, se trouvait excitée de nouveau par le coup porté en France à la légitimité monarchique, et, si l'honnêteté et la naïveté allemandes étaient incapables de comprendre les fictions parlementaires, du moins les esprits concevaient-ils avec plus de lucidité une forme politique nationale. Dès 1851, l'aspect de l'Allemagne pensante permettait à Edgar Quinet de prédire le parlement de Francfort, le Zollverein et les révolutions de Berlin, de Vienne, de Bade, de la Hesse et du Wurtemberg. Dans le silence et sous l'immobilité d'alors, Tobservateur attentif finissait par découvrir le mouvement unitaire des esprits et les secrètes aspirations de la philosophie à se produire dans les faits. Pendant que d'autres peuples remontaient « de Texpérience à la spéculation, » l'Allemagne « inclinait visiblement de la spéculation à l'expérience. »
Durant la première période de leur renaissance, les Allemands avaient fait prédominer leur faculté de synthèse ; intuitivement et laborieusement ils avaient systématisé
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fous tes arts et toutes les sciences, et s'étaient lancés avec une audace sans pareille dans les généralit<^ les plus abstraites, vers les hauteurs métaphysiques les plus incommensurables. Mais, par excès d^jniversalisation, ils avaient perdu jusqu'à la notion, au sens du détail, souvent le méconnaissant, le transformant souvent en ensemble, de telle sorte qu'une bulle de savon devenait à leurs yeux un soleil. D'autre part, à force de chercher à travers l'irréel l'aflirmation sans bornes, ils avaient trouvé l'absolue négation, et l'homme, absorbé par l'humanité, tendait à se dépersonnaliser, à disparaître dans le panthéisme. Mais à peine les demi-<lieux de l'époque héroïque de la philosophie, les Lessing, les Gœlhe, les Hegel, les Klopstock, les Schiller, les Kant, les Fichte, les Herder, ont-ils disparu, que l'universel, le spirituel et l'idéal absolu semblent avec eux s'évanouir. L'Allemagne, contrainte à se retourner sur elle-même pour résister à la conqucîe, dans les sphèces intellectuelles se retourne aussi ; de la synthèse créatrice elle descend dans l'analyse dissolvante, de la foi artistique et philosophique dans le doute anti-religieux. Toutes les vieilles croyances, — jusques et y compris les plus nationales, — sont battues en brèche, non- seulement par les critiques, mais avec autant d'ardeur par les savants, les philosophes et les poètes. On dirait d'une innombrable armée de termites prenant tout à coup possession du vieux bâtiment du passé, le sciant dans tous les sens, le rongeant, le dissolvant, le brûlant de leurs acides jusqu'à ce qu'en entier il ait passé dans des millions de petits estomacs, qui le digèrent, le rendent en poussière, le réduisent à néant. De leurs flèches d'or, brillantes et mortelles, qu'ils lancent avec une furie toute française, les Bœrne, les Herwegh, les Lenau, transpercent et mettent à jour le monstre féodal, et, ctwnme dit Edgar Quinet, « le long
5i58 LES NATIONALITÉS.
monologue de l'idéalisme allemand finit par l'éclat de rire d'Henri Heine. » Les Wolf, les Niebuhr et leurs disciples, démolissent Tantiquité grecque et romaine, les Bauer, les Daub, les de Wette, les Lengerke, les Bohlen, les de Watke, les Strauss, — et depuis les Feuerbach, — tous prêtres et la plupart professeurs de théologie, avec une patience, une obstination et une impassibilité olympienne, pour le seul honneur de la science, livre par livre, morceau par morceau, verset par verset, dissèquent 1* Ancien Testament, le Nouveau, Dieu même, sapent et font sauter toute la religion ofiicielle^ toute l'immuable orthodoxie chrétienne.
« On dirait, s'écrie M. Quinet, que, pour gage d'impartialité, chaque théologien se croît obligé, pour sa part, de jeter dans le gouffre une feuille des Écritures. Dans cette étrange ardeur des hommes d'Église à sacrifier eux-mêmes le corps et la lettre de leur croyance, n'y a-t-il pas quelque chose qui rappelle cette nuit de la Constituante, où chacun venait brûler ses lettres de noblesse? »
Contre cette critique révolutionnaire, M. Quinet croyait devoir réagir, en 18o8, afin de sauvegarder la personnalité humaine menacée par la réduction en mythes impal^ pables d'individualités telles qu'Homère et Jésus-Christ. Il s'effrayait aussi de voir l'Allemagne, reprenant et parachevant la partie négative de l'œuvre de Voltaire, perdre son originaUté à mesure qu'elle s'éloignait du pur idéalisme, et renoncer aux aspirations de ce génie cosmopolite et impartial , qui lui avait donné un si grand ascendant moral, pour s'enfoncer à l'aveugle dans une voie conduisant au vide. Il signalait avec tristesse qu'en travaillanl ainsi à la destruction radicale du christianisme, elle n'enfantait point une foi nouvelle , que le fatalisme et l'mdiffércnce gagnaient cliaque jour du terrain dans le do= maine des àmeS) et que le silence se faisait au milieu du
bouleversement* pacitique mais continu de tous les antiques systèmes. De ce silence, néanmoins, il n'augurait pas la mort; et, en dépit des apparences, il affirmait :
« Une transformation profonde travaille aujourd'hui les peuples allemands. Cette révolution n'est point apparente et bruyante comme celles qui s'opèrent en France, en Angleterre ; mais il est aussi impossible de la nier, et elle va aboutir k des résultats semblables. »
Suivant donc avec intérêt ce mouvement intime de TAllemagne démocratique .et unitaire , il s'efforçait , d'une part, de lui concilier l'opinion française, et, d'autre part, de lui ôter le caractère moyen âge et antifrançais , qui lui semblait y être imprimé moins par le peuple même que par despublicistes maladroits dont la censure encourageait les excès puisqu'elle les autorisait. Discutant un à un les malheureux préjugés littéraires et politiques qui tendaient à séparer éternellement les Français des Allemands, ridiculisant avec une égale vivacité la teutomanie et la gallopho* bie, il ne manquait pas une occasion d'apaiser la vieille dispute du Rhin, d'arracher des cœurs les rancunes de la conquête, les souvenirs de Leipsick et de Paris, de prêcher enfin la concorde et la réconciliation.
Ouvrant son cours du Collège de France, le 20 mars 1844, il disait:
« Les Allemands comprendront-ils enfin qu'il est temps d'oublier la rancune de 1815, et que tout n'est pas mauvais dans la tradition de nos morts de Lei[)sick ? Si l'alliance de Tesprit français et de l'esprit anglais a jeté de grandes lumières dans le dix-huitième siècle, oui, je l'aToue, j'ai cru longtemps que l'alliance de T Allemagne et de la France pourrait également honorer le dix-neuvième... J'ai cru que cette ligue sainte était la plus forte "muraille contre les prétentions du passé, de quelque part qu'elles vinssent....
« Encore une fois, je fais ici appel aux écrivains, aux penseurs allemands. Qu'ils rejettent loin d'eux des ferments de haine aujourd'hui sans grandeur! Les Espagnols, que l'on a dit si implacables, ne nour«
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r: stMit (îonlrc nous aucun ressentiment ; leur terre, Dieu merci, est : .îsvisiée de notie sang. Et la terre d'Allemagne n'en a-t-elle pas assez 1 u ' ou les Alleinimds sont-ils devancés par les Espagnols? Ce qu'il y a do rùr, c'est que la laineest du passé; Talliance, c'est l'avenir. »
1^'4S a clé, en Allemagne, répanoiiissement précipité d'une double fleur d'enthousiasme : enthousiasme de jeunes bourgeois qui avaient oublié de naître en 1850, enthousiasme le jeunes socialistes trop pressés de naître. 1848 avorta, là comme ailleurs, parce que la politique craignit de toucîcr à la religion et gue l'énergie révolutionnaire lit absolu :r.ent défaut. L'Allemagne socialiste et républicaine, si faible encore, ne put qu'annoncer Pavenir en versant large nent son sang. Tout le présent appartint au constitutionnalisine. Le conslitutionnalisme, réuni en asseml-lée unitaire à Francfort, aboht, — il faut lui rendre cette justice, — plusieurs des abus féodaux, notamment les corvées, les prérogatives judiciaires des seigneurs sur leurs terres ; il améliora le sort des juifs. Mais, par son rêve de saint-empire à la Barberdusse, — rêve qui le poussa à jeter le manteau de îlaximilien sur les bourgeoises épaules du gros Frédéric-Guillaume, lequel n'en voidut pas; — par son hostilité égoïste à l'égard de la Pologne, de la Bohème, do ritalici par sjn empres^^emcnt à sévir, de concert avec les rois, princes et arisloci ., es, contre les insurgés plébéiens, il mérita la fin si triste, si ridicule, qu'il a eue.
Le parlement de Francfort di:'sous, l'Allemagne, sans empereur ni empire, retomba dar.s la confusion de 1815. Dualité du Nord et du Sud, Prusse contre Autriche, Saxe contre Bavière ; dualité de l'Ouest et de l'Est, Bavière contre Wurtemberg ; hosMité de la Hesse contre la Hesse- Cassel, du royaume de Saxe contre les duchés de Saxe, de Saxe- Cobourg contre Cobourg Gotha ; lutte du protestantisme et du catholicisme, piétisme prussien, jésuitisme
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autrichien; hobereatix ici et là; tout ce qui la torturait naguère, la tiraillant, la tenaillant dans tous les sens, la torture encore. Avec le reste de l'Kurope, il fout l'avouer, elle est plongée dans une nuit lugubre; sa splendeur intellectuelle et morale d'autrefois est totalement éclipsée.
Le peu qui reste de l'Allemagne pensante poursuit laborieusement l'œuvre de pure critique déjà commencée. Les derniers des philosophes achèvent la destruction de la Religion et de l'absolu; puisque Voltaire, semble-t-il, n'a pas assez démoli, ils reprennent Voltaire ; ils veulent faire table rase de l'idéologie du passé, en attendant Tavénemenl définitif de la Nature et de la Justice.
Malériellement, — comme ses voisins, — l'Allemagne a eu à subir toutes les déceptions du régime de la féodalité financière. Enfoncée jusqu'au cou dans la boue de l'agiotage et de l'industrialisme, elle y eût étoufle si les hasards de la crise ne commençaient à l'en débarrasser.
Chose plus triste encore ! Les Allemands, si patriotes qu'ils l'étaient trop, ont pris, en dégoût du présent, leur patrie même en haine. Quelques-uns parmi eux se complaisent, aux applaudissements de la foule, à ravaler toutes les choses allemandes.
Il en est d'autres, — et ce sont des populations entières, — qui fuient à deux raille lieues de la patrie marâtre. Dans la Hesse, dans le Palatinat, on ne trouve plus déjeunes gens pour la conscription. En Wurtemberg, on pourrait citer des villages où il ne reste pas âme qui vive pour maudire l'impôt, la misère, la tyrannie et la honte !
Mais l'Allemagne tombée se relèvera. Sous le passé détruit par son implacable recherche, le présent couve Favenir ; au sein du silence apparent et du désespoir trop réel, la révolution existe, se prépare, triomphera. Héri-
tiers de la pensée germaine, les peuples, au jour du réveil, viendront sur le sol sacré de TAllemagne, — poitrine européenne, — sceller la grande alliance ; et c'est elle, — Germania mater^ — qui, moins active, donnera aux plus actifs les qualités précieuses que ses enfants ont conservées : la mesure , la solidité, la conscience, la persévérance, l'honnêteté, la profondeur et Tuniversalité.