LA RÉPUBLIQUE DES PROVINCES-UNIES. 2Î
terrifiait, don Juan sourit et fait sourire. Nul peuple ne peut résister au système de la douceur après le régime de Técrasement, s'il n'a dans son sein un homme tel que Marnix, capable, par la toute-puissance de son bon sens, de faire apparaître aux yeux des moins clairvoyants le serpent caché sous les roses.
Mais ce premier danger, — la réaction devenue populaire sous la figure d'un prince aimable, — étant assez aisément écarté, grâce au génie et à la popularité d'un patriote, un autre écueil se dresse. Cet écueil n'est autre que l'application, en apparence, la plus logique de la souveraineté du peuple. Au nom des deux principes fondamentaux de la réforme religieuse et politique, — « le suffrage de tous pour la liberté de tous, » — n'est-il pas trèsaisé d'amener la révolution à s'abolir par son propre droit? Dix provinces catholiques se sont unies à sept provinces protestantes : une assemblée générale de la confédération ne pourrait-elle pas décider que la confédération est catholique et monarchique, parce qu'il plait ainsi à la majorité? la minorité protestante et répubhcaine ne devrait-elle pas être tenue de subir une semblable décision, légalement prise en vertu de la souveraineté du peuple, par elle admise en principe et reconnue inviolable en fait?
La révolution hollandaise fut soumise à cette épreuve.
« Ce fut, dit Edgar Quinet, un des moments les plus périlleux pour la liberté, mise en demeure de se livrer en vertu de ses propres doctrines. Sitôt qu'une révolution est victorieuse, de tous côtés l'invitation lui est faite de périr pour Thonneur de son principe, et il est rare ({ue cette invitation ne réussisse pas auprès du grand nombre. »
Plus d'une fois, dans Thistoire, n'avons-nous pas entendu demander publiquement à des républiques de se suicider à h majorité des voix? Écoutons donc avec attention ce
que répondaient, il y a trois siècles, des hommes vraiment dignes d'être libres, lorsque pareille chose leur était secrètement proposée comme Tidéal de la justice !
Tout d'abord les agents catholiques laissaient négligemment tomber cette insinuation indirecte : — « Promettezvous de vous soumettre à tout ce que les états généraux décideront? » — « Je ne sais, répliquait Guillaume d'Orange. » — « De sorte que vous ne voudrez pas accepter la décision des états? » — c< Je ne dis pas cela; mais telle pourrait être la réponse, que nous l'accepterions, telle aussi que non. » — « Vous ne voudriez donc pas vous soumettre aux états touchant l'exercice de la religion ?» — « Non certes! » s'écriait avec violence le Taciturne, sortant de sa réserve accoutumée; car, pour vous dire la vérité, nous voyons que vous voulez nous extirper, et nous ne voulons point être extirpés. » — c< Ohî il n'y a personne qui veuille cela. » — « Si fait, certesl » — Un des docteurs présents, démasquant tout à fait les pieuses batteries alla jusqu'à dire « que les états, qui avaient proclamé la liberté de conscience, pouvaient l'abolir. » A quoi répondit Sainte-Aldegonde qu'il s*agissait « d'un serment, non d'une loi, » et, ramenant la question à son principe moral, il demanda à son tour : « La liberté d'esprit, conquise par le sang, serait-elle de nouveau jouée à croix ou pile, quand tout le monde voyait que les dés étaient pipés d'avance?» — « Sur ces mots, ajoute l'histoire mo- « deme, la conférence fut rompue; la liberté était sau- « vée. »
Mais pourquoi ces hommes de la réforme étaient-ils dupes si difficilement? — M. Quinet en a donné la vraie raison : « Ces hommes voyaient tout à la lumière des ques- (( tions religieuses. » Us croyaient à leur cause.
Par la rupture de Timion amoindrie en rayonnement,