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LA POLOGNE ET LA SLA VIE

barbare, monde sdns loi, monde ennemi de la loi, qui ne fait aucun progrès en ce sens, qui marche à reboure et retourne aux barba m«»s antiques, qui n'admet la civilisation moderne que pour dissoudie le monde occidental et tuer la loi elle-même. »

Donc, que la Russie fasse des chemins de fer et, à cause de cela, se dise pacifique et civilisée; qu'elle émancipe même ses paysans et s'annonce comme socialiste, elle est toujours la terre maudite des czars , la citadelle de Taulocralie, la contre-révolution armée. — Cette Russie-là, la Révolution la tient pour son irréconciliable ennemie.

Mais sous la Russie ofiicielle, — laquelle est un horrible mélange de machiavélisme allemand, de jésuitisme italien, de corruption byzantine et d'ambition tartare, — il en est une autre , vraiment slave , et qui mérite toutes les sympathies de la démocratie universelle. Je veux parler de la liussie populaire, qui git plongée par le czarisme dans « rinfernale perdition, » et qui apparaîtra un jour ou l'autre sur les ruines de tout l'échafaudage de mensonges par lequel elle nous est cachée. C'est cette Russie qui conspire et combat depuis l'occupation d'une autocratie d'origine étrangère , et que cette autocratie exile, déporte, tue et empoisonne de ses épouvantables principes. C'est cette Russie enfin qui pleure sur la Pologne, sa sœur, et qui dit avec Bakounin : « La Tologne n'a pas encore péri tant que nous existons, » et qui ajoute avec Sasonoff : « Tant que nous vivrons, lé peuple russe aussi ne mourra pas; il vivra pour sa Uberté comme pour la vôtre, Polonais*! »

La Pologne, — seconde victime du czarisme, car la l{ussie est la première, — a été tuée l'on sait comment : elle a été dissoute plutôt que conquise, elle a réussi à ne pas périr

* Cliririiom O.^lro'.vski, l.eltirs slarea, p. 2^1.

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moralement au milieu de la dissolution de ce qui fut elle. Malgré l'Europe indifférente, hostile, malgré la France, pour laquelle elle versa tant de sang, la Pologne donnante^ — ainsi la nomme admirablement M. Michelet, — la Pologne chevaleresque de Sobieski , la Pologne démocratique de Kosciusko est parvenue à se survivre. Unie, égalitaîre, éternellement alliée à ceux dont les gouvernements Tout sans cesse abandonnée et livrée, elle est prêle pour l'heure du réveil des peuples , espérance antimoscbvite de l'Occident républicain , espérance des Slaves eux-mêmes , dont elle est par l'amour le centre naturel de ralliement, comme l'autocratie russe l'est par la haine et peut l'être pour la vengeance. — Depuis que le crime du démembrement a été commis, depuis que la Pologne a été rayée de la carie par des « meurtriers imbéciles, » il manque à l'Europe un. organe essentiel ; elle n'a plus, à son centre, de poitrine à opposer à l'invasion barbare; elle n'a plus de cœur pour recueillir ses idées et pour les répandre sympathiquement jusque dans les profondeurs inconnues des steppes septentrionales. Jamais il n'y aura de vraie paix dans le monde, jamais il n'y aura d'harmonie fraternelle entre les peuples tant que cette vieille Pologne, rajeunie à force de souffrir, n'aura pas recouvré son existence nationale, tant qu'elle n'aura pas repris son ancienne mission de dévouement et de conciliation.

Le troisième centre de la race slave, la Bohême, a spécialement attiré les regards d'Edgar Quinet. Il lui a consacré un des plus beaux chapitres de son Histoire de la poésie *.

« Quand la race germanique, dit-il, eut sauvé TËurope des invasions des Sarrasins du côté de l'Espagne, la race slave repoussa à son

* Tome IX des Œuvres complètes.

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