‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 50 sur 109 · LA POLOGNE ET LA SLAVIE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE ET LA SLAVIE

toar à Olmûti la dernière invasion de TOrient sous les fils de Dschengis-Khan. Adossées Tune à Tautre, comme Taigle à deux têtes, ces deux races déchiquetèrent, chacune à sa manière, le côté de TOrient qui vint les attaquer. A)>rès cette lutte, qui donna à la race toute son unité, toutes les tribus se débandèrent. L'une d'elles, véritable aven* turière, s'insinue plus avant au cœur de TAllemagne. C'est la Bo« hême.... Égarée dans sa route, cherchant fortune à l'étranger avec setsorcières, ses enchanteurs, ses bateleurs, ses villes des morts, sa langue vive et résonnante, son origine équivoque; heureuse, joyeuse sous le del de Prague, au bord des flots de l'Elbe, cette petite nation isolée est elle-même, dans l'histoire, une fohUre Bohémienne au milieu du cercle grave des tribus germaniques dont elle est entourée. •

Les temps de la joyeuse Bohème ont vite passé. Dès l'époque héroïque où elle produisit Jean Huss, Jérôme de Prague et Ziska, les armées catholiques la noyèrent dans le sang. Soumise, surtout depuis le règne de Ferdinand II, au despotisme autrichien , et germanisée avec une cruelle obstination, elle a pourtant été de nos jours une des premières à retrouver ses origines et à affirmer sa nationa- Hté. Le bombardement de Prague, en 1848, a coupé court à sa renaissance, par malheur entachée de panslavisme moscovite. Telle qu'elle est en réalité, aux deux tiers tchekke, allemande pour le reste, elle semble être appelée , non à une mission de haine , mais à une mission d'amour. Elle rapproche deux mondes contraires , double, — et pour jamais, — elle est et doit être l'intermédiaire paciâque entre le slavisme et le germanisme.

Plus loin, vers le Sud, nous avons vu surgir la Croatie, malheureusement au profit de l'Autriche, à laquelle elle a fourni des bourreaux pour exécuter l'Italie et la Hongrie. Qu'elle ne garde point la responsabilité d'un pareil crime ! Courbée sous le même joug que ses ennemies d'un jour, elle sait ce que coûte le salut de l'empire unitaire ; elle le hait aujourd'hui plus encore qu'elle ne parut l'aimer hier; fra-

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lernellement unie avec la Hongrie, elle revivra pour le détruire.

X La plus avancée des nations slaves du Midi et celle à laquelle semble assigné le rôle le plus important dans les circonstances actuelles, c'est la Serbie. Petit pays qui compte à peine un million d'habitants, elle a plus d'une fois attiré sur elle l'attention de l'Europe contemporaine. Traitée absolument en terre conquise, comme sa voisine la Bosnie, c'est à l'aide de son seul courage, les armes à la main, qu'elle a châtié les déprédations des janissaires et les concussions des pachas ; qu'elle a su s'imposer à la Porte avec des droits identiques à ceux des deux autres principautés danubiennes. Nul n'a oublié l'insurrection générale de 1804, et personne n'ignore que la Russie en sut profiter pour s'introduire en Serbie à titre de protectrice. Le traité de Bucharest (1812), du même coup, garantit aux Serbes les libertés qu'ils s'étaient conquises et les plaça directement sous le protectorat moscovite. Depuis lors, la Serbie n'a pas cessé de travailler avec une persévérance admirable à la conservation de son autonomie et à ramélioration de ses institutions nationales. Mais, par malheur, la Russie, exploitant les affinités de race et de religion qui la rattachent aux slaves méridionaux, est toujours intervenue entre le suzerain et ses vassaux révoltés, excitant sans cesse ceux-ci contre celui-là, et sans cesse empêchant la paix, conclue sous sa dictée, d'être définitive. Les Serbes n'ont pas manqué de s'apercevoir, en plus d'une circonstance, qu'ils étaient les jouets de l'ambition moscovite. Il ne serait donc pas diflicile de les arracher à l'influence russe, si l'Europe, désormais protectrice, savait comprendre leurs vœux ; si, par exemple, leur permettant simplement de payer le capital du tribut qu'ils doivent au sultan, elle les laissait libres de s anVancliir, même sans bataille, du joug

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turc, de moins en moins folérable pour lous les chréf ièns dOrient. "^

Non loin de la Serbie s'élève la Moutagiie-Noire. où vit libre une population de héros. Les Monténégrins ou Tcbernagores, de même race que les Serbes, paraissent descendre d'Vskoks ou réfugiés d'Herzegowine, qui sp sont soustraits à la domination turque. Quoiqu'ils soient à peine une centaine de mille âmes, jamais ils ne se sont reconnus d^endants de qui que ce soit. Naguère, lors de la conclusion du traité de Sistov, il plut à TAutriche, qui n avait aucun droit sur eux, pas môme celui du voisinage, de les livrer à titre de vassaux à la Turquie suzeraine. La Turquie fit envahir le pays par le pacha de Scutari, à la tête de trente mille soldats : les (rente mille soldats furent battus, massacrés jusqu'au dernier, et le crâne de leur chef alla servir d'ornement à l'église de Celligne. — Le Monténégro, qui n'a que quelques pâturages, point de cultures, ne peut vivre que du produit des razzias exercées sur les terres turques et albanaises. Fermé de toutes parts, sans industrie, sans commerce, c'est un camp, et chaque Monténégrin est un soldat. — Vous lui dites : Un tel est morti 11 vous réplique aussitôt : Qui l'a tué? — Le Monténégrin ne comprend pas la mort autrement que par l'épée. Et voilà pourquoi il est invincible. — Le pays était gouverné naguère par un vladika, évéque et prince à la fois, de la famille Niegusch ; aujourd'hui que la séparation des deux pouvoirs a été effectuée, Danilo Petrovisch n'est que kniaz ou prince. Ce kniaz, chef absolu quand la patrie est en danger, en temps normal exerce son autorité sous la surveillance d'un sénat, dont les sessions durent de trente à quarante jours. Chaque sénateur, délégué d'un village, arrive alors à Cettignfe avec une couverture et une provision de farine ; on délibère dans la grande salle d'un

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monastère, et dans cette même salle on fait la cuisine et ron dort. — Un peuple si pauvre, et qui supporte si vaillamment sa pauvreté, n'a rien à perdre. Que la diplomatie s'occupe ou non de lui,il ne peut être réduit en servage ; épée des Slaves du Sud avec la Serbie, il sert déjà à rallier ceux de ses frères de race et de religion qui fuient Toppression musulmaqe ou la protection autrichienne et tiennent à s'en venger.

Considérée dans son ensemble, la Slavie présente à l'observateur attentif une masse d'énergies nationales comprimées et qui ne peuvent manquer d'éclater un jour ou l'autre. Dans cette masse, qui est bien loin d'être uniforme, l'unité absolue n'est à craindre que par la Russie et pour la Russie. Elle ne peut se produire que par la faute de J'Europe, car les peuples slaves ne se résoudront à subir le sort de la Pologne que s'il n'est absolument rien fait en leur faveur : abandonnés, ils se donneront fatalement au plus fort. Mais s'ils se relèvent d'eux-mêmes et sous l'action de l'idée émancipatrice de 1 789, individuellement ils voudront vivre, et, s'ils s'allient les uns avec les autres sans rien abandonner, au moins pour le moment, de leurs différences de parole, d'écriture et de religion, leur alliance fédérative pourra n'être d'aucun danger pour le reste du monde. Le czarisme seul est centralisateur et conquérant. Rien n'est plus antipathique au slavisme popi^laire que la conquête et la centralisation. Sa tendance naturelle le porterait plutôt à se subdiviser à l'infini, afin qu'intérieurement, dans l'État, dans la commune, chacun restât plus libre.

Cependant, au milieu du chaos où la politique monarchique de 1815 nous a placés, il est bien difficile, sinon impossible, de prévoir les résultats d'un cataclysme oriental. Logiquement on souhaiterait que la Grèce* s'augmen-

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