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pour vaincre la Hongrie révolutionnaire. 11 fallut que François-Joseph appelât la Russie et que le Russe, en violation de tous les traités européens, y compris même le traité de Vienne, lançât ses armées sur les Hongrois victorieux. U fallut encore que Georgey, traître , mit bas les armes et empêchât Klapka de traverser les bataillons autrichiens, d'entrer dans Vienne, d'y mourir ou de réveiller l'Europe encore mal endormie.
La Hongrie n'a pas été vaincue. Elle a été trahie à l'intérieur et à l'extérieur. Elle a été écrasée, république naissante, par les deux plus forts empires du monde. Donc, elle n'est pas morte, et TAutriche le sait bien. ^ Durant plus d'une année, rAutriche pendit, fusilla, massacra, embastilla et pilla sa victime. Puis, la croyant épuisée, elle la jeta, coupée en morceaux , dans l'amalgame monstrueux , inventé par le prince de Schwartzenberg, et que l'Europe croit être un puissant empire unitaire. — Depuis lors, que des vieilles lois hongroises il ne reste plus rien, que la Hongrie, sans diète, sans comitats, ne soit plus qu'une pro- , vince exploitable à merci par les étrangers et livrée pieds et poings liés à la bureaucratie allemande, chargée de la germaniser; qu'en vertu du concordat, les jésuites, avec l'aide des gendarmes, s'étudient à extirper sa tolérance en matière religieuse , aient reçu la mission de convertir ceux de ses enfants qui sont protestants et d'apprendre à tous comment la tyrannie est une œuvre de Dieu aisément supportable; qu'on lui ravisse jusqu'à sa langue, interdite dans l'administration et même dans les écoles supérieures ; tout cela est inutile. La Hongrie parle hongrois et refuse d'entendre l'allemand, elle se fait protestante en haine des jésuites, ou bien dépasse protestantisnîe et catholicisme ; elle se laisse insulter, voler, sans mot dire. Mais, quand son emp^eur passe, elle ne le salue pas , à moins que
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forcée à coup de bâtons de manifesler son enthousiaëme, elle ne le traduise par un Eljen Kossuth vigoureusement prononcé I
Une chose m'effrayait dans cette Hongrie serve : son immobilité et son silence depuis bientôt dix ans. Elle n'est immobile , me fit-on comprendre, que parce qu'elle sait que l'Europe d'aujourd'hui est tout entière contre elle; elle n'est silencieuse que parce qu'eUe ne peut pas agir. Pas un seul de ses paysans n'a oublié 'ni hier ni le passé; tous ont l'âme remplie de haine et tous se lèveront comme un seul homme à la première bonne nouvelle que le télégraphe leur apportera , n^importe quand , de Milan ou de Paris. A Milan, à Paris, ils renverront aussitôt cette autre bonne nouvelle : il n'y a plus d'Autrichiens en Hongrie et nous marchons sur Vienne ; Eljen a haza ' Vive la patrie !
Le premier reproche que j'ai entendu faire aux Hongrois, c'est d'être fiers. Certes, ils peuvent l'être, ayant écrit de leur sang la grande épopée du quinzième siècle, et, dans celte époque contemporaine, l'autre épopée, plus sublime encore, de la guerre de l'indépendance. — Les pacifiques dédaignent en eux un peuple militaire. Mais là où tout homme est soldat, le soldat n'est point à craindre. Tant qu'on est esclave, il est bon de savoir manier le sabre et le fusil. Et d'ailleurs la vaillance hongroise n'est-elle point, comme dit M. Michelet, n la manifestation d'un haut état moral? » — Enfin, il est des démocrates ignorants auxquels l'Autriche a fait croire que c'étaient, que ce sont encore des aristocrates. Oui, certes, repliquerai-je, toujours avec M. Michelet , « la nation entière est une aristocratie de vaillance et de dignité. Il y a là cinq millions de chevaliers. » La Hongrie, poussée à la république par d'héroïques citoyens, entre autres par son premier poët6,