‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 70 sur 109 · LES RELIGIONS DE BABYLONE ET DE LA PIIËNIGIE · texte numérisé non relu

LES RELIGIONS DE BABYLONE ET DE LA PIIËNIGIE

dépouille n'ayant aucune importance du moment oiî Tesprit de chacun s'exhalait dans le Grand-Tout. Les Égyptiens, qui croient à la résurrection, embaument soigneusement les corps, comme pour conserver à l'àme le gage de son individualité. A cause de cela', l'Egypte, inférieure sous d'autres rapports à la Perse, à l'Inde, leur est humamement supérieure. Elle est, au point de vue moral, dit Edgar Quinet, « elle est , avec la Judée, l'Occident de l'Orient. » La religion égyptienne , fortifiée par cet instinct précoce de l'individualité, put résister à toutes les conquêtes. Elle ne céda qu'au christianisme, auquel ses dogmes l'avaient préparée depuis des siècles.

Vm. LES RELIGIONS DE BABTLONE ET DE LA PHÉNICIE*.

A [Babylone, l'historien philosophe retrouve l'inspiration des pasteurs de la haute Asie évoquant la première aurore; mais cette inspiration s'y est transformée en science, observation, calcul. On ne se contente plus de demander aux astres indulgents la lumière de chaque jour ; on leur veut arracher l'avenir. Le primitif cantique est devenu l'astrologie. Le culte de Babylone est un rit particulier de la lumière première, incarnée sous la figure des astres ; il consacre ainsi l'adoration des images dans les temples, ce qui le met en opposition tranchée avec le Zend-Avesta, « véritable protestantisme au sein de la grande Église païenne. » Cette opposition suffit à expliquer les guerres acharnées de l'Assyrie et de la Perse ; ce sont des guerres de religion. — D'autre part, les dieuxenfants, empruntés au culte de la lumière, ont grandi : ils « ont pris la robe virile. » Qu'ils s'appellent Bel, Baal,

* Génie des Religions, 1. IV, ch. m.

OU Adonaï, le désir croît dans leur sein, et, avec eux, Famour divin s'insinue dans les mondes, au cri de volupté jeté par Babylone. Que signifient les rites de Chaldée et 4e Phénicie? La courtisane universelle, la Nature, célébrant sans cesse ses fiançailles avec le seigneur Soleil. Aux extrémités de toutes les grandes voies de communi* cation, au centre du commerce asiatique, toujours on retrouve rétemelle amoureuse avec Téternel amant : Mylitta et Thamnuz, à Babylone ; Astarté et Adonis, en Phénicie, à Carthage ; Cybèle et Attis, en Phrygie ; partout, le mariage du ciel et de la terre. Étant représentée de la sorte sous son aspect féminin, la divinité ne pouvait manquer d'émanciper les femmes. En effet, elles ne filent plus, comme ailleurs , au fond des obscurs gynécées ; elles s'étalent au soleil , jouissent d'une épouvantable liberté; d'esclaves, les voilà devenues vierges folles.

c Sémiramis, Didon, Stratonîcc, Athalie, Arthémise, Gléopâtre apparaissent sur leurs trônes conime l'image triomphante de rétemelle Astarté. Blessées d*un cuisant aiguillon, tous diriez d'un chœur de Ménades royales qui suivent la course enivrée de la Madone du Panthéisme. »

Edgar Quinet termine ici son savant tableau des reliions de la haute Asie par une des plus belles pages qu'il ait écrites. Je dois la citer presque en entier.

c Voilà donc, après que chacun des sentiments de Tenfance a été épuisé, terreur, respect, ravissement, Thomme épris d'un amour délirant pour rinfîni sous la forme de la nature.... Souvent il se lasse de n'emhrasser que les membres froids de la déesse d'or ou d'argent 4IU fond du sanctuaire : il voudrait posséder la déesse elle-même palpitante sous son étreinte mortelle. Les yeux hagards, saisi de vertige, il se précipite hors du temple où il étouffe k l'étroit ; il parcourt les lieux sauvages ; Ik il forme des chœurs de Corybantes, de Curetés, de Dactyles, qui, de retraites en retraites, cherchent la grande aïeule des

montagnes, éternellement mère, éternellement vierge Partout

•enivré des émanations de la déesse, il respire d'âpres parfums dans la

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u RELIGION Hébraïque. 305

cfaefvelure des bois sacrés, et croit sentir s'émouvoir souç les fleurs le sein de la Matrone des forêts. Il s'élè?e sur les cimes, il descend au fond des gouffres, il appelle : Évohé ! Êvohc ! puis, quand le soupir des Océans lui répond, à la volupté se mêle le désespoir de ne pouvoir atteindre cet infini décevant. Il épuise la coupe de Torgie ; sa soif s'ac* croit encore; il se déchire de ses mains; son corps garde d'affreux stigmates, et toujours il suit la grande Madone amoureuse, qui toujours se dérobe au bout de Thorizon sur son char attelé de lionnes rugissantes. Il voit la trace des roues sur la rosée brûlante ; il s^en approche; il s'obstine, jusqu'à ce que, haletant, éperdu, ne sachant plus de quel côté se tourner pour embrasser Tamante, il la voit un jour monter dans les cieux épurés de Syrie, sous la figure de la Vierge immaculée du christianisme ; car il fallait qu'il eût visilé de sa torche toute l'enceinte de la matière et des corps, avant de consentir sans retour à chercher sa volupté, par delà Tunivers visible, dans un amour plus insatiable que l'amour des Ménades. »

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