‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 69 sur 109 · LA RELIGION DE L'EGYPTE · texte numérisé non relu

LA RELIGION DE L'EGYPTE

f invasion des peuples pasteurs. Dès lors TÉgypte existe, et son existence s'identifie avec celle du fleuve qui la traverse.

Le génie égyptien a été dévoilé de nos jours, en même temps que celui de Tlnde et de la Perse. Quoique Ton n'ait pas retrouvé les hymnes des prêtres, les poèmes dlsis, la muette Afrique se traduit par une « Bible de pierre, d Ses livres sacrés sont ses obélisques, ses pyramides, ses nécropoles, ses hypogées, ses temples, tous « revêtus de lettres de granit. » Au fond de Tun de ces temples, Edgar Quinet pénètre, à la suite de ChampoUion le jeune et àe Ottfr. MuUer. Qu'y trouve-t-il ?

€ Des colosses assis, aux têtes de lion, d'épervier, de bélier; çà«t là des nidinies de quadrupèdes, d'oiseaux, de serpents. Ce sanctuaire, si bien caché, qu'est-ce donc, sinon Tautel où la nature elle-noéme ébauche, conserve, fabrique éternellement les types de toute création animale?»

Et, signalant en quoi diffère TÉgypte de l'Asie, il la montre cherchant principalement la révélation dans le miracle de la vie organique. Son premier culte est le culte de l'animal, et n'est-ce pas le vrai rit de l'Afrique, « la première sanction du Code noir? » Mais le sacerdoce civilisateur peu à peu l'élève jusqu'à un idéal, caché au vulgaire et dont le sphinx est l'image.

Sans recommencer la comparaison entre la Genèse hébraïque et la Genèse égyptienne, TVI. Quinet en signale surtout la principale différence. Ici, chaque journée de la création répond à une incarnation particulière, et il y a autant de dynasties diverses que l'on a compté d'époques dans la construction de l'univers. D'abord apparaît l'être irrévélé, insondable, Jupiter Ammon, le bélier couleur du ciel ; puis sa ténébreuse épouse, Athor, la dame de Nubie, qui allaite le dieu enfant, incarne sous la foarme du

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monde naissant. Sous des noms divers, cette trinitc constitue le principe du dogme égyptien : le père, Ammon, Osiris, Knef; Tépouse nourrice, Moutli, Isis, Neith; le dieu naissant, Orus, Khons, Malouli, se retrouvent dans chaque sanctuaire. Autour de cette monstreuse famille rôde son ennemi Typhon, une espèce de Satan. — Le dieu, issu d'Asie, s'incarne naturellement, en Egypte, sous la double figure du soleil et du fleuve, qui réfléchit son image. Il est le Messie attendu chaque année. Dès qu'il parait, la terre, son épouse, se couvre de fruits; il disparaît, tout meurt. Où va-t-il se perdre? D'où vient-il? Peutêtre ses eaux jaillissent-elles du sein d'Athor? En somme, rÉgypte confond sans cesse et le fleuve et le dieu ; le ciel tout entier ne lui semble être qu'un « Nil élhéré. » Suppose-t-on quelle devait être l'épouvante du peuple, quand, « sous l'haleine de Typhon, » le fleuve, le dieu manquait son incarnation? Cette épouvante explique pourquoi ce sont les monuments de mort qui représentent le mieux l'Egypte. Qu'étaient les pyramides, à l'origine? M. Quinet répond : « Des sépulcres de dieux. »

A l'instabilité divine, l'Egypte doit une partie de sa grandeur et de son originalité. Des vicissitudes du dieu l'homme profite pour se donner une valeur à lui-même ; le sentiment de la personnalité, étouffé par le panthéisme oriental, apparaît sur les bords du Nil. On voit les Pharaons dresser leurs colosses en face des temples et s'asseoir pour l'éternité, au fond des sanctuaires, à côté de la trinité sacrée. Dans tous les monuments, les souvenirs de la vie poUtique, les batailles, les triomphes de l'homme, se mêlent aux mystères divins. Enfin , ce qui consacre cette apparition première de la personnalité, c*est le culte rendu aux morts. Les autres peuples brûlaient les cada- "vres ou les laissaient dévorer par les oiseaux de proie, la

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