‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 72 sur 109 · X. — LES KEUGIONS GRECQUES · texte numérisé non relu

X. — LES KEUGIONS GRECQUES

L'étude sur les religions grecques s'ouvre par une magnifique description de la Grèce, toute brûlante encore de l'émotion qu'éprouva Edgar Quinet en admirant ses ruines au moment unique où le peuple hellène renaissait à la liberté. Et ego in Arcadiâ! s'écrie-t-il avec enthousiasme. Et il définit ainsi la terre sacrée du Beau :

' Pourquoi les chrétiens ont-ils accepté et conservent-ils l'esclavage des noirs? Qu'est-ce que le servage, sinon une forme d'esclavage mal dissimulée ?

* Génie âes Religions t 1. VI.

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LES BEUGIONS GRECQUES. 309

« Entre toutes les contrées, la Grèce e$i Tceuvre d'art par excellence. Bas-relief suspendu dans Tatelier du Créateur* aucun nom de peuple n'aurait été prononcé dans ses vallées qu'elle serait encore Vioiage de la Beauté suprême. »

Là au moins Thomme n'est pas, comme dans J^Inde, 'écrasé par l'incommensurable grandeur de la création ; ■d'un regard il peut l'embrasser, la juger et ne pas désespérer de l'embellir. Les montagnes ne semblent s'y élever que pour servir de piédestaux à des temples dédiés à des dieux humains qui ne terrifient point. Construit à l'image de la divinité, séparé de la foule à peine par trois degrés, « le temple grec est celui d'un peuple qui étale «es dieux sur la place publique pour les examiner à toute heure, les interroger, les juger et les détruire. »

En Orient, l'homme n'avait cherché Dieu qu'en dehors de lui-même. En Grèce, il le retrouve « dans l'harmonie des traits de son visage ; il reconnaît dans les proportions de son corps le type de la beauté étalée dans le reste des choses » Sentant Dieu en lui , se faisant le modèle et le terme de tout, le Grec marche « au-devant de la révélation du Dieu fait homme. » Entre Homère et Alexandre, son rôle est d'absorber l'Orient et de le ruiner « par la pensée autant que par l'épée. »

En vain chercherait-on l'Orphée primitif, celui qui a dû recueillir les mystères des sacerdoces asiatiques. L'originalité de la Grèce est d'avoir « brisé ses ébauches. » Elle apparaît, avec V Iliade^ nubile, comme sa Vénus. Homère, selon M. Quinef, ne représente pas seulement une grande époque artistique , mais aussi une révolution par laquelle la foi s'est transformée en poésie*. C'est lui quille premier, ose soulever le voile d'Isis, couler l'hurna-

' Voir, pour plos de détails, De l'Origine des Dieux, ch. n, Œuvres compiétés, tome T'.

MO LIS BfiUGIONS AM1<}UES.

nité dans les moules divins et faire « passer Tâme de son peuple dans le sein des Immortels. » A partir de ce moment, les dieux humanisés ne pèsent plus sur les imagi* nations ; au Contraire, ils répandent sur le monde une sérénité qui enfante la civilisation grecque. Les poèmes d'Homère sont donc le livre de la loi des Hellènes et le poëte * est leur Moïse. Sur le plan de Y Iliade et de Y Odyssée^ exemple unique dans l'histoire, toute une société est ordonnée.

Après Tépopée, c'est la sculpture qui aie plus influé sur la révolution religieuse des Grecs. M. Quinet a fait admirablement ressortir qu'une ère nouvelle dans l'histoire humaine date du jour où, sur les épaules des idoles, une tête d^homme remplaça la télé emblématique de l'animal. Il a non moins bien marqué en quoi diffère Tari païen de l'art chrétien : le premier commence par Timitalion de la nature, le second par la recherche de l'idéal^ c( l'un va du dehors au dedans, l'autre du dedans au dehors ; celui-ci achève d'abord la tête et celui-là le corps. » Dans Phidias comme dans Homère, Edgar Quinet voit à la fois lin réformateur et un artiste. Par lui est créé TOlympe palpable, et le caractère général de ses œuvres est un « mélange de l'ingénuité d'Homère, de la correction, de Sophocle, de la majesté de Platon, » A cette sculpture « on ne demande pas si elle est païenne ou chrétienne ; elle est belle, elle est vraie, elle appartient à rÉternel. » Les dieux de Phidias portent sur leurs fronts l'empreinte de l'âme universelle ; ils sont impassibles et sereins. Ils entrent en décadence du moment où Scopas et Praxitèle les troublent de l'expression de la douleur. Ils sont pres^

^ Dont Edgar Quinet défend si éloquemment la personnalité menacée par la critique aUemande. Uses De VHitt&ire de Is poésie, au tome IX des Œuvra comjMtes.

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que morts quand sourit la Vénus austère des premiers temps. Bientôt Alexandre se fait Dieu et la sculpture ne sert plus qu'à l'apothéose des rois et des empereurs. La doctrine d*Evliémére est prise à la lettre ; Tart devient courtisan, la religion grecque s'évanouit.

Si la statuaire et Tépopée ont créé les dieux olympiens, la poésie lyrique et le drame les transforment. Pindare, « David hellénique », annonce l'avènement d'un souverain céleste plus puissant que Jupiter. En l'attendant, il métamorphose les dieux de chair en dieux-esprits. De nouvelles divinités immatérielles, TEnthousiasme, la Sagesse, la Loi^ s'éveillent au chant de ses hymnes et prennent place dans le sanctuaire. La révolution religieuse, ainsi commencée, est continuée par le drame. Les tragiques décomposent métaphysiquement les croyances de l'antiquité ; ils ont de tels pressentiments qu'Edgar Quinet ne peut s'empêcher de les considérer comme « les prophètes païens du chris^ tianisme. » Dans leurs œuvres, moins fatalistes qu'on ne l'a prétendu, le chœur proteste sans cesse contre la force, contre le succès ; et si le drame grec a tant de puissance, c'eiBt que l'on sent en lui la naissance de la lutte entre la fatalité et la providence.

La tragédie de Sophocle, d'Eschyle et d'Euripide finit par la comédie divine d'Aristophane, où tout le système social de l'antiquité est bafoué par « Homère bouffon. » Avant la Grèce, l'humanité avait ignoré le rire et l'ironie.

f La Grèce s*éveille, Thumanité se retourne en arrière; à Taspect de tant de fantômes déjà évanouis, de tant d'illusions ruinées, de tant d^ empires déjà frappés, de tant de faux dieux qui déjà ont jeté le masque, elle pousse un de ces éclats de rire interminables qu^Homère attribue aux Olympiens. Cette hilarité mêlée de nectar, cette ivresse de Tambroisie, voilà toute la poésie d^Aristophane. »

Il y a pourtant en elle wicore autre chose : Tenthou-

Zit LES RELIGIONS ÂNTIQIXS.

âiasme se mêle à rironie universelle, les plus burlesques des dialogues sont interrompus par des hymnes.

c Imaginez, s^écrie le poëte historien, imaginez Tode de Pindare purifiant le génie de Rabelais, tous mesurerez ainsi l'envergure d'un poëte qui a pu embrasser de Taile les deux régions opposées de l'intelligence. »

Après lui, Tironie perd tout son lyrisme, mais elle s'envenime de plus en plus ; on ne trouve guère que « la lie de la coupe » du grand comique dans les Dialogues de Lucien.

Pour avoir la synthèse de toute la Grèce antique, il reste à connaître son histoire et sa philosophie.

L'histoire grecque est née de l'ébranlement causé par les guerres médiques. Auparavant, on s'était contenté de vagues traditions, l'histoire politique était restée enfermée dans l'histoire des dieux. Mais, après l'apparition de Xerxès, les esprits ayant été brusquement ramenés au sentiment du réel, à Homère et Hésiode succèdent Hérodote et Thucydide, Edgar Quinet se garde bien de répéter, -après Paul-Louis Courier, que le père de l'histoire ne fut, en somme, qu'un Froissard d'Ionie. Au contraire, il a deviné l'enchaînement sous le désordre apparent de sa narration, il y a presque senti une philosophie historique. Hérodote, à son sens, a composé son histoire sur le modèle de l'histoire réelle ; il court au but, sans le marquer d'avance ; mais, s'il n'a qu'un instinctde la logique providentielle, cet instinct est si fort déjà qu'il achève son récit en la consacrant sans s'en apercevoir. Hérodote estTHonière de l'histoire, Thucydide en est le Sophocle. Le premier raconte comment l'unité de la société grecque s'est formée à Salamine, et chante une épopée. Le second raconte comment l'unité s'est brisée durant la ffuerre du Pélopo-

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ncse ; et il écrit un drame. En celui^i, plus clairement qu'en celui-là, le destin oriental semble être vaincu pour toujours ; les nobles discours des hammes d'État remplacent les oracles et dominent le fracas des événements. — Plus tard, quand la démocratie et Faristocratie se sont entre-détruites , quand Alexandre avec THellade asservie asservit TOrient, quand enfin l'esprit grec triomphe dans Tunivers, il n'y a plus de Grèce.. A la place des masses nationales épuisées on ne voit apparaître que des individus. L'histoire cède la place à la biographie. Plutarque fait des apothéoses, d'accord en cela, avec la dernière constitution imposée au paganisme par Evhémère, et ces apottiéoses isolées n'ont aucun lien entre elles. En lisant les Hommes illustres^ « vous sentez à chaque ligne que la société qui liait ces vies éparses a cessé d'être : nobles statues qui toutes ont pour piédestal commun le tombeau de la Grèce I i>

A la mobilité perpétuelle de son dogme, la Grèce a dû de ne point connaître le déchirement intérieur produit par le duel de la foi et du doute. La philosophie, embarrassée de la religion, la confond avec l'art; elle condamne l'artiste, respecte le prêtre. Mais bientôt, désespérant d'accommoder les croyances nationales avec la vérité pure, elle s'en fait un ornement banal, et, enivrée d'elle-même, aboutit au sophisme. Socrate, par bonheur, vient dégager l'ordre du chaos. 11 est, selon l'heureuse expression d'Edgar Quinet, le Phidias de la philosophie. Ramenant tout à l'homme, il incarne en ses disciples le « Verbe du paganisme, » proclamé par Platon, et la philosophie réalise cotmme la mythologie la déification de l'humanité. — M. Quinet signale avec une profondeur étonnante en quoi diffère le scepticisme ancien du scepticisme moderne. a Loin de chanceler dans le doute, te philosophe païen

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s'y retire en paix comme dans sa demeure naturelle. » Et cela, parce que « ii ne nie rien, n'affirme rien ; il fail mieux, il attend. » — Le fond de la philosophie comme de la religion grecque est Tidentité de la raison humaine et de la raison divine ; toutes les écoles convergent vers un but commun, qui est le repos imperturbable et la sérénité morale des Olympiens. Le sublime de la vertu antique est théâtral, a l'homme joue en passant le rôle de Dieu. » La gloire du stoïcisme, en particulier, est d'avoir c( reconnu un seul Dieu sous les masques différents a du polythéisme. » Mais, en le reconnaissant, il a tué l'esprit grec au profit de l'esprit universel.

Tout ce qui précède se trouve résumé en cette phrase :

« L'Orient avait développé le dogme de F incarnation dans la Trinité divine ; la Judée avait ramené cette Trinité à TUnitë ; la Grèce y joint ridée de Dieu dans Thomme. Ainsi s'achève TAncien Testament du monde sacré et profane. »

Pour que le Nouveau vienne le confirmer et l'abolir, il n'y a plus que le terrain à lui préparer : teHe est la mission de Rome.

Rome présente un spectacle unjque dans l'antiquité. £lle naît sans apporter un principe religieux qui lui soit propre; elle emprunte tous les dieux, les concentre en elle, et c'est à cause de cela que la cité romaine est la dernière révolution du monde païen.

Les dieux incultes de la cité de Romulus étaient trop inférieurs aux dieux resplendissants de la Grèce et de l'Asie pour que Rome conquérante songeât jamais à les

imposer au monde. Éblouis par les divinités de leurs ennemis, les Romains n'eurent qu'un but, les attirer vers eux, s'en faire des alliés contre leurs adorateurs, et, en les transportant dans la cité victorieuse, assurer le droit divin de la victoire; telle fut toujours leur politique. — « Veux-tu venir à Rome, Junon, » disait un Romain au siège de Veies. On y apporta Junon, et le peuple de Veies suivit la déesse. — Sur tous les points où combattaient les armées romaines, un fécial ou un consul, avant l'assaut, évoquait le dieu, l'engageait à quitter la ville assiégée, à venir à Rome. Avec cette formule, la terre fut conquise.

Si maintenant on descend dans la cité même, on trouve que l'inégalité des hommes, plébéiens, aristocrates, a pour sanction la déchéance consacrée par les dieux. De plus, rinjustice sociale est fortifiée par un sentiment divinisé, qui fait le fond du génie romain et qui rï^est autre que la Peur. Aussi, lorsque la pensée de l'égalité est née au cœur du peuple, prétend-il du premier coup la réaliser dans la vie civile? Non. Assaillis de scrupules de toute sorte, les plébéiens ne s'insurgent pas contre les nobles, contre les familles sacerdotales ; ils se retirent sur le mont Aventin ou sur le Janicule. Tant qu'ils n'ont point le ciel, la terre ne leur appartient pas, et le bâton d'un augure suffit pour arrêter, pour réduire à néant toutes leurs révolutions politiques. Le vrai jour de l'émancipation est celui où le plébéien Publius Decius réclame l'égalité des droits religieux . L'autorité patricienne est renversée dès qu'un homme du peuple peut être prêtre, augure, pontife. Avant cette réforme, tous les progrès de la démocratie étaient illusoires; après, la noblesse n'ose plus toucher à rien de ce qui est acquis ; les dieux ont prononcé. L'égalité religieuse conquise, les victoires delà plèbe se succèdent sans interruption : égalité civile, publicité des lois, extension du droit de cité, lois

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agraires, autant de défaites de l'aristocratie, impuissante désormais à lutter contre le tribun et le préteur.

« Tant il est yrai, dit Edgar Quinet, que les révolutions qui changent l'ordre religieux sont les seules sur lesquelles il nous soit permis de compter, v

Rome est maîtresse du monde. De ce qu'elle Ta conquis en évoquant les dieux étrangers, elle tire cette conséquence singulière : elle a vaincu, et elle se maintient invincible parce qu'elle dérobe à Tunivers le nom de sa divinité nationale. Et, en effet, jamais elle ne Timpose; elle ne permet à personne de l'adorer, craignant qu'elle ne soit attirée hors de ses murailles par des adorateurs ennemis. Le grand secret est si bien gardé, que la plupart des Romains meurent, ignorant le nom du dieu de leur patrie. — Ainsi mis au faîte de la religion, le mystère passe dans la politique, où il devient raison d'État. Les historiens latins ne connaissent que l'extérieur des événements ; la cause, le but, leur échappent. — Voilà précisément en quoi, selon M. Quinel, le génie romain diffère du génie grec. La Grèce est ardente à se répandre, et, partout où elle passe, elle établit un dieu national, allume un foyer de civilisation. Rome, au contraire, absorbe tous les dieux, toutes les sociétés étrangères ; dans son empire, il n'y a de vivant qu'elle ; ses colonies ne sont que des camps ou des marchés. Tant qu'ils ont vécu, les Romains se sont persuadés qu'ils se servaient des religions comme d'instruments de conquêtes, sans s'apercevoir qu'ils étaient eux-mêmes subjugués par les religions dont ils croyaient se jouer. En dépit des fraudes des augures et de la persistance de cette politique de ruse, les dieux étrangers sapent et finissent par ruiner la constitution nationale : à leur suite, les vaincus eux-mêmes accourent, réclamant le droit de cité, et ils l'obtiennent par

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la force des choses. Les Romains, fait observer Edgar Quinet, a les Romaina, qui ont tout détruit, ont ignore Tart de l'extermination morale, la seule qui fasse mourir. » Aucun peuple, esprit particulier, être moral, n'a par eux été anéanti, sauf Carthage, dont les rites insociables furent rejetés du Panthéon. Ils ne surent même pas régner en paix sur l'esclave, ne pouvant l'annuler moralement, lui ôter ses dieux mânes, lui supprimer son jour de saturnales. — Mais pourquoi, au lieu de les briser, vit-on les Romains se courber aux pieds des trente mille dieux antiques? Quand les Romains a eurent le courage d'esprit de proscrire le culte des Juifs, celui de Sérapis et des Druides, » ils avaient cessé d'avoir la foi païenne, ils étaient incrédules. Tant qu'ils crurent, ils n'osèrent lutter contre aucun Dieu, parce que, au fond, ils n'avaient qu'une religion : « la peur de l'univers intelligible. » A cause de cela, ils adoraient sans choisir toutes les puissances dont ils entendaient parler, et, aussi bien que les bonnes, les mauYaisès, l'Infortune, la Fièvre, la divinité des cloaques, la Pâleur, la Terreur. Poussés par ce sentiment intime, ils firent des religions leur grand instrument de politique, et ainsi s'usèrent eux-mêmes avec une prodigieuse rapidité. A la fin, Rome ayant dévoré la substance entière du paganisme, avec le paganisme elle dut disparaître.

Par la manie d'inventer des auspices selon les besoins de la politique, toute croyance avait été enlevée au peuple, et, comme la religion était pour lui synonyme de peur, ne pouvant plus se fier qu'à la force, il se donna aux Césars. Avec ceux-ci, se divinisant de leur vivant, la doctrine d'Évhémère monte sur le trône universel et produit la dissolution du paganisme. Mais en même temps, de la confusion générale des dieux et de leur réduction à l'absurde, la philosophie stoïcienne conclut à T unité divine sous des

noms divers ; et ce fut par l'effet de cette révolution religieuse que naquit, au «ein des folies impériales, le droit romain , le juste au milieu de Tinjuste , Gains avec Commode, Papinien avec Caracalla, Ulpien avec Héliogabale. En chaque César, M. Quinet fait voir deux personnes, le prince, le législateur : le prince, infâme ; le législateur, humain et libéral ; celui-là n'obéissant qu'à lui-même ; celui-ci subissant, à son insu, Tesprit des religions transformées par le stoïcisme. Grâce à cette dualité , dictée par la philosophie religieuse, le droit romain s'édifie et converge, avec le christianisme, vers un même but, l'égalité de la race humaine. Mais, quelque belles que fussent les lois de Rome, proclamant le droit des pauvres, des veuves, des orphelins, confondant en Justinien le christianisme et le stoïcisme, ces lois n'empêchaient point la vie d être intolérable sous le régime du bon plaisir impérial. En théorie, la cité païenne avait prononcé son dernier mot, « unité des dieux par le stoïcisme, unité du monde social par les empereurs. » En pratique, elle présentait le spectacle monstrueux de l'accouplement de la conscience flétrie avec le droit sacré. La société antique ne put subir la plus grande des épreuves sociales, la transition d'une religion à une autre. Elle avait moralement disparu quand les Barbares vinrent la supprimer de fait.

« Ainsi, s^écrie Edgar Quinet, après avoir essayé de tous les dieux de l'univers, Rome fut renversée par le seul qu^elle avait oublié d'évoquer dans le sac de Jérusalem. »

Ici se termine le Génie des religions, entre la cité antique et la nouvelle *.

^ A propos de cet admirable livre» aussi profond qu'élo<{uent, aussi savant que poétique, j'ai trop souvent entendu dire : Sans doute, c'est fort beau, mais, comme aussi c'est fort obscur et par trop mystique, je vous crois sur parole I — Et c'est ainsi que. grâce aux diseurs de riens, qui ne lisent

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