Edgar; roman
Droits de traduction, d'adaptation, de représentation et de reproduction réservés pour tous les pays.
Droits de traduction et de reproduction réservés
pour tous les pays.
by Ernest Fiammakion.
Les vulgaires ainaas ne demandent qu'à rire Madeleine de Scudéry.
— • Bonjour, mon oiseau bleu ! s'écria M. Cordif en pénétrant dans la chambre de M""» Deiacruze.
Il ajouta :
— Tu as l'air d'une enfant, ce matin. Pourquoi as-tu lair d'une enfant, dis, Simonette ?
M™* Deiacruze restait étendue sur sa chaise longue. Elle abandonna le roman qu'elle lisait, et, après une légère pause, répondit d'une voix placide :
— C'est parce que je vous aime, Ferdinand. Là-dessus, elle présenta sa nuque au baiser de
M. Cordif. En offrant sa nuque elle sauvait sa bouche. Puis elle ordonna :
— Sage !
Et M. Cordif s'assit. Chaque matin, il restait ainsi, pendant quelques secondes, ému el essoufflé, à contempler sa maîtresse en silence. Si blonde, si longue, si fine, si langoureuse, elle semblait une jeune fille, en vérité, mais une jeune fille légèrement fanée, qui aurait joué trop de sonates, valsé dans trop de hais, usé trop de raqueiliis dans trop de tennis. Elle était vêtue d'un peignoir blanc brodé d'or, dont les manches à la japo-
naise laissaient voir ses bras virginaux, un peu secs. D'uQ geste étudié de sa rnain en conque, elle retenait ses cheveux mal attachés par une seule épingle fichée au hasard.
— Ah ! Simone, bégaya M. Cordif, tu m'as renvoyé bien durement hier soir... J'aimai dormi...
C'était un homme replet, douillet, glabre, chauve et très bien habillé. Il aimait la table et M""" Delacruze qu'il avait extirpée d'une morne province pour en faire une sorte de courtisane bourgeoise.
— Assez, Ferdinand ! intima-t-elle. Vous parlez toujours de la veille, en bien ou en mal ; c'est assommant... Comme vous avez peu de tact, mon pauvre ami ! Soyez donc un peu à l'heure présente, surtout par une aussi délicieuse matinée...
Elle s'étirait. M. Cordif remarqua :
— Tes pieds !...
— Quoi, mes pieds?
— Tu te teins les ongles en rouge, maintenant ?
— Une idée !...
— Ça a l'air drôle, pour la femme de chambre ; c'est excentrique...
— Bon ! Je ne recommencerai pas. Que voulez-vous? Je m'ennuyais.
M. Cordif sursauta. Quel mot ! N'avait-elle pas son ménage à diriger? et leurs entrevues? et...
— Âlais mon cerveau-, Ferdinand, et mes besoins intellectuels?
— Nous allons au théâtre.
— Ouf! Leurs pièces!. .
Elle insinua, du ton de mystère et de tendresse qu'elle affectait pour demander quelque bijou :
— Heureusement, j'ai autre chose...
M. Cordif, qui marchait de long en large, s'arrêta, inquiet, et interrogea :
— Autre chose ?
- Vous ne vous moquerez pas de moi ?
— A Dieu ne plaise I
— Eh bien ! j'écris.
— Des lellres?
— Mieux !
— Un roman ?
— J'ai commencé par une nouvelle.
— Mais c'est admirable ! 11 faut me montrer ça tout de suite. J'ai mon bon sens, si je ne suis pas de la partie. Où est-il, ce chef-d'œuvre?
M'"'' Delacruze ne l'alla pas chercher bien loin. Elle atteignit, derrière son dos, un mince cahier d'écolière, dérangeant ainsi le petitchien Couic, qui sommeillait là.
— Oh! Ferdinand, votre main... Sentez... mon cœur bat... J'ai écrit mon œuvre dans une espèce d'inconscience, de somnambulisme. Je ne suis pas responsable ; cela s'est fait en dehors de moi. Vous me donnerez votre avis, en toute brutalité?
— Je te le promets.
— Que c'est bête, fit-elle encore, je suis oppressée à croire que je vais m'évanouir. Pourtant ce n'est que devant vous !
Et elle lut: