‹ Edgar; romanChapitre 2 sur 7 · JARDIN · texte numérisé non relu

JARDIN

« Est-il rien de plus adorablement sensible qu'un « jardin d'automne, au moment où, après avoir été « vaincu par la pluie, il se redresse pour respirer?... »

— Exquis ! souligna M. Cordif.

— Laissez! haleta Simone, ce n'est rien encore. Vous allez voir, les images !...

« Jcannine allait, rose comme un couchant, rose « comme une aurore, ramenée à la Terre immarcescible « par ses sens exacerbés dont les antennes vibraient à « chaque parfum, compendieusement.

« Elle salua les œillets, ces petits mouchoirs fripés « par des mains fiévreuses et tout chauds encore de « volupté poivrée ; les lilas, Ihyrses de cire pâle ; les

« liserons qui lui rnppelaiont ses robos adolescentes, « égratignées à de chers buissons ; les géraniums « hypocrites, rouges comme du sang de tragédie ; les « pensées qui ont la mort sur les ailes, comme lAinour « et les papillons.... Jeannine elle-même, voilurée de « crêpe de Chine rose, était une grande rose avouée.

« Ding! Ding! Ding! sonnèrent les cloches des niyoso- « lis. El ce fut le bourdon des lys, annonciateur grave.

« Claude paraissait.

« Claude, fort et doux. On devinait qu'il savait com- « mander et se prosterner. Il tenait de Tordre et de la « révérence. Oh ! faireplier jusqu'à l'agenouillement les « muscles aciéreux de ses nobles jambes ! Claude ! « Claude ! Claude, en un mot. Il ressemblait à un « athlète antique de Lacédémone ou d'Italie. »

— Ma Simone ! bégaya M. Cordif, tout confus de se reconnaître.

Mais Simone poursuivait, exaltée :

« Il descendit de cheval et l'air bleu vibra de sa cravache.

« Jeannine ! » susurra-t-il. Elle gémit : « Vous, vous, « mon attendu, mon espéré, mon désiré ! Je vous ai « souhaité de toute ma passion ivre. Restons ici. Ici, « c'est loi. C'est toi cet iris noir, mon sombre ; c'est toi « ce lilas blanc, mon lumineux; et ce sont les lèvres, « parenthèses du baiser que lu m'apportes, et c'est ton « cœur, et c'est tes cris, et c'est tes hennissements, et « c'est tes soupirs, et c'est ta force, et c'est tout toi, mon « tout. »

« Une ligne de points.

« Lorsqu'on les chercha à la nuit avec des lanternes, i< ces phalènes, on les découvrit morts, enlacés. Divin « paroxysme! La mort est de la vie exaucée, comme la « vie est de la mort ajournée. »

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