‹ Édifices anciens: fragments et détails, AnversChapitre 22 sur 35 · CORNEILLE DE VRIENDT L'HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

CORNEILLE DE VRIENDT L'HOTEL DE VILLE

Le premier monument dont il faut faire mcDtion est l'Hôtel de Ville d'Anvers. Il fut commencé en 1561 et achevé en 1565. Entièrement isolé et construit en pierres bleues et blanches, il est un des mieux conservés des édifices élevés sur les plans de De Vriendt. Illustré de colonnes de marbre rouge veiné, le centre de la façade, dégagé en corps proéminent, est le fragment le plusriche et le plus léger de l'édi- Gce trop massif. Les escaliers et les corridors de l'intérieur, ainsi que les divers décors, dénotent des efforts constants faits pour embellir ce palais.

Quelques années après l'inauguration de l'édifice public, survint le triste épisode connu dans nos annales sous le nom de Furie Espagnole. Ce désastre réduisit l'Hôtel de Ville en cendre, et engloutit de précieux documents d'art et d'histoire. Heureusement que, sur les mêmes plans, on réédîfia aussi-

lAt le Palais Communal qui, trois ans après, put déjà recevoir tes membres des États- Généraux.

Pendant qu'il travaillait à l'Hôtel de Ville, Corneille de Vriendt dressait les plans de la maison Hanséatique.

Cette immense construction, qui se trouvait à la place du même nom, fut terminée en 1568. Peu importante quant à sa beauté, la maison de la Hanse Teutonique du Saint- Empire Romain se faisait remarquer par son étendue. En effet, cet édifice était assez vaste pour contenir, aux étapes, trois cents chambres destinées aux négociants, tandis que le rez-de-chaussée servait d'entrepôt pour les ^- - *""« •'^ ^"""^ "•>*«• "' '• marchandises. La façade de ce palais construit en briques, offrait une grande régularité ; le centre, où s'élevait une tour quadrangulaire avec galeries servant d'observatoire et surmontée de l'aigle impériale, était orné de colonnes des ordres dorique et ionique. Plus de soixante villes allemandes versèrent 60.000 florins

pour l'érection du monument. Après avoir offert 30.000 florins, la Ville d'Anvers promit de payer aussi l'excédent des dépenses occasionnées par l'achèvement complet de l'édifice.

Les marchands de la Hanse, qui en toutes choses déployaient un grand luxe, s'attirèrent maintes critiques. <c Comme un trait curieux des coutumes de cette époque, on cite cette particularité, que les Hanséates se rendaient tous les jours en corps à la messe, chez les Dominicains, et le soir à la Bourse» précédés d'une troupe de musiciens jouant de fifres et de violes ».

La construction, que l'on voit entre les Canaux Falcon et de l'Amidon, nommée « Hesse huis » ou maison Hesse, est une autre œuvre de Corneille De Vriendt. Elle fut construite vers 1564 par les négociants hessois pour servir de maison terminus à une ligne importante de roulage qu'ils avaient établie entre Anvers et l'Allemagne. Depuis l'époque où y eut lieu, en 1580, l'abdication de Tarchiduc Mathias, gouverneur-général des provinces belges fédérées, « la maison Hesse, comme la maison Hanséatique, dit Thys, ne fut plus employée que pour casernement de troupes, tant il est vrai que décadence et militarisme sont d'inséparables compagnons, qui marchent la main dans la main ». Actuellement, cet immeuble, couvrant une superficie de 1435 mètres, appartient à la Ville.

La maison des Bateliers, dite de Vier Winden^ (rue des Serments, fig. 32) est un type très caractéristique de l'architecture civile de l'époque. Le

rez-de-chaussée est surmonté de six étages couronnés d'un pignon orné de grandes statues aux deux extrémités de sa base. L'une de ces figures porte une ancre, l'autre un gouvernail ; plus haut, se voient deux obélisques comme on en rencontre sur maints monuments élevés pendant la Renaissance. Des vases, autre ornement très vulgaire alors, surmontent le sixième étage ; au sommet, on voyait autrefois une statue de l'apôtre des Bateliers. Les sculptures ornementales de cette période ne sont guère rares, mais les statues n'abondent malheureusement pas. La figure 74 offre un St-Michel en bois peint et doré qui fut, selon toutes probabilités, taillé au cours de la première moitié du XVI^ siècle.

Analysons succinctement et chronologiquement les autres monuments qui nous restent de l'époque; les caractères généraux distinctifs ou de beauté du style de la Renaissance seront aisés à faire ressortir après cette exposition.

Nous trouvons d'abord, vers l'année 1541, la construction de la Maison des Drapiers (Beyershuis), n*> 36, Grand'Place. Sur sa façade, une inscription devenue illisible, avertissait : « Les préparateurs de drap firent rebâtir, jusque dans les fondements, cette maison nommée la Vieille Balance^ détruite par un incendie, le 4 octobre 1541. » Dix intéressants ba&-reliefs offrent le principal attrait de ce local de confrérie. L'un d'eux représente, symbolisant le nom de l'enseigne, deux hommes s'occupant d'une balance ; d'autres font souvenir de divers

moments du métier des drapiers ou représentent leurs outils.

Les bas-reliefs en pierre (voir flg. 23) et les ornements taillés dans le bois des portes s'étalent sur toutes les constructions de quelque peu d'importance. Le bas-relief original qui surmontait le portail de la Maagden Huis, Longue rue de l'Hôpital n" 29, a été déposé au Musée des Antiquités, et remplacé par une copie. La figure 26 offre la disposition et l'encadrement de cette grande pierre sculptée. Parmi d'autres, une maison aujourd'hui disparue (voir fig. 29), de la même époque que l'hospice, portait un petit basrelief représentant des armoiries avec tenants; cent années environ auparavant on avait sans doute construit la maison du Canal au Fromage (près du Pont aux Tourbes) qui, également, présente une pierre taillée figurant des maçons élevant un mur. Presque toutes les portes doubles de cet âge, comme celte de la Maagden Hais (fîg. 26), s'ornent, en manière de clef à leur arc cintré, d'un masque

sculpté dans la pierre. Cette maison, qui a longtemps servi d'orphelinat et qui a hébergé d'autres institutions charitables, offre un type simple de l'architecture du XVI' siècle ; l'aile du bâtiment, à droite de la porte, très curieuse à observer, est élégante et d'un beau style.

La Maison des Orphelins, (Marché-aux-chevaux, n" 82, fig. 28) servant actuellement de local à l'Ecole Industrielle, fut fondée en 1588, quelques années, sans doute, après l'hospice cité plus haut.

Elle devait abriter cent orphelins auxquels la fondation se promettait d'assurer les moyens d'existence dans l'avenir. L'édifice, restauré au cours de ^■- PoHc avec le mîUésime 1669.

j ., , Rue Goppenol, n» 7.

ces dernières années, a

gardé une allure d'époque, très remarquable. Seules les grandes fenêtres furent transformées déjà avant les derniers remaniements :, on y supprima, sans doute, le croisillon de pierre qui, avec le pignon à gradins, subsista si longtemps dans notre architecture.

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