MAISON HYDRAULIQUE
[ERS cette époque, l'architecte Gilbert van Schoonbeke, auquel notre ville dut ses grandes transformations du XVI* siècle, construit dans le Nieuwstady la Maison Hydraulique, peu intéressante quant à sa façade à pignon, mais assez curieuse pour prendre place parmi nos annotations. C'est, à l'intérieur, une des plus remarquables constructions de la Ville. Au moyen d'un conduit souterrain, les eaux du canal d'Hérenthals sont captées et déversées dans l'immense bassin de la Waterhuys. Une chaîne sans-fin à godets transporte ces masses d'eau dans un réservoir très élevé ; de là, elles sont amenées par des tuyaux distincts dans un grand nombre de maisons particulières et d'usines. Voici ce qu'en dit, après avoir émis d'autres considérations sur l'historique du monument, réminent secrétaire de l'Académie royale d'Archéologie de Belgique, M. Fernand Donnet.
« Le système hydraulique imaginé par van Schoonbeke a continué, avec quelques modifications, à rester en usage jusqu'à nos jours, et en jetant un coup d'œil dans les sous-sols de la maison hydraulique, on aperçoit le vaste réservoir contenant l'eau potable provenant du canal d'Hérenthals. En s'avançant sur le petit pont en planches qui surplombe la nappe d'eau, on peut se rendre compte du mécanisme si simple qui préside à la distribution et remarquer l'entrée de l'aqueduc qui amène les eaux au réservoir. »
- Maison du XVII* siècle. — Canal des Brasseurs.
I La maison hydraulique est encore toujours en activité, et l'eau qu'elle débite est préférée, même
- Porte du XVH» siècle. — Rue «'
de nos jours, à toutes autres. Il n'y a pas longtemps encore le système ascensionnel de pompes était mis en mouvement par un moulin qu'actionnait un
cheval. Aujourd'hui une machine à gaz a remplacé le moteur animal, au grand dam du pittoresque de cette antique installation. »
« Mais la maison hydraulique renfermait encore à l'étage la salle de réunion de la corporation des brasseurs.
Celle-ci, qui existait depuis longtemps à Anvers, fut organisée, en 1581, par l'autorité scabinale. »
■ Rien de plus archaïque que l'entrée de la maison avec sa cage d'escalier et sa vaste salle du premier
Ai..^~ »..: „„;„(.,„„-.-,»., 57. — Entrée monumentale d'une
étage qui existe encore maison du XYii* siècle.
telle que les proprié- Longue rue de l'Hôpital,„'31.
taires des siècles précédents l'ont occupée. »
■ Dès l'entrée, un étroit escalier, dont la colonne d'appui de la rampe est surmontée d'une statuette de Saint Arnulphe, patron des brasseurs, se dresse à côté d'un long couloir, à la voûte surbaissée, par laquelle on a vue sur une enfilade de locaux divers. Dans cette perspective, la lumière se joue d'une façon inattendue et produit les effets les plus pittoresques. Au-dessus de la voûte, une vétusté image de la Vierge, devant laquelle est suspendue une curieuse lanterne en fer, complète cet ensemble unique, resté intact depuis tant de siècles, s
— race La grande salle du premier étage est tout aussi remarquable par sa conservation et par son aménagement. Une lourde table en occupe lé centre, tandis que dans l'un des murs latéraux s'ouvre une vaste cheminée, au manteau soutenu par des colonnes de marbre cannelées avec chapiteaux ioniques. Une peinture allégorique la surmonte. Trois fenêtres, aux petits carreaux sertis dé plomb, aux volets garnis d'élégantes pentures en fer, prennent jour sur le Canal des Brasseurs. Au plafond, à boiseries apparentes, est suspendu un lustre en cristal de Venise. Les murs sont tendus de superbes cuirs dorés sur lesquels on a fixé, de ci de là. Une grande composition picturale, des miroirs, des plans manuscrits, une statuette du saint patron de la corporation, et surtout le portrait de l'infortuné van Schoonbeke. Des chaises recouvertes de cuir, de lourds chenets en fer, des banquettes garnies de velours aux teintes harmonieusement effacées, complètent cet ameublement unique. Il y a quelques années, on conservait encore dans cette salle des verreries superbes, de splendides verres à pied d'un travail délicat, dont les brasseurs se servaient pour leurs réunions solennelles ; ils ont malheureusement été brisés lors de la désastreuse explosion qui ravagea, en 1889, une grande partie de la ville et surtout le quartier maritime. ï>
a Là, dans cette belle et antique salle, dit un autre archéologue, les souvenirs d'une époque, déjà reculée de nous, se présentent en foule à l'esprit ; on voit un instant dans ce seizième siècle, si brillant
«t si tumultueux, si glorieux sous certains rapports «t, en même temps, si rempli de forfaits qui sont
58. — Porte lie la maison De Guide Sler. — Rue des Brasseurs, n- 5
la honte de l'humanité, où Anvers, qu'on appelait la Venise du Nord, était arrivé à l'apogée de sa
prospérité, où il vit commencer son déclin, sa décadence. Les personnes les plus indifférentes même sont vivement impressionnées en entrant dans ces lieux, généralement si peu connus, et cependant si dignes d'être visités. »