ÉGLISE ST-GHARLES-BORROMÉE
es Jésuites élevèrent leur fameuse église au commencement du XVIIe siècle, en pleine Renaissance, pendant que florissait le plus grand maître de cette période, P. P. Rubens. Déjà
63. - Encadrement de porte du XVIIe siècle; porte vitrée du XVIIIe siècle (?). — Rue aux Laines, n° 7.
en 1573, aidés par plusieurs riches Espagnols, ils avaient joint une modeste chapelle à l'hôtel qu'ils possédaient. C'est celte chapelle que devait remplacer l'église actuelle dont la construction commença dès l'année 1614. « Quoiqu'un des plus beaux temples que la compagnie de Jésus possédât dans l'Europe entière, et sous le rapport de la richesse des matériaux sans nul doute la plus splendide de toutes les églises qui s'élevèrent en Belgique, ce monument fut terminé en moins de six ans, et consacré en 1621. Trente-six colonnes doriques et ioniques en marbre de Carrare, placées en deux rangs superposés, partageaient l'intérieur, disposé dans la forme des anciennes basiliques romaines, et autant de tableaux, peints par Rubens, décoraient les plafonds de ces galeries. Les marbres les plus rares et les plus précieux couvraient les murs du chœur en abside et les deux grandes chapelles latérales de la Vierge et de St-Ignace. Un vaste incendie ayant consumé entièrement les nefs, en 1718, on les reconstruisit immédiatement après sur l'ancien plan, mais avec moins de luxe, et les colonnes de marbre furent remplacées par des colonnes de pierre. Celles de la galerie supérieure sont posées sur des piédestaux liés entre eux par une balustrade de fer. Chaque galerie est éclairée par un rang de fenêtres quadrangulaires, à angles coupés aux galeries supérieures, à arcs surbaissés au rezde-chaussée. Entre chaque fenêtre est placée une niche ronde qui renferme un buste de saint. Des ornements en stuc décorent la voûte en berceau
de la grande nef. L'ornementation du chœur et des deux chapelles susdites est d'un goût maniéré et mesquin, reproche que l'on peut aussi adresser à la façade de l'église qui, malgré son étendue, ne produit que peu d'effet, criblée qu'elle est de petites niches et de fenêtres à mauvais encadrements. La partie la plus digne d'éloge de cette église est sa magnifique tour, placée, comme de coutume, derrière le chœur ; c'est sans contredit la plus remarquable de toutes nos tours d'églises érigées depuis la Renaissance. Elle se compose d'un soubassement rustique très élevé, que surmontent deux étages, le premier également carré et orné aux angles de colonnes doriques
Statue en marbre de la Sainte Vierge.
Dessin de l'auteur (voir 59).
avec bandes ou bossages, le second, d'ordre ionique, octogone, entouré d'une balustrade et percé à chaque face d'une vénitienne portée par des colonnes corinthiennes. Le tout se termine par une calotte sphérique. Cette tour, comme le portail, est construite en pierres blanches et bleues. »
La Bibliothèque Communale, qui fait face à l'église Saint-Charles-Borromée, fut également construite par les Jésuites (1622). Ce grand bloc rectangulaire, qui se désigne encore par le vocable de Sodalité, reçut dès son achèvement les deux congrégations ou Sodalités qui, depuis longtemps, se réunissaient à la maison dite d'Aix. Le rez-dechaussée servit aux hommes mariés ; l'étage fut réservé aux célibataires. Si l'on sait que ces deux congrégations comptèrent toujours des hommes distingués, des nobles, des artistes, des magistrats, on comprendra que les locaux furent rapidement décorés avec luxe de peintures et de sculptures.
Pendant la même série d'années — on commença en 1615 — s'éleva une autre église sans caractère bien précis, mais qui rentre dans la catégorie des monuments de la Renaissance et nous montre, ainsi que la maison de Zeghers, la maison Jordaens, la maison et l'arc de triomphe de jRubens, comment se concevait le style architectural sous le règne de ce dernier maître (mort en 1640). Il s'agit de l'église St-Augustin, dont les plans furent fournis par Wenceslas Cobergher. Mieux que le frontispice en maçonnerie, l'intérieur répond aux idées de luxe exubérant de l'époque.