XIV. i
‘lïH NOTICES HISTORIQUES
Piitnis Giraud, piazza Scossa-Cavalli; plan du rez-d e-c ha ussrc
Ce palais, qui a conservé le nom de l’un des derniers propriétaires, est situé dans le XIVe quartier, entre le château Saint-Ange et la basilique de Saint-Pierre. 11 est isolé de toutes jwrts, et sa façade principale forme un des cotés de la place Scossa-Cavalli, au centre de laquelle s’élève une fontaine.
Il fut bâti vers l’an 1 5o4, pour le cardinal Adriano di Corneto, par l'architecte Bramante Lazzari. Après avoir appartenu longtemps aux rois d’Angleterre et servi d'habitation à leurs ambassadeurs, il fut donné, vers l’an i65a, an cardinal Campeggi par Henri VIII, lorsqu il se fut séparé de l’Église romaine. Il passa ensuite à la famille Coloniia. qui le céda à Innocent X j>our y fonder un collège ecclésiastique. Cet établissement ayant été transféré au quartier de Ponte Sisto par Clément XI, vers l’an 1760 le palais fut vendu, parla chambre apostolique, 1 4, 000 écus romains au comte Giraud, originairede Marseille, et père ducardinal Giraud qui, en 1767, était nonce en France. Depuisil est devenu la propriété de la fabrique de Saint-Pierre, qui, vers l'année i83o, l’a vendu au duc Torlonia, et, dit-on, pour la modique somme de 8,000 piastres, environ 43, 000 francs, ce qui n’est pas, suivant l’expression d’un habitant du quartier, payer même l’eau des fontaines. IjC nouveau propriétaire, après avoir décoré l’intérieur du palais avec magnificence, y a formé un musée de tableaux et une collection de statues, de bustes, de bas-reliefs et de fragments antiques d'architecture.
On ne peut imaginer rien de plus simple que la distribulion dii plan du rez-de-chaussée. L’entrée du palais, sorte de passage dépourvii de toute décoration, conduit à un portique composé de pié- ' droits qui encadre une cour carrée. Autour de celle-ci, et sur trois des côtés seulement, sont distrilmés les escaliers, les magasins, les
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3 ai)
cuisines, et les lavoirs. Au delà du portitfue du fond existait un jardin, remplacé de nos jours par des constructions modernes que nous avons mises en regard du jardin restitué sur nos dessins, afin de faire connaître l’état primitif.
L’escalier principal et ce qui l’avoisine est la partie du plan le mieux étudiée, et l’on y retrouve quelques combinaisons ingénieuses. Il est situé à droite en entrant sous le premier portique, et se présente avantageusement. Ses marches sont larges, peu élevées et légèrement inclinées ; à toutes les hauteurs il est parfaitement éclairé Aii premier étage, la croisée est cintrée à l’extérieur ainsi qu’à l'intérieur, et concentrique à la voûte du palier : il y u du mérite dans cet ajustement, ainsi que dans la combinaison du chambranle intérieur avec le* bancs placés dans l'embrasement. Remarquons encore une petite rampe droite qui aboutit au premier palier du grand escalier, et qui relie les pièces voisines du rez-de-chaussée avec les étages supérieurs. Près de cette rampe et au-dessous d’elle existait up escalier circulaire, indiqué à droite sur le détail du plan; jadisil mettait les mêmes salles du rez-de-chaussée en communication directe avec les écuries, placées dans les souterrains. Cette disposition ferait croire que lesdites salies servaient de selleries et de magasins à fourrages.. N’ayant pas trouvé de traces de cet escalier, j’ai dû , pour le rétablir, avoir recours au plan d’un ancien aute-ur, Pietro Ferrerio, qui, sans doute, l’aura reconnu. F^e petit escalier qu’on voit encore dans l'épaisseur du mur devait conduire à un balcon élevé à mi-étage, et je n’imagine pas qu’il pût avoir une antre destination.
Enfin , sous la première rampe du grand escalier et dans l’axe de la croisée du premier palier «e trouve, à l’extérieur, une porte à laquelle aboutit une pente douce qui mène aux écuries, lesquelles originairement étaient reléguées dans les souterrains. On voit , d’après nos dessins, et nos descriptions, que cinq escaliers étaient ainsi groupés autour de l’escalier principal. Nous en trouverons même un. sixième quand nous examinerons le plan. des souterrains.
L’escalier dérobé que, vu sa petitesse, on distingue à peine dans Ja ' salle de l’angle à gauche, aboutit aux appartements du premier étage.
Palais Giraud ; plan (le divers étages et façade principale.
xiv. .s. Les trois plans réunis au bas de cette planche complètent nos renseignements sur la distribution des divers étages. Ix* plan des fondations explique parfaitement l’utilité de la pente douce, et comment elle fait arriver les chevaux à l’écurie souterraine. Celle-ci est spacieuse et d'une belle ordonnance : bien que placée au-dessous du sol, elle n’a pas les inconvénients d’une telle situation, parce qu’elle est bien aérée et exposée au midi. On voit avec regret que Bramante, toujours aventureux et trop conliant, a négligé de fonder les murs de refend : au lieu de les faire poser sur le sol, il les a élevés au-dessus des voûtes surbaissées de l’écurie, dont le diamètre est assez considérable. Pour remédier à cette faute grave, et sans doute paT suite de tassements, il a fallu, au-dessous des murs de refend, établir des arcs en saillie concentriques à la voûte, et supportés par de forts piliers. Nous avons supprimé ceux-ci pour nous conformer au projet de Bramante, bien que l’expérience ait démontré leur utilité. On a dû recourir au même expédient dans les caves du bâtiment en aile à gauche, pour fortifier des voûtes qui fléchissaient également sous le poids des murs de refend.
On trouve indiqué sur ce même plan, dans les caves de l’aile droite, un escalier circulaire servant à la communication usuelle du rez-dechaussée avec les souterrains ; il vient aboutir à la première arcade du portique du rez-de-chaussée , au-dessous de la troisième rani|>e du grand escalier.
On voit, d’après le plan, qu’au portique du rez-de-chaussée correspond un corridor spacieux au premier étage, servant à faire communiquer les diverses pièces disposées autour de la cour. La salle la
KT CRITIQUAS.
plus importante se voit à droite, à l’angle de la façade : c’est le grand salon ; il est éclairé par cinq croisées, ou plutôt par dix,- car il comprend deux hauteurs d’étages, et reçoit du jour des croisées carrées du deuxième étage. la; soflite du grand salon n’a pas été terminé, et les | «litres sont restées apparentes. Nous les avons indiquées par des lignes ponctuées. Les caissons carrés des salles voisines sont de même désignés par des lignes ponctuées.
Nous n’avons aucune observation à faire sur le plan du deuxième étage, sinon que toutes les pièces ne sont pas de plaiu-pied, et que le grand escalier monte seulement au niveau du plancher du corridor. De là est résulté> que pour faire arriver aux salles situées du côté de la place et du bâtiment de l'aile gauche, dont là sol est plu» élevé d'environ deux mètres, il a fallu établir un escalier supplémentaire qu'on aperçoit au fond du premier corridor. Dans la jietite salle voisine du grand salon, et sur le mur de refend.conunun aux deux pièces, on distingue deux croisées qui ont vue sur le salon. C’était là sans doute qu’on plaçait l’orchestre aux jours de fête.
Plusieurs salles du même étage sont éclairées pardeux rangs décroisées, les unes carrées ét les autres cintrées. D'autres salles,' et notamment celles qui sont situées au-dessus du grand salon, ne prennent de
jour que des petites croisées cintrées les plus voisines du couronnement.
Elévation principale.
I c mérite artistique du palais Giraud est tout entier dans Fa façade. On retrouve dans celle-ci l'alliance d'une raison souveraine et d’un goût exquis , l’expression des nécessités et des convenances , et à un haut degré l'élégance et la beauté de la forme. Rien n'y retrace la demeure de l’opulence; l'architecture n’y affecte pas des allures sef- |icrl>es, mais elle est grave, sévère, telle qu’elle devait être pour l’habitation d’un patricien. Chaque étage a son caractère propre ; celui du rex-de-chaussée est rustique, et c’est là , en effet, qu'existent les magasins, lès dépôts d'approvisionnements, et que sont rassemblés
NOTICES H1STOIIIQUES
les objets nécessaires aux divers services. L'importance dn premier étage, la richesse des détails, révèlent à la première vue que la résilience du maître est là. Enfin, l'étage supérieur, avec ses subdivisions, est traité comme dépendance, et sa destination est manifeste. On juge qu’il est consacré à la famille, aux enfants, aux secrétaires, aux serviteurs, aux vestiaires e-t aux lingeries. On ne saurait trop admirer la justesse et la supériorité d’esprit île l’architecte, qui a su faire une classification si nette, et parler un langage si clair et si plein de vérité. Mais une difficulté non moins grande était de relier entre eux des éléments si variés , pour en faire un tout homogène et harmonieux. Or, tel est le propre du génie, qu’il sait toujours improviser des expédients, quand pour d'autres la situation semble désespérée. Ici Bramante est parvenu à coordonner les étages en répétant partout les refends, et à réunir plus intimement les étages supérieurs en appliquant à tous les deux un ordre composite semblable pour la masse, différent par le détail.
11 y a dans cette façade je ne sais quoi de jeune qui sent la primeur. C’est bien une œuvre naïve et facile , mais où se manifeste toutefois l’artiste consommé, réglant tout d’une main ferme et sûre. Le motif d’architecture est ici le même qu’à la chancellerie (PI, 79), on le reconnaît tout d’abord; mais il trouve au palais Giraud, pour des dimensions beaucoup moindres, une application plus heureuse et plus juste. I,e seul reproche qu’on a l’habitude de lui faire, c’est de manquer d'ampleür et de saillie, et d’appartenir au genre bas-relief. Pour moi, je crois que le mouvement et les grands effets doivent être réservés pour les monuments publics, et que l'architecture privée ne doit pas afficher de ces prétentions ambitieuses. Aussi, après avoir reconnu dans le palais Giraud des qualités aussi rares et aussi éminentes, n’hésitonsnous pas à le classer parmi ceux qui honorent le plus lecole romaine.
I«i porte d’entrée, comme celle de la chancellerie, n’a pas été exécutée par Bramante; celle qui existe aujourd'hui, et qui est moderne, a la forme d’une arcade, avec un entourage de cartouches du plus
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mauvais goût. En reproduisant ces bizarreries, c'eût été altérer profondément le caractère du monument et y introduire un élément étranger. En cette situation , nous nous sommes cru parfaitement autorisé à suivre de préférence l’indication d’une porte à- linteau droit, donnée par Pietro Ferrerio, et confirmée par une gravure placée dans un itinéraire de Rome en date de i65z. C’est donc le principe de la (wirte à linteau, avec chambranle et corniche, que nous avons suivi ; mais, pour ne pas nous écarter dans le détail du style de Bramante, nous avons choisi une porte de cet architecte prise au premier étage du palais de la chancellerie sur le palier du grand escalier (PI. KH).
Cette porte, d’un caractère ferme et simpie( s’adapte parfaitement au rez-de-chaussée du palais Giraud, et correspond si bien à la hauteur des croisées, que nous ne croyons pas qu'il fût possible de faire un choix plus heureux. N’oublions pas qu'au temps de Bramante, au commencement du XVI' siècle , les grands personnages cheminaient, soit à cheval, soit en litière : il parait donc probable que la porte d’entrée du palais a été changée quand l’usage de la voiture a remplacé les autres modes de transport ; les portes, alors devenues trop étroites, ont dû être élargies.
I«i façade principale est exécutée tout entière en pierre travertine, d’une teinte phis ou moins foncée, et qui, à l’exception des entablements,s’éclaircit graduellement aux étages supérieurs/ I,e chambranle des croisées est en marbre blanc. Cette façade est une sorte de devanture, car les trois autres façades sont exécutées en moellon et n’ont-plus rien de monumental. On voit donc, par le simple fait de cette économie, qu’il est possible d’obtenir des chefs-d’œuvre même à bas prix.
Patois G ira ait ; détails rte la façade principale.
Nous n’avons pas voulu présenter nos observations sur les détails xlv. ,v de la façade du palais Giraud sans produire à la fois la ligure mise à
NOTICES HISTORIQUES
une échelle assez grande [tour qu’on puisse les bien apprécier. Si nous considérons d'aliord In tranche qui résume le motif général de la façade, nos jugements antérieurs sur l’ensemble de cette façade y trouveront leur confirmation. Du soubassement jusqu'au sommet de l’édifice, le caractère dominant est à la fois la simplicité, l’élégance et la finesse. Voilà l’impression générale et à distance. Quand on s’approche et que le regard se promène d'étages cri étages, Qn découvre partout des détails si exquis, qu’on ne saurait dire ce qui vous charme davantage, ou du soubassement, avec sa subdivision si parfaitement raisonnée, son profil original et ferme, et son couronnement modeste; ou du premier étage, dont les croisées, l’ordre et le chapiteau ont tant de délicatesse, dont l'entablement est d’une si juste proportion, tenant le milieu entre la corniche du rez-de-chaussée et le couronnement général, dominant l’un et dominé par l’autre; ou bien enfin s'il faut préférer le dernier étage, dont les croisées ont tant de finesse, dont l'ordre porte un chapiteau de si bon goût et un entablement si ferme, si noble, si digne de couronner tinensemhle aussi beau. Si on en a banni toute espèce d'ornement, c’était évidemment pour n'enlever aucune valeur à l’ornementation des divers chapiteaux et des croisées du premier étage. Il faut avouer que Bramante n’a fait nulle part mystère de ses intentions : il semble même livrer sa pensée tout entière et sans réserve. Peut-être l’a-t-il fait avec, malice, et sans craindre qu'on abuse de son indiscrétion. Ses oeuvres sont, en effet, de celles qu'on peut copier, mais dont le secret, pour les produire, reste toujours à l’auteur.
Le rez-de-chaussée est construit en talus; mais l'inclinaison totale étant seulement de o”,<>f>" millimètres est trop légère pour être sensible sur la gravure. Nous avons dû nous borner à la signaler par une note.
Les détails disposés aux deux extrémités de la planche, outre qu’ils donnent la physionomie exacte des moulures et de leurs profils, ont encore le grand intérêt qui s’attache aux cotes, à l'aide desquelles on |>eut rectifier, au licsoin, les moindres imperfections du dessin. L’a-
ET CRITIQUES
justement des chapiteaux, le motif comme le caractère de l'ornementation, y sont naturellement mieux exprimés que sur les dessins d'ensemble, dont les échelles sont beaucoup [dus petites.
* Palais Giraud ; suite drs détails de la façade.
Les détails réunis au bas de Cette planche présentent des ajustements charmants , des profils délicieux. Il faut y remarquer la corniche qui couronne le rez-de-chaussée, dont les moulures sont simples et peu saillantes; la finesse des profils et la combinaison des moulures de la croisée du premier étage, ainsi que l'ornement «pii remplit le tympan au-dessus de l’archivolte, et qui varie à toutes les croisées. Enfin nous ap|>elons plus spécialement l’attention sur le détail du soubassement, doiit on admirejustement le profil original et si délicat.
Coupe sur la cour .
(^ordonnance de cette cour est d’une extrême simplicité; tout y est grand, noble, sévère, et partout y règne l’harmonie la plus parfaite. Les arcades ont de l’ampleur, les étages sont bien divisés, les croisées d’un bon rapport et d'une belle proportion; enfin la corniche supérieure forme un digne couronnement. Les bandeaux seuls ont de la maigreur et éont surchargés de moulures. L’architecte a voulu sans doute , par cette opposition , donner plus de relief et de valeur au couronnement. On regrette que cette cour, regardée du reste comme irréprochable , ne possède pas le mérite éminent de la façade, et qu’on n’y ait pas conservé le caractère de l’architecture de cette même façade. Mais on reconnaît que Bramante a été retenu par des conditions d'économie qui se manifestent également sur les façades latérales et postérieures.
Nous avons signalé, page 33ir les planchers du deuxième étage comme n'étant pas à la même hauteur, et dit qu'un escalier supplé-
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H(i NOTICKS HISTORIQi KS
menlaire avait été placé au fond du premier corridor j>our faire arriver au plancher supérieur. Ici, sur cette coupe, la différence du niveau, qui est d'environ deux mètres, se jupe à la première vue et s’explique aisément. Nous avons encore mentionné, à la même page 'fil , les deux croisées qu’on voit au deuxième étage sur le mur de refend du bâtiment situé sur la place; ces croisées ont vue sur fe grand salon, et c’était, nous l’avons dit, dans la salle à mi-étage où elles se trouvent, qu’on plaçait l’orchestre aux jours de fête.
Palais Giraud ; détails de la cour.
Ces détails sont loin d’avoir la finesse, l'élégance et l’originalité de ceux de la façade, mais du moins ils répondent au caractère général de la cour. Ce qu’il y a de plus recommandable, et ce qui mérite d'être cité avant tout, c’est la corniche de couronnement, dont les modil- Iuiis sont bien profilés, mais trop rapprochés entre eux; l’archivolte, la clef et les pilastres de l’entrée de l’çscalier , pour la fermeté du gai lie «les moulures, sont également dignes d’éloges.
PLANCHE ISO.
Plan de P église et du couvent de S. Alessio , situés sur le sommet du mont A vent in . ,
I/église de’ SS. Alessio e Bonifazio (des saints Alexis et Boniface ) se voit au sommet du mont Aven tin. C'était là qu'existait autrefois le monastère de Saint-Boniface, martyrisé au temps de Dioclétien, en a<)o. Aglaé, noble dame de Rome et fille du proconsul Acacius,'fit construire, vers 3o5, en l'honneur de saint Boniface, une église au lieu où se trouvait jadis le temple d’IIcrcule-Aventin. Innocent I", au commencement du v* siècle, y réunit le culte de saint Alexis. Au x* siècle, le monastère fut agrandi parles libéralités d’Alliéric, prince romain. En 1317, les «"orps des saints Boniface et Alexis furent re-
, RT CRITIQUES
trouvés, puis déposés sous le grand autel de l'église, qui fut. alors consacrée de nouveau par le pape I louorius III. En i58a, les religieux firent peindre la tribune, et élever au-dessus du maitre-autel un beau ciboire composé de marbres lins et «le colonnes «le marbre vert antique. A la même époque, le cardinal titulaire Vincent Gonzaga.fit construire la sacristie et le chœur d’hiver. En t6o3, François de’ Conti Guidi de’ Ilagui, autre cardinal titulaire, établit deux rampes en avant du maître-autel, qui conduisent à la chapelle souterraine (i). Enfin, en 1744 les religieux entreprirent une restauration générale, achevée en 17^0 sous la direction de l'architecte Tomuiasso de' Marchis. L'église fut reconstruite presque en totalité, et le couvent agrandi avec magnificence. ..
Lai plan de ce couvent, tel. qu’U existait avant la restauration, nous a été communiqué ; en voici la réduction. Il prouve que les derniers travaux ont été considérables et signale les changements opérés «lans les bâtiments, ce que la comparaison des deux plans explique
parfaitement. Si cette restauration 11'a pas été faite avec goût, du moins retrouve-t-on, dans le nouveau plan, de grandes et belles dispositions qui annoncent ch«?7. l'architecte du savoir et de l'intelligence.
On voit que le portique du devant, situé sur une place demi-circulaire, est une adjonction moderne, etqueleport ique du fond de la cour était antérieurement composé de colonnes isolées.
Celles-ci sont maintenant adossées à des piliers qui supportent des arcades.
A l’intérieur de l't-glise se trouvaient
(t) On a obtenu, pour celte chapelle, un jour direct en contre-bas des terres du jardin, en maintenant celles-ci 4 une certaine distance du soubassement extérieur de l’abside.
NOTICES HISTOHIQIES
également huit colonnes de chaque côté de la nef: elles ont été remplacées par de lourds piliers, qui peut-être renferment aujourd’hui les anciennes colonnes. Les murs extérieurs ont été augmentés d'épaisseur. Des améliorations notables ont de même été faites à l’intérieur du couvent, pour obtenir des communications faciles avec la sacristie, les escaliers, le réfectoire et les cuisines, et aussi avecTextérieur.
Le jardin qui vient à la suite des constructions est dans une admirable position. Il est situe sur le plateau extrême du mont Aventîn; en sorte qu’on a devant soi le port de Ripa-Grande et. la vue des rives du Tibre. A l’extrémité de ce jardin existe un mur d'appui interrompu par deux balcons en saillie , ménagés aux extrémités de beaux percés. De là on aperçoit Saint-Pierre, le Vatican, et un grand nombre de bâtiments qui s’échelonnent sur la rive trnnstibérine le tout compose un tableau délicieux, pittoresque, et encadré dans un épais feuillage qui l'embellit encore.
Plan de l'église S. M. in Monterone.
On croit que cette église a été fondée par la famille des Monteroni de Sicilne, avec un petit hospice destiné à recevoir les pèlerins siennois. Klle fut restaurée en ia45et 1697, puis embellie an temps d’innocent XL Quanta l'hospice qui en dépend, il a été agrandi
postérieurement.
le plan n’offre aucune disposition particulière, mais l'aspect en est agréable. Sur les huit colonnes de la nef, deux sont en cipollino, cinq en granit gris, et une en granit rouge.
Plan de l’église S. M. in Afunticelli.
Cette église très-ancienne était d’abord nommée S. M. iiv Aretuila. Klle fut restaurée en i loi, et consacrée la même année par Pascal II.
ET CRITIQUES
Innocent II, en 1 i43, entreprit une nouvelle restauration. Enfin', sous Clément XI l'architecte Matteo Sassi y fit de notables changements, et il eut la malheureuse idée de noyer dans les murs et dans les nouveaux piliers dix colonnes cannelées de Pavonazzetto.
On n’entrevoit pas dans l’architecture de cette église le moindre sentiment artistique , mais le plan du reste se recommande par d’excellentes dispositions, il faut .y remarquer le petit vestibule de la façade qui donne entrée à l'église et au parleur; puis au fond, à gauche, un autre vestibule qui procure un second accès à l'église et à la sacristie. On peut donc arriver à celle-ci sur deux points, et sans être obligé d'entrer dans L’église. On appréciera encore l’arrangement des six chapelles des bas-côtés, dont les petites coupoles produisent un bon effet ; enfin les deux chapelles que l'on voit à droite , aux deux extrémités de l’église, et qui semblent détachées de celle-ci, pourraient être destinées, l’une aux baptêmes, et l’autre aux mariages.
Plan de l’église S. Tonunaso in Parione, .
Cette église fut consacrée en 1 1 3g, et restaurée en 1 58 1 par F rancesco YI da Volterra, aux frais de Mario et Camillo Cerrini, nobles romains.
Plan de C église S. M. délia l'onsolazione.
Ce fut en 1470 que cette église fut consacrée pour la première fois; x ■ mais vers la fin du xvt* siècle elle fut rebâtie par Martino Lunghi le trieuse, qui commença seulement la façade. Celle-ci fut terminée vers i83o par l’architecte Giuseppe Valadier, avec les fonds légués par le cardinal Consalvi.
Les trois hôpitaux voisins, ou l’on traite particulièrement les blessés, ont été réunis à l’église par Alexandre VII.
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Porte i Centrée d'une maison via (tel Gesù.
ix. La belle proportion de l’ensemble, l'élégance et la finesse des détails, font le mérite de cette porte, qui cependant n’est pas irréprochable en tous points : car il faut bien reconnaître que les griffons et les palmettes de la frise ne sont pas du plus beau style, et manquent de légèreté. On remarque dans les profils, dans le choix et l’exécution des ornements, des rapports si frappants avec ceux des portes de l’église S. Giaeomo de’ Spagnuoli et du grand salon du palais di Venezia [planche 76), enfin avec ceux de la porte d’entrée de l'hôpital di S. Spirito, que nous sommes disposés à croire que la porte dont il est ici question a la même origine, et qu’il faut conséquemment l'attribuer à Baecio Pintelli. Si nous nous trompions sur l’auteur, ce ne serait pas du moins sur l’époque, que nous pouvons fixer à la fin du xv* siècle.
"La porte de la maison de la rue del Gesù est exécutée en marbre de Paros, et l’ouverture en a été agrandie dans les deux sens. Cela se reconnaît aux morceaux qui ont été. rapportés à la corniche, au linteau et aux deux montants. • t ■ -
Eglise et couvent de Sla Subit ta.
xn. j... Cette église fut bâtie au sommet de l’Aventin , sur l'emplacement de la maison paternelle de la sainte, près du lieu où existait jadis un temple antique, le temple de Diane, suivant les uns, ou le temple de ■binon- Lucine ou Régine, suivant les autres, élevé par Camille après la prise de Veïes. Sa fondation est due à un prêtre illyrien, nommé Pierre (1), et remonte au tefnps de Célestin Ier, versl’an 4a5, ainsi que
1} Ugonio pense que ce Pierre était au nombre des cardinaux -prêtres.
• ET CRITIQUES
le témoigne une longue inscription en mosaïque placée au-dessus de la porte principale. L’église fut consacrée par Sixte 111 , et ensuite réunie par Honoritis 111 au palais voisin que ce pontife habita longtemps et qu’il transforma en monastère. Eugène II en 8a4, et le cardinal Julien Cesarini en i 44 l , la restaurèrent. Enfin le pape Sixte V y fit faire, en 1587, de notables améliorations.
J /église est div isée en trois nefs par vingt-quatre colonnes , douze de chaque côté , qui toutes sont en marbre blanc , corinthiennes et cannelées. Ces colonnes reçoivent des arcs qui supportent un mur sans décoration aucune ; le mur est percé de plusieurs croisées, et soutient la charpente restée apparente, dieu donc n’est plus simple que cette décoration, rien n’ÿ tranche, si ce n’est, sur les bas côtés, quelques autels adossés au mur d'enceinte, et au fond l'abside ornée de peintures exécutées par Taddeo Zuccheri. Pour ne rien omettre , indiq nous encore,, vers l’extrémité de la nef du milieu, une rampe qui descend à la chapelle souterraine.
La j)orte latérale est devenue aujourd'hui, la porte d’entrée; et I ornementation de ses chambranles en marbre est d’un beau style. Les panneaux, en bois de cyprès, sont ornés de bas-reliefs qui représentent dessujets de l’Ecriture sainte. Cette porte ouvrait sous un portique, de quatre colonnes : mais deux de celles-ci , en marbre vert , ont été transportées depuis au Vatican-, dans le musée Chiaramonti.
L’entrée principale existait autrefois sous le portique situé au bas de l’église, où se prend d’un côté l'escalier, et de l'autre la rampe douce, qui montent simultanément au cloître voisin. Rien de plus lourd et de plus triste que l’architecture de ce cloître. Ici l’art a complètement disparu, c’est la négation absolue du sentiment et du goût : on n’y reconnaît même pas l'ombre d'ajustement et d’intelligence, c'est, le produit brut de la routine , l’essai informe d’ouvriers sans etudes, dénués d'inspiration, n'ayant plus ni direction ni discipline, et abandonnés à leurs instincts grossiers. .
Certes de. tels monuments sont dignes du plus haut intérêt au point
NOTICES HISTORIQUES
de vue de l’archéologie et de l’histoire : ils sont vénérahles, surtout à Rome, comme monuments chrétiens, en ce qu’ils rappellent les premiers âges de la religion, et donnent le trait caractéristique de l’architecture d’une époque ; mais on ne saurait trop s’élever contre cette aberration d’esprit qui prétendrait nous faire admirer des œuvres qui portent les signes évidents de la décadence. Alors l’art romain avait cessé d’exister; il devait renaître quelques siècles plus tard, et se manifester avec une grandeur nouvelle dans les édifices de l’architecture chrétienne. •
Eglise et couvent de S. Eusebio.
i, «s- Plusieurs antiquaires pensent que cette église a été élevée sur l’emplacement du palais et des thermes de l’empereur Gordien. Quelques ruines et plusieurs salles souterraines ornées de peintures, qu’on reconnaît dans le couvent, viennent à l'appui de cette opinion. D’autres savants sont d’un avis contraire, et ne trouvent pas que l’existence de ces antiquités puisse autoriser une telle conclusion.
On ne saurait déterminer l’époque précise de la fondation de l’église. On sait seulement qu’au temps de Grégoire le Grand elle était déjà un titre pour un cardinal. I<e pape saint Zacharie la restaura, et Grégoire IX, après l’avoir réparée, la dédia, en i a'iS, aux saints Euspbeet Vincent, martyrs. Kn 171 1 les religieux la firent restaurer par Carlo Stefano Fontana, qui construisit également la façade. En 1750, le cardinal Enriquez, alors titulaire, fit rebâtir l'église sur les dessins de Nicolas Piccioni ; et à sa mort, en 1769, il laissa une somme suffisante pour l’achever. Avant cette reconstruction, les nefs étaient divisées, non pas, comme aujourd’hui, par des piliers, mais par des colonnes au nombre de quatorze. Venuti mentionne cette particularité de l’une des colonnes de la nefr «Le chapiteau ionique « est, dit-il, orné d’une grenouille et d'un lézard;» et il ajoute que, sui-
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vant Winckelmann, «cette colonne provenait du portique d’Octavie,
« bâti par les deux architecte» et 2®îp», noms qui, en grec, si-
« gnifient grenouille et lézard.» Ces architectes, pour perpétuer leurs noms qu’ils n’avaient pu inscrire sur le monument, imaginèrent de le traduire par la sculpture. Un chapiteau semblable existe à l’église Saint- Laurent hors les murs, et nous aurons plus tard occasion d’en parler.
L’église, du teste, n’a rien de remarquable, si çe n’est peut-être les stalles du choeur, en bois de noyer, et les peintures de la voûte, exécutées par Mengs. Le couvent au contraire, notamment la cour, présente quelques bonnes dispositions. Son architecture, qui n'olTre guère que des banalités, a cependant du mouvement et du pittoresque. On en jugera par la vue que nous donnons sur la même planche.
Palais Lante, piazza de' Caprettari ; plan et façade.
■'On n’a sur ce palais que des renseignements bien vagues, et en si vm, 17. petit nombre, que , pour en composer la notice historique, On en est réduit aux conjectures. Cette absence de documents a lieu de surprendre à l’égard d’un édifice aussi remarquable, et dans un pays où le nom d’un artiste est presque toujours rattaché à une œuvre, même médiocre. En cet état de choses, il n’y a d’autres ressources ,
[jour suppléer aux indications qui manquent , que de chercher à faire parler le monument lui-même. Pour déterminer l’époque de la fondation et retrouver le nom du fondateur, il faut savoir interpréter tous les attributs , expliquer tous les emblèmes. Enfin c’est en se pénétrant profondément du caractère de l’architecture, en multipliant " les rapprochements, qu’on peut parvenir à faire sortir de cet examen un nom d’architecte : telle est aussi la marche que nous allons suivre.
Lorsqu'on entre dans la cour du palais Lante , l’attention se porte aussitôt sur les ornements qu’on voit répétés, soit dans le gorgerin du chapiteau des colonnes ou des pilastres de Tordre du rez-
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de-chaussée, soit dans les. médaillons suspendus entre les archivoltes. Tantôt c'est un panache de trois plumes passées dans un anneau, tantôt un joug entrelacé de cordons et de rubans, ou bien enfin un écusson, où figure un groupe de six petits globes rangés sur trois lignes. Le premier rang se compose de trois globes, le second de deux, enlin le troisième d’un seul, (/ oyez pl. 1 55 et 1 "»€>.) Or, si les petits globes répartis de la sorte sont les attributs incontestables de la famille des Médicis , le joug et le panache sont les attributs particuliers à Léon X. Ceci nous indique alors que l'édifice a été- élevé au temps de ce dernier pape, mais qu’il n'était pas destiné à son usage, sans quoi on y retrouverait le chapeau de cardinal ou la tiare, tin' renseignement fort important est donc déjà obtenu; mais il serait insuffisant, si l’histoire ne nous venait en aide pour le compléter. Voici ce qu elle nous apprend. En i5ia, le cardinal Jean de Médicis, aidé de son neveu («lurent II, parvient à s’emparer du pouvoir à Florence; et à faire remettre le gouvernement de la république aux mains de Julien II, son frère. Peu après le pape Jules il vient à mourir, le cardinal Jean se rend au conclave, est élu pape lç 19 mars i5i3, et prend le nom de Léon X. Dans la même année le nouveau pontife engage Julien, jugé peu propre aux affaires à cause de la faiblesse de son caractère, à céder le pouvoir à son neveu Laurent, et à quitter Florence pour s'établir à Rome. Il le nomme alors commandant des troupes pontificales; mais Julien, attaqué d'une maladie grave, meurt à Florence en i5i6.
Cet exposé fort court, qui ne comprend qu’un petit nombre de laits, suffira cependant pour éclairer la question qui nous occupe.
D’abord il n’est guère permis de douter qu’ayant pris la résolution de fixer à Rome son frère Julien, Léon X n’ait songé à lui préparer une habitation en cette ville. Or déjà, dans le palais Lante, ne retrouve-t-on pas des armes, des insignes, qui démontrent que le palais a été créé pour un Médicis?
De plus, l’époque de 1 ,éon X n est-elle pas marquée par divers attri-
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buts ? la couronne ducale ne s’applique-t-elle pas à Julien.' pour quel Médicis autre que lui le palais aurait-il donc été construit? Évidemment toutes ces circonstances désignent Julien, et ne peuvent s’appliquer qu’à lui. Voilà donc un fait considérable bien établi : le palais Lante a été construit au commencement du règne de 1 éon et
pour Julien II son frère.
Mais la question entière n’est pas résolue, et il reste encore à rechercher à quel architecte on doit attribuer les constructions.
Lorsque Léon X fut promu au pontificat, Bramante était architecte des bâtiments pontificaux, de Saint-Pierre et du palais du Vatican, qu’alors il. habitait lui-même; sa position officielle le mettait en relations frequentes avec le pape, qui naturellement devait le consulter, de préférence à tout autre. Bramante, d’ailleurs, avait obtenu un immense succès d’artiste pour les nombreuses constructions particulières qu’il avait élervées. On citait surtout les palais Sora, Giraud, Doria, celui de la chancellerie,' et d’autres qu’il avait bâtis pour les cardinaux Fieschi, di Cometo, Fazio Santorio et di S. Giorgio. L'architecture élégante et grandiose de ces édifices était admirée , recherchée , prônée partout, et devint, si j’ose me servir d’une telle expression, le genre à la mode. Léon X, dont le goût était si délicat, le sentiment si exquis, pouvait-il donc s’adresser à un autre qu’à Bramante pour élever l'habitation de son frère?
Ainsi tout porte à faire croire que le palais tante est 11 ne création de Bramante. Cette conjecture, qui se déduit naturellement des faits que nous avons exposés, est de plus confirmée par de nombreux rapprochements qu’on peut faire avec quelques œuvres de eet architecte, et plus particulièrement avec la cour de la chancellerie ( planche 85). On remarque que les plans des deux édifices offrent une grande analogie dans la disposition des portiques et de l’escalier. Dans les deux coupes, le motif architectural de l’ensemble est semblable; la proportion des arcades et la distribution de l’ornementation, soit dans les chapiteaux, soit dans les médaillons, sont les mêmes. Enfin, si l’on
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suit pas à pas la comparaison , on reconnaîtra aisément de nombreux points de rapprochement entre les deux palais. 11 semble donc résulter de toutes nos observations que le palais liante est une imitation réduite de la grande œuvre de Bramante, et tout parait indiquer que Bramante lui-mème en est l’auteur (i).
Cependant on remarque dans les deux palais des différences d'exécution qui sembleraient contredire nos conclusions et annoncer deux directions distinctes. Dans le palais Lante les détails ont moins d’élégance et de finesse ; mais cela s'explique. Ne savons-nous pas qu’au temps de Léon X, Bramante, devenu vieux et infirme, était obligé de confier à d’autres le soin de surveiller les travaux dont il était chargé? Quelques mois après la remise des plans, en janvier 1 5 14, Bramante vient à mourir. Aussi se demande-t-on si les travaux ont été entrepris de son vivant, ou peu après sa mort; quel a pu être le successeur de Bramante; et enfin si Jacopo Sansoyino a exécuté les travaux ainsi que l’indique Melchiorri (a), s'appuyant sur je ne sais quelle au* torité. Nous présenterons, au reste, les considérations qui pourraient militer en faveur de cette opinion, sans taire les objections qui tendraient à l’ébranler; le lecteur sera fibre de se prononcer.
En i5i4, Léon X se rendant à Bologne pour assister à une conférence arrêtée entre lui et Français I", prit la résolution de passer par Florence. Son arrivée eO cette ville fut l’occasion de fêtes brib lantes. D’après les ordres de la municipalité et de Julien , on construisit des arcs de triomphe en bois, dont plusieurs furent élevés sur
{ i ) Pendant longtemps, avant d'avoir poussé aussi loin mes recherches, avant d'avoir obtenu des révélations aussi précises et poilé mes idées sur Bramante, mes pressentiments avaient etc pour ftaldassare Peruwi. Seul parmi ses contemporains, il me semblait avoir un talent assez fécond, assez flexible pour pouvoir être désigne comme architecte du palais Lante. Profonde ment persuade que cette opinion était seule admissible, j'ai cherché avec obstination à la démontrer h l’aide de rapprochements. Pendant plusieurs Semaines, j’ai donc visité tour à tour les constructions les plus authentiques de Peruzzi, pour revenir ensuite au palais Lante, espérant toujours constater quelque rapport, quelque analogie; et j'avoue n’avoir jamais obtenu la démonstration que je cherchais ; aussi, malgré mes préventions, j'ai dû céder, non sans regret, et abandonner ma première idee.
. i a) Guida rfi Rmnfl , page SHfJ,
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les dessins de Jaeopo Sansovino. Celui-ci , aidé de son ami Andrea del Sarto , exécuta , en outré , une façade en bois de l’église Sainte-Marie dès Fleurs. A la vue de ce simulacre, Iéon X, enchanté, exprima le regret qu’une création aussi belle ne fût pas durable et définitive. Sansovino fut présenté au pape, qui lui lit l'accueil le plus gracieux. De Bologne, Iéon X revint à Florence, et donna l'ordre à Sansovino d’exécuter en marbre la façade de S. I.orenzo. Il fit donc un dessin qui plut beaucoup à Sa Sainteté. De son côté, Michel-Ange présenta un projet , et les deux artistes furent envoyés à Pietra Santa pour y faire un choix de marbres. Ils en trouvèrent en grand nombre, niais d’un transport difficile; après avoir perdu beaucoup de temps dans leurs recherches, ils revinrent à Florence d’où le pape était déjà reparti, et qu'ils suivirent à Home.
C'est àinsi que s’établirent, sous les meilleurs auspices, les relations de Sansovino avec Léon X. Jugé à l'oeuvre, il avait aussitôt acquis son estime et sa bienveillance. Alors n’est-on pas amené à croire que le pape, se trouvant dans de telles dispositions, n'a pas dû hésiter à lui confier la direction des travaux du palais lante? Cela est d'autant plus probable qu'on voit la confiance de léon X s’accroître, et Ic|kjiitife, quelques années après, donner la préférence à un projet de Sansovino pour la construction de l’église Saint-Jean des Florentins, sur d'autres projets présentés par Raphaël, Ant. da Sangallo et PeruzzL Tout en admettant que Sansovino a exécuté le palais Lante, nous devons faire observer que les productions de cet artiste à Rome , le palais Niccolini(i) et la vigne du pape Jules (a), ainsi que les constructions qu’il a élevées en grand nombre à Venise, n'ont aucune analogie pour le style avec le palais Lante; et c’est aussi ce qui confirme que les dessins de ce palais ont été fournis par un autre, sans doute par Bramante. Sansovino devant se conformer aux dispositions du grand maître son prédécesseur, obligé de sortir de sa manière hahi
(1) IM. ■« « iü.
(ï) IM. aoa* rwij et ju^.
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tueUe, a été mieux inspire en cette circonstance, et s’est élevé dans une région que, livré à ses propres forces, son génie n’aurait pu atteindre.
Le seul rapport qu'on puisse signaler entre le palais Lante et le palais ^iiccolini n’a pas grande portée : c’est celui qui existe entre les fontaines. Un groupe de figures posé sur un piédestal existe dans les deux cours : la répétition de ce motif se conçoit parfaitement de la part d’un sculpteur aussi habile que l’était Sansovino; mais on doit ajouter qu’il n’y a aucune ressemblance dans la manière dont les deux piédestaux sont ajustés. Sans doute, notre conclusion n’est fondée que sur des conjectures; rien n’est certain, rien n’est positif ; mais la raison, faute de preuves rigoureuses, peut accepter une opinion qui présente un tel degré de probabilité.
Au commencement du xvn* siècle le palais Lante a été surélevé et complété par Onorio Lunghi, et le cardinal Marcel lamte, vers 1760, l’a fait restaurer par Carlo Murena.
Arrivons maintenant à l’appréciation de l’édifice. Il est situé entre la place de' Caprettari et la rue del Teatro Valle, et enclavé des deux côtés dans les maisons voisines ; son plan, d’une disposition fort simple, a deux entrées, l’une sur la place et l’autre sur la rue, déjà mentionnées. On s'étonne qu’elles ne soient pas dans le même axe; mais cette irrégularité doit être le fait de quelques exigences aujourd'hui oubliées. Du côté de l’entrée principale, le portique qui aboutit à l'escalier est plus large. Cet escalier a de l’analogie, dans l’ajustement des premières marches, avec ceux des palais de la chancellerie et Giraud, et à mi-étage il tire son jour d’une petite cour. I«i fontaine est d’un accès facile et d’un aspect très-pittoresque; sa situation est bien choisie : elle est bien en vue, et n'embarrasse ni le portique ni la cour.
L’élévation est d’une belle masse, son aspect a de la grandeur; les étages y sont bien divisés, les croisées convenablement espacées ; enfin le couronnement a toute l’importance relative et la valeur que comporte l’édifice qu'il protège. T/e rez-de-chaussée et le premier étage
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appartiennent seuls à l’époque primitive des constructions : la limite est marquée par le deuxième bandeau ; au-dessus de celui-ci commencent les adjonctions d’Onorio (amolli ; mais ce n'est que dans la partie inférieure, qui date de l’origine du palais, qu’on trouve des détails d’un mérite réel. Ces détails, rapportés à une plus grande échelle, seront mieux appréciés Sur la planche suivante, et nous y reviendrons.
Il est à regretter que la porte d’entrée soit d une proportion un peu trop courte, et qu’on n'ait pas donné plus d’élévation au soubassement. Il en serait résulté une plus belle apparence pour le rez-dechaussée, qui eût semblé mieux assis.
On ne peut s’empêcher de faire ici la réflexion que la façade du palais Lante ne porte pas le caractère de celles que Bramante avait coutume d’élever pour les habitations particulières; mais n'est-il pas permis de croire que l’habile architecte a pu varier ses types suivant ses inspirations ou le goût de ses clients? D’ailleurs il n’avait peut-être pas composé de dessins pour la façade, ou n'avait-il produit que des dessins très-imparfaits ; ce qui laissait le champ libre à son successeur, qui dans l’exécution a pu ajuster et profiler à son gré tous les détails.
PLANCHK 154. .
Palais Lante ; détails de C élévation.
Les détails réunis sur cette planche sont dignes d'attention et nié- vin, ritent d’être étudiés. Ils sont d’un beau style, les profils d'un sentiment fin quoique ferme, et les consoles d’nn galbe agréable; au re/.de-chaussée, quelques parties de l’ornementation plaisent encore par une certaine originalité, mais qui n’a rien d’excentrique.
Il faut noter que nous n’ayons reproduit que les détails des étages inférieurs, qui appartiennent à la première époque des constructions. Ceux des étages supérieurs, étant d’un goût moins délicat, ont été exclus; ils sont d’ailleurs suffisamment connus par le dessin d’ensemble.
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