‹ Èdifices de Rome moderne, ou Recueil des palais, maisons, èglises, couvents, et et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome dessinès, mesurès et publièsChapitre 50 sur 104 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Palais Lante ; coupe et vue de la cour.

f,es deux gravures réunies sur cette planche donnent une idée très-vraie et très-complète delà cour du palais liante. La coupe représente l’exacte proportion des étages; elle exprime avec précision les moulures et les profils, tandis que la vue fait juger de l'effet de l’ensemble, de la finesse et de la variétédes détails, et du goût de l'ornementation. les voûtes qui se développent sous les portiques ajoutent du mouvement et du charme à la perspective. L’ajustement du soubassement de. la fontaine a le caractère monumental ; ce soubassement supporte un groupe antique, qu’on croit être lno allaitant lîacchus. On ne peut nier que l'aspect de cette fontaine ne soit noble et pittoresque, et qu’il ne donne à la cour de l'agrément et de la vie. I,es arcades du premier étage sont aujourd’hui liouchées. Il nous a été facile de restituer l'état primitif en supprimant ces tristes et malheureuses adjonctions.

Au-dessus des deux rangs d’arcades que présentent nos dessins, s’élèvent encore deux autres étages dont la masse et les divisions ont quelque analogie avec les étages correspondants de la cour du palais de la chancellerie ; mais comme ceux du palais Lante n’offrent aucune sorte d’intérêt et font disparate avec la partie inférieure, nous avons dû nous abstenir, et nous limiter à la seule partie artistique. Sur les dix colonnes du portique inférieur, six sont en granit del foro, deux en marbre cipollino, une de porta-santa, enfin une de marbre gris. Au premier étage quatre sont en granit gris et six en cipollino.

Palais Lante; détails de la cour.

La plupart des détails de la cour du palais Lante réunis sur cette

fcT CftITIQI BS.

planche ont le profil délicat et fin , et l'ornementation élégante. Bien que les ajustements n'atteignent pas, pour la grâce, à ceux de la chancellerie, qu'ils n’en aient ni l’éclat ni la variété, on ne leur refusera pas du mérite çt du prix. Les uns comme les autres proviennent probablement de la même main; niais alors celle-ci était appesantie par l’âge. I asentiment de l’ornementation est le même daus les deux édifices, et quelques détails,, tels que celui-ci par exemple, se retrouvent au palais Giraud. (F oyez pl. i48.)

Les attributs dont il a été question plus haut , l’écusson et la couronne ducale des Médicis, le joug et le panache de Léon X , sont ici clairement exprimés.

Église ü. dgostino ; plan, élévation, détails, et vue intérieure.

Depuis le xiii" siècle, les religieux de l’ordre de Saint- Augustin pos- vin, v sédaient à Rome un couvent et une petite église que, deux siècles pUis tard, ils résolurent d’agrandir. Ils chargèrent alors de la direction des constructions les architectes Giacomo da Pietra Santa et un Florentin nommé Sebastiano. En 1 58o, Baccio Pintelli, reprit les travaux, exécuta la coupole, la première qu’on ait élevée à Rome, et la façade principale, qui fut achevée en i583, ainsi que le témoigne l'inscription située au-dessus de la porte du milieu. Ce fut un Français, le cardinal et camerlingue Guil)aum«*d'Estouteville, de Rouen, qui se chargea de pourvoir aux dépenses.

L’église fut restaurée vers le milieu du avili" siècle et le couvent rebâti par Vanvitelli. Cet architecte établit dans le couvent une bibliothèque d’environ cent cinquante mille volumes, qui porte le nom d' Angelica , du nom de son fondateur, le prélat Angelo Rocca. Depuis, la sacristie a été renouvelée sur les dessuis de Carlo Murent! , élève de Vanvitelli.

NOTICES HISTORIQUES

I. 'église S. Agostino n'ofïre dans la disposition de son plan rien d'original et de particulier qu'on puisse citer ; tout son mérite consiste dans une distribution sage et régulière, et l’heureuse proportion des nefs. Sur la façade principale se trouvent trois entrées, et deux autres sur les façades latérales, dont une donne accès au couvent.

I & maître-autel est fort riche, et de la composition de Rernini. Sur le troisième pilastre «à gauche en entrant, on admire le prophète Isaïe, fresque sublime due au génie de Raphaël.

La vue gravée près du plan a été établie de manière à donner une idée de la coupole, dont on voit la naissance et les pendentifs; à faire juger de l’effet intérieur de l’église, obtenu par des oppositions.; enfin à faire connaître l'architecture des nefs, qui appartiennent à la fois à l’ère gothique par les nervures des voûtes, et à la première renaissance par l’étude, encore incertaine, des ordres antiques.

I^a façade n’est pas une des meilleures œuvres de Baccio Pintelli; mais la masse eu est imposante, et on y rencontre plusieurs détails d'un goût exquis. Les grandes consoles des ailes, destinées à masquer la toiture des bas-côtés, sont d'un contour agréable, et le dessin a de l'ampleur. Quoiqu'elles soient , peut-être, le premier essai de ce genre de décoration, fort répété depuis, elles sont encore classées parmi les meilleures. On reconnaît néanmoins qu'elles ont trop d’importance, et qu'ainsi elles nuisent aux détails du deuxième ordre; mais tout le talent de Baccio PintelH pour l’ornementation, toute la délicatesse de son goût reparaissent dans le détail de la porte principale, représenté isolément à droite de la planche. Dans d'autres circonstances Pintelli a été plus heureux dJns la disposition de ses lignes, car ici la corniche a de la maigreur; mais il n’a jamais été mieux inspiré dans sa décoration, jamais il n'a distribué avec plus de sentiment les fleurs et les fruits. Ils ont sur cette (jorte une telle fraîcheur d’exécution , qu’on les dirait doués de parfum et de saveur.

Quant aux arabesques du contre-chambranle, il faut les étudier sur la planche suivante.

ET CRITIQUES

Église S. Agoslino; détail des arabcsi/ues de la porte principale.

Os arabesques ont tant d'élégance et tant de variété dans la cotn- vin. .. position, qu'elles méritaient d’être reproduites en entier et sur une grande échelle. Nous avouons que la gravure, bien qu’exacte, a été impuissante à rendre la grâce et la souplesse de l’exécution.

Palais Negroni, aujourd'hui di Sermonetta; plan et élévation.

Ce palais, qui est à Rome le plus bel ouvrage de l'architecte liarto- xi. > lomeo Ammanati, fut bâti en 1 564 pour Ludovico Mattéi (i). Quarante ans plus tard, vers îfioa, un autre membre de la famille Mattéi, Asdruhal Mattéi , fit construire, à la suite du palais de Iaidovico, une habitation plus vaste, le palais Mattéi di Giove {voyez pl. 107 et 108;, qui n’est séparé du premier que par un simple mur de clôture. O palais de Ludovico, qui fait l'objet de cette notice, fut ensuite cédé à la famille Negroni dont il a conservé le nom , puis devint la propriété de la famille Durazzo, et enfin des Caetani , ducs de Sermonettîi, qui le possèdent encore aujourd'hui (a).

Le plan du palais Negroni n'offre aucun de ces ajustements brillants qui frappent l’esprit et s’y gravent; mais il est conçu avec, intelligence, la distribution en est sage et régulière, et l’on y reconnaît une main habile et exercée. >

L'entrée du palais est placée au centre de la façade principale. Elle consiste en un vestibule dont le sol est en pente et monte rh premier

( 1) Quelques année* avant, un autre Mattéi, ou peut-être le même Ludovico, avait élevé .Lin. le même ilôt Je maisons un autre palais plus petit, {y oyez la notice He la planche a3a.)

(a) Une inscription, gravée dans la frise d'une porte du premier étage, nous fait savoir «ju’en 1776 le palais appartenait à Francesco Cactanus*

NOTICES HISTORKJl ES

portique. Sous celui-ci se trouve, à droite l’entrée du grand escalier, et à gauche un petit escalier qui tnèneù un entresol établi à mi-étage, au-dessus des trois pièces du rez-de-chaussée groupées au milieu de la façade I«i cour qui vient ensuite est petite, carrée, et entourée de portiques. Celui du fond donne entrée, d'une part, à une .trèspetite cour destinée à éclairer le grand escalier, et de l’autre à la cour tic service, autour de laquelle sont disposées les écuries, remises et autres dépendances. Une fontaine, formant point de vue, est située à son extrémité.

I-e grand escalier est d’une noble apparence et bien étudié ; mais il est un peu sombre depuis qu’on a surélevé les bâtiments qui entourent la petite coiir servant à lui donner du jour. I.a largeur des marches est trop considérable et leur hauteur trop faible (environ u“ , 5o "> sur om,i ta), ce qui forme une sorte de pente douce, dont la montée est peu commode. On distingue, à droite et dans l'épaisseur du mur mitoyen, un escalier dérobé très-petit et circulaire, qui , dit-on, faisait communiquer de l’extérieur aux appartements du premier étage.

I .a grande salle du rez-de-chaussée, à l’angle gauche du paluis, est ornée au plafond d'une belle fresque de Zuccheri , et dans les salles du premier étage on cite encore quelques peintures estimées.

I.a façade, l’une des plus remarquables de Rome, est la partie du palais qui se recommande le plus par son importance et son mérite. 1,’ensemble est calme et noble, les lignes y sont grandes et belles, les étages judicieusement distribués, l’entablement d’un bon rapport et bien profilé; enfin les détails de la porte , des bandeaux, des croisées du rez-de-chaussée et du premier étage sont , par leur correction, dignes d’être offerts à l’étude. On pourrait désirer, et nous faisons cet aveu sans difficulté, que ce» mêmes croisées fussent plus écartées, mais d’une quantité très-minime, et suffisante toutefois pour atteindre à la parfaite harmonie.

ET CMITIQUES.

Palais Negroni ; partie des détails de la façade.

Le fragment de l’angle de la façade étant reproduit ici sur une échelle plus grande que celle de l’ensemble de la page précédente, on pourra mieux juger de la proportion des croisées, de la valeur des bandeaux, de l’importance de l’entablement, enfin de la disposition des bossages. Cetté nouvelle étude, nous l’espérons, fera ratifier nos premières appréciations. Quant aux détails de. la croisée du rez-dechaussée et de la porte d’entrée, on reconnaîtra sans doute que les lignes y sont belles, le. profil simple et noble, et les consoles d’une . forme élégante et d'un galbe pur ; le tout dans une sorte de style éclectique, approprié au goût du plus grand nombre. Si on ne retrouve pas dans ces détails la finesse, la grficc et l’originalité qui caractérisent les œuvres de ces artistes éminents qu’on nommerait volontiers les princes de l’architectirre, du moins on ne peut leur refuser un mérite réel, des qualités solides, et l’avantage d'appartenir à la bonne école.

lies feuilles qui naissent et se développent sous les consoles manquent de délicatesse dans l’exécution, et l’on se demande avec surprise pourquoi cette négligence de la part d'Ammanati, qui n’était pas seulement un grand architecte, mais qui était aussi réputé pour ihi habile sculpteur. , '

lies mezzanines et croisées à crocettes des deux derniers étages sont d’une bonne masse et d’un excellent effet sur l’ensemble ; mais le détail qu’on voit au bas de la planche n’est pas d’un aspect agréable : on croit saisir l’idée de cet ajustement , où contrastent les lignes brisées des crocettes avec les lignes droites qui les enveloppent ; cellesci constitueraient une sorte de cadre destiné à faire valoir les autres lignes. Mais cette combinaison, qu’on trouve répétée dans plusieurs autres édifices, ne nous semble pas atteindre le but qu’on s’était pro- -•posé, et mettre davantage en relief les chambranles et leurs crocettes.

NOTICES H1STOHIQUES

Palais Ncgroni; suite des détails de ta façade.

xi, » Nous complétons sur cette planche les détails de la façade : à plus d’un titre nous ne pouvions les omettre. Ils sont tous recommandables à divers degrés, mais nous signalerons surtout le bandeau du premier étage, qui est orné de postes d'un si bon goût et d’un effet si merveilleux ; lés bossages qui s’y rattachent sont heureusement divisés, et présentent un grand caractère de fermeté. La croisée du premier étage s'harmonise parfaitement avec les autres détails : les moulures et les prolils ont de la correction, et les consoles, de la suavité dans le contour; seulement la feuille qui les accompagne est d'une exécution maigre et indécise, 1* bandeau du deuxième étage se combine adroitement avec les refends; enfin la corniche de couronnement est bien divisée, son profil est correct, les ornements sont bien répartis, mais exécutés avec mie sécheresse que notre gravure a peut-être, outrée.

I ai coupe sur l'angle de la cour et le plan font juger de la proportion des ordres, du rapport des étages et de l’entrée de l’escalier, qui se présente avec une certaine magnificence. On peut reconnaître, par des comparaisons, que les ordres ont de l’analogie avec ceux de la cour du collège Romain, et confirment, par les rapprochements qu'on peut faire, que les deux édifices sont sortis de la même main ; mais le palais Negroni est une œuvre plus importante, et supérieure à l’autre en mérite. ' ’ • '

Nous parlerons plus en détail de cette cour quand nous examinerons la planche suivante.

Palais Megroni ; coupe cl vue de la cour.

xi, ». L’architecture de cette cour est simple et régulière; l’effet en ést agréable, mais n'offre. rien de saisissant et de caractéristique. T,' étude

ET CRITIQUES

des ordres eLdes arcades, leur proportion relative, la division des étages sont fort bien raisonnées et digues d’éloges ; mais à tout cela il manque la verve, l'entrain, et cet éclat et cette touche indéfinissable qui classe une œuvre d’art, et lui imprime le sceau d’une véritable supériorité.

On remarque qu’il existe entre les deux ordres nn assez grand espace ; on dirait en quelque sorte deux piédestaux posés l’un sur l’autre, et l’on se demande pourquoi cette répétition. Après y avoir bien réfléchi, nous croyons être entré dans la pensée de l’architecte et pouvoir rendre raison de cette singularité. Suivant toute probabilité, Ammanatr dut composer la façade extérieure du palais avant d’arrêter celle de la cour: Après avoir établi la première dans des proportions grandioses, il devenait d’autant plus difficile de combiner l’ordonnance de la cour, que les dimensions de celle-ci sont fort petites, et que le niveau des planchers déjà fixé par les bandeaux de la façade ne pouvait s’obtenir qu’aux dépens de sacrifices dans la décoration de la cour. Alors, pour que l’ordre du rez-de-chaussée pût atteindre à la hauteur du plancher du premier étage, il était nécessaire, d’élever l’ordre dorique sur un piédestal, ce qui rendait les arcades beaucoup trop longues; ou bien, pour éviter cet inconvénient, il fallait imaginer entre les deux ordres une sorte de remplissage. C’est à ce dernier parti qu’on s’est arrêté; -c’était le plus sage et celui qui devait le mieux réussir.

F.n traitant de. la disposition du plan, nous avons parlé de l’exis- • teuce d’un petit entresol situé au centre de la façade. Ici , d’après Ja eouj>e que nous avons sous les yeux , on se rendra parfaitement compte de la manière dont il est combiné et comment il est éclairé. On reconnaîtra, sur la façade (pl . 1 5g), les trois petites ouvertures qui lui donnent du jour. Elles se voient au-dessus du bandeau, et sont pratiquées dans le socle des trois croisées centrales du premier étage.

La terrasse du fond de la cour a été supprimée, et remplacée, au premier étage, par un bâtiment dont la décoration ne diffère en rien de celle des autres côtés. Ce changement est attribué à Gherardo de’ Rossi, père de la duchesse de Sermonetta. Nous avons supprimé ce

NOTICES HISTORIQUES

nouveau bâtiment ainsi qu’une autre construction moderne établie au troisième étage, et cela d'autant plus volontiers que l’un et l’autre déparent la cour, et la privent d’air et de jour.

Les croisées pratiquées dans les arcades latérales du premier étage datent de l'origine du palais, tandis que les arcades du côté de l'entrée étaient primitivement à jour. On ne doit donc pas s'étonner de nous voir revenir à l’ancienne ordonnance.

Les suppressions faites sur la coupe l’ont été également sur la vue du bas de la planche , et cette vue y a beaucoup gagné. Celle-ci, ainsi rétablie, donne l’idée de l’effet primitif de la première et de la seconde cour, ainsi que de la fontaine. On a pu alors y ajouter les bâtiments lointains et pittoresques du palais Mattéi di Giove, aujourd'hui masqués par les constructions nouvelles, et dont la vue contribuait jadis à l’agrément des appartements du palais Negroni.

Plan de [ église S. Bartolomeo ail isola.

xn, 4. L’église S. Bartolomeo, située dans 1a partie sud de l’ile Tibérine, existait déjà sous le nom de Saint-Adalbert, martyr, lorsqu’en 973 l'empereur Othon III y transporta le corps de saint Bartolomeo, qui repose dans une urne de porphyre sous le grand autel. F.n i 11 3, Pascal II la restaura, et Gélase II, son successeur, acheva les travaux. Enfin, le cardinal Jules Santorio la rétablit dans l’état actuel, et fit élever le maître-autel et la façade par Martino Lunghi , te jeune.

L’église est précédée d’une place dont le sol est en pente et incline vers le portique de la façade. Cette lâcheuse disposition du terrain enlève à la façade toute sa majesté. Au centre de la place, est une colonne surmontée d’une croix, motif souvent répété, mais qui produit toujours un bon effet.

L’ordonnance de la façade est recommandable à quelques égards, mais le manque d’éttide lui fait perdre de sa valeur. Les principes du

HT CRITIQUES

goût, d’accord avec ceux de la stabilité, demandent que les anglesd’une façade soient fortifies, tandis qu'ici ils ont malheureusement trop de maigreur. Quant à la disposition du plan, elle ne mérite que des éloges. I,e vestibule est d’une belle forme, les nefs de l’église sont bien divisées, le choeur et les deux grandes chapelles du fond d’un bel effet, ce qui tient principalement à la surélévation de cette partie de l’église. les soflites datent de l’année i(ia4 : celui de la grande nef est doré et orné de peintures.

La colonne isolée sur la place est cannelée, et en marbre tasio.

Les quatre colonnes de la façade sont en granit del foro. A l’intérieur quatorze colonnes divisent les nefs : une est de granit rouge , une de marbre imezio, deux de marbre gris, et dix én granit del foro ; enfin, les deux colonnes sous l’orgue sont en marbre imezio. Toutes ces colonnes proviennent sans doute du temple d’Esculape, qui était situé près de là , et peut-être à la même place.

Chapelles de’ SSS. Andrea , Barbara et Silvia.

Ces trois petits édifices n’offrent rien de remarquable dans leur architecture, si, ce n’est leur disposition pittoresque, provenant de la manière dont ils sont groupés et reliés entre eux. Après avoir été bâties par saint Grégoire, ces chapelles furent restaurées par le cardinal Raronius. Lachapelle dédiée à sainte Silvia, mère de saint Grégoire, et situéeà droite, possède deux colonnes de porphyre rouge. Le cardinal Borghèse, en 1 608, l'orna d'un soffite, et chargea le Guide des peintures de l’abside. Sur la frise de la porte d’entrée on lit cette inscription :

MEMORIASSILVIAF. RKSTITUTA.

La chapelle de S. Andrea, au centre, dédiée à l’apôtre saint André, a été restaurée par le cardinal Scipion Borghèse; on y admire une peinture du Guide, et surtout la Flagellation de saint André, chefd’œuvre du Dominiquin. Les quatre colonnes de l’extérieur sont en marbre eipollin, et les deux colonnes de l’intérieur, en vert antique.

NOTICES HISTORIQUES

Sur !» frise de la porte d’entrée est gravée cette inscription : oratorivm-smariae-virg-et-s-andraeapost

A-S-CREOORIO ERECTVI» ITÈrVM RESTITVTVM.

Enfin, la chapelle de Sainte-Barbara, qu’on voit à gauche, est ornée d'une statue ébauchée par Michel-Ange et achevée par son élève Nicolas Cordieri. Les deux colonnes de l’autel sont en brèche rouge. F/inseription mise sur la frise de la porte d'entrée est eeile-ci : TRtCLIMVM PAVPERVM.

Les élévations des trois chapelles sont d’une extrême simplicité. Isolées, elles ne mériteraient, à aucun titre, de fixer l’attention, tandis que l’ensemble compose un groupe dont l'aspect est dNin effet agréable et piquant.

Eglise S ■ Stefano del C'aceo. ■

o Elle fut fondée sur les ruines de l'ancien temple de Sérapis, et accordée, en 1 56 1 , aux moines de l'ordre des Silvestrini, qui la restaurèrent en 1607. Elle est divisée en trois nefs par douze colonnes, dont cinq sont en marbre gris, deux en cipollin, une en pavonazzetto, et quatre en granit gris.

Église S. Grcgorio Magrw.

s» Ix* pape saint Grégoire le Grand , qui descendait de l’ancienne famille Anicia, avait sa maison sur cette partie du mont Obus où se trouve aujourd’hui l’église S. Gregorio. 11 changea cette maison en un monastère de bénédictins, et construisit près de là les trois petites chapelles dont nous venons de parler, et représentées sur cette même planche. Au vin* siècle, Grégoire TI éleva à saint Grégoire le Grand l’église dont nous donnons ici le plan. Le cardinal Scipion Bore ghèse, en i633, fit bâtir parGio. Battista Soria l'atrium ou portique qui précède l'église, ainsi que la façade et son vaste perron. Enfin ,

ET CHITIQUF.S. JG i

sous Clément XI , l'église fut entièrement renouvelée par les moines, et terminée en iy34 par l’architecte Francesco Ferrari.

I*i disposition générale de ces constructions est bien conçue, et l'ensemble produit un assez bel effet. I façade a de la magnificence, ainsi placée au sommet d’un .triple rang de gradins. Le portique qui vient ensuite est comme une enceinte sacrée qui prépare au recueillement; enfin, à son extrémité, on trouve l’église, dont le parti n’est pas sans mérite- Au reste, la petite vue. du haut de la planche explique assez bien le perron et la façade de l’église ; elle donne la situation des trois chapelles dédiées à saint Andrea et aux saintes Barbara et Silvia, et indique sur le palier, entre les deuxième et troisième rampes du perron, la porte d’entrée de l'enceinte de ces chapelles.

Plan et coupe d'une maison via deW Anima.

La disposition du plan et le caractère de l'architecture de la coupe semblent annoncer une habitation de la fin du xv* siècle. La distribution en est plus pittoresque que commode, et la décoration, peu conforme aux règles de l'art, ne manque pas d’une certaine grâce.

Plan du palais Lancellotti , piazza Navona.

Ce palais, bâti en i56o par Pirro Ligorio pour la famille Torrès, est situé à l’extrémité sud de la place Navona. L’architecture de la façade et de la coupe est régulière, irréprochable, mais sans originalité.

Élévation d’une maison via di S. Catarina de Funari.

Façade fort simple, mais très-recommandable pour l’excellente division des étages , la lionne proportion des croisées , et surtout pour leur décoration judicieuse et bien graduée.

NOTICES HISTORIQUES

Ifia

Palais Mattéi di Giove ; détails de l'escalier.

xi, ». Nous avons déjà décrit le palais Mattéi di Giove à l’occasion des planches 107 et 108 ; mais nous n’avons pas fait connaître les détails de l’escalier principal, qui sont pourtant sous plusieurs rapports dignes d’intérêt ; aussi allons-nous chercher à réparer cette omission. Pour être mieux compris du lecteur, nbus avons reproduit le plan de l’escalier, en désignant les divers paliers qui ont servi de points de vue aux perspectives qui feront le sujet des deux planches suivantes.

L'ornementation des encadrements des bas reliefs antiques disposés au-dessus des paliers est d'assez bon goût, bien qu’un peu sèche, comme 011 en peut juger par un fragment gravé au haut de la planche.

La décoration de la coupole du quatrième palier, qu’on voit audessous, est exécutée en stuc dans le goût facile et licencieux de l'époque ; mais les ajustements ne manquent ni d’élégance ni de grâce.'

Afin de bien connaître l’ensemble et la décoration de l’escalier, il faut recourir aux deux vues que nous venons d’annoncer : on les trouvera sur les deux planches suivantes.

PltANCHK 105.

Palais Mattéi di Giove ; vue de /' escalier prise du deuxième palier.

xi. 4 Nous avons dit ( page a48) qu'Asdrulial Mattéi, propriétaire de ce palais, ayant voulu faire une espèce de musée de son habitation, avait placé à profusion , sous les portiques et autour de la cour, des anti- . quités de toutes sortes, des statues, des bustes et des bas-reliefs.

Carlo Maderno, l’architecte de ce palais , comprit fort bien que ce genre de décoration devait tout naturellement se prolonger dansl’escalier; qu'alorsil fallait y distribuer des antiquités et les marier à l'ornementation. Malheureusement l'artiste était dominé par le goût de son époque : son style s'éloigne du caractère antique, et son œuvre manque ainsi d’unité. Rendons toutefois justice à Maderno, et convenons

ET CRITIQUES

que les ajustements qu’il a imaginés sont pleins d’élégance, et ses détails fort graeieux. Comme dernière observation , disons que la décoration de cet escalier a beaucoup d’éclat, et que le caractère monumental ne s’y dément nulle part.

P niais Mattel di Gioee ; vue de f escalier, prise du quatrième palier.

Tout ce que nous venons d'exprimer au sujet de la planche précé- *>• >• dente pourrait être répété . pour celle-ci. Ajoutons que, dans cette vue comme dans l’autre, les motifs de l’ornementation ont une grande variété, et qu’il règne dans les ajustements beaucoup d'élégance, d’harmonie ‘et de goiit.'

Eglise de' SS. Apostoli; plan et élévation.

La fondation de cette basilique” remonte, dit-on, à Constantin ; mais «. t*d'autres prétendent qu’il faut l’attribuer à Pélage I" et à Jean III, son successeur, qui du moins y exécutèrent des travaux. Au xv' siècle, elle fut renouvelée en entier par Martin V, et Sixte IV construisit l’abside.

Jules II , lorsqu’il était encore simple cardinal, fit des améliorations intérieures et bâtit le portique de la façade. Sixte V’ agrandit le cou- . vent qui dépend de l’église, et l’orna de plusieurs fontaines. On doit à la” générosité du cardinal Brancato, -dit cardinal de Laurin, les statues en travertin qui représentent le Christ et les douze apôtres, et qui couronnent le portique de la façade. La belle grille qui ferme ce portique est un autre don du même cardinal. Enfin , l’église venant à menacer ruine, les trois nefs furent entièrement renouvelées par Francesco Eontana. Clément XI, le 27 février 1 702, posa la première pierre du nouvel édifice, qui fut consacré en 1724 par Benoit XIII.

(.adisposi lion du plan de cette église n’est pas sans mérite. On peut,

'364 .. NOTICES HISTORIQUES

il est vrai, y noter quelques erreurs ; les colonnes des bas-côtés, vu leur saillie, sont plutôt un embarras qu'un ornement ; on peut trouver les piliers trop lourds, et reprocher à l'ordonnance générale de manquer de correction : mais la nef principale est imposante et a de la grandeur, et dans plusieurs parties du plan on signale d’ingénieux ajustements. Nous citerons surtout la facilité des communications avec la sacristie, à laquelle on arrive librement, soit de l’église , soit du chœur, soit du couvent; enfin, la proximité des petits escaliers de service. A l’autre extrémité de l’église, il faut remarquer, à gauche, avec quelle adresse on a su ménager un baptistère dans l’évidement des murs, et pratiquer de petits escaliers dans leur épaisseur, en cherchant à dissimuler les différences qui existent entre l’axe de la façade et celui de l’église: cette irrégularité, au reste, s'explique aisément. L’ancienne église, rebâtie par Martin V, n’avait pas été établie d’équerre avec la place actuelle de’ SS. Apostoli, laquelle date vraisemblablement d’une époque plus moderne. Mais lorsqu'ensuite l'architecte du cardinal Jules eut à construire la façade, il dut se conformer à un alignement donné; et de là vient, à n’en pas douter, l’origine de ces différences d'axes. Francesco Fontana, ayant à renouveler l’église, chercha à son tour à profiter des fondations existantes, et perpétua ainsi l’irrégularité.

La façade de' SS. Apostoli se reconnaît aisément pour une oeuvre de Baccio Pintelli. Le double rang d'arcades, les piliers à pans coupés, le style des moulures et de l’ornementation sont autant de détails caractéristiques très-reconnaissables , et qui révèlent la direction de Baccio Pintelli. Vasari, au reste, est explicite sur ce point, et désigne formellement cet architecte, qui d’ailleurs prit part à presque tous les grands ouvrages entrepris au temps de Sixte IV. Enfin, peut-on supposer que le cardinal Jules, ayant à faire construire cette façade de' SS. A[>ostoli, ait pu s'adressera un autre qu’à Pintelli? Celui-ci n’étaitil pas l'architecte du |>ape son oncle, l’artiste en réputation? Non, cela n’est pas croyable, alors surtout qu’entre le cardinal et Ghdiano da Sungallo il n’y avait pas encore de relations établies. Baccio Pintelli

ET CRITIQUES

bâtit à la même époque une partie du cornent voisin, dépendant de l’église ; sa manière s’y reconnaît dans quelques détails. Quant aux bâtiments ajoutés depuis par Sixte V, ils sont empreints d’un tout autre caractère qui ne permet pas qu’on puisse les confondre avec ceux des époques antérieures.

Les arcades du premier étage de la façadede l’église ayant été bouchées, il a fallu, pour supporter le poids de cette nouvelle construction , fortifier les piliers du rez-de-chaussée , et les rendre tels qu'on les voit aujourd’hui.

la; double portique de la façade étant la partie la plus intéressante de l’édifice, nous avons dû chercher à le rétablir dans son état primitif. Ainsi, après avoir dégagé le premier étage des lourdes adjonctions qui le déparent et enlevé aux piliers du rez-de-chaussée les massifs grossiers qui les enveloppent , nous avons en quelque difficulté à déterminer les pénétrations dans les voûtes ; ce qui nous a fait hésiter à ouvrir le portique sur les faces latérales. Ayant ensuite remarqué que le sol de la place avait été surélevé d’une quantité notable par l’effet du temps qui a enfoui les bases des piliers, nous avons rétabli le soubassement à l’instar de celui de la façade de l’église de S. Pietro in Vincoli, qui est du même auteur et dont la disposition est entièrement semblable.

Résumons ainsi nos appréciations sur cette façade. Le motif général, qui se compose d’un double rang d’arcades, a de l’ampleur et un caractère de fermeté très-marqué. Les colonnes et les piliers sont courts et fortement constitués ; les piles d’angle présentent des massifs d’une, grande force de résistance. Ce caractère de solidité, qui se maintient partout, est encore exprimé pftr une certaine exagération, soit dans les moulures, soit dans les profils. Ajoutons que les consoles qu’on distingue entre les archivoltes, qui d’abord peuvent sembler lin détail insignifiant, un ornement inutile, sont pourtant motivées, et peuvent s’expliquer comme étant le support des colonnes du premier étage, ou comme celui des piédestaux et des statues du deuxième étage.

NOTICES HISTORIQUES

iG<»

Sans se montrer trop sévère à l’égard de Baccio Pintelli , ne pourrait-on pas lui reprocher d’avoir appliqué trop souvent cette ordonnance aux façades d’églises, et de l’avoir même répétée jusque dans la cour du petit palais di Venezia ( planche 77), sans y faire de modifications sensibles ?

Fontaine située dans une cour du couvent de' SS. Apostoli.

Nous avons déjà mentionné les agrandissements faits par Sixte V au couvent de l'église de’ SS. Apostoli, dans la notice que nous venons de donner sur cette église. Évidemment, la fontaine dont nous allons parler fait partie des travaux exécutés par Sixte V. les armes de ce pape, Ja tiare et le lion posé debout et portant un lis, en font foi. Cette fontaine est très-probablement l'oeuvre de Domenicd Fontana, l'architecte favori de Sixte V. I,’ emblème du lion s’y trouve reproduit à l'infini ; il y a quatre lions marins qui dominent le bassin supérieur ; au-dessous, quatre tètes de lions, et enfin quatre écussons où sont figurés autant de lions |>osé$ debout. Il faut convenir qu’il y a ici abus de la même idée, et qu’une seule image répétée tant de fois, bien qu’avec des variantes, est fastidieuse pour l’œil.

I^a forme anguleuse et tourmentée du grand bassin n’est pas ce qu’on doit préconiser : de cette forme néanmoins résulte cet avantage, que les quatre lions marins semblent posséder chacun un bassin distinct pour recevoir l’eau qu’ils répandent, et qu’entre ces bassins saillants et cintrés on a pu en pratiquer quatre autres, de forme elliptique, dans lesquels s’écoule l’eau versée par les têtes de lions. Cesdivers jets d'eau, disposés symétriquement à des hauteurs différentes, constU tuent un motif des mieux étagés. Dans la partie centrale, qui socomj Mise de plusieurs balustres superposés et couronnés de vasques, et au sommet d’un champignon, les diverses parties sont bien agencées, d’un Ikmi rapport, et disposées de manière à pyramider. En somme, cèttc

ET CRITIQUES. 367 '

lontaine, eu égard à la belle forme des coupes et de leurs supports, à la multiplicité des jets , à l’adroite combinaison des bassins, et enfin à l’abondance des eaux , nous semble une des conceptions le mieux raisonnées et des plus pittoresques qu'on puisse citer en ce genre.

La petite vue vient à l’appui du plan et de l’élévation, pour lever toute difficulté à l'égard de certaines dispositions qui d’abord auraient pu sembler inintelligibles.

Élévation d'une maison située piazza Borghèse.

Ije joli plan de cette maison et la vue de sou vestibule ont été re- iv, i*. présentés sur la planche 99, et l’on peut y recourir. Ici nous reproduisons la façade, qui méritait d’être connue au même titre que le |dan. ' . .

L’extrême simplicité de cette façade empêche qu’on ne s’y arrête d’abord ; mais pour peu qu’on l'examine, on ne manquera pas d’y remarquer l’excellente division des étages, l'harmonieuse proportion des croisées, le motif du balcon central, enfin les bossages si bien appliqués au rez-de-chaussée, comme expression de la force.

On pourrait presque dire qu’une habitation italienne n'est pas complète si elle manque du belvédère connu sous le nom de loggia. Ici cette loge existe ; simple comme tout le reste, elle produit un excellent effet.

Palais Grimani, via Rasella.

Quoique cette habitation ait peu d étendue, il y règne une certaine u, magnificence qu'elle doit surtout à sa distribution. I ,e vestibule est spacieux, et l'escalier présente un noble aspect. La petite fontaine du vestibnle est un agrément qu’il faut y compter, et elle sert encore de point de vue à l’escalier. Les écuries et remises sont en nombre con-

NOTICES HISTORIQUES

venable, et leur situation bien choisie. Quant aux deux rampes indiquées au fond de la cour, elles descendent à la rue degli Avignonesi.

Palais Albani, via delle Quattro Fontanr.

On ne peut juger de l’agrément de cette habitation, si on ignore quels sont les accidents du terrain. I<es bâtiments et la cour sont établis sur un plateau qui domine le jardin, lequel à son tour forme un second plateau élevé au-dessus des vignes et des jardins du voisinage. De cette disposition du sol résultent des points de vue pittoresques et champêtres, en sorte que le palais pourrait aussi bien passer pour une maison de campagne que pour une maison de ville.

Quant à la distribution intérieure des bâtiments, elle est commode et bien raisonnée : mais on ne trouve rien dans les façades qui soit digne d’être mentionné, sinon le bon effet des parties en avant-corps de la façade sur la cour. La fontaine qui figure à l’extrémité de celleci s’élève au-dessus du mur d’appui servant de clôture, et son profil se détache agréablement sur le fond du ciel.

Plan du palais A/temps, piazza F iammetta.

Selon la tradition, ce palais fut commencé par Baldassarre Peruzzi et achevé par Martino Lunghi le vieux. Nous n’avons rien retrouvé, soit dans les dispositions générales, soit dans les détails, qui frit' assez bien caractérisé pour pouvoir nous prononcer. Cependant, il y a des parties de l’édifice assez belles pour qu’on puisse les attribuer à Peruzzi. Nous devons, d’ailleurs, avoir quelque confiance dans les traditions, que plus d’une fois nous avons confirmées par des preuves irrécusables.

On peut citer dans le plan quelques bonnes dispositions ; et telles seraient les deux entrées, dont l’une est située sur la façade principale, et l'autre sur la façade postérieure. Toutes les deux aboutissent à un portique qui introduit à un grand esealier. Il résulte donc de cette

BT CRITIQUK3. 3lî<j

disposition deux escaliers principaux desservant deux appartements distincts, et situes aux deux extrémités de la cour.

Les cuisines ont été ménagées à proximité d’une cour de service, qu'on h rejetée sur le côté. Il est à regretter que les écuries et remises n'aient pas été placées dans les mêmes conditions.

L'architecture des façades n’a aucun caractère décidé ; elle est terne, sans couleur, quoique d'un goût assez correct, et ne manque pas non plus d’une certaine grandeur. A l’angle droit de la façade principale les bâtiments se continuent, mais en retraite, ce qui produit du mouvement dans les lignes et ajoute à l’effet. A ce même angle on a élevé, au-dessus de la toiture, une loge d’une assez belle apparence, qui donne à l’ensemble un caractère monumental. Nous renvoyons à la notice de la planche suivante les observations que nous avons à faire sur la cour.

Palais Attcmps ; coupe et vue de la cour.

Si quelques parties du palais Altemps peuvent être attribuées à llaldassarre Peruzzi , les probabilités seraient seulement pour la cour ; encore ne pourrait-on 6e prononcer pour l'affirmative, bien qu’à la rigueur on puisse retrouver dans la disposition des deux ordres et de l'attique, et même dans les détails, quelque analogie avec la manière de Peruzzi.

I^sdeux étages inferieurs,’ aussi bien que les ordres qui lesdécorent, sont dans un bon rapport et d’une proportion harmonieuse ;■ toutefois, on ne peut se dissintuler que les arcades du rez-de-chaussée ne soient réellement trop courtes. Quant à l'attique, il semble lourd , et cet effet doit provenir de ce que les croisées sont trop larges et l'ornementation presque nulle'; ce qui rend le contraste trop frappant avec la richesse des étages inférieurs. La corniche supérieure est bien divisée, bien ' décorée , et forme un couronnement parfaitement assorti et fort convenable.

NOTICES HISTORIQUES

Ijes façades latérales de la cour, dont rend compte la vue du bas de la planche, sont d’un effet moins agréable que les portiques de l’entrée et du fond de la même cour. Il faut surtout l’attribuer au peu de goût avec lequel les croisées sont ajustées dans les arcades. On voit à droite une fontaine où figurent une statue de Neptune et deux Termes. Cette décoration donne bien quelque variété à la cour, mais pas assez pour détruire la monotonie de l’aspect général, «

On a établi au premier étage, derrière le portique du fond, une chapelle dédiée à S. Aniceto, martyr et pape en 168.

Les statues qu'on voit à l’extrémité de la cour sont presque les seuls restes d’une riche collection d’antiques réunie autrefois dans ce palais. Les piédestaux qui supportent les statues sont entaillés sur la face principale, de manière à former des soupiraux qui correspondent à ceux qu’on a pratiqués sous les croisées du rez-de-chaussée. Cet ajustement est original et ingénieux.

Le duc Angelo Altemps, en i65a, avait formé dans ce palais une bibliothèque assez considérable et rassemblé un grand nombre de dessins : les livres comme les dessins sont aujourd'hui dispersés.

Eglise et cloître de S- Giovanni decollato.

\m. Vers i/po il se forma à Rome une confrérie pour assister les condamnés à mort. Les membres de cette compagnie ne pouvaient être que Florentins d’origine et de naissance. D’après leurs statuts , ils se rendent près des condamnés à minuit, la veille de leur supplice, les encouragent, les accompagnent jusqu'au lieu de l’exécution, et enfin les ensevelissent. Dans le principe, leur église fut établie rue Giulia, et' porta le nom de S. M. délia Fossa.

Ta? plan de cet établissement est d'une disposition toute simple,’ toute naturelle, et parfaitement entendue. I^es bâtiments compren-

ET CRITIQUES

lient une petite église, avec une sacristie, un oratoire ayant aussi une sacristie particulière, un cimetière entouré d’un portique, enfin quelques pièces ménagées au premier étage. Les entrées à l’église, à l’oratoire, aux sacristies, au cimetière, sont libres et commodes. Il y a dans ce plan tout ce qu’il faut, et pourtant rien de superflu.

La façade de l’église est d'une proportion et d’un goût irréprochables, mais à l’intérieur le motif des pilastres est lourd : toutefois, l’ensemble delà décoration n’est pas sans mérite. Comme détails, nous citerons particulièrement les ajustements, tous variés, des instruments de la Passion. Le tableau du maître-autel est l'œuvre de Giorgio Vasari, et deux tableaux de la main de Pirro Ligorio sont à remarquer dans l’oratoire. On jugera de l’architecture du cloître et de son effet pittoresque d’après la petite vue que nous en donnons.

Porte d un palais, piazza de' C'aprettari.

f <e motif de cette porte ne brille pas, sans doute, par l’originalité, vin, ». mais il y a dans l’ensemble une harmonie parfaite qui fait apprécier l’oeuvre. Les détails et les profils sont corrects, d’une excellente proportion, et l'ornementation est d’un bon style. Le tout est exécuté eu travertin. . ■ • • • . • . '

Fontaine piazza Montanara.

Il faut remarquer dans cette fontaine la beauté mâle {les profils et la x. ■». fermeté du galbe des deux vasques et du balustre qui les supporte.

C'est en cela que consiste tout le mérite du petit monument, qui est situé à proximité et en vue du théâtre de Marcellus. ,

Fontaine du palais di Monte di Pictii.

Cette fontaine, placée au centre de la cour de l’établissement du vu,».

NOTICES HISTORIQUES

mont-de-piété, y produit un bon effet. Sa composition , il est vrai , n’offre rien de bien remarquable; mais la proportion des vasques et celle de leurs supports sont établies avec justesse ; enfin on aime surtout l'harmonie qui y règne.

Plan de l'église S- fgnazio et du Collège lioinain.

ix. t « .O. I At cardinal vice-chancelier Ludovico I.udovisi, neveu de Grégoire XV, posa, en 1626, la première pierre de cette église, qu’il élevait en l’honneur de saint Ignace, canonisé par son oncle en iGaa. la* cardinal mourut en i63a, à l'âge de trente-sept ans, et légua line somme de deux cent mille écus romains destinée à la continuation des travaux. L’église, bien qu’inachevée, fut ouverte en iG'io j>ar ordre du prince de Piombino, Niccolo I.udovisi, frère du cardinal. Devenu vice-roi de Sardaigne, ce prince accorda une somme considérable, nécessaire à l’achèvement des constructions, qui n’atteignirent à leur entière perfection qu’en iG85.

I>e grand peintre Domenieo Zampieri (le Dominit/uin), qui pratiquait aussi l’architecture , avait composé pour cette église deux projets qui ne furent pas mis à exécution. Le père Grassi , jésuite, en les combinant tous les deux, en forma un troisième, d’où est résulte l’église actuelle. Mais la façade principale est l’œuvre d’un autre architecte, et fut bâtie par Alessandro Algardi.

I*a disposition générale du plan est grandement conçue, et l’on y retrouve la forme d’une croix latine. Li nef du milieu domine les autres par son importance, et fait opposition avec les petites nefs qui sont divisées en trois chapelles régulières , à demi fermées , et nettement accusées par autant de coupoles ; de là résulte une suite de motifs semblables, qui portent un caractère à la fois religieux et monumental. I>a grande nef est d’une architecture correcte et régulière; elle est décorée d’un ordre corinthien de pilastres accouplés. I«s deux rha-

ET CRITIQUES

[«■Iles qu'on voit aux extrémités de la nef transversale sont d’une richesse éblouissante. I^s marbres antiques et modernes, ainsi que les bronzes dorés , y sont prodigués à l'infini ; mais la vue de toutes ces magnificences si fausses et de si mauvais goût laisse d'amers regrets quand on songe aux pauvretés qu'etlés décorent.

Ou doit au père André Pozzi , jésuite, qui avait une merveilleuse aptitude pour la perspective, les peintures de la coupole et de la voûte de la grande nef ; et ces peintures donnent, en effet, une preuve éclatante de son savoir en cette science. Cependant , tout en rendaut justice au talent qui lui a fait surmonter tant de difficultés pour produire l'illusion, on ne peut s’empêcher d’être péniblement affecté du résultat de tant d’efforts , lorsqu'on découvre dans ces ambitieuses compositions des erreurs de goût sans nombre. Heureusement la pensée que toutes ces colonnades, que ces bâtiments entassés ne sont que des fictions ou des jeux d’un pinceau habile, vient amoindrir vos scrupules et calmer votre susceptibilité d'artiste.

lies bâtiments qui viennent à la suite de l'église sont antérieurs de quarante-quatre ans si la construction de celle-ci, et furent élevés en i58a par Grégoire XIII1, sur les dessins de Bartolomeo Ammannti. J.eur ensemble, avec les dépendances, forme l’établissement d’enseignement le plus considérable qu'il y ait à Rome. Il est connu sous le nom de Collège Romain. On doit s’étonner du décousu qui existe entre les diverses parties de ce grand ensemble. Ce manque d'unité résulte de ce que les bâtiments ont été élevés à diverses éjmques, et sous la direction de plusieurs architectes. Il est rare qu'une construction qui n’est pas d'un seul jet soit régulière et homogène, tant l’homme, et surtout l’artiste, tient à conserver son individualité, à laquelle il sacrifie meme l’œuvre qui lui est confiée (i). Il ne suffît pas

(0 Aujourd'hui fions aurions heureusement plusieurs exemptes du contraire à constater, l-a plupart des architectes de nos jours, qui ont à -compléter ou à étendre un monnaient, s’efforcent d’y maintenir partout une parfaite harmonie, et en cela ils font preuve de hou esprit et de rapacité. , " ’*

NOTICES HISTORIQUES

que la critique frappe d'un blâme énergique les architectes incapables ou vaniteux, il faut que l'autorité soit éclairée, vigilante et inflexible à leur égard ; qu’en un mot elle comprenne son devoir et sa responsabilité envers l’avenir.

r.a cour est ce qu’il y a de monumental dans cette partie du plan ; elle est carrée, parfaitement régulière et entourée d’un portique à double étage. Autourdecettc cour sonthabilementdistribuées les diverses salles d'étude; enfin, aux deux extrémités du portique situé près de l'entrée principale, existent de larges escaliers qui desservent le premier étage. Mille enfants, environ, sont reçus dans cet établissement. Les jésuites leur enseignent les langues latine, grecque et hébraïque, la rhétorique, la philosophie, la théologie, les mathématiques et les sciences naturelles.

I .'habitation des professeurs, tous de la Société de Jésus, depuis que Léon XH a replacé cette corporation à la tète de l’enseignement, est reportée dans les bâtiments qu’on voit à gauche sur le plan. Cette partie des constructions n'est d’aucun intérêt pour l'architecte; il n’y trouverait aucune régularité, ni rien de ce qui annonce des recherches ou qui sente l’étude. -

Le collège possède une excellente bibliothèque, et un observatoire illustré par plusieurs astronomes éminents. Enfin, le célèbre père Kircher y a fondé un musée où l’on trouve un grand nombre de bustes, de statues, d’inscriptions, et de riches collections de bronzes antiques, d'objets d’histoire naturelle et d’as romains.

Pour éclaircir les observations que nous avons à faire sur la façade et fixer les idées, nous présentons sur la même page une vue extérieure qui suffira pour atteindre notre but, bien que l’échelle de notre dessin soit très-petite. Si l’on considère avec attention cette façade, On s'aperçoit que l'architecte Ammanati a 'voulu donner à l’édifice un caractère tout spécial. On suit sa pensée, bien qu’il n’ait pas su toujours l’exprimer avec bonheur. Ainsi il a eu raison, sans doute, de vouloir marquer par une saillie et en l’élevant d’un attique la partie consacrée à l’enseignement ; mais cette saillie ne correspond qu’im-

ET CRITIQUES

parfaitement à la cotir des études , et l'une des deux grandes portes d’entrée, rejetée sur le côté de cette cour, est sans aboutissant, et conséquemment sans utilité aucune. Sur ce point , comme on le voit , l’architecte a donc complètement échoué. Ce n’est pas tout : on reconnaît que son bon sens lui avait inspiré l’idée d'accuser cette meme partie centrale par une décoration plus monumentale. A eet effet il avait agrandi plusieurs portes et plusieurs croisées; mais aucun parti pris ne se dessine sur cet avant-corps : il règne au contraire dans la décoration un tel décousu, une telle confusion, qu’il faut dire avec regret, et pour la seconde fois, qu'Ammanati n'a pas su accomplir sa tâche. Car, il faut l’avouer, les bâtiments en aile et en arrière-corps ont été par trop sacrifiés ; les belles lignes y manquent; les croisées, trop multipliées et partout Uniformes, y sont d’une fatigante monotonie ; enfin l'artiste, mal inspiré en visant à la sinipliché, n’a su obtenir que de la pauvreté et nulle grandeur. En définitive, notre conclusion sur cette façade peut se résumer en ce peu de mots : Pensée heureuse dans le motif d'ensemble, masse générale d'un beau profil, divisions principales marquées avec à-propos et justesse ; d'autre part, aucun sentiment de l'étude, aucun ajustement de quelque valeur artistique.

Collège Romain ; cour ries études.

Cette cour, ainsi que nous l’avons déjà dit, est carrée et régulière ; ,x les arcades et les ordres sont d'une assez bonne proportion, et les détails corrects, mais sans finesse. L'accouplement des pilastres aux angles est un motif de raison et de prévoyance, justifié d'ailleurs par le goût-.

On sera à même d’apprécier sur la coupe le caractère de l’architecture de la cour, tandis que la vue du haut de la planche fera juger de son effet pittoresque. Cette cour tout entière est l’œuvre de Üartolomeo Ammanati.

NOTICES HISTORIQUES

Patois Borghèse ; plan et façade.

i'. v Ce palais fut commencé en i5go par le cardinal espagnol Dezza , sur les dessins de Martino Lunghi le vieux; et c’est le plus bel ouvrage de cet artiste. Peu d’années après, le palais fut acquis par le cardinal Borghèse, qui, devenu pape sous le nom de Paul V, en fit, don à ses frères. Ceux-ci chargèrent Flaminio Ponzio de prolonger les bâtiments de l'aile gauche depuis l'extrémité de la place où se trouve le pilastre qui sépare les treizième et quatorzième croisées, jusqu'à la rue de Ri|>etta. I<e jardin fut tracé par Carlo Rainaldi, qui donna le dessin des trois grandes fontaines adossées au mur d'enceinte de ce jardin, et qui sont exécutées en stuc dans un goût si bizarre.

On a trouvé que la forme oblique, anguleuse et irrégulière du plan, se rapprochait de celle d’un clavecin ; et de là est venue au palais la dénomination de Clavecin Borghèse. (Il cembalo di Borghese.)

I.u partie de ce grand édifice qui fut élevée par Lunghi est, sans contredit , la plus remarquable. Elle comprend une grande et Ih*IIc cour, et Içs bâtiments qui l’entourent. Les appartements y sont bien distribués, et le double portique de la cour composé de colonnes accouplées, forme une ordonnance pleine de grandeur. Deux nobles entrées introduisent à la cour, et deux beaux escaliers, parfaitement situés pour les dégagements , établissent une communication facile avec le premier étage: celui du fond, qui est ovale, est remarquable par sa rampe à spirale, supportée par une suite de colonnes accouplées. Cet escalier est une imitation assez maladroite de celui que Bramante avait exécuté depuis près d’un siècle, au Vatican, dans les bâtiments du Belvédère. . .

Une vaste galerie de tableaux a été formée dans les appartements du rez-de-chaussée ; c’est la plus nombreuse qu'il y ait à Rome et la plus riche en chefs-d'œuvre. I<e prince don Francesco Borghèse, mort

ET CRITIQUES

i) y a peu d’années sans enfants, a voulu, par une disposition particulière qui lui fait honneur, que cette collection fût inaliénable pour ses héritiers. En assurant la durée de ce précieux musée, consacré aux jouissances du public et aux études de l’artiste, le prince a fait un acte de généreuse munificence.

On remarquera sur le plan une ligne ponctuée et tracée sur les bâtiments de l’aile gauche, élevés par Ponzio. Cette ligne a pour but d’a|>peler l’attention sur cette longue enfilade de portes, dont la brillante perspective ajoute à l'effet de ces beaux appartements. Cette perspective, qui se prolonge au loin, se termine parla vue des montagnes et d’une fontaine ajustée dans la grande porte d’entrée d'une maison voisine, pour contribuer à l’agrément et faire point de vue aux appartements du palais Borghèse. On trouvera cette fontaine représentée sur la pl. 10. La même magnificence règne dans les apjjartements du premier étage, et la même richesse aux étages supérieurs. Nous signalerons dans ceux-ci huit beaux tableaux du peintre frum;ais Joseph Vernet.

L’ensemble des façades présente une masse imposante, assez bien divisée, d'une architecture irréprochable, mais peu caractérisée, et sans grande valeur au [joint de vue de l’artiste. I«a façade principale, composée de neuf croisées de front, et la partie de la façade latérale qui en comprend treize, l’une et l’autre construites par Lunghi , sont mieux étudiées que le prolongement exécuté par Flaminio Ponzio. L'aspect de ce prolongement est monotone, et peu digne enfin du talent déployé tant de fois |>ar son auteur.

Palais Burgkcsc; coupe et rue de la cour.

I >a coupe et la vue, réunies sur cette planche, peuvent •donner une iv, iq. idée de la splendeur de la cour, et de l’effet surprenant et théâtral qu’elle produit. On s’étonne qu’on ait réuni autant de colonnes et de richesses pour une simple habitation privée. (Tes colonnes, en y cont-

NOTICES HISTORIQUES

prenant celles des deux portes d’entrée, sont au nombre de cent. En voici l’énumération :

Porte H'enlrée de la façade principale. Colonnes «le granit giis. . a/

Porte d’entrée de la façade latérale. Colonnes de granit rouge., al

Cour. — Portique du rez-de-chaussée. Colonnes de cipollin j a j

Idem de granit rouge. . 1 f

Idem de granit del foro. 41

Idem de granit gris. ... 4°

Cour. — Portique «lu premier étage. Colonnes «le granit rouge. .. 8

Idem , .-s . . de granit gris. . 4°

Totalité des colon nés *

les deux ordres et les arcades sont d'un lion rapport et d'une proportion estimée; mais les profils et les autres détails manquent de variété, de finesse et de sentiment. L’accouplement des colonnes ne peut même pas être considéré comme un motif d'une parfaite correction. Il y a beaucoup à louer dans cette cour, et plus particulièrement dans la paitie du fond, dont la disposition est si pittoresque. Pour donner de l'air et du jour de ce même côté, on a supprimé non-seulement le deuxième étage, mais ouvert les arcades du premier. Une amélioration

importante et de ce genre a été apportée il y a peu d'années au rezde - chaussée.

I<es arcades y ont été rétablies à jour, et closes par une grille.Ce changement a donné plus de mouvement et de gaieté à la cour, qui semble maintenant parée des fleurs et de la verdure du jardin, qu'on découvre au delà

ET CMTIQUES. 379

de la grille. A l'extrémité et à droite sous les portiques, on remarque trois statues colossales qu'on croit reconnaître pour celles de Julie, de Sabine et de Gérés.

Cette quadruple colonnade, d'un caractère si monumental au rezde-chaussée, n'est pas d'un effet moins magnifique au premier étage ; à certains égards, l'aspect en est aussi plus piquant et plus pittoresque. Il convenait donc, pour le faire connaître, d’en donner une description détaillée, ou, ce qui était plus simple et plus intelligible, d’en présenter une vue sous la forme d’un croquis. C'est aussi ce què nous avons fait (voyez page 3^8) ; et ce croquis, mis à l’effet avec ses ombres et ses lointains, sera compris sans effort et sans autre explication.

Chapelle hors dés murs et de ta porte S. Sebastiano.

Cette chapelle est située à un demi-mille environ de lu |>orte Saint- Sebastien, sur la route qui conduit à cette basilique. Elle rappelle les édifices antiques de peu d’étendue désignés sous le nom d’ Ædicula ; mais elle est si petite, qu’elle pourrait être plutôt assimilée à ces prie- Dieu ou madones que les Italiens modernes établissent sur les routes, dans les lieux écartés ou sur les montagnes , avec cette différence seulement tjue trois ou quatre personnes peuvent ici prier à couvert.

La décoration .de ce petit monument est fort simple; elle se com- |>ose d’un ordre dorique convenablement étudié , et de peintures à fresque exécutées sur le fond des entre-pilastres ; peintures dont il ne reste plus aujourd’hui que quelques vestiges.

Église S. Salvatore in Onda.

Elle est ainsi nommée, in Onda , parce qu étant bâtie dans un lieu très-déprimé, elle est inondée dans les moindres crues du Tibre. Construite en labo, elle fut restaurée en 1 684-

vil, «s.

NOTICES HISTORIQUES

Église S. Ivo de' Britanni ou de’ Brettoni.

En i456, Calixte III, cédant aux instances du cardinal breton Alain de Coetivi de Taillebourg, accorda cette ancienne église à la province de Bretagne. Elledépend aujourd'hui de l’église Saint-Lonis des Français. Le petit plan est bien disposé; les trois nefs sont séparées par huit colonnes, dont une est en cipollin, deux en granit gris, et ein// en granit rouge.

Église S. Eligio de' Ferrari.

xii. «. Elle fut d’abord dédiée à saint Jacques et à saint Martin, puis accordée, en i55o, à la congrégation des forgerons réunis aux loueurs de chevaux et de voitures. Restaurée et améliorée en 1 563, elle fut dédiée à saint Éloi, évêque de Novon.

La façade de cette église est fort simple, mais parfaitement étudiée. I .a porte, exécutée en marbre blanc, offre d'excellents détails.

Église S. jdgnese et collège Innocenziano.

vi, ., Au lieu même où sainte Agnès avait été exposée pour être livrée à la prostitution , en ce lieu où elle fut miraculeusement sauvée , on avait bâti une petite église en son honneur. Vers 1 55o , Innocent X la fit abattre et remplacer par une autre d’une grande magnificence; à la suite de celle-ci, et à droite, il bâtit un petit collège, et à gauche un grand palais destiné à l’habitation de la famille Pamfili, dont luimême portait le nom.

(ïirolamo Rainaldi fut chargé de toutes ces constructions, qui comprennent tout un Ilot, et forment l’une des plus belles décorations de la place Navona. Le même architecte acheva en entier le palais Pamfili (i), et monta l’intérieur de l’église jusqu’à l’entablement du grand

(i) On trouvera le plan de cct intéressant palais dans le tome troisième de cet ouvrage.

BT C.HIT1QURS.

ordre. Son successeur, Francesco Borromini, décora l'église, éleva la coupole, la façade principale .avec ses deux clochers, enfin bâtit la sacristie (■) et le petit collège attenant. Dans aucun de ses ouvrages Borromini n'a été mieux inspiré, et ne s’est montré plus sobre d'incorrections. On reconnaît volontiers que le parti de la façade de l’église est parfaitement conçu ; que , sans changer la ruasse, sans modifier les proportions, çn se bornant seulement à purifier quelques

détails, à supprimer quelques bizarreries , cette façade, ainsi rectifiée, ferait honneur même aux maîtres.

On en jugera sur la gravure ci-jointe. Borromini était doué d’imagination et de qualités réelles ; c’est sa vanité qui l’a poussé à l'indiscipline à l’égard des règles, dont il s’affranchit toujours, et à toutes ces excentricités irréfléchies qui ont perdu et déconsidéré l’artiste.

Il y a dans l’ensemble du plan d'heureuses dispositions, plusieurs parties parfaitement étudiées , bien qu'en général les formes y soient tourmentées. Trois entrées donnent accès à l'église, et la sacristie en a le même nombre. Celle-ci est parfaitement située , entre l’église et le collège; enfin les communications sont partout commodes et judicieusement établies. Au-devant de l’entrée principale existe un beau

(1} Ou prétend <jiic Bernini en construisit U voùie ; mais nous n’avons aucune preuve à eu Honwr, - ' '•

NOTICES HISTORIQUES

perron qui assoit bien la façade et contribué à lui donner île la majesté. I,e petit bâtiment du college, quoique fort restreint, est à l’intérieur d’une assez belle apparence, f >es deux portiques de l'entrée et du fond de la cour, outre qu’ils sont pour elle un embellissement, facilitent encore les communications h couvert.

L’intérieur de l’église étonne par sa magnificence , de même que l’éclat des peintures et la richesse des marbres produisent un grand effet. I.es huit 1 (elles colonnes d’ordre corinthien qui supportent les pendentifs de la coupole sont en marbre de Cottanello.

Loge du petit palais Altieri.

xi s Le plan et l’élévation du petit palais Altieri n’ont rien de recommandable, et ne méritent à aucun titre de fixer l’attention. I .a loge du premier étage est seule digne d’intérêt. On retrouve, dans les peintures qui décorent la voûte, le style et la manière de Giovanni da Udine, le célèbre peintre d’arabesques qui travailla aux loges du Vatican sous la direction de Raphaël. Les motifs de l’ornementation sont ici très-bien disposés, et les détails pleins de grâce et de légèreté. I«s fighres allégoriques qui décorent l’intrados des arcades, et représentent les Saisons, la Paix et l’Abondance, sont d’un beau et noble caractère; malheureusement la petitesse et le raccourci du dessin en rendent l’appréciation difficile.

D’après les divers détails que nous avons réunis, on pourra prendre une idée très-arrètée de la décoration ; quant à l’effet de la loge, la vue de la planche suivante pourra seule le faire apprécier.

y u e de la loge du petit palais Altieri.

xi. 9. On pourra, d’après cette vue, juger à la fois de l’ensemble de la loge et de l’effet général des peintures. On reconnaîtra qu’ici l’archi-

i BT CRITIQUES. 383

tecture n’est pas indigne de la décoration, et forme avec elle un tout plein de grâce et d’harmonie.

Quelques ] orties de cette voûte ont souffert de l’injure du temps ; mais la plupart sont intactes et ont même conservé un certain éclat.

Élévation du palais del l\ero.

La façade de ce palais, quoique d’une médiocre importance, n'en vest pas moins digne de figuier dans ce recueil, ne serait-ce que pour l’harmonie parfaite qui règne à tous les étages. Ceux-ci sont, en effet, divisés avec autant de goût que de convenance, et la décoration des croisées y est appropriée avec justesse à la place qu’elles occupent. Enfin la loge du dernier étage, bien que d’une proportion un peu lourde, a néanmoins du charme et du pittoresque. 1-a porte d’entrée mérite particulièrement d’être signalée. Le motif des refends ne saurait être mieux étudié.

Maison via Giulia.

Il faut remarquer dans ce plan la disposition du vestibule et l’en- vii > trée de l’escalier, dont le motif, souvent répété à Rome, plaît toujours chaque fois qu’on le rencontre.

Maison via di Monterone.

Nous ne donnons ici que la partie importante de ce plan : l’esca- vm. s,, lier, la cour avec ses deux ailes, et la fontaine du fond. 1/ étude pouvait aisément faire disparaître des différences d’axe qui choqueront sans doute ; mais comme elles étaient motivées par l’arrivée de l’escalier au premier étage, nous les avons maintenues. Notre tâche, d’ailleurs, doit se borner à signaler les améliorations possibles, sans nous permettre de changer quoi «pie ce soit à ce qui existe.

NOTICKS HISTORIQUES

Église S. Balhina.

Cette église très-ancienne a été restaurée à diverses époques. Rien de plus simple que la disposition de son plan; le porche, l'autel du tond et les deux autels latéraux sont tous d une parfaite convenance. La façade, qui porte un caractère de simplicité naïve, répond exactement aux indications du plan. Le porche en est bien accusé, et les arcades sont d'une excellente proportion.

Égt ise S. Saba.

Elle est située sur le versant de la |>artie orientale du mont Aventin. On sait qu'elle est très-ancienne, mais on ignore la date de sa fondation. On a pu croire qu’elle était du nombre des basiliques constantiuiennes , parce que les deux colonnes en porphyre du portique extérieur, que Pie VI a fait placer au musée du Vatican, portent au sommet les bustes des empereurs Constantin II et Constant, penchés l'un vers l'autre comme pour s'embrasser ; mais l'emploi de ces colonnes, dans un édifice qui n'est composé que de débris antiques, n'est pas une preuve qui semble admissible. Ce qui est toutefois incontestable, c’est que la maison de sainte Silvie, mère de saint Grégoire, était en ce lieu, et qu'au vi* siècle elle fut remplacée par un oratoire. On doit en croire le témoignage de l’inscription suivante qu'on lit sur l'architrave du portique extérieur : « Ecclesia SS. Saliae et Andrae ad « cellam novam, obi olim et donius deindeoratoriumS. Silviae niatris « S. Gregorii PP., ex qua domo quotidie pia mater niittehat ad clivtim « Seau ri fîlio scutellam leguminum.» Cette inscription fut vraisemblablement placée au temps de la fondation de l'église, vers le milieu du viii* siècle, quand les moines grecs, chassés d’Orient par lapersécution des iconoclastes, vinrent se réfugier sur cette partie de l’Aventin, et

ET CRITIQUES

dédièrent la basilique à saint Saba , abbé de Cappadoce, et à saint André. On est du moins certain qu’au temps d’Adrien I" le couvent attenant à l'église était habité par des moines grecs.

I .a disposition du plan est entièrement semblable à celle des premières basiliques chrétiennes. L’église actuelle est divisée en trois nets, mais dans l'origine elle dut en avoir cinq. Cette opinion est fondée sur la remarque qu’il y a des colonnes incrustées dans les murs latéraux, et qu'on y distingue même les arcs quelles supportent-; elle est aussi contirmée par cet autre fait, qu’il existe au delà des mêmes murs deux corridors de la largeur des petites nefs, et qu’on voit sur les murs de ces corridors des peintures presque entièrement effacées. la- chœur est élevé de plusieurs marches au-dessus du sol, et l'on y monte par une large rantpe. De chaque côté de celle-ci se trouvent deux petits escaliers qui descendent aux souterrains. L’abside est décorée de peintures en mosaïque , où le Sauveur est représenté entre deux figures qui vraisemblablement sont celles des saints Saba et André.

Sur les quatorze colonnes qui séparent les nefs, trois sont de granit rouge, trois de marbre du mont Hymette ( imezio ), trois de marbre gris, trois de granit gris, une de porta-santa , enfin une de cipollin. Elles ont été enlevées à divers monuments antiques, et portent presque toutes des chapiteaux différents. La charpente est restée apparente ; le pavé est une mosaïque qui présente une grande variété de marbres.

l>a façade n’est pas dépourvue d’originalité, et la galerie du haut est d’un agréable effet. Les colonnes sont en travertin, avec bases et chapiteaux de marbre. Les piliers du portique du rez-de-chaussée sont en briques, et ont remplacé les colonnes de marbre de la construction primitive. Nous avons indiqué précédemment que deux de celles-ci avaient été transportées au musée du Vatican.

1 e motif de cette façade se retrouve dans plusieurs églises de Rome, bâties dans le même caractère , vers la même époque ; nous citerons comme exemple S. Giovanni e Paolo.

Al

NOTICES HISTORIQUES

Église S. Tomrnnso degli Inglesi.

Cette église, l’une des plus anciennes abbayes de Rome, portail d’abord le nom de Trinité des Écossais. Grégoire XIII y réunit le collège anglais, et le cardinal Norfolk , en I&7**' r®Éàtit en entier ainsi que le collège, sous la direction des architectes Domenico Fontana et l^genda-

Église S. Salvatore (telle CoppeUe.

Le nom délie CoppeUe lui vient de ce qu’il y a plusieurs siècles les fabricants de coupes et les tonneliers habitaient dans le voisinage. Celestin III, en i i<p, la restaura, et la dédia au Sauveur. L'architecte Carlo de Domiuicis la réduisit à l'état actuel. On y remarque un beau tombeau du cardinal génois Spinola , ouvrage de llernardino l.udnvisi.

Palais Barberini ; plan général et vue d’ensemble.

Ce palais, situé à mi-côte à l’extrémité nord du Quirinai et sur le revers occidental de cette partie de la colline, est un des plus importants et des plus vastes qu il y ait à Rome. Si on le réunit aux dépendances et aux jardins, on obtient un ensemble qui comprend un espace de plus de deux cents mètres carrés, et dont les limites sont la place Barberini, les rues di S. Niccola di Tolentino, Sterrato, di Porta Pia, enfin celle delle Quatro Fontane. I .es jardins, établis sur la crete de la colline, occupent l’emplacement de ce qu’on nomme l’ancien Capitole (Cnpitoliwn vêtus), jietit temple qui sous Numa avait trois chapelles dédiées à Jupiter, à Junoii et à Minerve.

I.a place Barberini, autrefois Grimana, comprend une partie de l’ancien eirque de Flore. Irrégulière et sans intérêt par elle-même , (

«Jft *

Di^ized By

ET CIIITIQUBS. Î87

nous devions néanmoins en donner le plan et la vue, pour faire bien ' juger de la situation (lu palais et de son importance, et pour montrer combien sa masse imposante ressort au milieu des mesquines habitations qui l'entourent.

La place ne compte aucun monument, si ce u'est une assez belle fontaine désignée par le nom de fontaine du Triton. Nous en donnons le détail planche 187, et la description page 3q8.

Les jardins qui font suite au palais sont spacieux, bien dessinés, et

abondamment pourvus d’eau.

La partie du fond est réservée, et séparée par un mur de clôture. On y remarque particulièrement une fontaine d'une assez belle apparence et surtout très - pittoresque , située dans l'axe du palais à l'extremité des jardins, et destinée à faire point de vue aux appartements. I,a décoration de cette fontaine se compose d'une statue colossale d'A[>ollon abritée par un pin très-beau, et (pii a souvent servi d’étude aux peintres de jiaysage. Sur le dessin que nous en donnons ici, le point de vue est pris du Vicolo Sterrato. Dans la partie des jardins située vers la droite, on a établi un jeu de ballon public parallèlement à la rue di Porta Pia.

Palais Harberini ; plans du rez-de-chaussée et du premier étage. Élévation principale.

Vers l'an i(iu4, peu après l’avénement d'Urbain VIII au pontificat, 11.

NOTICES HISTORIQUES

Je cardinal camerlingue Francesco Barberini, son neveu, commença la construction de ce palais, qui ne fut achevé qu'en i63o. Les bâtiments furent élevés sur l’emplacement de l'habitation et des jardins du cardinal Carpi, devenus ensuite la propriété des ducs Sforza. I/es travaux furent dirigés par trois architectes : Carlo Maderno, Francesco Borromini et Lorenzo Bcrnini. Sans pouvoir marquer avec précision dans quelle mesure chacun d'eux prit part aux constructions, nous espérons du moins, à l'aide d’observations suivies, donner des indications qui s’éloignent peu de la vérité. On ne doute pas que ce fut Maderno qui disposa les premiers plans, et qui dut même commencer les constructions. Mais alors il était vieux, fort occupé à la basilique de Saint-Pierre, et obligé, par suite de ses infirmités, de se faire porter en litière. Ilmourutd’ailleurspeud'annéesaprès, en i6ay. Ainsi tout donne ljeu de croire que sa participation aux travaux du palais Barberini fut presque nulle. Ce qui le confirme, c’est que Maderno, pendant les dernières années de sa vie, se faisait suppléer dans la surveillance des travaux qui lui étaient confiés par son parent et élève Borromini, lequel fut ainsi naturellement appelé à lui succéder. D’un autre côté, le pape favorisait tout particulièrement Bernini, et, sur ses instances, son neveu, le cardinal Francesco, l’adjoignit pour la suite des travaux à Borromini. D’abord le cardinal put croire que les deux jeunes artistes marcheraientd'accord, mais il ne tarda pas à s'apercevoir de son erreur ; car c'est de celte époque que doit dater la jalousie et la profonde inimitié de Borromini contre son rival, inimitié qui ne cessa pas d’être alimentée par les succès de Bernini. Sans doute elle ne fut pas étrangère à la fin tragique de Borromini , qui , bien des années après, se donna la mort en se perçant de son épée. Quoi qu’il en soit, le cardinal, comprenant que des volontés si divergentes porteraient un grand préjudice à ses intérêts, se détermina à faire deux parts : la partie du fond, le vestibule, la rampe douce et la façade postérieure, échurent à Borromini, qu'on reconnaît à l’incorrection des détails; l’autre partie, où se trouve la façade principale avec les avant-corps et les

KT CRlTiQlI.ES.

’ 3tk)

façades latérales, c'est-à-dire la majeure partie de l’édifice, fut accordée à Bernini, dont le caractère était plus liant, l'esprit plus insinuant, et «pii avait les bonnes grâces «le la famille Barberini. Il en fut de même des deux escaliers placés à l'entrée du vestibule : celui de droite, qui est ovale, fut confié à Borromini, et Bernini obtint celui de gauche, qui est plus vaste. Ces diverses suppositions ne sont pas arbitraires, mais raisonnées, et portent, selon nous, tout le caractère de la vérité. Kn effet, Borromini en exécutant l'escalier ovale dut l’éclairer par une croisée aux trois étages, et il composa la décoration de ces croisées sans s’inquiéter de ce «pie pouvait faireson collaborateur, qu’il voulait embarrasser ou obliger à suivre sa décoration, à lui particulière, sur toute la longueur des bâtiments. Bernini, en homme d’esprit, se contenta, pour la symétrie, de répéter, du côté gauche, les trois croisées de Borromini , et il reprit ensuite sur les avant-corps et les fa- «;ades latérales son propre système de décoration. C’est ainsi que, par un trait de malice et dé bon sens tout à la fois, il sut tourner contre Borromini le piège qu'il lui avait tendu, et afficher à tous les yeux l’infériorité de son rival. Qu'on cherche donc à expliquer d’une autre façon comment ces détails de croisées, d’un caractère si différent, composés d’éléments si tranchés, ont pu être ainsi entremêlés ; je doute qu’on puisse trouver une interprétation plus satisfaisante.

Arrivons maintenant à l'examen des diverses parties de l’édifice, et parlons «l’abord des plans. la- palais est bâti à mi-côte, sur un terrain fouillé et déblayé. de manière à obtenir l’isolement «les bâtiments. f.es terres, encaissées dans «les murs de soutènement, sont tenues à distance, et de là il «st résulté «le grands avantages. I /édifice, ainsi assaini, est préservé de l’humidité; les appartements du premier otage se trouvent de plain-pie«l avec les jardins , auxquels ils communi«|uent à l’aide de deux ponts; une pente tlouce on grailinata, bien étudiée, accessible aux voitures, fait arriver sans fatigue à l’étage supérieur, auquel on parvient également et à couvert, en suivant divers escaliers établis sous le vestibule principal : disposi-

NOTICES HISTORIQUES

3go

tion trop peu remarquée, bien digne de l'ètre pourtant, qui joint à des avantages noinhreux et divers, de beaux effets de perspective et de lumière.- • •

Le plan du rez-de-chaussée se compose de deux corps de logis en saillie, réunis par un vaste bâtiment en arrière-corps, où se présente d'abord un vestibule spacieux qui se rétrécit graduellement. A l’extérieur, ce vestibule est ouvert de sept arcades, qui se réduisent successivement à cinq, puis à trois, et enfin à une seule, laquelle donne entrée à un second vestibule elliptique, à la suite duquel se trouve cette longue et belle rampe déjà mentionnée, qui forme une magnifique perspective, terminée au loin par la fontaine de l’Apollon, que ci-dessus nous avons fait connaître. En revenant sur nos pas jusqu’au premier portique de ce même vestibule, on aperçoit aux deux extrémités deux arcades symétriques précédées de quelques marches. L’une et l’autre introduisent aux deux principaux escaliers du palais, et conduisent aux appartements des divers étages. Celui de droite, qui est ovale, fait communiquer avec la bibliothèque établie au. dernier étage. Cette précieuse bibliothèque, où le public est généreusement admis, est aujourd’hui composée d’environ soixante mille volumes et de dix mille manuscrits, provenant la plupart de la bibliothèque Strozzi à Florence. Elle a été formée par les soins du fondateur du palais, le cardinal Francesco liarberini.

I .es appartements du premier étage sont spacieux et d’une grande magnificence. Ils sont décorés de statues antiques, et l'on y trouve une riche collection de tableaux, la plupart de l'école italienne, et des plus illustres maîtres.

Les bâtiments sont reliés aux jardins par deux ponts, dont l’un est situé derrière et dans, l'axe du palais, et l’autre rattaché à la façade latérale de droite ; tous les deux sont indiqués sur les plans.

La petite vue du bas de la planche est destinée à faire connaître le foiul du grand vestibule, où se trouve la partie cintrée; à donner une idée de la décoration du second vestibule de forme elliptique, où l’on

Kl CBITIQL'KS.

distingue les rampes d’un double escalier ; enfin, à indiquer cette magnifique montée à l'extrémité de laquelle apparaît la grille qui ferme la [>artie réservée des jardins.

Il nous reste encore à nous prononcer snr la façade principale, dont la masse est si imposante et si accidentée, læ grand effet qu'elle produit tient d'abord au motif des deux pavillons en saillie, qui doime du mouvement et de la variété aux ligues des corniches ; puis à la surélévation de l'arrière-corps qui brise ces lignes. Celui-ci doit sans doute une partie de son importance à son étendue qui est considérable, mais elle lui vient surtout du grand parti de son ordonnance; de ce qu’il est fortement caractérisé par sept arcades de front , répétées aux trois étages, et enrichies de colonnes et de pilastres. Quant à la décoration architectonique, elle n’est pas irréprochable. On regrette, en effet, que les détails ne répondent pas aux qualités éminentes de l’ensemble, et qu’ils manquent de lini et de goût. Toutefois on peut constater la bonne proportion des arcades et desordres, en convenant qu’il faudrait refondre ou améliorer et les moulures et l’ornementation.

On a peu de chose à dire des eroisées qtii éclairent les salles des avant-corps ou des façades latérales, sinon qu’elles sont insignifiantes et sans distinction. Mais on doit signaler pour leur bizarrerie les trois croisées de l’arrière-corps qui éclairent aux trois étages l’escalier ovale. BoiTomini , nous l’avons déjà dit, doit être accusé de ces productions étranges qui déparent la façade; et Bernini, pour se conformer aux exigences de la symétrie, fut obligé à les reproduire du côté opposé. .

Le balcon établi au premier étage, dans l’axe du palais , est judicieusement supporté par deux colonnes en saillie qui marquent davantage le milieu de la façade. Ajoutons que. les refends qui décorent la totalité du rez-de-chaussée donnent à celui-ci plus de gravité, et le rendent plus homogène.

les lignes des avant-corps se relient convenablement avec cejles du bâtiment central, à l'exception du couronnement, qui ne s’y rat-

NOTICES HISTORIQUES

tacbe par aucune ligne, et vient mourir contre les pilastres du troisième ordre, à la hauteur du centre des arcades. Ce manque de liaison, condamnable au point de vue de rajustement, a pourtant ce résultat de faire ici triompher davantage le bâtiment central, et trouve sa justification dans le bel effet qu’il produit. Au reste, les deux couronnements,' celui de l’avant-corps comme celui de l’arrière-corps, sont parfaitement conçus, parfaitement raisonnés, leur valeur relative bien marquée, les divisions principales bien senties; mais, il faut le dire, dans l'un comme dans l'autre les détails manquent de correction.

La lanterne qui s’élève au-dessus de la toitHre ajoute du pittoresque à la silhouette générale.

■ Palais Barbe rini ; détails de ta partie centrale des plans du rez-dechaussée et du premier étage.

h,*. I<a partie centrale du plan du palais Barberini, si admirablement étudiée, est ici reproduite sur une grande échelle, afin qu’on puisse mieux juger, non-seulement l'ordonnance générale de cette belle composition, mais jusqu’aux moindres détails. Il faut considérer ce vaste et beau vestibule, qui se rétrécit graduellement et d'une façon si ingénieuse ; le petit vestibule elliptique avec son double escalier, qui abrège l’arrivée au premier étage et vous disjiense de suivre la pente douce ; puis, revenant sur ses pas, il faut examiner avec soin ces deux grands escaliers qui se présentent noblement aux deux extrémités de la première travée dti vestibule. L'entrée de ces deux escaliers est entièrement semblable, leur débouché absolument le même, quoique trèsdifférents l’un de l’autre pour la forme comme pour l’allure. Celnède droite, exécuté par Rorromini, est en spirale, et d’une disposition élégante; celui de gauche, qui est l'œuvre de Bernini, a plus d'étendue et est d'un plus noble aspect. La cage de celui-ci se régularise et s'amoindrit au premier étage, et devient carrée ; tous les deux tirent leur jour.

ET CRITIQUES

soit «le petites cours plac«*es au «■entre, soit de croisées ouvertes à l’ext«v rieur. Ils donnent accès à deux pièces semblables, symétrù[uement placées, «pii communi(|uent au grand salon. Cette immense salle, la plus im portante de toutes, est si tuée dans l’axe du palais; elle est aussi ouverte sur In cour, et a un balcon à son usage. Elle sert de débouché à plusieurs appartements, et est précédée de trois antichambres ou vestibules, soit «lu ciôté de la cour, soit du côté du jardin; enfin elle est desservie directement par deux beaux escaliers, sans compter la belle rampe et les escaliers du côté du jardin. Où trouver ailleurs une disposition aussi admirable, des combinaisons étudiées avec tant de prévoyance et de réflexion, en un mot, un résultat qui ait cette grandeur et cet éclat? Nous engageons. le leetciiF à s’y arrêter longtemps, à bien se rendre compte de la manière dont les plans du rez-de-chaussée et du premier étage se combinent et se pénètrent, et il reconnaîtra «ju’il n’y a rien d'exagéré dans nos appréciations.

D’après la notice historupie «pie nous avons donnée, les plans du palais scrajent une «euvre collective, qui dans cette condition défavorable a cependant réussi. Pour la villa di papa Giuiio, et dans des conditions analogues, un résultat brillant a «le même été obtenu. Voilà bien deux exemples de succès, mais ils sont rares. Tant qu'il ne s’agit que de disposer un plan, c’est-à-dire d’accomplir une œuvre de raison, les collaborateurs peuvent s’entendre ; chacun peut faire éc«juter ses observations ou apporter une amélioration partielle à ( ensemble : mais dès que la partie artistique apparaît , sitôt qu’elle est «liscutée, l’accord cesse , et vous ne pouvez plus obtenir d’une réunion semblable qu'un résultat bâtard, sans verve, incolore et disparate ; et c'est aussi ce qui est arrivé pour le palais Barbfrini.

On remar«]uera,.dans le vestibule elliptique du premier étage, les deux petits es«xdiers obliques G, G' servant à monter aux deux ball'ons H, H’ «le la façade sur le jardin. Ces deux escaliers, [jeu rwommandables du reste sous le rapport de l’ajustement, étaient d'une nécessité absolue., afin que les deux escaliers F, F’, qui [jartent du rez-

NOTICES HISTORIQUES

de-chaussée , eussent une échappée suffisante pour aboutir sous ce* mêmes balcons.

Le grand salon a a4",% de long sur i4“,4o de large. La voûte en a été peinte par Pierre de Cortone, dont elle est l’ouvrage capital. Cette immense fresque, qui représente le triomphe de la Gloire sou» les attributs de la famille Barberini, est une production remarquable par la verve de sa composition, le beau caractère des figures, l’éclat de la couleur et l’intelligence du clair-obscur. Les stucs y sont également d'une belle exécution. Nous ne pouvons nous dispenser de mentionner un lion antique et de grandeur naturelle qui décore l’escalier principal. Ce bas-relief renommé est encastré dans le mur à la hauteur du second palier.

Palais Barherini ; escalier ovale.

f /escalier en spirale, exécuté par Bramante au Vatican, semble avoir excité dira les architectes de Rome le désir de le surpasser- Environ quarante ans après sa construction, Vignole fait au château de Caprarola une première tentative d’imitation. Dans cet escalier, d'une noble apparence, il ne fait usage que d’un seul ordre, de l'ordre dorique accouplé et portant trigly plies ; ensemble et détails, tout y est parfaitement étudié. L’ordre ionique qu’on voit au sommet n’appartient plus, à vrai dire, à l'escalier. Il est placé au-dessus, mais sur la paroi du liiur d’enceinte, et il y ligure comme une décoration indépendante de la première. L’escalier de Bramante a moins de grandeur et de correction , niais son allure est plus franche et plus originale. On peut y blâmer cette succession de tous les ordres supportant un entablement invariable ; mais néanmoins il plait davantage par une apparence de simplicité, et par une plus grande variété. V ignole, en élevant son ordre sur un piédestal, a produit sans doute un ajustement parfaitement motivé ; mais il a enlevé à son ensemble l'élégance et la légèreté qui font le charme de l'escalier de Bramante et qui le caractérisent.

ET CRITIQUES

Au commencement du xvii* siècle, Martino Lunghi construisit aussi au palais Borghèse un escalier ovale, dans le système de celui de Vignole, mais qui lui est inférieur pour la correction et l’ajustement. Enfin Borromini , peu d’années après, vers 1626, exécuta au palais Barberini l'escalier dont nous avons à parler, et qui fait le sujet de cette planche. Pour la forme, qui est ovale, il ressemble à celui de Lunghi ; mais dans tout le reste il a une grande analogie avec celui de Vignole. Borromini, ainsi que Vignole, n’a admis qu’un seul ordre, l’ordre dorique : comme lui ,. il a accouplé les colonnes, et les a placées sur des piédestaux qui comprennent une balustrade; mais il a supprimé les triglyphes, peut-être pour éviter les diflicultés de leur arrangement.

Que Vignole, ne pouvant faire varier l’entablement de son escalier, ait renoncé à faire varier l’ordre qui le supporte, et qu’en cela il se soit montré plus logicien que Bramante, on 11’en sera pas surpris de la part d'un artiste aussi calme et aussi sage; mais on s’étonne de trouver ce même esprit de réflexion et de sagesse chez Borromini, qui ne visait qu’à l'exagération, et ne recherchait que les détails bizarres. Il est vrai qu’alors il était jeune, que son goût était moins |>erverti , et qu'enfin ses extravagances n'avaient pas encore été consacrées ou encouragées par ces applaudissements funestes qui plus tard ont perdu’ ce novateur.

flouons donc Borromini du parti général qu’il a suivi, de la simplicité de son ordonnance et même de ses détails ; chose rare et tout exceptionnelle chez lui. Donnons-lui volontiers des éloges pour avoir su ménager divers paliers qui n’existent pas, nous le croyons, dans l’escalier du château de Caprarola. Et ceci n’était point une minime difficulté, car il fallait calculer le parcours d’un palier à l’antre pour conserver partout une hauteur moyenne à la balustrade, variant sans cesse de hauteur. Cette balustrade étant assujettie au cours régulier de l’ordre, on ne pouvait alors agir que sur l’épaisseur des voûtes et la hauteur des marches. C’est aussi ce qu’a pratiqué Borromini ; et dans

NOTICES HISTORIQUES

la solution du problème, disons qu’il a fait preuve d'autant d’habileté que de savoir. Son escalier n’a pas grand éclat, mais il plaît et on le cite : mieux on l’étudie , et plus on l’apprécie.

Pour faciliter l’étude de cet intéressant escalier, pour n’en laisser aucune partie inintelligible, nous donnons ici trois plans : l’un pris dans les souterrains et à sa naissance, l’autre à la hauteur du rez-dechaussée , et enfin le troisième au sommet. Nous y joignons trois coupes : deux sont faites sur le grand axe, l’une en suivant la ligne directe AUDE, et l’autre la ligne brisée ABCDE, en passant au milieu des marches, afin de faire connaître la disposition de celles-ci, l'épaisseur de la voûte, ainsi que les corniches de l’intérieur et de l’extérieur ; enfin, la troisième coupe MCDFN, sur le petit axe, est destinée à éclairer quelques points qui auraient pu encore rester indécis. Les deux premières coupes ont été prolongées aux divers étages sur une partie des antichambres , et l'on y retrouve les arcades de la façade vues de l’intérieur des appartements.

Palais Barberini ; détails de l'escalier ovale.

11. *. Ces deux tranches, qui comprennent une révolution complète de l’escalier et sous deux aspects différents, ne sont que la reproduction d’une partie des deux principales coupes de la planche précédente. Ils ne donnent aucun document nouveau ; mais comme l’échelle est ici beaucoup plus grande, on pourra suivre plus aisément nos observations, juger de l’ordonnance dorique et de ses combinaisons, enfin apprécier les profils des moulures et les moindres détails de construction. L’abeille qui se- voit dans le gorgerin des chapiteaux est 1 emblème des Barberini, et figure dans les armes de cette famille.

ET CRITIQUES

Palais Barberini; vues des diverses façades.

Les deux vues réunies sur cette planche donnent une idée assez complète de l'extérieur du palais et de ses divers aspects. Celle du bas fait connaître la façade principale et l’une des faces latérales; celle du haut, où se déploie tout entière la façade postérieure , explique parfaitement celle-ci. La première vue fait juger de l’effet monumental des avant- Corps, de la grande importancè et de la majesté de la partie centrale, enfin de toute l’étendue des faces latérales, et conséquemment de la part considérable qui fut allouée à Bemini dans les constructions , part telle, que le palais entier lui est généralement attribué. L’autre vue explique comment les bâtiments du fond ont été raccordés avec les eonstnietions nouvelles. Il y a tant d’irrégularité dans cette façade postérieure, qu’on doit croire qu’une partie appartient aux constructions primitives, et qu’elle remonte aux temps des Sfor/.a. La partie centrale, si élevée et si compliquée, serait donc de cette première époque, tandis que les parties qui s’y rattachent immédiatement, où l’on voit des croisées si étrahges, seraient de la main de Borromini. Le pavillon en saillie situé à l’extrême gauche, qu’on reconnaît pour être le retour de la façade latérale , marque la hmite des constructions de Bemini , et le raccord de celles-ci avec les anciens bâtiments. •

On peut se rendre compte, toujours d’après cette même vue, de la disposition de la gradinata ou rampe douce, qui permet d'arriver en voiture aux appartements du premier étage, et l’on s'explique comment les deuxescaliersdu vestibule venant durez de-chaussée échappent sous les balcons m et m' . On y reconnaît les deux ponts qui rattachent le palais aux jardins; mais celui' qui aboutit à la façade latérale se distingue mieux sur la vue inférieure. Pour ce pont, Bemini a supposé qu’une des arches était brisée, afin de figurer une ruine. Je ne sais si cette idée puérile trouvera beaucoup d’approbateurs.

NOTICES HISTORIQUES

I/es princes de Palestrine, de la maison Barberini, sont encore aujourd'hui propriétaires de ce palais et de ses vastes dépendances.

Fuc de la fontaine du Triton, piazza Barberina.

». La fontaine du Triton , dont nous donnons le plan et la vue, est l’œuvre de Lorenzo Bernini; elle n’est pas sans mérite , et l’idée en est ingénieuse. I«e motif se compose d’im groupe de quatre dauphins adossés, portant les armes d’Urbain VIII et les clefs pontificales, et au-dessus une coquille ouverte , d’où sort un Triton qui jette de l’eau à une grande hauteur, à l’aide d’une conque. Ce petit monument, dont la silhouette est contournée , porte le caractère capricieux de son époque, et, par là, il perd une partie de son prix. Cette fontaine est aujourd’hui fort dégradée, et la plupart des détails, émoussés par la chute des eaux, ont même complètement disparu.

Fontaine des Tortues , place dette Tartarughe.

xi. la fontaine des Tortues (delle Tartarughe), qui a donné son nom à la place dont elle est l'ornement, a été élevée , en i585, par Giacomo délia Porta. Elle se compose d’une vasque supportée par un pied en forme de balustre, autour duquel sont disposées quatre figures de jeunes gens, exécutées en bronzé. Chacune de ces figures soutient avec la main une tortue posée sur le bord de la vasque , et presse avec le pied la tète d'un dauphin qui verse del'eau dans une coquille, d'où elle se répand dans le grand bassin. Cette disposition pyramidale , un peu confuse et maniérée , n’est pas d’un effet satisfaisant.

Les figures, qui ont été modelées par le sculpteur florentin Taddeo Landini, ont du mérite et sont exécutées en bronze. En 1661, cette fontaine fut restaurée par les soins d’Alexandre VIL

ET CRITIQUES

Eglise S. M. sopra Minerva.

Depuis longtemps lesreligieusesgrecquesdeSaint-Basilepossédaient ix, ». dans ce lieu une petite église, laquelle, en 1,370, sous Grégoire XI, fut cédée, par la magistrature de Rome, aux moines de l’ordre des dominicains. Ceux-ci songèrent bientôt à rebâtir leur église. Grâce aux largesses de grands personnages et à la générosité de familles opulentes, l’édifice fut reconstruit sur des proportions considérables.

Le chœur fut élevé par les Savelli ; le grand arc , au-dessus du maitre-autel, avec ses pilastres, par les Gaetani ; la grande nef du milieu, par le cardinal espagnol Torreeremata ; la nef transversale et les petites nefs, par divers personnages; la façade, par François Orsini; et enfin la grande porte d’entrée fut décorée par le cardinal Capranica. Environ un siècle et demi après, la grande tribune menaçant ruine, la famille Palombara la fit rétablir par- Carlo Maderno, qui restaura à la fois le chœur; et, vers i64o, le cardinal Scipion Borghèse l’enrichit de deux orgues magnifiques.

On ignore le nom de l’architecte de cette église, qui fut commencée vers la fin du xiv* siècle , et qui porte sensiblement le caractère de cette époque. Les arcs ont tous la forme ogivale, et ne sont ornés ni d’archivoltes ni de moulures. les voûtes, qui prennent naissance audessus des colonnes grêles et engagées de la grande nef, ont seules des nervures : simples et grandioses comme les voûtes antiques, elles rappellent surtout celles des salles de thermes de l'ancienne Rome.

Le nom de S. M. sopra Alinerva, que porte cette église, lui vient de ce qu’elle est bâtie sur l’emplacement d’un temple antique dédié à Minerve par le grand Pompée, en reconnaissance des éclatantes victoires remportées par lui en Orient , et de ses yastes conquêtes.

Iæs ruines de ce temple se voyaient encore au xvu" siècle dans les jardins du couvent; aujourd'hui mêlées aux constructions nouvelles, la plupart ont entièrement disparu.

4»0 NOTICES HISTORIQUES

I, 'église est une des plus riches en monuments d'art qu’il y ait à Rome. Elle possède un grand nombre de tombeaux d’un goût exquis, parmi lesquels nous avons fait un choix que nous présenterons à nos lecteurs. Elle est en outre ornée de belles statues et de peintures, dont plusieurs sont l’œuvre d'anciens maîtres.

Le couvent a été agrandi et restauré d’abord, vers i65o, par les soins du cardinal Antonio Barberini, et ensuite par le père , Cloche, dominicain français et général de l’ordre. Dans ce couvent est établie une bibliothèque considérable, composée de cent vingt mille volumes, et appelée Casanatcnse, du nom du cardinal napolitain Casanata , qui l’a fondée. Les bâtiments de cette bibliothèque ont été élevés sur les plans de Carlo Fontaua.

La .grande et belle porte de la façade de l’église S. M. sopra Minerva, représentée à côté du plan de celle-ci, est à remarquer pour la belle proportion de son ensemble, le goût délicat de ses détails^ et enlin [jour son exécution, d’une extrême finesse. Elle a dans le profil et l’ornementation un tel rapport avec d’autres portes de Baçcio Pintelli, que nous n’avons pas hésité à l’attribuer à ce maître.

Loge dans la cour du palais Vidman.

h. s.,. Cette double loge, et l’étage de mezza ni mes qui vient au-dessus, forment un petit ensemble d’un caractère d’architecture très-ferme. Les arcades et les colonnes sont courtes, mais le rapport en est raisonné et bien senti. Du reste, aucun trait saillant n'est à signaler dans

la composition générale.

Plan du palais Cellesi.

iv. 5j. Une petite cour assez gracieuse, un escalier qui se présente avantageusement, et quelques bonnes dispositions, c’est là tout ce qu'il faut chercher dans ce plan.

ET CRITIQUES

Plan d'une maison, via di S. M. in Via.

Plusieurs parties de ce plan ont une certaine originalité de disposé n, tion. Ces motifs, mieux étudiés et appliqués avec à-propos, pourraient, dans des mains habiles, acquérir une grande valeur.

Élévation d’ une maison, piazza delV Avila .

I, 'inscription VNDE EOOMN1A, gravée sur la frise de la porte v, ». de cette maison, semble indiquer qu’ici était la demeure d’un sage. L'architecte, en donnant à son habitation un caractère très-prononcé de simplicité, d’élégance et de naïveté, semble n’avoir pas voulu s'écarter de la devise du propriétaire.

Ce petit édifice est une production de la belle époque, et doit dater du règne de Jules II. Aujourd'hui il est fort dégradé, et même, quand je l’ai dessiné, il avait déjà subi les mutilations d’une restauration aussi maladroite que discordante.

Tombeau de Francesco Tornabono , dans l'église S. M. sopra Minervai

François Tornabono, suivant l’inscription du tombeau, était un ix, *. noble florentin, ami de Sixte JV, et chéri de tout le monde. Nous savons, d’autre part, que .c’était un riche négociant allié aux Médicis.

Cette parenté 'est confirmée par les fleurs de lus qui figurent ici dans ses armes.

Le tombeau est situé près de la porte de l'église, dans la petite nef à gauche, et appliqué sur le mur. Ce n’est pas le motif en lui-même qui en fait le mérite, mais il tire presque tout son prix de la finesse et du goût de ses détails. Ce qu-’il faut surtout y remarquer, ce sont les ornements de la doucine du couronnement, les chapiteaux , les ara-

NOTICES HISTORIQUES

besques du fût des pilastres , et la délicatesse des feuilles enroulées près de l’inscription. I-a figure du personnage est d’une sculpture sèche et roide, mais l’expression de la tète est noble et calme. Va sais reproche au célèbre Mino da Fiesele, auteur de ce tombeau, d'avoir négligé la nature pour n’ctudier que les œuvres de son maître: la conséquence de cette grande erreur aurait été d’empêcher ce statuaire de s’élever dans ses productions à toute la hauteur à laquelle il pouvait prétendre. I.’opinion de Vasari nous semble complètement justifiée par l'exemple que nous avons sous les yeux.

Le tombeau est exécuté en marbre blanc, avec une rare perfection. Les parties saillantes de la sculpture et de l'ornementation étaientdorées avec à-propos, ainsi que l’attestent les traces nombreuses de dorure qu'on y remarque encore aujourd'hui.

On ne pouvait que difficilement apprécier les détails de ce tombeau, d'après l’ensemble que nous donnons, vu la petitesse de l’échelle; aussi avons -nous reproduit, dans de plus grandes proportions , les parties les plus intéressantes : notre but a été d’en faire mieux juger les détails, et de les mettre davantage à la portée de l’étude.

Tombeau de Gio : Andrea Bocciacio , dans le cloître de S. M. dcl/a

Pace.

Ce monument a été élevé, en i4'J7> à la mémoire de Jean-André Bocciacio, évêque de Modèneet jurisconsulte éminent. L’inscription, qu'on peut lire sur la gravure, rappelle toutes les ambassades ou missions diplomatiques dont fut chargé le défunt sous les papes Sixte IV, Innocent VIII et Alexandre VI.

Il ne reste aucune tradition au sujet de ce tombeau ; aucun nom d’artiste rt’est cité. Cependant , quand on considère attentivement cette œuvre, où tout est disposé avec une raison supérieure et un goût exquis, et qu'ensuite on compare le motif, les profils et 1 or-

nementation avec plusieurs détails du palais de la Chancellerie , surtout avec ceux qui sont compris dan» la planche 8a, on reste convaincu qu’elle doit être de la main de Bramante. Plus on-multiplie les observations, et moins on en doute. Un sait que, vers la même époque , Bramante fut chargé d’élever le cloître sous lequel est placé le tombeau ici mentionné; et cette coïncidence ajouterait une nouvelle preuve à celle que nous avons déduite de l’analogie artistique.

I ,e motif de cet élégant monument se compose d'une ordonnance complète et parfaitement étudiée. Rien ne manque au pilastre, il a son entablement et son soubassement; et tout cet ensemble, adossé et relié au mur, est encore supporté par trois consoles placées avec beaucoup-d’à-propos. Une grâce infinie est répandue sur les moindres parties decctte œuvre élégante-, dont on ne peut s’empêcher d’admirer la finesse des détails, aussi bien que la touche légère et facile de l’exécution. I.es armes du défunt, et les attributs de sa qualité d'évêque, la mitre et la crosse, ont été suspendus sur le soubassement, conservé lisse, pour donner à ces sculptures plus de relief et de valeur.

I.e personnage représenté avec ses habits épiscopaux est lui-même placé sur un lit de repos, dont les draperies sont fort bien ordonnées. La tête du prélat respire le calme et la sérénité du juste.

Pour mieux juger des détails et surtout des profds du tombeau, on peut recourir aux fragments compris dans la même planche , et présentés sur une échelle double.

Tombeau sans désignation, dans t église S ■ M. del Topolo.

Ce monument est isolé, et placé dans la troisième chapelle à droite en entrant; il est exécuté en bronze. On ignore aujourd'hui le nom du personnage pour lequel il a été élevé , et les traits dç son visage ne le font même plus reconnaître. La mitre et les habits qu'il porte indiquent seuls que le défunt était évêque. La figure est posée sur le sarcophage comme au jour des funérailles. La forme, les profils et les

NOTICES HISTORIQUES

ajustements de celui-ei sont d’un beau style : l’attitude du corps est calme, et la tète grave et sereine. Sans préciser l’époque, on peut affirmer que le monument appartient aux temps compris entre Sixte IV et Jules II, c’est-à-dire que son exécution date de la fin du xv' siècle, ou du commencement du siècle suivant.

Palais Fonsecd , piazZa délia Minerva.

ix. h. Nous allons parler d’abord des quatre petits plans de palais groiqiés autour du grand plan du palais Corsini, pour n’avoir pas à interrompre les renseignements que nous donnons sur ce dernier édifice , et qui seront complétés par la notice de la planche suivante.

Le plan du palais Fonseca n’a de remarquable que les deux portiques qui décorent sa cour, et l’ajustement bien étudié de son escalier.

Palais Bonadies , piazza di Pasquino.

vi. L’élégant portique et la disposition de l’escalier est tout ce qnç nous pouvons recommander dans ce palais.

Palais Magna ni , via di Campa Mario.

ut. La combinaison et l’accouplement des colonnes du portique est le seul motif qui donne du prix à ce palais.

Palais Gamberrucci , piazza d'/dra-Celi.

x, Il y a quelques bons ajustements dans la distribution de ce plan. La forme de la cour, sa fontaine, et quelques décorations, donnent à ce petit ensemble un aspect des plus agréables.

Palais ( 'orsini , via délia Loti gara ; plan général des bâtiments et d’une partie des jardins.

Ce palais, situé au pied du Janicule, sur la rue délia Congara, et en xiii, ,s. face de la Farnesina, appartenait jadis aux Kiari, neveux de Sixte IV.

Il dut habité par Christine, reine de Suède, qui le rendit célèbre.'

Cette princesse aimait à y réunir une société choisie , et surtout des gens de lettres ; elle y mourut en iü8p. Enfin, vers i "'5a, le palais fut acheté par le cardinal Neri-Corsini, neveu de Clément XII, qui le Ht restaurer et considérablement agrandir par l’architècte Ferdinando Fuga., Ses dépendances sont très-étendues ; au delà des parterres, les jardins et les bois s’élèvent en gradins presque au sommet du Janicule.

I«e palais possède, dans les appartements du premier étage, une très-belle galerie de tableaux de diverses écoles, et une bibliothèque lonnée par le même cardinal Neri-Corsini , assisté de monsignor llottari , connu par son édition de Vasari et les lettres qu’il a publiées sur la peinture. I,a richesse de cette bibliothèque consiste surtout en éditions rares et en manuscrits ; mais ce qu’elle rontient de plus précieux est une collection d’estampes , la plus nombreuse qu’il y ait en Italie, et dont le prix est surtout dans le choix et la rareté des gravures.

U y a, dans la disposition générale du plan, de grandes beautés, de vraies magnificences. Si quelques parties n’ont pas atteint tout le développement qu’on eût désiré, et semblent tronquées, cela tient, il ne- faut pas l’oublier, à ce que l’architecte, chargé d’une restauration, ne pouvait s’étendre à son gré, obligé qu’il était à utiliser une |>artie du vieux palais des Riari, et à fondre les anciennes constructions dans les nouvelles. Il imagina donc de constituer une partie centrale , et, pour l’accuser davantage et la rendre tout à fait dominante, il la porta en saillie , de telle sorte que les anciens bâtiments sont comme une annexe de cette partie centrale, et lui semblent subordonnés. C’est à

VOTICRS H1STORIQ1KS

4oft

«•fia que les constructions neuves peuvent se reconnaître aisément. Ces dernières se composent du grand vestibule, du somptueux escalier, des deux petites cours, enfin des portiques et de quelques pièces attenantes; tandis que la plupart des autres bâtiments, avec leurs distributions, forment la partie ancienne, qui a été rattachée à la partie moderne et centrale par des communications habilement ménagées. Fin réunissant des éléments épars pour en faire un tout complet et parfaitement ordonné, Fuga a sii obtenir une disposition qui peut passer pour un trait de génie, et qui lui fait grand honneur. Il est vraisemblable que la portion du vestibule du côté de l'entrée, dont le motif est indécis, et qui manque d'étude, appartenait au vieux palais, ainsi que les deux corridors étroits, devenus inutiles par l’adjonction des nouveaux portiques. Selon toute probabilité, les constructions neuves commencent au vestibule proprement dit , c’est-àdire à ee grand espace vide qui précède l'escalier, et où semblent concourir tontes les communications. C’est à ee point surtout qu’il convient de se placer pour jouir d'un grand effet : c'est de là que le plan se déroule tout entier et avec clarté à votre intelligence. Vous voyez de chaque côté, soit à droite, soit à gauche, d’abord les portiques de communication , puis les deux larges arcades qui donnent entrée aux cours latérales, et, à l'extrémité de celles-ci, d’autres jiortiques à jour. Devant vous se présentent le passage à la grande cour et aux jardins , enfin ces deux magnifiques rampes d'escalier qui mènent aux appartements du premier étage. Tout cet ensemble compose un spectacle des plus attrayants par la multitude des objets qu’on découvre, parla variété des effets de lumière, par l'éclat de la verdure et de ses mille nuances, mêlées à la gravité de l'architecture, enfin par les points de vue lointains. Dans tout le reste il ne faut plus chercher qu’une distribution simple, qui ne vise qu’à l’utile, où l’on ne retrouve plus aucun effort, aucune aspiration vers l’effet artistique^ Pour que le lecteur soit mieux en état de juger du mérite de la restauration de Fuga, nous avons, dans le plan ci-dessous, détaché les constructions nou-

BT CRITIQUES.

velW's des anciennes, en détaillant les premières, tandis que les autres ne sont indiquées qu’en masse et seulement par une teinte grise. Fuga, sans aucun doute, eut encore bien des reprises, bien des mo-

difications à faire dans les vieux bâtiments, dont il a même renouvelé intégralement les façades.

.On a [ni blâmer l’architecte d'avoir placé le grand escalier de manière à obstruer les portiques du fond et à supprimer la communication d’un portique à l’autre. Certes cette suppression est regrettable, et pouvait être évitée ; mais il faut savoir à quel prix on eût obtenu cette circulation, et si on n’eût pas détruit la simplicité de l’escalier et la belle ordonnance qui règne à tous les étages. oyez pl. iqu). On pouvait encore modifier dans le plan divers autres ajustements <jui l’auraient rendu plus régulier, plus académique ; mais pour des avantages contestables on s’exposait à enlever aux distributions actuelles leur commodité, et à n’ajouter que du superflu, sans apporter d’améliorations réelles.

La coupe du haut de la planche donne une idée de la décoration . du vestibule et de l’ajustement de l'escalier, dont les rampes sont indiquées par des lignes ponctuées. Cette décoration peu satisfaisante, d’ailleurs fort simple, et qui n'offre nulle part la moindre trace de style et de goût, a néanmoins un caractère de magnificence. T,a façade extérieure, qui est conçue dans les mêmes errements, ne méritait à au-

4«8 NOTICES HISTORIQUES

cun titre d'être représentée, et c’est pourquoi elle n’est pas mentionnée sur nos gravures.

Milizia rapporte que de son temps un portique du j>alais Corsini nouvellement construit s’était écroulé subitement. Suivant lui , la voûte, qu’on avait négligé de couvrir, avait été détrempée par les pluies, et le poids considérable qui en était résulté avait causé l’accident. il cite cet exemple comme une faute, et un manque de précaution qu'il faut avoir soin d’éviter.

Vu leur étendue considérable, nous n’avons pu joindre à la suite du plan la description graphique des jardins : disons du moins que leur situation sur le penchant du Janicule’ leur donne un charme infini. De là Home vous apparaîtsous mille aspects variés, et le tableau change selon la hauteur où vous vous placez. Ces jardins sont un agrément inappréciable pour le palais. A proximité de celui-ci se trouvent des parterres d'un dessin élégant, et au delà des bois, des bosquets, qui se développent et s’étendent au loin, et qui forment |>our les appartements un vaste et délicieux amphithéâtre de verdure, d’où s'échappent et brillent d’un vif éclat les eaux jaillissantes des cascades.

Palais Corsini; détail des plans et vue de l'escalier.

xiii. iî 1 a partie centrale du palais, qui comprend le vestibule et le grand

escalier, est celle qui, dans l’édifice, aleplusd’importanceet de mérite. Pour la faire connaître plus amplement, nous avons jugé à propos d'en grandir l’échelle, ce qui permettra d’ttpprécier les moindres détails et jusqu’aux compartiments des voûtes. A côté de ce fragment du plan du rez-de-chaussée, nous avons mis en regard le fragment correspondant pris à la hauteur du premier étage , alin de montrer la suite de l'escalier et une partie de la distribution des appartements.

Dans la notice de la planche précédente, nous avons décrit l'effet

kr critiques. - 4o<j

resplendissant du vestibule, de l’escalier et des petites cours latérales. Ici, d’après la vue que nous donnons, on reconnaîtra l'exactitude de nos descriptions ; mais sur le dessin les objets n’y sont représentés que sous un seul aspect , tandis que les points de vue peuvent varier à l'infini pour celui qui est libre de se mouvoir dans le vestibule ; il peut y jouir d’effets toujours nouveaux, auxquels la lumière, les ombres et la couleur ajoutent naturellement un charme que nos gravures au trait ne peuvent malheureusement pas exprimer.

Porte d entrée du cloître de S. M. délia Pace.

Nous donnons ici la porte d'entrée extérieure du cloître de S. M. délia Pace, dont le plan, les coupes et les détails sont représentés sur les planches 64 , 65 et 66. Cette porte est d'une belle proportion ; elle est empreinte" d'un caractère de fermeté quelle doit aurtout à l'ampleur de son chambranle. L’ornementation, qui est distribuée sur les moulures avec une extrême réserve, a beaucoup de finesse dans l'exécution. Sa construction ne peut être attribuée qu'à Bramante, qui fut, comme on sait, l’architecte du cloître. Sur cette porte, comme dans le cloître , on remarque les armes du fondateur, ou des inscriptions qui le mentionnent ; et c’est à ce titre que le nom d’ Olivier Carrapha, cardinal napolitain et évêque d'Ostie, se lit ici sur la frise.

La Madone, peinture à fresque placée dans le cintre au-dessus de la porte, est aujourd’hui en grande partie effacée; elle rappelle à beaucoup d'égards la manière un peu sèche de Bramante, qui exerça longtemps les deux arts, et qui signait même un plan de Saint-Pierre du titre d’architecte et de peintre : Bramante Arch : ac Pit :

Nous n’avons toutefois aucun document qui atteste que cette peinture est de la main de Bramante ; notre but, en donnant cette simple indication, a été de provoquer l’examen, qui maintenant n’est peut-être plus possible.

NOTICES HISTORIQUES

Monuments servant de fonts baptismaux, ou à déposer l huile sainte.

iv. < Ces deux petits monuments sont placés sur les .pans coupés de la première chapelle à gauche, dans l’église de S. M. del Pojpolo, et disposés symétriquement de manière à faire pendants. Il n'y a entre l’un et l’autre que des différences peu marquées, et qu’on retrouve seulement sur quelques parties de l'ornementation et dans les statues. • .

(.a forme de ces monuments, fort en usage au xv' siècle, a beaucoup varié. Il faut reconnaître que la figure d'armoire ou de buffet de marbre donnée à ceux-ci était peut-être celle qui, en les assimilant au meuble, pouvait le mieux exprimer leur destination.

Le motif «les petits pilastres cannelés qui accompagnent les figures peut sembler une réminiscence de l’antique. Ce motif, en effet, rappelle les bas-reliefs qu’on voit sur les sarcophages, ou souvent les personnages sont comme encadrés dans des arcades supportées par de petites colonnes.

La sculpture d’ornement est ici exécutée avec délicatesse , et les chapiteaux comme les arabesques sont étudiés avec goût. On s’aperçoit que plusieurs parties de ces ornements, celles qu’on voit au-dessous des pilastres cannelés et sur la face des piédestaux , sont des fragments d’arabesques qu’on a voulu utiliser, et qu’on a coupés, en s'inquiétant plutôt de la mesure que de la correction de l'ajustement.

Les figures du Christ et des saints qui l'accompagnent sont d’un haut style; leur attitude est noble et grave. Les auréoles et quelques autres détails de ces figures sont dorés.

Il n’y a dans ces monuments d’autres parties ouvrantes que les deux panneaux lisses qu’on voit au centre sous les inscriptions.

ET CRITIQUES

Candélabres de l'église S. A tu! rca délia A aile.

L’église S. Andrea délia Valle est décorée de quatre grands et riches candélabres de bronze : deux sont placés dans le chœur, et les deux autres dans la chapelle Strozzi, qui se trouve la seconde à droite en entrant dans l’église.

Les candélabres du chœur portent les armes du cardinal Alexandre Peretti Montalto, neveu de Sixte V, qui lit continuer par Carlo Maderno les travaux de ladite église Saint- André ; et cette circonstance ferait croire qu’ils furent exécutés sur les dessins du même architecte. Au reste, la forme de ces monuments n'est pas irréprochable; le profil en est mou, et l’ornement est entaché de quelques incorrections; la base est lourde, et surchargé? d’ajustements qui pourraient »

être simplifiés et même purifiés.

. I,es autres candélabres furent composés pour, l'ameublement d'une chapelle où dominent le marbre noir et les objets de bronze que la famille Strozzi, de Florence, fit exécuter par Michel-Ange dans Ta même église. Dans la chapelle les candélabres sont de bronze comme ceux du chœur, et contrastent avec ces derniers par leur forme anguleuse et la sécheresse de la ciselure; niais ils ('emportent de beaucoup sur eux par le goût des ajustements et l'exacte proportion de la base-, sur laquelle ils se trouvent parfaitement assis.

On remarque entre ees mêmes candélabres et celui que Michel- Auge composa pour une chapelle du Vatican, en concurrence avec llaphaël, une analogie si frappante dans plusieurs parties, que cette coïncidence donne une nouvelle preuve que ceux de la chapelle Strozzi sont également l’œuvre du premier- artiste.

NOTICES HISTORIQUES

Ornements des panneaux <£ un tombeau de t église S. M. de!

Popo/o.

0,4 1 es instruments de la passion, la croix, les tenailles, le marteau,

la couronne d'épines, les clous, la lance et l'éponge, nousont semblé parfaitement ajustés sur ce tombeau , et mériter d’être reproduits! Quelques arrangements ingénieux se font aussi remarquer dans le panneau du milieu. Le monument dont ces détails font partie est placé dans la nef transversale de S. M. del Popolo.

Bénitier dans l'église S. M. sopra Minerva.

i\. i. I a- motif de ce bénitier n’a aucune originalité, l’ornementation de la coupe est mente lourde, la pose et les formes de l’enfant ne sont certes pas irréprochables; et cependant on ne peut s’empêcher de trouver mv certain charme dans l'ensemble. A notre avis, c'est dans la proportion générale, qui est heureuse, plutôt que dans les détails, qu’il faut chercher la raison du lion effet «le ce petit monument.

Palais Sora ; plan et élévation.

vi, is. Ce palais, bâti en t5o5 pour l'habitation du cardinal NiCcolo Fieschi,’de la famille des comtes de Lavagna, devint ensuite la propriété des Savelli, et enfin des buoncompagiii , ducs de Sora et princes de Piomhino. En i83i, il servait de caserne d’infanterie, et nous l’avons retrouvé en 1 84 5 envahi par des ouvriers travaillant à une restauration complète. ï,a façade principale était étayée, et de nombreuses léeardes dénotaient l’urgence d’une reprise générale. Déjà des changements , j»en motivés selon nous, avaient été opérés dans la décoration des appartements, et les colonnes du portique de la cour avaient même été remplacées pardespeids-droits. La restauration avait alors fait dis-

KT ClIITlyllICS.

|«iraitre bien des détails curieux, et quelques plafonds semblaient seuls

devoir être épargnés. Pour ne |>as lais- 'ser s’effacer complètement le souvenir de l'ancienne cour, nous donnons cicontre tnt croquis de l’état primitif des bâtiments intérieurs, avant que les derniers travaux fussent venus en dénaturer les dispositions. C'est pour un motif semblable que nous reproduisons plusieurs inscriptions que nous avons copiées , et qui peutêtre n'existent plus aujourd'hui.

Trois étaient gravées sur la frise de diverses portes du premier étage, tandis que la quatrième et dernière figurait sur la frise d’une cheminée :

N ICO!. A VS ETF.HES DE FI.ISCO WVAMK COM.

N. CAR. UK FLISCO VRBANVS I»E PLISCO I.AVANIE CONES ‘ . u vi no MARcnm nu vainis

fies iusoi'iptions ont un véritable intérêt historiipie , puisqu elles confirment l’origine de l’édifice. I .'architecture de ce palais est généralement attribuée îV Bramante : mais à Borne la célébrité de cet architecte est telle, qn’on fe désigne souvent, et sans le moindre fondement, eomme auteur de "monuments auxquels il ne peut avoir pris aucune part. Il faut donc «e délier de cette popularité, en convenant toutefois qu’il y a lieu de faire ici des rapprochements entre lè palais Sora et celui de la chancellerie, du moins quanta l'ordonnance générale. L’analogie existe pour les avant-vorps peu saillants des extrémités de la façade ; elle se retrouve dans les croisées du rez-de-cha lissée et «lu premier étage, «jui dans les denx palais sont cintrées ; et entin dans la disposition du portique de h» cour. D'autres rapports |>eu-

NOTICES HISTORIQUES

vent encore être signalés entre les ordres dti palais Sora et ceux de la cour du V atican , et de plus frappants encore entre les détails de ce même palais Sora et ceux du palais Giraud. Mais romnle, d’un autre côté, on ne rencontre plus ici l'exquise délicatesse du grand architecte, que tout au contraire on remarque des négligences sans nombre flans l’étude des détails, et des différences très-prononcées entre les profils des deux monuments, le doute vient à l’esprit, et l'on ne saurait se prononcer d’une manière al>solue. Nous trouvons néanmoins assez d’éléments de ressemblance pour nous décider en faveur de la tradition , mais en y mettant toutefois cette restriction : que Bramante, comme il l’a fait si souvent, a pu composer les dessins, et’cepeudanl rester étranger à l’exécution.

la1 plan ne présente dans la distribution aucune originalité ni rien de caractéristique. Il est disposé avec assez de régularité, ete’est tout ce qu’on en peut dire. La façade, au contraire, se distingue par une belle masse et par une riche et noble ordonnance. Mais quand ôn en vient aux détails et qu'on s'y arrête, la critique peut s’y exercer longtemps. Ainsi les deux ordres du rez-de-chaussée, le grand comme le petit, portent des triglyphes trop serrés, et conséquemment des métopes beaucoup trop étroites. Le motif des corniches, qui, au rez-dechaussée et au premier étage, remplacent les bandeaux, est certes un heureux expédient [jour, relier entre eux les entablements des deux avant-corps, et |»our rattaclver celui du rez-de-chaussée à la porte centrale; mais ces corniches eussent demandé dans la inodénature des modifications mieux entendues et plus simples, enfin des profils mieux étudiés. A tous les étages les . croisées sont évidemment trop rapprochées et les frontons trop élevés. Ajoutons que l’exécution gé^ nérale des détails, les profils, et même l'ornementation, se font remarquer par une absence absolue de finesse qui semble faire exception dans une époque où les ouvrages d’art se distinguaient surtout par ce genre de mérite. ■

(•es deux étages supérieurs, additions malheureuses d’un temps de

RT CH m QU R*.

décadence et de mauvais goût, sont en désaccord avec la décoration 8es étages inférieurs, mais leur masse ajoute cependant de la magnificence à l’ensemble. Il n’est pas douteux que leur poids a dû contribuer à ouvrir ces lézardes qui menacent de toutes parts, et qui, faisant craindre pour la durée de l’édifice, ont motivé la dernière restauration.

PLANCHE 19fi.

Escalier du palais Braschi; plans , coupes, et vue prise h la hauteur du deuxieme étage.

Ce |>alais, situé à l’extrémité de la place Navona, est isolé de toutes parts. Il lut bâti sur l'emplacement du palais Santohuono, vers i"<)o, par Pie VI, pour servir d’habitation à . ses neveux, les ducs Braschi. f .'architecte Cosimo MoreJli.en donna les. plans, la- vieux palais qui fut démoli passait pour un des plus vastes et des plus magnifiques de la cité, et avait été construit par Antonio da Sangullo pour Antonio di Monte, cardinal de Sainte-Praxède.

A défaut d'une description que nous-mème ne pouvons plus donner de l’ancien {salais , nous reproduisons, en la traduisant, celle que nous a laissée Vasari : » Antonio di Monte, dit-il, cardinal di « 'S. Prassede, se trouvant en ce temps & Rome, voulut que le même n architecte ( Sa/igatlo ) lui bâtit le palais où il a habité depuis, et qui n répond , dans le quartier Agonal , an lieu où se trouve la statue «le « maître Pasquino. Il fit ensuite élever du côté de la place, et vers le « milieu de celle-ci, une tour qui se compose d'une belle ordonnance « de pilastres et de fenêtres depuis le premier étage jusqu’au troisième. « Cette construction fut exécutée avec élégance, et achevée sur. les « dessins d' Antonio da Sangallo. » • -

A ces renseignements de Vasari nous pouvons ajouter quelques indications plus précises, afin de conserver du moins un souvenir assez arrêté d'une oeuvre estimée , dont il ne reste plus aujourd'hui au-

NOTICES tHSTORIQOKS

Îl6

mue trace. Voici donc un croquis de la façade; d'après la pins ancienne gravure, que nous connaissions, celle d'Israël Silvestre, et qui

nous semble le. mieux donner l'idée de l’état primitif ; car les gravures de Fulda et de, Pirnncsi ne représentent le vieux palais qu'a près qu’on lui avait déjà fait subir de notables changements. Celui - ci fut possédé successivement par la duchesse de la Trémouille, par l’illustre famille Orsini, et enfin par les ducs Caraceiolo Sautobnono, (lotit il a longtemps porte le nom.

I.e palais moderne on Braschi ,n été bâti avec magnificence ; les façades sont régnlières, d’un aspect sévère, fortifiées au rez-de-chaiissée par des bossages, mais d'une architecture monotone et sans caractère. On chercherait en vain dans l'ensemble un parti décidé, et les détails manquent de finesse et de goût. Dans cet édifice, l’escalier seul mérite qu’on y ]>orte attention ; car il produit sur tout le monde l'effet de la surprise et d'une sorte d’admiration , effet qu'on explique , et qu'il faut attribuer d’abord aux grandes proportions, à la houné disposition de son plan, et enfin à l’éclat et à la richesse des matériaux. I -es colonnes sont en granit ronge; les pilastres et les -revêtements, en marbre de Couleurs variées; enfin les balustrades et les marches, en marbre blanc. Quant aux voûtes, elles sont décorées d'arabesques et de -peintures. Mais nous devons ajouter avec regret qu'aucun ajustement ingénieux , aucun détail marqué de sentiment et dégoût, ne viennent' donner du prix à toutes ces richesses. Il y a, si l’on vent, dans l’exécution , de la précision et du soin, mais aussi beaucoup lie sécheresse. . (

La vue qui fait le sujet principal de cette planche est prise à la hau-

ET CMITJ^UEH.

teur du deuxième étage; elle fait connaître l'ordonnance générale, les rampes, la grande voûte, la lanterne, enfin toute la décoration de la partie supérieure de l'escalier. Quant aux plans et aux coupes disposés autour de la vne, ils sont destinés à compléter les renseignements «pii manqueraient sur cet escalier. On pourra y recourir au besoin pour les parties qui sembleraient inintelligibles.

On remarque à l’extérieur, adossé à l'un des angles du palais, un très-beau fragment de statue antique qui représente Ménélas soutenant et défendant le corps de Patroele. C'est à côté ou aux pieds de cettfe statue, très-connue sous lé nom de Pasquino, qu’on affiche encore des satires qui s’adressent le plus souvent aux actes du gouvernement. L’origine de cet usage vient de ce qu'un tailleur,. appelé Pasquino, raillait jadis, avec beaucoup de malice, tous ceux qui passaient devant sa boutique, située près de là. La statue de Ménélas ayant été trouvée dans les fouilles du palais, sans doute au temps de Saugallo, et placée à l’un des angles, le peuple crut y voir une résurrection, et , en souvenir du défunt, la nomma Pasquino: depuis lors tous les pamphlets affichés près d’elle furent réputés l'oeuvre du caustique tailleur. Cette tolérance accordée à la critique donnait à l'autorité le moyen de juger de l'opinion publique. Une autre statue, nommée IVIarforio, qui est maintenant au musée du Capitole et qu’on voyait autrefois dans une rue voisine , portait souvent la réponse aux diatribes de maître Pasquino.. •

Escalier du palais Bruschi ; vue prise du palier du premier étage.

L’escalier est ici présenté sous un nouvel aspect non moins pitto- vi, .... resque et non moins monumental, J .a vue suffira. pour donner le détail de l’ordre et de la balustrade , et pour faire apprécier la décoration des petites voûtes suspendues au-dessus des rampes et des paliers.

NOTICES HISTORIQUES

Maison via délia Pair.

vu. s». Si ta conijiosition du plan de cette maison n’a rien d original, du moins la disposition des bâtiments et des cours est aussi bien entendue qu'elle pouvait l’ètre dans un espace aussi étroit.

Plan du palais Accoramboni, piazza Rusticucci.

xiv. .s G» palais, construit par Carlo Maderno, appartenait d'abord aux Rusticucci, -dont le nom a été donné à la petite place qui précède, et qui se confond avec la gvande place Saint-Pierre. Il est aujourd'hui la propriété des marquis Accoramboni.

la* plan est divisé en deux parties à peu près égales, par un portique qui traverse le palais d’une rue à l'autre. On trouve à droite un jardin entouré d’arcades, et l'escalier principal , qui est bien disposé et d’une noble apparence. Du côté gauche, les divisions multipliées indiquent assez, que dans cette partie existent les appartements d’habitation. La construction ne semble pas homogène ni du même jet. On dirait que le côté droit a seul été l>âti par Carlo Maderno pour l'embellissement du palais, et conséquemment qu’il est postérieur à l'autre partie de l'édifice.

.Nous mentionnerons dans la petite cour une disposition assez louable. Pour faciliter les communications, on a établi aux divers étages des balcons supportés par de fortes consoles : ces balcons sont abrités par la grande saillie du toit. • *

Maison via di Monte Brianzo.

v. s. Dans ce plan la loge du fond êst d’un agréable aspect, lai vue de la fontaine et les montagnes qu’on aperçoit au delà du Tibre 'contribuent à donner du charme à la cour.

ET CRITIQUES

Église (tel Gesh et maison professe des jésuites.

L'église do Gesù fut commencée en i568 par le cardinal Alexandre Farnèse, sur les dessins de Giacomo Barozzi da Vignola. Deux ans après la mort de celui-ci, en 1 5~5', l’église fut achevée par son élève Giacomo délia Porta, qui construisit la façade et la coupole.- En l6a-3, des bâtiments considérables furent annexés à l’église par le cardinal Odoardo Farnèse, et élevés; sous la direction de Girolamo Rainaldi, |>oiir servir d’iiabitation ou de maison professe à la compagnie des jésuites et de résidence à leur général. Cet agrandissement entraîna la démolition de deux îlots, et par suite celle des deux petites églises S. M. délia Strada et S, Andrea. * • ..

L’église de Vignole se fait surtout remarquer par la belle disposition de son plan. La proportion de l’ordre intérieur, celle des arcades et des voûtes, ne soiit pas moins dignes d’éloges. I <a nef est à citer |H>ur son extrême magnificence; les marbres précieux, les stucs, les sculptures , les peintures et les dorures y sont partout répandus à profusion. Mais rien n’égale la richesse de l’autel, dédié à saint Ignace, qu’on voit à- gauche à l’extrémité de la nef transversale. En effet ,les quatre colonnes qui supportent le fronton de cet autel, élevé sur les dessins du père Pozzi, jésuite, sont en lapis-lazuli, et ornées de cannelures en bronze doré; les piédestaux, l’entablement et le fronton sont en. vert antique; la statue du saint, mort en l556 et canonisé en l6aa , haute de a”,yo, est tout entière en argent ,- et dorée sur plusieurs parties ; et des pierres précieuses forment les ornements des habits sacerdotaux. I,e modèle de cette statue fut composé par I<egros, artiste français, alors le plus célèbre des sculpteurs de Rome. Le maltre-autel du fond de l’abside, élevé dans l’origine par Giacomo délia Porta, a été renoüvelé-il y a peu d'années.

La sacristie est spacieuse,, d’une belle apparence, et pourvue de

NOTICES HISTORIQUES

dépendances très-complètes. Ses communications avec l'église et le cloître sont combinées avec infiniment d’adresse.

Nous avons déjà fait connaître, PI. 4 * » la façade de l'entrée principale du cloître. A proximité de cette entrée se trouvent le parloir et une petite cour entourée d’un portique qui introduit à l'église , à la sacristie et au cloître. Il faut l’étudier pour découvrir tout ce que cette partie du plan offre de dispositions ingénieuses et pleines de raison.

Le couvent est d’une grande étendue, et la distribution du planparfaitement ordonnée. lai circulation est partout bien établie, les communications faciles, et les entrées extérieures d’un accès commode. Dans la plupart des habitations religieuses, le cloître est entouré d'un portique qui règne sur tous les côtés; ici, au contraire, l’architecte n’a admis qu’un seul portique , servant de promenoir abrité, et donnant entrée aux grandes salles d’un usage général. Partout ailleurs des corridors intérieurs et spacieux desservent les autres salles, les escaliers et les cellules. Celles-ci sont toutes pourvues au rez-de-chaussée -de petits escaliers qui aboutissent à une soupente. Enfin on ne pouvait mieux choisir la situation des deux principaux escaliers qui font arriver aux étages supérieurs, où l’on trouve une distribution analogue à celle du rez-de-chaussée, et de nombreuses cellules disposées de la même manière.

Toute la partie de l’habitation qu’on voit à droite sur le plan est consacrée aux objets de première nécessité; c’est là qu’on trouve les cuisines, les lavoirs et leurs dépendances, ainsi que la cour de service, dont on n’a pas oublié l’entrée particulière, jugée indispensable. Une vaste salle, le réfectoire, précédé d’un lave-mains, a été judicieusement installé à proximité des cuisines. Grâce à ces dispositions, toutes empreintes d’une louable prévoyance, l’intérieur du couvent a été préservé de tous les inconvénients du voisinage des salles de service.

Un beau jardin a été ménagé au centre des bâtiments ; il est orné d’une fontaine jaillissante, de forme pyramidale. L’éclat et là fraîcheur de la verdure font une heureuse. diversion aux lignes sévères de l’ar-

ET CRITIQUES

chitecture, et doivent être fort appréciés par les habitants du couvent.

Nous bornerons là ce que nous avions à dire de ce plan , qui est établi dans d’excellentes conditions. Sans doute on n’y trouve pas la régularité académique, ou l’un de ces partis saisissants qu'on célèbre par acclamations ; mais il a un mérite réel, celui d'être l’expression d’un programme bien conçu et complet, où les besoins et les exigences d’un grand établissement monastique sont nettement rendus.

La vue du cloître, gravée au-dessus du plan, est prise sous le portique qui borde le jardin : elle est très-pittoresque et très-variée. Cette vue, où le dôme de l’église se groupe avec les bâtiments du couvent et la fontaine -centrale , où les arbustes se mêlent au gazon et aux fleurs , doit apporter quelque charme dans la vie monotone et contemplative des pieux habitants de cette paisible demeure.

Chapelle S. Andrea, vigne et villa di papa.Gîulio, via Flaminia.

I Votions préliminaires.

Au commencement du xvi* siècle, le cardinal Antonio Fabiani di Monte, dont la famille était originaire de Monte-Sansavino près d’Arezzo, possédait une vigne située au nord de Rome, à un mille et demi de la ville, entre la porte -du Peupleet le pont Milvius. La voie Flaminia, qu’on nomme aujourd’hui via di ponte Molle, séparait en deux parties cette propriété, qui s’étendait à gauche jusqu’au Tibre, et à droite jusqu’au pied des collines. On ne saurait dire si la vigne était pourvue de bâtiments quand le cardinal chargea Jacopo Sansovino (i) et ensuite Baldassarre Pemzzi d’exécuter ceux que nous al-

(i) Voici les renseignements importants, mais bien incomplets, tpie donne à ce sujet Yasaii: « E ptr Antonio di Monte cominctà tuta gran fabrica alto sua vigno fuor di Ronta in suit’ acqua « vt rgtnc. l\ \Jftcopo Sansovf/to) commença hors de Rome, à la vighe du cardinal di Monte, i>n * grand bâtiment situé au-dessus de l’eau vierge.» Le témoignage de Vaaari est -irrécusable; initié en effet aux affaires de la famille di Monte, et coopérant lui-méme peu après aux travaux de (a villa, il devait avoir sur cw localités les documenta les plus positifs. N'est-il pas d'ailleurs

4'22 NOTICES HISTORIQUES

Ions mentionner. Ces architectes construisirent à gauche de la route, •pour .servir d'entrée à la vigne, une grande porte en arcade ornée de

vraisemblable que le vieux cardinal dut naturellement choisir pour architecte son compatriote Sansovino, puisqu'il as ait déjà des relations intimes avec sa famille, au point que son neveu, depuis Jules 111 , fut en « 5a t le parrain de l’un de ses enfants?

D'un autre côté, la tradition attribue ce bâtiment à peruzzi, et nous avons pu reconnaître plusieurs fois, d'apres les manuscrits que nous possédons, que la tradition , quand fl s'agissait de Peruzzi, avait presque toujours raison. Placé entre deux dires aussi contradictoires, il était naturel d'en appeler au témoignage du monument. Nous avons donc fait toutes les recherches, toutes les comparaisons imaginables, sans trouver dans les édifices, soit de Borne, soit de Venise, exécutés par Sansovino , deS analogies concluantes pour cet architecte. Si nous n'avons rien de plus certain à l'égard de Peruzzi, il n’y a pas lieu de s'en étonner; Peruzzi dans ses œuvres tiènt toujours en suspens le critique le plus fin, le plus exercé, tant il est habile à se transformer, tant il est toujours différent de lui-méme. Nous reconnaissons, il est vrai, dans les profils et dans les détails, l'élégance, l« fini de Peruzzi et le précieux de son exécution , mais sans pouvoir y retrouver précisément le caractère de son architecture. Dans notre incertitude , nous avons cherché à concilier les deux opinions au moyen d’une sorte de transaction , et voici de quelle manière. Nous admettons avec Vasari que Sansovino commença les constructions, mais qu'en i 5*7, ayant eu cruellement à souffrir du désastre de Borne, il alla à Venise chercher un asile que Peruzzi trouvait à Sienne, sa patrie. Tandis que le premier artiste se fixait pour toujours à Venise, le second ne tarda pas à revenir à Rome. Il est vraisemblable qu’à sou retour ce fut lui que le cardinal Antonio chargea de continuer les constructions de sa vigne, alors très-peu avancées, en exigeant saus doute qu’on ne changeât rien aux projets déjà arretés. La douceur du caractère de Peruzzi nous ferait croire qu'il se conforma à ces prescriptions; de là vient qu'il est si difficile aujourd'hui de se prononcer sur l'auteur, quand on reconnaît une sorte de contradiction entre l'ensemble et les détails.

Ici se présente une objection sérieuse que nous ne pouvons taire. N’avons-nous pas dit plus haut (page 4 >5) qu’Autonio di Monte, cardinal de Sainte-Praxède, avait fait bâtir son palais de Borne par Antonio da Sangallo? Alors, nous le demandons, Comment expliquer que le choix du cardinal se fût porté sur un architecte autre que Sangallo quand il songea A faire continuer les constructions de sa vigne, située dans un faubourg aux portes de Borne? Nous ne voyons pas quel motif eût engagé le cardinal à retirer sa confiance à son architecte. Ajoutons même qu’on peut aussi retrouver quelque analogie entre le rez-de-chaussée de la façade cintrée «lu pan coupe et diverses œuvres de Sangallo ; enfin, que le proliL du haluitre eu bronze de la loge de la façade principale est presque identique avec celui de la façade du palais Sacchetti (vojei Pi 94 et ao4), Ces circonstances et ces rapprochements, nous ne le dissimulons pas, ont d'abord jeté du doute dans notre esprit et ébranlé nos convictions; mais comme les analogies sont cependant en plus grand nombre chez Peruzzi, et qu'en outre la tradition se déclare pour lui, nous avons dti persister dans notre première opinion.

On s'étonne toutefois que Vasari ne nous ait transmis aucun détail de .nature à éclaircir nos doutes, mais on sait que le biographe n’enregistrait souvent que le trait principal d'un fait, ce qui explique pourquoi il se 'borna à dire que Sansovino ctunmrnça les batiments. Je soupçonne, au revie, Vasari d'avoir omis A dessein de nommer les continuateurs, pour n’avoir pbs A citer Pirro Ligorio, qui, au temps où il écrivait, venait d’exccuter pour Pie4V quelques travaux au deuxième étage de ce bâtiment. Il est a remarquer que Vasari n’a mentionné que deux ou

ET CRITIQUE

bossages, et à la suite de cette porte quelques maisons qui existent encore, et sur lesquelles on distingue même aujourd'hui des traces d’anciennes figures peintes. Sur le côté droit, ils élevèrent jusqu’au couronnement une habitation assez importante, dont nous donnons ici les dessins et la description. Mais en i 533 le cardinal mourut (l); Peruzzi ne lui survécut que trois ans, et les travaux restèrent suspendus indéfiniment. Le neveu du cardinal et son héritier, qui prit, ainsi que son oncle, le titre de cardinal di Monte, ayant été nommé légat à Bologne, dut s'éloigner de Rome, sa patrie, sans songer d’abord à rien ajouter aux embellissements commencés. Mais ayant été élu pape en i 55o, sous le nom de Jules III, il voulut, à l’exemple de plusieurs pontifes ses prédécesseurs, se créer un lieu de plaisance ; et pendant son règne, qui ne dura que cinq ans, il appliqua tous ses soins à réaliser cet objet de ses vœux, et il y consacra des sommes considérables. Cependant l'héritage de son oncle était d’une étendue insuffisante , et l’espace manquait pour. le but qu'il voulait atteindre. Il fut donc obligé d’iieheter la vigne d’un cardinal bolonais nommé Giovanni Poggio, afin d'étendre son domaine jusque sur les collines voisines, nommées Parioli, qui forment la suite du mont Pincius, de ce mont si recherché des anciens pour l’aménité du site, et qu’ils appelaient Colline des jardins (a).

Avant de rien entreprendre, le pape prit les avis de Vasari qu’il affectionnait beaucoup, et lui demanda des dessins qu i) modifia à diverses reprises et suivant ses caprices. Michel-Ange fut ensuite consulté, et fit aux plans de nouveaux changements. Rnfin, sur la présentation de Vasari , Jules III choisit pour son architecte Yignole, qu’il

trois fois Pirro Lîgorio, et toujours avec mal vrillant e, ce qui ferait croire qu’il existait entre les deux artistes de mauvais rapports s si ce n'est même de l’inimitié.

(•) Antonio Pabianus di Monte, cardinal Portuen, mourut à l'âge de soixante-douze ans, comme le témoigne l'inscription de son tombeau, que j’ai copiée dans l'église S- Pietro in Montorio. Os tombeau lui fut érigé par les soins de son fleveu le pape Jules III ; Michel -Ange et Vasari dirigèrent les travaux, et Ammanati en exécuta les sculptures.

(a) Ovide, qui possédait pré* de là une habitation , nous a laissé une description des agréments de ce lieu. . '

NOTICES HISTORIQUES

avait d'ailleurs connu à Bologne au temps de sa légation. Pour satisfaire à l’empressement du pape, Vignole dut se mettre aussitôt à l’oeuvre. Le premier point qu’il fallut arrêter fut la position du bâtiment principal. On le maintint dans la vallée, et il fut porté à environ 3Go mètres de la route. Sous tous les rapports le choix du site était d’une convenance parfaite : au nord et au sud, l’habitation était abritée par des collines et éloignée du bruit ; l’accès en était facile, et de tous côtés la vue était aussi variée que pittoresque.

Sous le pontificat de Clément VII et pendant le sac de Rome, Jules III, alors prélat et livré comme otage, avait échappé aux brutalités des soldats de Chnrles-Quint le jour de la fête de saint André; il attribuait à ce saint le bienfait de sa délivrance, et il voulut, comme témoignage de sa reconnaissance, lui élever une chapelle. Vignole-, chargé de ce soin, bâtit donc sur le bord de la voie Flaminia un petit temple élégant, situé à droite au delà du casin de Peruzzi. D’autres édifices accessoires et destinés aux embellissements de la villa furent ensuite entrepris sur divers points. On en voit aujourd’hui quelques vestiges, notamment, sur l’une des collines, une loge fort dégradée, mais qui dénote son ancienne magnificence ; et, dans le voisi- nage, des grottes dédiées aux nymphes rappellent les cavernes sacrées où les anciens honoraient les dieux. L’architecture ne fut pas seule appelée à décorer cette délicieuse villa : des peintures dues au pinceau de Stefano Veltroni, de Prospero Fontana, de Taddeo Zuccheri et de son école, et même de Giorgio Vasari, vinrent par leur éclat, leurs vives couleurs et leurs poétiques emblèmes, ajouter aux charmes de ce séjour.

Malheureusement Vignole et les artistes ses collaborateurs , et plus tard ceux qui lui succédèrent, eurent beaucoup à souffrir des caprices et du caractère indécis du pape, ainsi que des tracasseries journalières de son favori et maestro di caméra, l’évèque de Forli, inesser Pier Giovanni Aliotti (i). Celui-ci entravait perpétuellement

(i) Michel-Ange, qui lui aussi, en diverses occasions, s ciant vu entrave par ce favori Iran-

ET CRITIQUES

la marche des travaux en donnant des ordres absurdes qu'il fallait éluder, et trop souvent exécuter. Triste destinée que celle des architectes, et dont ne-sont pas même exempts les maîtres de l'art, d’être obligés de subir les volontés d'un ignorant ou d'un sot en crédit!

Si, pour rechercher quels furent les divers architectes qui coopérèrent à la construction de ce bel édifice, et distribuer à chacun la part de l'œuvre qui lui appartient, on n’avait d'autre guide que le récit incomplet de Yasari, on serait eertes induit en erreur. Heureusement le monument lui-même est un témoin plus véridique, et fournit à ceux qui ont médité sur leur art et étudié la manière de chaque , maître, des documents moins contestables. C’est ce témoignage que nous ferons prévaloir. Vasari, qui avait procuré à \ ignole la direction de cette affaire, se considérant comme son protecteur, crut pouvoir s’attribuer sans façon l’honneur d’une si brillante réussite. Pour mieux faire juger de l’importance qu’il se donne en cette occasion et rectifier son récit, je citerai ses propres expressions : « C'est moi, dit-il,

« qui le premier fis les dessins et toute la composition de la vigne que a Jules III fit construire avec une dépense incroyable : bien qu'ensuile a elle ait été exécutée par d autres, je n’en fus pas moins celui qui tou- « jours mit les idées du pape en dessins, lesquels furent donnés ensuite « à revoir et à corriger à Michel-Ange ; et Giacomo Barozzi da Vignola « acheva, sur un grand nombre de ses propres dessins, les chambres,

« les salles et beaucoup d’autres ornements de ce lieu. Mais la fontaine « basse est de ma composition et de celle d’Ammanati, qui en suivit « l’exécution, et qui éleva la loge située au-dessus de la fontaine (i). »

chant du capable et décidant sur toutes choses , n'était pas homme, comme ou sait , à endurer des contrariétés avec patience, l’avait surnommé Monstgnor tante cote (Monseigneur propre à tant de choses. ï Ce mot est resté dans U langue italienne pour désigner uu importun, faiseur d’embarras. Dans sa correspondance avec Vasari, Michel-Ange s’exprime ainsi :■ U tante cote lo

•» te ppc . . . . . 10, per non combattcre con chi da le motte a vend, mi ton tirato addreto Le tante

« cose l'apprit et moi, pour n'avoir pas à combattre celui qui pousse le vent (c’est-à-dire

« qui ne fait que det actions niaises et sans effet \ je me suis retiré en arrière

(i) io stato il primo che disegnasse e facesse l'invenzione délia vigna Julia,

• che egli fcce fare cou spesa iucredibile ; la quaie sebbene fù poi da altri eseguila, io fui nondi-

NOTICES HISTORIQUES

Ces indications , bien que données avec une apparence de vérité , n’en conduiraient pas moins à des conclusions très-inexactes, si elles restaient sans commentaires. Ainsi, d’après le récit, les dessins, ou plutôt les croquis, sont d'abord tracés par Vasari, puis revus et modifiés par Michel-Ange; mais on convient que c’est un autre qui les exécute, et cet autre, c'est Vignole, architecte d’une si haute valeur, auquel on semble n’assigner qu'un rôle secondaire, et qu’on amoindrit ainsi d'un trait de plume.

(ci j’en appelle à quiconque sait lire dans les oeuvres des maîtres du xvi* siècle : peut-on retrouver dans le bâtiment principal de la villa l'architecture sans caractère de Vasari ou l'incorrection de Michel- Ange? N’y reconnaît-on pas, au contraire, les motifs ingénieux, le style élégant et les détails gracieux de VignolePOn ne saurait s’y méprendre. Oui, c’est cet artiste modeste qui fut le véritable auteur de toute la partie antérieure de l’édifice. Sans doute, et nous ne le nions pas, il dut recevoir quelques dessins de ses confrères en crédit, et d'une autorité supérieure à la sienne ; mais il eut le grand mérite de savoir tirer parti de ces esquisses peu arrêtées, et de les étudier avec le goût exquis qu’il apportait dans tous ses travaux. En lui imposant les idées de ses collaborateurs, ou ne lui donna que des entraves. One d'adresse ne lui fallut-il pas pour former un ensemble de toutes ces conceptions souvent incohérentes, et pour faire prévaloir dans l’occasion ses propres idées, soit auprès du pape, soit même auprès des deux artistes que Jules (Il consultait sans cesse, et que Vignole ne pouvait froisser a cause des obligations qu’il leur avait? Aussi lorsque je vois celui-ci abandonner des travaux encore inachevés, puisqu il restait encore à construire toute la partie du fond de l'édifice, il n’est phis douteux pour moi qu’après avoir essuyé tant d'ennuis et de ti-

raillemenls, après avoir été en butte à toutes les tracasseries du pape

« nicHoquegli che mise sempre in disegnoi capritidel papa, che poi si diedero a rivedere v cor- • reggerc a Michel' Agnolo r Jacnpo Barozxi da Vignola fini con molti suoi disegni le stanzr , ■ sale e altri o manient i di quel luogo. Ma la fonte baisa fit d’ordinc mio e dell* Ammanato che <■ poi vi restù, e fece la loggia elle è supra U fonte. * (/7r de Giorgio / a sari.)

KT CfilflQUES.

et de ses favoris, ou même de ses propres collaborateurs, après avoir été d’ailleurs si mal récompensé de ses soins et de tant de fatigues, comme l'a noté Vasari, il n’ait désiré quitter une |>osition qui n’était plus tenable, et qu’il n'ait saisi la première occasion d’en sortir. Or, c’est vers cette époque que fut commencé le château de Caprarolu; il dut donc accepter avec empressement les offres du cardinal Alexandre Farnèse, juste appréciateur de son mérite, qui lui donnait sa confiance entière et pleine liberté. En quittant Rome, s’il eut quelques regrets, ce fut .peut-être de se voir obligé de renoncer à mettre la dernière main à la cour du palais Farnèse; regrets trop justifiés quand il juit voir combien son éloignement avait porté de préjudice à l'admirable monument si maltraité par Michel-Ange.

Suivant les détails que nous venons de donner, ou peut déterminer maintenant, avec assez de précision, la part que chaque artiste prit à cette importante construction et résumer ainsi toute cette question.

I.es dispositions de l’ensemble furent arrêtées d’après les idées du pape, que Vasari traduisit en dessins. Michel-Ange, consulté ensuite, modifia les projets, et Vignole fut chargé de l’exécution, ce qui, en cette circonstance, signifie qu’il ne reçut que des indications qui lui servirent de programme. Toute la partie antérieure, c’est-à-dire le easin ou habitation, est entièrement son ouvrage, à l’exception peutêtre d’uir léger détail qui n’est que trop facile à reconnaître (i). ' l,a grande cour a pu être commencée par le même architecte, et'le bâtiment du fond conduit par lui jusquTt la moitié du second vestibule, où l’on voit deux portes différentes, contrairement aux lois de la symétrie. On dirait que lesuccesseur de Vignole ne s'est pas contenté de graver son nom sur l’un dea pilastres du vestibule, mais qu’il a voulu marquer très-distinctement par cette irrégularité le point où il prenait les constructions : prétention puérile et condamnable en ce qu'elle dépare toujours un ensemble. Ammanati poursuivit les travaux , fit l'étage supérieur des bâtiments de la coiir liasse, et enfin la nym-

(i) te (triait est la croisée du premier ejage delà cour, située au milieu de la par lie cintrée.

4a8 NOTICES HISTORIQUES

phée, ou fontaine du soubassement. Avant de s'éloigner, Vignole construisit le petit temple voisin de Saint-André, et peut-être encore quelques pavillons dispersés dans la villa. Ammanati fut en outre chargé d'établir, sur la façade du pan coupc du casin de la vigne, une fontaine, celle de l’eau vierge, qui subsiste encore au bord de la route.

Jules III ne négligea rien pour accroître les embellissements' de la maison de plaisance qu’il se créait avec tant de soins et de dépenses. Il y rassembla un grand nombre d’objets d'art, tels que des statues, des sarcophages, des hennés, des bustes, des vaseset autres antiquités précieuses, qui furent distribuées avec goût sur tous les pointe. Il y fixa bientôt sa résidence habituelle, et y déploya dans ses réceptions une grande magnificence. Souvent, au sortir du Vatican, il aimait à s’y rendre en remontant le cours du Tibre sur une barque élégante. Toutes ces fêtes, toutes ces jouissances furent de courte durée; après un règne de cinq années seulement, la mort vint le surprendre et.l’arracher à une vie si douce. Cette mort porta un coup funeste à sa création naissante, qui bientôt perdit toute sa splendeur. Les bâtiments abandonnés dépérirent, les monuments d’art furent enlevés et dispersés, et les dépendances même distraites ou envahies par d’autres propriétaires. Sous Pie IV, ces abus cessèrent : la partie principale fut réunie au domaine de l'Etat ( incamertda ). I -es armes de ce pape, qu’on voit dans l’intérieur des salles et sur kg façade du pan coupé du casin élevé sur le bord de la route, attestent qu'on fit sur ce point des travaux qui sans doute furent dirigés par Pirro Ligôrio, l'architecte habituel de Pie IV. Ce j>oiiti£e, destinant ensuite les bâtiments de la villa à un noble usage, voulut que désormais ils servissent de lieu de repos (trattenime/ito) aux cardinaux, aux ambassadeurs, et aux princes, avant leur entrée dans la capitale; c'était de là que partait le cortège. Cependant la chambre apostolique, en. s'emparant de cette propriété, avait spolié la famille di Monte : celle-ci, en effet, possédait originairement une partie du fonds, avant qu’il eût été considérablement étendu aux frais de l’État, et transformé en une villa somp-

ET. CRITIQUES

tueuse. Aussi Pie V, ayant reconnu l'injustice de cette usurpation , accorda-t-il à cette famille une indemnité «lont elle a joui jusqu'à son extinction. Paul V s’occupa vraisemblablement de l’cntr«‘tien des bâtiments ; ses armes, qu'on retrouve sur les piédestaux de la balustrade «le la nympliée , dénotent à coup sûr une restauration.

Deux circonstances malheureuses compromirent fortement l'existence de ce bel édifice, et le mirent à deux doigts de sa ruine. 1-a première fut le passage des troupes autrichiennes et espagnoles, «pii en 1 744» au temps de la guerre de Naples, le convertirent en hôpital; la seconde fut la concession par emphytéose qu'on fit de cette propriété à des particuliers. Il n’y eut sorte d’usage indigne auquel ces avides locataires n'aient fait servir le chef-d'œuvre qu'ils ne pouvaient apprécier, et qu'ils songèrent seulement «.exploiter.

C’est à Clément XIV, de glorieuse mémoire, à l'amour sincère «ju’il portait aux arts, qu’est due la conservation «le ce monument. Il commença par indemniser les emphytéotes, replaça cette propriété dans le domaine de l’Etat, et en confia la surintendance au cardinal Arcliinto, son majordome, et au marquis Camille Massimi, son premier fourrier. D’habiles artistes furent ensuite chargés de la restauration; mais il fallut y dépenser des somme* considérables, car les bâtiments étaient r«kluits à un état déplorable. Les bois étaient pourris, les fers rongés par la rouille, les aque«lucs brisés; les murs avaient souffert par suite des infiltrations, lt* dallages étaient gâtés par le feu, les dorures et les peintures noircies par la fumée ; enfin les ornements et les stucs très-endoïnmagés par le temps. Pie VJ, loin de laisser imparfaite cette restauration, la fit compléter avec une magnificence royale. C’est ce qu’atteste l’inscription suivante, placée sur la façade du fond de la cour (i) : >

(«', Celle intcriplion n'exirte plu» : elle a duparn il v a peu il'inmn, el j'en ignore le motif.

NOTICES HISTORIQUES

PIVS SF.XTVS P.M.

IVI.IAE VILLAS [AM VETVSTATE CORRVPTAE INCHOATAM A CLEMENTE XIV INSTXVRATIONEM PERFECIT ANNO MDCCLXXVIII. PONT. SVI A N S' O III.

IjP même pontife ayant choisi cet édifice pour son séjour d’automne, le confia aux soins de son neveu, et majordome monsignor Braschi Onesti.

De nos jours I <éon XII, voulant utiliser ces IrÀtiments inhabités, jugea à propos d'y établir une école vétérinaire. Celle-ci ayant été supprimée par Pie VIII, les chaires furent transportées à l'université de la Sapienza. Aujourd’hui la villa n’a plus aucune destination, et n’est habitée que par les deux gardiens à qui est confié le soin d’accompagner l’étranger qui la visite.

On regrette que , pouF approprier le pavillon d’habitation aux besoins de l’école vétérinaire, on ait ajouté quelques distributions dans le corridor du premier étage, et élevé de légers bâtiments dans les cours latérales. Ces constructions provisoires déparent l'ensemble.

Nous devons ici rendre justice au gouvernement romain, qui, pour la conservation des monuments, fait de grands efforts et ne recule pas devant les sacrifices. Espérons qu’il continuera à avoir pour celuici la même sollicitude, et à> mériter la reconnaissance des artistes et des hommes éclairés. Ces suffrages sont une digne récompense de ses soins, et une compensation aux dépenses qu’il est obligé de faire (1).

(i i On serait aujourd'hui fort embarrassé pour donner à ce monument une destination utile, afin de dédommager le gouvernement romain des frais qu’exige son entretien. "On aimerait, sans doute, qu'il fût rendu à sa destination primitive, et qu’il devint, comme dan» le passé, ou la brillante demeure d’un pape, ou l’habitation somptueuse d’un prince. Mais dans l'étal où sc trouve la villa, privée qu’elle est de ses dépendances, ce projet (Mirait impraticable. Pour rétablir les jardins, il faudrait pouvoir faire l’acquisition du sol qui est passe aux mains de divers particuliers, ce qui serait d'une difficulté extrême à réaliser, sans compter la dépense considérable à laquelle on serait forcément entraîné.

On ne peut non plus songer à y organiser une administration ; son cloignemeut de la ville

ET CRITIQUES.-

• Entrons maintenant dans quelques détails, et commençons notre examen par la planche rgy.

la? plan généra) du bas de cette planche ajoute à l' intelligence de nos descriptions. D’apres lui on jugera parfaitement de la situation de la vigne du cardinal Antonio di Monte, et de l’emplacement du petit temple de Saint-André ; on reconnaîtra l'exposition dans la vallée de la villa du pape Jules, et sa distance de la voie Flaminia; enfin 011 pourra. même apprécier le mouvement général du terrain, et suivre le cours âlu Tibre.

La villa, comme le plan l’indique,- est précédée d’une place ayant la forme d’un pentagone qui procure une reculée suflisante pour embrasser l'ensemble de la façade; sur l'un des côtés de la place on voit un passage souterrain nommé V Arco oscuro, lequel donne entrée au chemin qui conduit aux eaux sulfureuses de/l' Acidula , source dite aujourd'hui A ct/ua acetosa. Comme ce passage est pratiqué sous la colline, il en résulte qu’au-dessus la communication entre les diverses parties de la villa 11’est pas interrompue.

La partie supérieure de la planche représente une vue du faubourg du Peuple, et fait connaître Y aspect du petit temple de Saint-André, à gauche les collines qui le dominent, plus loin la vigne d’Antonio di Monte, età l'horizon la porte du Peuple. La carte et la vuedonnent donc une connaissance parfaite des Heux, et se complètent l’une par l'autre.

Chapelle S. Andrea, via Flaminia ; plan, élévation, coupe et détails.

Ce petit temple, ainsi que nous l’avons raconté, fut élevé par Jules II) en témoignage de sa reconnaissance envers saint André, au-

est un obstacle, et ce serait d'ailleurs compromettre l'avenir de ses peintures et de sa décoration délicate. L'emploi le plus judicieux qu'on pourrait faire des b Aliment» serait d’y former des collections pour l'étude des sciences naturelles, ou d'v établir soit des archives, soit un nmsee d’un caractère spécial.

43a NOTICES HISTOIIIyt ES

quel il attribuait sa délivrance des mains de l'ennemi au temps du tac de Rome en 1 327 . Il est vraisemblable que le programme de Jules 111 fut à j>eu près celui-ci : « Exécutez une chapelle sur le bord de la « route, afin qu’elle soit accessible au public; ayez soin qu’elle soit n d’u ne extrême simplicité, et évitez surtout la dépense.» Ces prescriptions durent vivement contrarier Jes projets-de Vignole, qui en cette circonstance eût sans doute aimé à reproduire une image des temples antiques, qu’une étude assidue lui avait rendus si familiers. On voit néanmoins qu’il n’abandonna pas complètement cette idée, qu’ij chercha à conserver à son œuvre le caractère antique, et que son type fut le Panthéon. Non-seulement il éleva une coupole avec un couronnement et des détails analogues à son modèle, mais il chercha à en rappeler le péristyle par une sorte de colonnade has-relief surmontée d’un fronton, à l'instar de plusieurs restes de l’antiquité. Ces imitations de l’antique, si elles n’étaient faites avec goût et beaucoup d’art, sembleraient prétentieuses et puériles : ici, au contraire , l’heureuse proportion et l’élégance des formes donnent au petit temple une ap-: parencc d’originalité : c’est à peine si l’on songe au modèle dont l'artiste s’est inspiré. N’est-ce pas là , il faut en convenir, un véritable triomphe pour l’architecte, d’avoir su donner une valeur .artistique à une construction qui en dernière analyse ne se compose que d’une seule salle, même petite, et sans le moindre luxe de matériaux ?

Le dessin géométral de la façade ri’est pas d’un aspect satisfaisant. L’ordre et le fronton semblent écrasés sous la partie- supérieure du monument, dont la masse est relativement trop importante. Mais l’effet de la perspective est tout autre, et Vignole, si versé dans cette science, ne pouvait s’y tromper. S’il a autant élevé cette partie supérieure, c’est qu’il a voulu que la coupole fût aperçue de la route; il a compris que , le point de vue pris de face étant assez rapproché , la Coupole et l’attique seraient toujours jugés en raccourci ; que, vue de côté, la coupole se détacherait naturellement de l’attique, et que le tout rentrerait ainsi dans de justes proportions. La critique trouverait bien

KT CRITIQUES

encore quelque chose à reprendre. Ainsi, par exemple, elle pourrait blâmer l'accouplement des pilastres aux angles d'un fronton ; mais l’accouplement, symbole de la force, ajoute moins ici à la réalité qu'à l’apparence. On ne peut nier, toutefois, qu’un pilastre seul à l'angle eût semblé d’une extrême maigreur. S’il s’agissait de colonnes , l’ac* couplement aux angles d'un fronton , bien qu'étant f expression de la solidité, ne serait pas de même justifié par le goût. Tout ce que la raison approuve, et c'est un aveu qu'il faut faire, n’est pas toujours admis par l'œil, qui a une logique à lui particulière, qu’on ne peut saisir -en toute occasion et qu’on cherche à exprimer par le mot sentiment ; terme un peu vague, il est vrai , mais sur lequel on ne se trompe pas (i).

On ne saurait dire si les croisées de la façade furent jugées nécessaires par l’architecte, ou s’il dut les établir contre son gré. Toujours est-il que leur ajustement sur une façade imitée des temples antiques était un écueil, et présentait de sérieuses difficultés. En les traitant comme des nielles, Vignole sut les ennoblir, et les mettre en harmonie de style avec le reste de l’édifice. A f intérieur de la chapelle, ces croisées sont renfermées dans des arcades qui les rattachent au système général de la décoration , èt qui sont répétées soit en face, soit sur les parois latérales. Pour faire connaître plus complètement l’arrangement de ces croisées tant au dehors qu'à l’intérieur , nous en donnons ici une section faite sur l'axe.

La coupe sur la largeur du petit temple offre un ensemble harmonieux, quant aux lignes et au rapport des masses; mais les peintures n’ayant pas été complètement exécutées, l’intérieur semble pauvre et inachevé. Cet effet est d’autant plus sensible aujourd’hui, que le triste état d'abandon où se trouve- cette chapelle semble ajouter à sou démiment. Quelques fresques d’un assez bon style sont à remarquer audessus de l’autel ; elles semblent de l'origine de la construction, et portent même le caractère des peintures qui décorent plusieurs salles de

(i) Qualem nequeo raon&trarc, et * eut tu tantum. • Juvcjt., sat. 7, v. 56.

PfOTICKS HISTORIQUES

la villa de Jules III (1). La coupole, les pendentifs et la plupart des panneaux étant dépourvus de peintures, l'ensemble n’a pas toute la valeur qu’il eût revue de ces ornements accessoires.

Le lecteur appréciera l’heureuse proportion du porche, et l’exquise délicatesse des profils et des ornements. Il sera à même de le faire d'après les détails, sur une grande échelle que nous mettons sous ses yeux.

La chapelle entière est construite en briques, à l’exception du porche, et des corniches de l’attique et de la coupole, corniches qui sont exécutées en pépérin et avec une raie finesse. Malheureusement cette pierre se dédite par l’effet du temps, et beaucoup de parties sont aujourd’hui tellement dégradées, qu’on ne reconnaît qù’à grand" peine la forme de plusieurs moulures.

I .es armes placées au centre du fronton ont disparu. Elles s’y voyaient encore en i83a; nous ne les avons pas retrouvées en 184%

Chapelle S. Andrea, via Flaminia ; coupe et détails.

I<a coupe sur la longueur fait connaître l’arrangement de la porte à l’intérieur et celui de l’autel. Cette coupe, comme celle de la planche précédente, offre l’aspect d’une grande nudité que l’exécution des peintures aurait fait disparaître. Les divers détails sont conçus et étudiés dans ce caractère d’éclectisme constamment suivi par V igiîole. Les chapiteaux des pilastres intérieurs sont, ainsi que les bases, entièrement semblables à ceux de l’extérieur.

On s'afflige à la vue de l'état de dépérissement auquel est réduit cet élégant petit monument, qui dépend aujourd'hui de l’église S. M . del Popolo. Il faut croire que les revenus de cette église sont trop

(1) Vasari désigne Pellegrinu, habile peiutre bolonais, comme ayant exécuté dans cette cIm- | telle deux belles ligures de saint Pierre et de saint André* : « Fece un Si Pietm r un S. Andrea t t che jurom due molto lodale figure. < (Fie de Francesco Primulicctv )

ET CRITIQUES

modiques pour permettre d'entreprendre des réparations, «pii pourtant sont urgentes. Mais il faudrait que les travaux fussent exécütés dans de bonnes conditions, et que l’artiste «pii en serait chargé eût l’intelligence de l’architecture du xvi' siècle pour restituer, dans prit du maitre , les parties «pii sont détruit«*s. I.a restauration coni prendrait la totalité des peintures, afin que le pet it temple atteignit à son entière perfection et parût dans tout son éclat.

Il arrive souvent que des cardinaux, jaloux «le perpétuer leur mémoire par un monument d'architecture, se chargent de réparations d'églises, et y d«:pensent «les sommes considérables, sans fruit pour leur réputation. Comment se fait-il qu’aucun d'eux n’ait songé jiis- «ju’ici it la chapelle Saint-André, à ce petit chef-d’«tuvre qui sans aucun doute mettrait leur nom en honneur, si l’artiste était choisi avec discernement, et si la tâche était dignement remplie?

Figue dipapa Gintio, via Flaminia ; plans , élévation principale et vue extérieure ri a casin.

Dans le précis historique que nous avons mis en tète «le la notice de la planche kjq, nous avons exposé les raisons qui nous fout attribuer à Sansovino et à Peruzzi la «'onstruction des bâtiments «le cette vigne, nous fondant, d’une part, sur l’autorité de Vasari à l’égard «le Sansovino, de l’autre, sur la tradition et l’opinion de plusitmrs auteurs à l’égard «le Périrai , mais plus particulièrement sur des analogies avec son style. Nous répntons impossible de pouvoir préciser aujourd’hui ce qui appartient à chaque architecte. Si Sansovino, suivant l’expression de Vasari , connneima les constructions et en arrêta, les dispositions principales, nous pensons qu’il n’eut «pi’unc faible part à l’exécution, «pii doit être en majeure partie, ainsi «pie les détails, de BaldaSsarre Périrai.

F.n examinant le plan du rez-de-ebaussée, on est surpris de n’y ren-

NOTICES HISTORIQUES

rontrer, comme dans la plupart des édifices de ce genre, presque rien de' ce qui caractérise une habitation : les logements étant reportés au premier étage , on ne trouve ici qu'un vestibule, un portique, un grand escalier, et une vaste salle à la voûte de laquelle on distingue quelques traces de peintures. Cette pièce pouvait seule servir de retraite. Quelle était sa destination? Servait-elle de salle à manger ou de salle de repos ? C’est ce qu’on ne saurait dire aujourd’hui.

réajustement du pan coupé, aussi bien que le portique qui environne de trois côtés un petit jardin de forme hexagone, sont fort bien étudiés. Autour de ce jardin règne un canal ayant i'",!k>, de largeur, où coulentabondammentleseaux de l’aqueduc de l’eau vierge (Tacqua vergine). Ces eaux devaient communiquer une agréable fraîcheur à la petite île; et ceile-ci, étant de plus abritée par les bâtiments, devait être un lieu de refuge contre les ardeurs de l'été.

Au lieu des deux colonnes qui se voient sur le plan à l’entrée du jardin, existent deux lourds piliers en briques, d’une construction grossière et sans doute provisoire. Évidemment ces piliers étaient considérés comme des étais destinés à soutenir l’architrave; ils devaient être remplacés par des colonnes correspondant aux pilastres du mnr, et, comme eux aussi, poser directement sur le sol sans l’intermédiaire d'un piédestal. I) est meme possible que les colonnes aient existé, et qu’ensuite on les ait enlevées et utilisées dans un autre monument.

Pour mieux concevoir le motif fie la substitution des colonnes aux piliers, il faut consulter la vue dç la planche suivante.

I . escalier est à gradinata, et carrelé en briques de champ. Sa pente trop roide en rend l’usage fort incommode.

Ce plan du premier étage contient deux appartements distincts, séparés par la loge qui marque le milieu de la façade. Cette loge nonseulement met en communication les deux appartements, mais elle donne entrée à une vaste salle pouvant servir à de grandes réunions. On doit remarquer qu’au premier étage le prolongement de l’escalier

ET CHITINES. 4^7

a un double accès, et deux rampes qui, à partir du premier palier, se confondent en une seule.

Quelque bizarres que ces plans puissent paraître au premier aperçu, on peut juger maintenant, d'après ce que nous venons de dire, qu’ils devaient néanmoins satisfaire aux usages, de l’époque, et qu'ils étaient surtout parfaitement adaptés aux exigences du personnage pour 'lequel l’édifice avait été élevé.

I.es voûtes des salles qui au premier étage avoisinent le pan coupé sont ornées de stucs et de peintures. On y remarque les armes de Pie IV et l’inscription suivante :

pi vs un MEDICKS MRDIOLANEN8IS PONTirEX MAX IM VS ANNO SALVT. MDLXIlil.

I a décoration de ces voûtes appartient bien évidemment. à Pirro Ligorio, l’architecte favori de Pie IV. Son style, d’ailleurs, s'y reconnaît aisément dans les profils et dan6 l'ornementation (i).

De la loge du premier étage ou jouit d’une vue très-pittoresque. l<e Tibre coule à vos pieds , et devant vous , à l’horizon, se présente le mont Mario; à gauche, on découvre une partie de Rome, la ligue sévère du Vatican et la basilique de Saint-Pierre ; derrière et audessus, |es crêtes d’une partie du Janicule. Du côté opposé, quand on se place au même étage à l’extrémité de la grande salle, la vue est plus bornée et offre moins de variété; on a sous les yeux les coteaux des monts Parioli et les bois de la villa Borghèse. C'est une justice qu’il faut rendre aux architectes italiens : rarement, quand le site y prête, il$ négligent d’ajouter aux agréments d'une habitation le charme que peut procurer l'étendue de l’horizon, ou la beauté du site.

Le caractère de la façade est grave au rez-de-chaussée, élégant au premier étage. Le grand mur lisse du rez-de-chaussée aecuse bien un

(i) Voir la villa Pia, et faire «les rapprochements avec les details des façades et de» voûtes.

438 NOTICES HISTORIQUES

lieu où l’on vient chercher la retraite, où l’on s’enferme avec l’intention de n’avoir aucune communication avec le dehors. I ,e portone est d’un bel appareil , mais les bossages sont d’un style trop sévère pour accompagner un ordre corinthien, La corniche de cet ordre offre une particularité assez, curieuse’, dont je ne connais aucun autre exemple. Vu-dessus de cette corniche, déjà complète, on a ajouté plusieurs moulures dans la partie seulement qui correspond au balcon, évident-* ment pour donner à cette corniche plus de saillie. Sans être recommandable, cet ajustement n’est pas non plus d’un mauvais effet: l'avantage qu’il procure, de donner une saillie suffisante pour la circulation sur le balcon, fait qu'on ne saurait blâmer l’artiste d’avoir adopté cet expédient.

Le premier étage est bien assis sur le rez-de-chaussée, et en harmonie avec lui. lat loge est «l’une bonne proportion et d’un agréable effet. L’entablement, sauf l’architrave, n’a pas été exécuté. La petite vue «lu bas de la planche indique le point où a été conduit le couronnement. Nous avons cherché à compléter celui-ci dans un style d’architecture en rapport avec celui de Peruzzi et d'après «pielques dessins de ce maître. Nous avons profité, au reste, de quelques indications qu'on retrouve sur la frise en briques, où il existe des entailles à des distances régulières, destinées sans doute à recevoir des consoles en pierre. Nous avons pu de la sorte nous rendre compte de la distance de ces consoles, et, avec ces données, rétablir l’entablement.

Il en a été de mente pour le soubassement , qui est aujourd’hui fort dégradé. Ayant cru reconnaître ici quelque analogie avec le soubassement de la Farnesina , nous avons adopté celui-ci pour effectuer notre restauration.

1 petite vue générale donne une idée bien nette de l'ensemble des bâtiments , et fait parfaitement comprendre la valeur réciproque que les deux façades tirent du contraste même de leur décoration. L’une présente de longues lignes droites et de grandes parties de mur entièrement lisses.; l’autre, au contraire, est d'une architecture plus histo-

ET CRITIQUES

riée, plus riche, et ornée de sculptures ; les ressauts et les lignes courbes de ses corniches lui donnent «lu mouvement. A l'horizon on retrouve à droite le petit temple de Saint-André, et à gauche, sur le premier plan et en raccourci , une grande porte qui donnait entrée à l’autre partie «le la vigne du cardinal tli Monte. Nous n’avons pas reproduit cette porte, quoique bien étudiée, car elle est entièrement semblable à celle de la façade principale «pie nous venons d’examiner en détail ; elle n’en diffère que par l«*s dimensions, «pii sont plus considérables'. Sa largeur intérieure est de 3“,4i , et sa hauteur de 7”,o4. Le dernier bossage est surmonté d’un bandeau uni, sur- lequel est gravée cette inscription : .

FABIANVS DE MONTE.

Vigne di papa (Hulin, vin Fin ni inin ; élévations et vue intérieure du

ensin.

Nous avons reproduit sur une plus grande échelle le milieu de la façade principale, pour mieux faire connaître le rapport des étages, la proportion «les ordres, et l’étude des bossages de la porte. Afin de ne laisser rien d’în«lécis sur ce «pii concerne cette façade, et pour expliquer les saillies, nous joignons ici le plan de la porte d'entrée et celui de la loge du premier étage.

La façade latérale ou «lu pan coupt'(i) est d’une lielle proportion , «l'une bonne masse, peut-être surchargée d’ornements, mais remarquable surtout pour le caractère à la fois élégant et ferme des prolils du rez-de-chaussée. I & premier étage est loin «le la perfection «le l’étage inférieur. L’ordre ionique qui le décore est déjà une inconvenant, étant posé sur un ordre corinthien ; 1rs chambranles des croisées

(i) Cette façade est cintrée, ainsi que plusieurs autre» de cette époque élevées par Sangallo, et notamment celles de la Banque et dé la jiorte di S. Spirito (planches 4? et 45): C’est peul-etiv le bel effet de l’œuvre de Peruuti qui a porté Sangallo à en imiter la disposition cintrée.

NOTICES HISTOHIQUES

semblent trop maigres, les bases de l’ordre trop simples, enfin les ornements trop multipliés, ce qui contraste avec l’ordonnance si sage et si bien étudiée du soubassement.

Cette vigne, par suite de changements de propriétaire, a subi, à diverses reprises, des altérations dans la décoration des bâtiments. Ainsi, sous Pie IV, les armes de ce pontife furent ajustées au premier étage, et elles occupent toute la partie du centre de la façade latérale. Au-dessous de celles-ci, l'inscription qui mentionne le cardinal Garolus Borromeus (sans doute saint Charles Borromée) exprime vraisemblablement qu’il a possédé la vigne, que lui aurait sans doute léguée •son oncle Pie IV. Benoit XIV est venu ensuite; ses armoiries ont été maladroitement sculptées dans le tympan du fronton, qu’elles défigurent en cachant le sommet.

Dans le cintre de l’arcade est gravée l’inscription suivante, iiue nous avons omise sur la gravure, à cause du mauvais effet qu'elle y eût produit :

BENEDICTO XJV PONT MAX QVOD

AQVA V1RGINE E CoLVMNENSIVM SvBVRBANO PBOXIMAM U1AM DES IV ATA INTERMISSVM EIVS VSVM RESTITVE1UT

Et PRO rivulo ad pvblicam cosimoditatem obdvcto

AQVÆ t.1 NCI AS DVA8

Perdvcendas ex castello apud Trivivm

IN VRBANAS CoLVMNENSES ÆdES AmPLIOKI BENEPICIO CONCESSERIT

Fabbitivs Colvmra PRINCIPI MVNIFICENTISSIMO P.

PETRO PETRONIO C-A-C-AqV1S PrÆFECTO ÀNNO IvBILMDCCL.

Enfin Philippe Colonna, grand connétable du royaume de Naples,

ET CRITIQUES. 44 1

a couronne la fontaine de son écusson, qu’on reconnaît à la colonne placée au centre.

Tous ces ornements, armoiries ou inscriptions, sculptés à profusion par ordre des propriétaires successifs, ont enlevé a cette élégante façade le charme de la simplicité et de l’unité.

La petite vue donne l’idée du portique intérieur. le mouvement des lignes d’architecture et la verdure du jardin y produisent un agréable effet qui vous captive. Il est probable que la voûte devait recevoir des peintures dans le goût des treilles qui parent les voûte* du portique de la villa Giulia (voyez pl. a la).

1/ ordre corinthien est d’un bon rapport et d'une belle exécution. ' Nous donnons au-dessous de la vue le détail de la base de cet ordre, et celui des balustres qui accompagnent son piédestal.

Cette habitation et la vigne qui en dépend sont devenues la propriété du riche banquier Alessandro Torlonia, par suite de son alliance avec la famille Colonna. On ne s'explique pas pourquoi les bâtiments sont aujourd'hui réduits à un état d’abandon aussi déplorable.

f' igné di papa Giulio , vu r Flaminia ; détails des élévations da

casia.

Sur la droite de cette planche sont rassemblés tous les détails du rez-de-chaussée, détails des plus remarquables pour la beauté du profil et le rapport si harmonieux des moulures. I«i combinaison du chambranle des niches avec l’imposte est surtout à citer; l’ajustement, original et d’un goût exquis, est d’un effet merveilleux.

Les détails du premier étage, groupés à gauche, ont beaucoup de finesse et sont exécutés avec une grande précision.

Tonales murs sont construits en moellon ; mais les entablements , pilastres et chambranles de croisées, sont en pépérin. Le balustre aux

NOTICES HISTOUIQUKS

angles 1J11 balcon est d’une jolie forme; il est de bronze, tandis que les barreaux, soit carrés, soit en torsade, sont de fer.

Les deux colonnes de la. loge sont en marbre : l'une en porlasanta , et l'autre en pentelico.

I.a vasque de la fontaine du pan coupé est en granit de! foro, et les deux colonnes du rez-de-chaussée en granit gris.

/ V lia di papa G'uilio, située à proximité de la via Flaminia ; plans et vues de l'ensemble des bâtiments.

la-s dessins réunis sur cette planche donnent une idée complète de l’ensemble de la villa. Ainsi les plans font connaître la distribution des divers étages ; et les vues générales, les façades principales, latérales et postérieures des bâtiments, l’ensemble des cours, les dépendances, les accidents du terrain, et jusqu’aux contours des monts voisins.

Le plan général offre une disposition originale qui peut sembler bizarre au premier coup d’œil, mais qui décèle une grande intelligence, quand on l’analyse avec attention. Jamais peut-être les données d'un programme n’ont été exprimées avec plus de clarté et de précision. (Quelques mots, je l’espère, suffiront pour le faire comprendre.

I .a maison de plaisance d’un pape doit être accusée par un caractère qui lui soit propre. Elle doit être grave â l’extérieur, ornée avec magnificence à l’inférieur comme celle d’un souverain, et décorée d’objets d’art qui rappellent un successeur de Léon X. Elle doit contenir des appartements spacieux pour les réceptions, des pièces destinées à l'habitation, enfin des pavillons consacrés au repos, tels qu’en possèdent la plupart des villas italiennes. Ces conditions sont ici parfaitement remplies. Les deux petites vues vous donnent le caractère des bâtiments, dont l’expression est noble et simple ; tandis que les plans vous montrent séparés et bien distincts, d’une part, le casiu on bâtiment d’habitation, et, de l’autre, les pavillons d’agrément. Dans

BT CAITIQCKS. 443

le bâtiment d'habitation vous reconnaisse/, de suite, à leurs dimensions plus vastes tant au rez-de-chaussée qu’au premier étage, les salles publiques, c’est-à-dire celles qui sont destinées aux réceptions, et qui sont situées dans la partie en avant-corps; puis, sur les ailes en arrièrecorps, les pièces privées, qui sont sensiblement plus petites. I<es façades n'expriment pas moins cette distinction. Dans l’avant-corps vous n’apercevez que deux rangs de croisées, tandis qjie sur les ailes ces mêmes croisées sont, au rez-de-chaussée comme nu premier étage, accompagnées de mezzanines qui dénotent l’existence de deux entresol, et par suite celle de pièces d’une moindre importance, où se trouvent situés les logements.

Le rez-de-chaussée se compose d'un vestibule, de deux grandes salles pour les gardes, et de petites pièces servant de dépendances, rejetées sur les côtés. Au premier étage, on distingue sur le devant les grands salons de réception , et sur les ailes les chambres à coucher , la bibliothèque et les cabinets de travail du pontife. Les appartements des personnes attachées au service particulier du pape sont ménagés aux entre-sol tant inférieurs que supérieurs, qui, au moyen d'un petit escalier dérobé, communiquent aisément avec le premier étage. Enfin, et ceci doit être remarqué, surtout au point de vue de la difficulté, la plupart des pièces sont libres, et ne se commandent pas.

SU on se transporte maintenant à l’extrémité de la cour, on y trouve un corps de logis bien distinct, isolé, où le pontife petit échapper aux affaires, jouir du. calme et de la solitude, enfin respirer le frais dans une cour abritée, ornée de motifs d'architecture très-variés, oii sont réunies , dans une petite enceinte , des loges , ime nymphée, avec grottes et salles de bains.

Après oette description sommaire , on peut concevoir aisément tout ce que cette distribution a d’à-propos et d’ingénieux dans son ensemble comme dans ses détails. Combien ce projet n’a-t-il pas été débattu dans les fréquentes conférences du pape avec Michel-Ange, ■Vàsari et Vignole ! Cette multitude de petites combinaisons que l’on

N0T1GES HISTORIQUES

retrouve dans l’évidement des murs révèlent en effet d’incroyables et pénibles recherches. I .illustre comité, cela n’est pas douteux, a fait mille efforts pour arrivera pourvoira toutes les exigences, en même temps qu’il cherchait à élagner tout ce qui pouvait être inutile ; car on ne découvre ici rien de superflu , rien qui ne soit l'expression de la nécessité. Aussi notre devoir est-il de recommander particulièrement à l’attention de nos lecteurs ce petit chef-d’œuvre d’étude dans lequel, sous la présidence d’un souverain pontife, trois grands artistes, unissant leurs efforts, ont donné comme un résumé de leur génie.

(Jet édifice, quoiqu’on réalité d'une médiocre étendue, a cependant une apparence de grandeur. Ce mérite est trop rare pour qu’on omette de le signaler chaque fois que l’occasion s’en présente. Si l’on se demande d'où peut provenir cette illusion de perspective , cet effet magique de la cour , on reconnaît que trois causes y contribuent. O’abord , les bâtiments placés en avant sont élevés de deux étages , tandis que ceux du fond n'ont qu’un rez-de-chaussée surmonté d’un attùpie. Cette différence de hauteur ajoute déjà à la dégradation natu relie produite par l’éloignement des objets; de plus, les murs latéraux, on murs d’enceinte, n’étant que d’une hauteur moyenne, il en résulte que l'air et la lumière pénètrent abondamment dans.la cour , et laissent sur les côtés une sorte d’indécision dans ses limites. Ajoutons que ces murs de clôture sont ornés d'une série d’arcades , et d’un petit ordre ionique, dont les corniches, en se prolongeant, rattachent entre eux les bâtiments des deux extrémités de la cour. L'œil, trompé de la sorte par cette suite de reliefs, s’exagère ainsi les distances. Knfin, nous pouvons citer, comme autant de causés d’illusion, la forme demi-circulaire d’une partie de la cour, les mouvements de lignes produits par les avant-corps, les grandes ombres projetées sur les surfaces courbes de la façade intérieure, la lumière qui joue sous les portiques, et les mille reflets qui l’accompagnent : tout cela donne naturellement l’idée de l’étendue, à laquelle se mêle le charme de la variété et du pittoresque.

ET Cnp’IQL'ES.

Nous dirons peu de chose du plan du soubassement, qui n’a aucune importance. Il est, du reste, facile de s’apercevoir qu’en ( établissant on n’a eu d’autre but que d’assainir lés salles du rez-de-chaussée et de se procurer un petit nombre de caves , puisqu’on n’a pas même jugé à propos de prolonger ees caves sous le portique , qui est alors fondé sur un terre-plein.

(.es cuisines et les écuries, dont la proximité occasionne toujours de l’embarras, du bruit et de i’odénr, ont été judicieusement éloignées de l’habitation, et reportées dans des bâtiments voisins et isolés.

A l’extrémité de la cour , et hors de son enceinte , on trouve dans le prolongement du portique demi-circulaire les fondations de deux arcades qui prêtent aux conjectures. On peut croire que Vignole avait le projet d’établir de chaque côté-de la cour, et dans le prolongement du portique, deux galeries qui eussent donné entrée à la villa, servi de lieu de promenade , et entin procuré une communication a couvert avec les bâtiments du fond. L’inconstance des idées du pape , il faut le croire, aura obligé l'architecte à faire des changements; et de là est résulté, peut-être, l’ajustement improvisé des deux murs latéraux, qui se lient assez mal avec le bâtiment du devant.

f' ilia di papa Giulio ; plein détaillé du rez-de-chaussée du casin , el coupc générale sur les batiments.

En donnant sur une plus grande échelle le plan du bâtiment principal , c'est-à-dire du casin ou habitation , notre but a été de rendre plus palpables les difficultés de distribution dans des conditions de formes si défavorables , de faire mieux ressortir le mérite de ces combinaisons intelligentes , de ces évidements ingénieux , que l'étude la plus opiniâtre a seule pu obtenir. Pour ne pas avoir à répéter nos observations précédentes à ce sujet , nous -renvoyons le lecteur à la notice de la dernière planche. -

NOTICES HISTORIQUES

Nous ne pouvons cependant pas nous dispenser de répondre à un reproche qu'on adresse à la situation de l'escalier , qu'on trouve hors de portée et hors de vue. Cette critique est mal fondée. En le plaçant dans la partie en avant-corps, cet escalier eût détruit la régularité des belles pièces qui s’y trouvent , tandis qu’il se combine parfaitement avec les petites pièces de l'arrière-corps ; son éloignement même, dans cette circonstance, loin d'être un inconvénient, nous semble au contraire faciliter les communications les plus usuelles, soit avec le bâtiment du fond, soit avec les jardins. Son débouché sous le portique n'est pas non plus sans avantage; il rend les communications intérieures plus commodes , et tend à isoler l'habitant du palais , à, le mettre à l'écart et en dehors du mouvement qui règne perpétuellement aux abords, de l'habitation d’un souverain , surtout dans le vestibule. Enfin, cette situation éloignée de l'escalier oblige l’étranger qui se rend aux appartements du premier étage à suivre le portique circulaire. Dans le parcours qu’il doit faire, se déroule à ses yeux une variété infinie d’effets pittoresques ; il passe de surprise en surprise , et prend ainsi la plus haute idée de la magnificence de cette noble demeure.. • • . ‘ .. ..

Quant à la forme circulaire de l’escalier, on ne peut que l’approuver comme étant la plus favorable aux localités ; mais l’ordre qui le décore offre un déplorable ajustement. I.'escalier de Bramante au Vatican, dont il est une réminiscence, présentait cependant à Vignole un meilleur principe de décoration; il fut mieux inspiré lorsque, plus tard, il exécuta le bel escalier du château de Caprarola.

L'escalier de la villa Giulia esta cordonata , c’est-à-dire en pente douce ; les marches sont formées de briques de champ, maintenues par un ourlet ou cordon en travertin. Il est éclairé par de nombreuses croisées bien réparties ; mais nous devons avouer que la pente a trop de roideur, ce qui le rend incommode aussi bien à monter qu’à descendre. 11 était orné au sommet d'un beau soffite à caissons, qui fut détruit lors de la restauration faite au temps de Pie VI.

ET CRITIQUES

Coupe générale sur la longueur.

On peut, à l’aide de cette coupe , se rendre parfaitement compte de l’ensemble des constructions ; juger, parle profil , de leurs proportions relatives ; suivre les sinuosités du sol ; enfin, pénétrer à l’intérieur des bâtiments et jusque dans les parties les plus secrètes.

Il faut se garder de la première impression, et ne pas juger avec trop de sévérité cette sorte de discordance et de décousu qu'on remarque entre les divers corps de bâtiments. Le premier ordonnateur, nous l'avons déjà dit, Vignole, doit être mis hors de cause. I-a faute doit en être attribuée , d’une part, à l’instabilité des idées-du pape; de l’autre, peut-être, à ce penchant trop commun parmi les artistes appelés à compléter un monument, qui les porte à introduire leurs propres créations dans l'œuvre de leur prédécesseur , et à sacrifier sans scrupule l'harmonie d’un ensemble à un intérêt mesquin d'amour-propre. On ne saurait s’élever avec trop de rigueur contre une telle prétention. Mais ici, pour .être juste, il faut à ces cause» de désordre en ajouter une autre , qui sans doute fut prépondérante. Jules III mit à la disposition de ses architectes des colonnes antiques, avec l’injonction de les utiliser dans les constructions. Sans doute ce fut pour eux une bonne fortune d’avoir à parer leur œuvre de ces riches matériaux ; mais comme les colonnes façonnées à l'avance variaient de hauteur, h* problème se compliquait beaucoup, et présentait de nombreuses difficultés. Force fut donc' d’imaginer des motifs d’architecture où les colonnes trouvassent place. C’est ce qui peut expliquer l’incohérence de ces motifs entre eux, et quelques ajustements malheureux, qu’on peut, avec raison, critiquer sur plusieurs points.

les colonnes ont été réparties de la manière suivante : huit d’entre elles contribuent à former le portique demi-circulaire; douze autres décorent les murs latéraux de la cour(i J ; seize ferment la première loge

(i) Sur ces vingt colonnes, quatre sont de granit rouge, onac de granit gris, trois de grand du forum (critu t/e Tnt/an), enfin deua de marbre gris.

NOTICES HISTORIQUES

an fond de la grande cour (i); enfin, huit autres décorent la seconde loge située à l’extrémité des bâtiments , et ouverte sur le parterre (a).

filin di papa Giulio ; façade principale du casin.

Lctte laçadc est d'une belle masse, et les divisions y sont marquées avec cette justesse et cette sûreté de main qui caractérisent le maître, l/es grandes lignes qui , en se prolongeant, enlacent à la fois avantcorps et arrière-corps, produisent du mouvement, des accidents, et sont d’un excellent effet. I/es bossages et les refends qui découpent l'ordre et les chambranles des croisées du rez-de-chaussée donnent à celui-ci un caractère général de gravité, tandis que le premier étage, au contraire, se fait remarquer par son élégance. Ces contrastes , qui dans les arts sont un élément de beauté , doivent sans doute être recherchés , mais il faut du savoir et du tact pour maintenir ainsi en liarfait équilibre deux principes opposés, et pour lie pas rompre l’harmonie. 1

Quelques observations critiques nous ayant été suggères en présence du monument lui-mème , trouvent ici naturellement leur place. Bien qu elles tendeut à diminuer le mérite de la façade , celui-ci est trop réel, et les qualités essentielles y sont trop bien reconnues, pour ' que les taches que nous pourrons signaler dans les détails puissent enlever de leur prix aux beautés incontestables de l’énscmble.

Le portone, ou porte d’entrée, comprenant les deux colonnes en saillie, nous semble donc d’une proportion trop allongée, et les bossages des claveaux trop lourds. Les croisées du rez-de-chaussée,

(i ) .11 y a bien dix-huit colonnes, mai» deux d’entre elles sont exccutt-es à l’intérieur en briques recouvertes d’un enduit. Deux colonnes1 sont de brocatellonc, deux de breclie coralim* , deux de eipollin, deux de granit gri*, et huit de marbre gris.

(ai Deux de ces et donne* sont de granit gris, deux de granit rouge, deux de marbre gris, deux de pavonaaxetto. (le* huit colonnes et quatre autre* furent, dit-on, trouvées à Tivoli; et leur découverte n’eal mctltr lien qu'apres l\ichévemem presque entier de» constructions -

ET CRITIQUES

quoique louables pour le motif des bossages <jui maintient l’imité dans le soubassement , sont maigres, et n’ont pas toute l'importance qu'elles comportent. I es balustres du balcon sont trop écartés ; et la porte placée derrière, d'une proportion déjà trop courte, le semble bien davantage par l'effet de la perspective. Enfin , les petites croisées pratiquées dans les niches sont un ajustement mesquin. Nous devons dire, pour la justification de l’architecte, que son intention arrêtée était de laisser ouverte l’arcade du milieu ; qu’il dut céder à des tracasseries età des obsessions incessantes, et fermer cette arcade par une j>orte, Comme le jour vint à manquer à l'intérieur , Vignole fut alors réduit à ouvrir deux petites croisées dans les niches déjà exécutées à I extéricH r ; et son œuvre, par syite de cette modification , fut sensiblement altérée. Toutefois, il comprit si bien le mauvais effet de ces -petites croisées, qu'il chercha à les dissimuler en plaçant des statues dans les niches. I -es statues ayant été enlevées depuis longtemps, le motif mesquin des croisées a reparu de nouveau.

Un reproche assez sérièux qu'on pourrait faire à cette façade, c’est que la transition entre les deux ordres n’est pas suffisamment graduée. L’ordre composite est trop riche relativement à l’ordre toscan à bossages du rez-de-chaussée , et d’une proportion comparativement trop courte. Cependant, avant de prononcer ainsi un blâme contre Vignole, maître passé dans l'art des proportions, il faut considérer que ce meme ordre composite se contipue , et participe à la décoration de l’intérieur de la cour, et que là il est en parfaite harmonie de rapport et de convenance avec l'ordre ionique du rez-de-chaussée. Au reste, s'il est vrai, comme on le prétend, que d'anciens dessins de cette époque représentent la façade couronnée d’une balustrade destinée à cacher le toit, et que cette balustrade ait été comprise dans le projet de Vignole, on doit croire que cejui-ci avait cherché, à l'aide de cette adjonctiou, à rétablir les proportions harmoniques entre le premier étage et le rez-de-chaussée. Sans doute on a lieu de s’étonner que cette balustrade ne soit pas indiquée sur la médaille; mais ne sa-

NOTICES HISTORIQUES

vons-nous pas que pendant toute la durée de cette construction il y eut tant de fluctuations et d'incertitudes, qu’un projet adopté au début des travaux a pu être modifié dans le cours de leur exécution ?

I-T corniche à consoles, fort usitée par Vignole, et qu’on retrouve encore ici, forme en cette circonstance lin digne couronnement au pourtour du bâtiment. Les croisées du premier étage ne sont pas moins dignes d’éloges, et se font remarquer par leur élégance et leurs beaux profils.

les fragments des deux plans que nous avons ajoutés sous forme de renseignements, feront connaître avec précision les reliefs du balcon, des colonnes, des pilastres, et même des moulures.

Les panneaux de la porte d’entrée, aujourd’hui détruite, et le buste placé dans l’arcade du premier étage , ont été rétablis d’après une gravure de l'ouvrage de Pietro Ferrerio, qui vivait au xvu* siècle.

Villa di papa GiulivT; façade postérieure, et coupe sur le casi/i.

En considérant cette façade , on reconnaît tout d’abord le grand architecte, l’artiste consommé. Il se révèle dans l’ensemble, on le retrouve dans la grâce et l à -propos de mille ajustements qui tous vous charment à un haut degré. Il faut remarquer combien la masse est d’un rapport harmonieux , et combien la forme cintrée prête atrx brillants effets; il faut étudier l'heureuse proportion des deux grands ordres, que l'opposition des «leux ordres secondaires fait valoir. Voyez aussi comment ces petits ordres se relient, soit avec les lignesdesim- (lostes , soit avec les corniches des croisées, et quel emploi judicieux Vignolea/ait des colonnesantiques au rez-de-chaussée. Enfin, observez ■an fond de la cour la grande arcade du centre avec les deux petites arcades annexes, qui reproduisent en quelque sorte le motif extérieur du portone réuni aux deux niches latérales; motif à l'instar des arcs de triomphe de l'antiquité, ef qui se répète ici en saillie aux angles de la

KT CHITMjUES.

i'bur; et vous reconnaîtrez partout un sentiment exquis de l ait', et vous serez frappé des ressources infinies qu'un maître aussi habile savait trouver dans sou génie , que nous voyons toujours croissant , eu' raison même des obstacles qu'il rencontrait.

Nos dessins peuvent bien donner F idée de toutes ces beautés sé\ ères et architecturales, mais ils ne sauraient rendre tout le charme des peintures qui décorent l'intérieur et l'extérieur du portique. Connue ces peintures ne pouvaient être ici suffisamment exprimées, nous les produirons plus loin et séparément. A l’intérieur du portique et sur les panneaux du mur se voient doue des arabesques aux vives couleurs , -mêlées aux dieux de la Fable- et à leurs joyeux attributs; taudis qu’à la voûte, des enfants et de jeunes satyres folâtrent au milieu du feuillage d'un berceau de vigne, où se reposent des oiseaux de toutes sortes. A l’extérieur, de grands encadrements fouillés au-dessus des petits ordres avaient reçu îles fresques que le temps, I incurie des propriétaires, et enfin le badigeon, ont totalement fait disparaître. Ku revanche, on retrouve dans les salles des deux étages, mais surtout du rez-de-chaussée, de gracieuses arabesques et des compositions mythologiques d une fraîcheur et d'une conservation si parfaites, qu'au ne saurait citer aucune fresque de cette époque qui, sous ce rapport , puisse être comparée à celles des salles de la villa Giulia(i).

I.n croisée du premier étage, située au centre, n’est certes pas de \ ignole , et elle est attribuée à Michel-Ange. Cette opinion parait .vraisemblable, si on compare cette croisée à celles du deuxième étage <le la cour «lu palais Farnèse. En tout cas ,’ elle fait peu d’honneur à son auteur, quel qn'il soit. En effet , non-seulement elle interrompt la continuité de la belle lighe de l'architrave et des corniches par ses dimensions exagérées ; non seulement elle détruit la symétrie du centre

(i] Cette observation n’est peut-être pas rigoureusement exacte. Il se peut qu'en prenant ntes notes» tout frappe que j'étais de IWlat du coloris» je n’aie pas tenu compte d'une restaura non moderne qui, vraisemblablement, eut lieu au tenais où les arabesques des |M>rtK|ues furent elles -memes retouchées. A la distance considérable où je me trouve de» localités, je ne puis aujourd’hui qu’en appeler ù mes souvenirs, qui ne me doiment rien d'assez précis.

NOTICES HISTORIQUES

avec les avant-corps ; mais l’étrangeté et la sécheresse de ses détails font tache, et semblent une anomalie dans ce monument classique de V ignole.

La coupe qu'on voit au-dessus de la façade dont nous venons île faire l'appréciation, ajoute.» la clarté de notre description. Elle fait connaître la saillie et l'arrangement du balcon de la façade extérieure, la décoration du vestibule et des salles du premier étage; enfin , le motif en avant-corps à l'extrémité de la partie cintrée du bâtiment. Mais la combinaison de deux ordres différents au meme étage est une particularité jusque-là peu usitée, et qui mérite d'ctre mentionnée. Cette combinaison, du reste, remonte aux anciens, et se retronve dans les Thermes, Bramante l'avait admise dans son projet pour la basilique de Saint-Pierre, et Peruzzi l'y avait conservée. Ce même motif est encore maintenu dans plusieurs projets d'Antonio da Sangallo, qui finit par le supprimer dans son projet définitif, exprimé par son modèle. Michel-Ange adopta cette disposition des deux ordres pour le. palais des conservateurs du Capitole, et la proposa peut-être pour la villa di papa Giulio. En tout cas, ce fut Vignole qui l'exécuta, et c’est ici qu’on la rencontre pour la première fois parfaitement étudiée <t).

Villa di papa Giulio ; détails du casin.

Il y a plusieurs beaux détails sur celte planche, et d’autres d'un mérite secondaire. Nous rangerons parmi les premiers l'ordre du pôrtone et la croisée di| premier étage ; nous classerons parmi les seconds la croisée du rez-de-cbaussée et le grand ordre de la cour. L’ordre du portone peut être parfaitement apprécié à l'aide des deux coupes que nous donnons : l’une faite sur le milieu de l'arcade , et

(i) Pour la liasiliquc de l icence, Palladio a combine deux ordres au même étage, et l'a fait avec un grand succès. Son ajustement est 1res 'diffèrent de crlui de Vignole; car le petit ordre est dispose de manière à servir de support à des arcades qui, chez lui, remplacent les enfivcolonncuiRnts. • » • *

ET CRITIQUES

4rj3

l'autre sur le milieu des niches; tout s’y explique % saillies , rapports et moulures. Cet ordre, quoique toscan, a la proportion dorique. Sou chapiteau, cohronnant un fût Forme d’une suite de bossages , parait maigre(i). La Croisée du premier étage est à la Fois élégante et Ferme, et conçue de manière à s'harmoniser avec le, s détails du rez-de-chaussée; elle est recommandable pour la composition de ses moulures, comme pour leurs rapports.

I .es croisées du rez-de-c haussée, qui appartiennent à la seconde catégorie , ne sont pas en tout point satisFaisantes. J, es bossages mêlés aux chambranles, qu'ils découpent et masquent en partie, sont assurée ment une heureuse idée, un motiF plein d’à-p topos, en ce qu’il donne aux chambranles plus de Fermeté et continue an rez-de-chaussée l.‘uiiitc du style toscan ; mais ces bossages sont étroits, et semblent maigres au-dessus d'un soubassement déjà lourd. Ces moulures et les consoles de l’appui n'ont dans le prohl ni distinction ni caractère; et le banc de pierre, imitation malheureuse de celui du palais Farnèse , est loin de celui-ci pour le grandiose et la beauté du galbe.

I ,e grand ordre du rez-de-chaussée de la cour n’a aucune linesse; les moulures de l'entablement sont lourdes, et d'un prolîl sans délicatesse. Enfin le piédestal est trop élevé, et sa base a trop peu de saillie.

Nous ne pouvons dissimuler ici que la taille des moulures manque en général de netteté et de fini, et que nous avofts même reconnu, en prenant les mesures de la cour, des différences et des irrégularités sensibles dans les parties symétriques, ce qui dénote peu de surveillance de la part de Vignole, et sans dôute trop de précipitation dans l'exécution.

l'ilia (fi papa Giulio ; suite des détails du casi/i.

Nous avons groupé les détails du premier étage de la Façade exté-

(i) Ce genre 4e décorai ion, ou dominent les bossage*, se retrouve fréquemment dans 1rs |ui lait de Florence et jusque dans l’architecture antique. On cite h Home l'.uitiifor Porte- Màjeore, dont le* colonnes sopt * comme ici, revêtues de bossage*. , /

/|‘»4 NOTICKS HISTORIQl l-:S

Heure, de manière à re rpi’ils soient appréciés aisément, et <pie la valeur relative des moulures puisse être jugée d’un coup d’uùl. la* grand ordre composite est traité dans un caractère de simplicité, et son chapiteau n’est même pas détaillé. Les moulures de l’entahlement sont peu multipliées, et ne portent aucun ornement. L'archivolte de l’arcade est surbaissée, et monte jusqu’à l’architrave, tandis que l’archivolte des niches latérales, dont la forme est plein-cintre, arrive seulement au-dessous de l'astragale des chapiteaux, qui sert aux niches comme d'encadrement. Le piédestal placé entre les deux grands ordres partie^ par sa simplicité plutôt de l’ordre inférieur que de l’ordre supérieur, auquel il appartient pourtant. On peut reprocher aux baluslres qui l accompagnent d’être surchargés «le moulures à. la base, et d’en être dépourvus au sommet. Les caissons à l'intrados de l’arcade sont d’un bon effet, mais la clef de cette arcade est- sèche et mesquine.' La porte , harmonieuse quant aux lignes, est d’une prie portion trop courte. Nous avons déjà exprimé notre opinion au sujet de «*ette porte, qui nous semble avoir été exécutée après coup. ( l oyez page il*).) Le petit ordre composite «lu premier«*tage de |a cour n’est pas non plus complètement satisfaisant ; la forme «K- son chapiteau est indécise et molle. Ce reproclie' atteint également les chapiteaux des pilastres du petft ordre ionique du rez-de-chaussée , mais nullement les chapiteaux des colonnes du même ordre, «pii d'ailleurs sont anti«]ues et caractérisés par plus «le fermeté. Quant à la croisée du milieu, nous l'avons déjà appréciée par rapport à son effet gtméral sur la façade; bien «pie mieux profilée que la plupart des détails île Michel-Ange, lits moulures y sont sèches, et d'un goût plutôt étrange qu’original.

Nous avons pensé qu'une souche de cheminée, du reste fort simple, mais ajustée par Vignole au-dessus du mur de la façade principale, [tour rai t avoir de l’intérêt; et comme le dessin «le

* KT CRITtQCKS.

cette souche n’avait pus trouvé place parmi les détails de cette façade, nous avons songé à l'utiliser en le plaçant ici dans le teste.

l'ilia i!i papa Giulio; vite du vestibule d'entrée el du bâtiment du fond de la {fraude eour.

Cette vue rend parfaitement l’impression qu'on reçoit en entrant dans cette habitation, la* vestibule est grave et d’une architecture simple et régulière, mais qui peut paraître nue en présence des riches peintures du portique; on distingue à l'extrémité la façade du fond de la cour, et au-dessus d'elle quelques arbres lointains de la villa Horghèse.

Au bas de la même planche, on ne verra pas sans plaisir un fragment des peintures qui décorent la voûte en berceau du portique cintré de "la grande cour : ce fragment, du reste, est composé de sujets choisis sur divers points de la voûte, et il est présenté comme ou spécimen de ees peintures. C'est une décoration d’un brillant coloris, exécutée avec une grande franchise de pinceau , et qui' est tout à fait assortie à l'embellissement d’une habitation champêtre.’ I e charmant badinage de ces enfants et de ces jeunes faunes d’une carnation si belle, suspendus aux treilles et cueillant des fleurs- et des raisins ; ces papillons aux mille couleurs, et ces. oiseaux de toutes sortes éparpillés au milieu du feuillage, avec lequel ils s'harmonisent si naturellement, sont autant d’objets qui réjouissent la vue et disposent l’àme à des sentiments agréables.

/ ilia di papa Giulio; vue rfurte partie, du 'vestibule, d’entrée , du partit/ue et de la grande cour.

On jugera, d’après cette vue, de l'ensemble du portique circulaire, dont la voûte, se repliant sur elle-même, présente un aspect si pit-

NOTICES HISTORIQUES

toresque. I,a décoration de cette voûte, formée d on lierceau de treilles et d’accessoires charmants , ajoute encore à l'effet général. Sur les murs du portique sont distribuées , dans une série de panneaux , de gracieuses arabesques que nous décrirons tour à tour sur les pages suivantes. La porte qu’on distingue à gauche introduit à l’escalier principal, lequel fait monter aux appartements et aux entre-sol du premier étage.

/ il/a fli papa Giulio; vue générale des bâtiments de la grande cour, prise à droite sous le porlirpte. -

( iette vue présente une brillante perspective et un tableau tout composé. On imaginerait difficilement un piouvement de ligues plus varié, une architecture plus régulière, dans de meilleures proportions, et ornée tout à la fois de peintures aussH élégantes.

An premier plan, on retrouve clairement exprimés les beaux détails architectoniques du portique, et à la voûte l’une des plus gracieuses parties des peintures décoratives; tandis que le second plan et le fond expliquent le dévelopj>eme>nt entier de la cour, les saillies des avant-corps du casin, les reliefs des bâtiments secondaires, et indiquent jusqu'au profil îles coteaux voisins.

/ il ta di papa Giulio'; vue du casin ou bâtiment d’habitation, prise de [ extrémité de la grande cour.

C'est pour donner une idée plus complète de la façade intérieure du bâtiment d'habitation, pour en rendre l’effet plus saisissant, que nous avons jugé à propos d’ajouter ici cette autre vue. Elle explique parfaitement les divers ressauts îles -murs d'enceinte de la cour, leur jonction avec le bâtiment principal, le mouvement des lignes, et tout le pittoresque de la partie cintrée; enfin elle fait connaître cette déli-

• KT CRITIQUES. 457

trieuse maison de plaisance sous un aspect nouveau , plus théâtral et plus piquant.

/- ilia di papa Giulio ; peintures qui décorent le mur du portique de la grande cour.

Panneaux ,W,«, /f,r.

Nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de parler de la décoration de ce portique; les peintures y ont de l’éclat, l’effet en est séduisant et harmonieux; et ce qui ajoute à leur charme, c’est que- les sujets y sont d’une convenance parfaite dans un lieu de plaisance.

On trouvera sur le plan {voyez pl. ao(>) les lettres de renvoi qui serviront "à désigner les seize panneaux dont se compose toute cette partie de la décoration. Ces lettres ont été distribuées de manière à faire comprendre au premier aperçu la disposition symétrique des divers |>anncaux.- Ainsi : .

Deux panneaux 4,a , correspondent aux portes «et sont ajustés au-dessus

d’elles. {Voyez pl. aifi et 117.)

Quatre panneaux , se- groupent deux a deux et se correspondent tous les

. quatre; les ajustements du centre établissent seuls la différence des deux premiers aux deux derniers. [Voyez pl. à 16 et 217.)

Quatre panneaux ÜyUydrf , même observation que pour les précédents. (Voyez

pl. a t5 et 217.)

Quatre panneaux W,//i,/V,/i, ont des dispositions semblables et une physionomie t générale qui a quelque rapport ; mais les deux premiers, comme les deux derniers, ont entre eux plus d’ahalogie. (Voyez pl. aiSetii7.)

. Knfin, deux panneaux sont en tour semblables et sans la moindre différence.

• (Voyez pl. ai 5.)

D’après la classification que nous venons de faire, on juge qu’il n’a pas été nécessaire de représenter tous lés panneaux complets : dans ehaque catégorie un seul a suffi pour donner la physionomie de l’en-

NOTICES HIKTOHIQl ES

4’wj

semble des autres; et pour ceux-ci nous nous sommes borné à reproduire la partie centrale, et qui diffère essentiellement.

Nous avons d ’altord 'à nous occuper des trois panneaux n,H et M de la planche ai5. Comme nous l’avons dit plus haut, les deux panneaux n et M ont entre eux quelque analogie pour la dimension comme pour la disposition générale; mais la partie centrale est entièrement différente. On doit remarquer l'élégance de ces arabesques, et combien elles offrent de variété.

Ou trouve, planche 317, deux intérieurs de panneaux qui correspondent à ceux de la planche 31 5, dont nous venons de parler; ainsi l'un d’eux, le panneau m, où l’on voit Silène et un faune à sa suite, correspond au panneau M, où se trouve un Bacchus; l’autre, le panneau Ar, répond au panneau n. I,e premier contient la ligure de Neptune, et le second celle du dieu Mars.

Quant au panneau H de la planche 31 5, qui est situé près de l’arcade, à l’entrée du portique, il se fait remarquer par ses beaux fruits et quelques autres détails. Son correspondant r ne présente aucune variété, et c’est pourquoi il n’v avait pas lieu de le reproduire.

f-iUn di papa Gin lia ; peintures </ui décorant le mur du portante dr la grande cour.

Panneaux D' . tf ; D,r(; B, b ; B, b'.

I a* panneau du centre, désigné par Ir lettre A, est occupé eu grande partie par une porte d'un bon rapport et bien profilée. Au-dessus de cette porte est une peinture où l’on voit un Silène porté par des vendangeurs et des faunes, accompagnés de joueurs de cinibalés. Quelques belles figures sont à citer dans cette composition (1).

Sur la planche 317 le panneau n est identique quant à l’ajuste-

’ ») Nous Hé dissimulerons pas que plusieurs Je ces ligures sont inspirées <f un croquis de Raphaël, qui a été par Agostino Venexiauo. <

ET CRITIQUES- 4^9

ment, au panneau ✓/, niais la peinture qui ronronne la porte a naturellement varié.

Le milieu du panneau Z)' est occupé par une ligure de Vénus qui pose sur un globe. Nous avons donné en entier ce panneau, pour faire connaître le motif de l’ensemble des arabesques. I^es trois autres panneaux correspondants, D, d,tf, se voient planche 217. Ils ont, ainsi que le panneau D\ une sorte de fronton qui surmonte la ligure. Nous n’avons représenté de ces trois panneaux que la partie qui offre des variantes.

Enfin le panneau B, au centre duquel on voit Saturne armé d'une faux, et qui dévore ses enfants, est donné complet, pour faire connaître en entier le mot if des arabesques. La figure du dieu est couronnée d’une sorte de vêla , ajustement qui se répète, ainsi que les compartiments d’arabesques, sur les panneaux B‘,h,l> qu'on voit planche 217, où sont indiquées les parties seules qtii présentent des variantes.

Pilla di papa Giuliu ; variantes des peintures qui décorent le mur du portique de ta grande cour.

Nous renvoyons, pour cette planche, aux notices des deux planches .21 5 et 216, qui expliquent la manière de compléter les fragments que nous donnons ici, à l’aide des panneaux entiers représentés sur les planches 2 1 5 et 2 1 6.

Ainsi la porte a peut aisément se compléter d'après la porte A de la planche uifi. la* sujet.de la peinture a seul varié. Silène est encore le jiersonnage principal ; il est étendu sur un Ikiiic, et des satyres dansent autour de lui.

De même les deux panneaux m, A, où se volent Silène et Neptune, peuvent être reproduits en entier d'après les panneaux complets M et n de la planche 21 5; les trois panneaux D, </, d, où les figures de Diane, d’Apollon et de Mercure sont placées sous «111 fronton, d’après le panneau Z)’ de la planche 216; enfin les trois panneaux B', b, 6’;

4(>0 VOTICES HISTORIQUES

où les figures (le Jupiter, de Terpsicliore et d'Eole sont placées sous des espèces de vêla, se compléteront de même en recourant au panneau B de la planche ai fi.

Dans ces variantes il faut remarquer surtout la pose élégante des figures principales, toutes bien caractérisées, et noter plusieurs charmants détails accessoires.

l' ilia fit papa Giaho; arabesques des voûtes' de diverses salles du rez-de-chaussée.

A droite et à gauche du vestibule se trouvent deux grandes salles, destinées sans doute à recevoir les gardes du pape. Toutes les deux ont leurs voûtes décorées de nobles et riches peintures. Nous avons représenté celle de droite, qui est désignée par la lettre T sur le plan. (frayez pi. aofi.) A l’ensemble de la voûte, et au-dessous, nous avons ajouté quelques détails pour en mieux faire apprécier les ornements; ces détails exécutés , partie en relief et partie en peinture , sont trop multipliés, et semblent confus. Ici, comme Raphaël l’a fait au Vatican, des figures religieuses sont mêlées aux compositioits mythologiques; mais au Vutican l’arabesque profane n'est qu’un accessoire, tandis qu’ici les sujets principaux sont empruntés à l'histoire de Diane.

Au bas de la planche sont détaillées deux parties de voûtes appartenant aux petites salles marquées l) et / sur le plan (pi. aofi). La disposition de l'ornementation est la même- pour ces dciix voûtes, mais elle diffère complètement dans le détail : au centre de ■ l'une , on a représenté la V ictoire ; la Renommée figure au centre de l'autre.

Toutes les deux se font remarquer par l'ajustement exquisde leurs arabesques, -r— On reconnaît partout, dans

KT CH1TIQUKS.

«•es pièces du rez-d c-ch » lissée, qu'un artiste plein de goût a présidé à leur décoration; car les peintures gracieuses et fraîches qui parent les voûtes, et leurs encadrements si riches, ne sont pas les. seules parties méritoires qu’011 ait à signaler. L’art, en effet, se retrouve même dans les détails les plus modestes et les moins remarqués , ét jusque dans le carrelage en terre cuite, composé de briques de formes diverses et de couleurs plus ou moins foncées. On voit que ce carrelage résulte d’une combinaison assez ingénieuse ; le dessin en est agréable, et on pourra juger de l’ensemble d’après le fragment que nous avons placé au bas de la page qui précède.

l' ilia di papa Giutio ; façade du fond de la grande cour, plan et coupe sur la cour basse et la nymphie.

Cette partie de la villa est bien inférieure à l’autre, surtout sous le rapport du style de son architecture. Elle a néanmoins du mérite, qu’on retrouve dans l’ingénieuse disposition des plans sur un sol étagé, qui rendait les conditions de distribution plus difficiles à remplir. ( )n convient que les loges des deux extrémités, iadouhle rampe, la nvmphée avec sa balustrade, que toute cette agglomération de richesse architecturale dahs une enceinte aussi resserrée produit un certain effet; mais l’incorrection de divers détails, et plusieurs ajustements d’une combinaison maladroite , jettent dans cette jrartie réservée de l'habitation une sorte de froideur qui agit sur le spectateur au point de le rendre indifférent dans un lieu où tant d’efforts ont été faits [>our lui plaire. Quelques arbres plantés autour de la balustrade de la nvnipltée, et encaissés dans de petits socles en pierre et à moulures, existaient dans l’origine , comme semble l’indiquer uire ancienne gravure- Ces plantations, dans une cour toute de pierre et de marbre, «levaient être d’un effet des plus pittoresques ; on conçoit tout le charme que cette

NOTICES HISTORIQUES

verdure répandait dans ce lieu isolé, et combien l'ombre qu'elle projetait devait y ajouter d’agrément et de mystèré.

I,a façade du fond de la grande cour, qu’on voit au haut de cette planche, n’est pas d’une belle masse. Les parties en saillie, telles que les colonnes et les cariatides , ne lui enlèvent même pas de sa monotonie. l,es détails ne rachètent malheureusement pas la faiblesse du parti de l’ensemble. Ils n'ont rien de remarquable , si ce n’est cette particularité, que les volutes, aux extrémités des parties saillantes et aux angles de la cour, se ploient de la même manière qu'au temple antique de la Fortune virile. L'inscription de l’attique, en l’honneur de Clément XIV qui commença la restauration, et de Pie VI qui l’acheva, est aujourd'hui enlevée; nous l'avons figurée sur la gravure, et en voici le texte :

PIVS SEXTVS F. M

IVI.IAK VILI.AE 1AM VBTVSTATE CORRVPTAE ISCHOATAM A CI.EMKNTE XIV INSTAVRaTIONEM PÈRFEC1T.

Page 1