ANNO. DOM1NI. MDCI.XXI
Après la description que nous venons de donner de l’ensemble de I intérieur de la basilique, on se fait sans doute une idée assez juste des effets brillants de son architecture. Ces effets du reste tiennent à la disposition même de l’édifice. Pour en faire ressortir les avantages, nous ne pouvons mieux faire que de citer le passage suixant de M. Quatremère de Quincy :
« La forme ou la disposition des basiUqucs était une des plus « avantageuses qu'on put imaginer pour de grandes salles, et leur a construction réunissait le double mérite de la solidité et de l’éco- « nomie. la» solidité est prouvée par la durée des édifices chrétiens « qui empruntèrent cette forme, et qui existent depuis environ qua- « torze siècles. L'économie dans ces bâtiments résultait de la légèreté « des points d'appui et de celle de la couverture, qui n'était que de u charpente. Dans la plupart des basiliques antiques, les murs et « points d'appui n'occupent que la dixième partie de l’espace total ; s taudis que. dans les monuments voûtés et bâtis en arcades, tels
NOTICES HIsTOHKjl'ES
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« que certaines églises modernes, les murs et points d'appui sont « entre le quart et le cinquième, c’est-à-dire plus du double de la • superficie. En outre ils exigent des matériaux et des genres de « constructions extraordinaires qui en quadruplent la dépense. »
.S'. M. Mrtggiore ; coupe transversale sur la 1/asiJie/ue et sur 1rs principales chapelles.
Cette coupe est destinée à bien faire apprécier les proportions réelles et relatives de la grande et des petites nefs; celles des ordres et de leurs détails; le plafond et les diverses charpentes; et enfin la disposition des deux principales chapelles : à droite celle de Sixte V, à gauche celle de Paul V.
Le plan figuré au-dessous est accompagné de mesures; il servira à donner une intelligence plus précise des formes de chaque objet.
Chapelle de Sixte V { [Sistina ).
Le cardinal Montalto, qui avait une grande vénération pour la crèche du Christ, conservée dans une ancienne chapelle de S. M, Maggiorc, résolut de lui en élever une nouvelle, à ses frais, au nord de la basilique. Les constructions furent commencées au mois d'octobre t584, sous la direction de l'architecte Domenico Fontana. et les travaux furent poussés avec une activité telle, que trois mois après la fondation, le- 1 4 janvier i585, époque à laquelle le cardinal fut élu pape, les caveaux étaient exécutés, et une partie des murs d'enceinte s’élevaient déjà au-dessus du sol. l-e nouveau pontife ne permit pas qu'on fît le moindre changement aux dispositions arrêtées, si ce n'est qu'il fit remplacer les stucs par des marbres précieux, découpés d'après des dessins variés.
fa forme de la chapelle est celle d'une croix grecque, et son
ET CRITIQUES. (ivlt)
ordonnance est corinthienne. Au-dessus de l'entablement de l’ordre iiiiissenl quatre grands arcs avec pendentifs; ils sont couronnés d’un second entablement, sur lequel pose un tambour, éclairé par huit croisées et orne d'un second ordre de pilastres corinthiens. Ce tambour supporte une coupole <pii se termine par une lanterne.
I-» forme élégante de cette chapelle, la beauté des proportions, la richesse des marbres cl l’éclat îles peintures font une si vive impression qu'on remarque à peine quelques détails incorrects : I abus des ressauts, la surcharge des ornements, les lourds frontons des fenêtres du tambour appliqués sur une surface courbe, ete.
Ionie la décoration de l'extérieur, c'est-à-dire les pilastres, les moulures, les halustres et les ornements, sont en travertin, ainsi que la lanterne tout entière; mais le fond des murs et la voûte de la coupole sont en briques. Cette voûte est couverte en plomb.
•C'est à l'intérieur qu'est déployée toute la richesse du luxe décoratif dans I emploi des marbres de toutes couleurs, de l’albâtre, des brèches diverses, du jaspe, formant des dessins incrustés dans la face des pilastres et figurant les emblèmes de lu Passion ou les armes de Sixte V. Les chapiteaux de ecs pilastres sont en travertin et dorés; l’entablement, egalement en travertin, est recouvert de stucs dorés, l-es arcs intérieurs des voûtes sont ornés, soit de stucs dorés, soit de peintures.
Au fond de la tribune ou abside, taisant face à l'entrée, est place le siège destiné au souverain |>oiitife quand il célèbre la messe ou qu'il y assiste. Derrière ce siège la paroi du mur est revêtue de marbres divers.
Dans les deux tribunes latérales, et adossés au mur, sont deux tombeaux splendides : à droite celui de Sixte V, fondateur de la chapelle; à gauche, et en lace, celui île saint Pie V. Ces tombeaux ne diffèrent l’un de l’autre que par les statues et les bas-reliefs. I.a statue de Sixte \ Je représente à genoux et en prière; dans celle de Pie V, ce pontife est assis et donne la bénédiction, l-es bas-reliefs
f>3o XOTICF.S HISTORIQUES
expriment les (airs principaux du règne de ces deux papes Ou trouvera plus bas, page Ct'iy, quelques détails relatifs aux matériaux employés dans ees monuments.
f,es peintures à fresque répandues sur diflérents points du monument sont de la main de peintres habiles. Celles qui sont placées de chaque côté des fenêtres et à la naissance des quatre grands arcs, ou qui sont comprises dans les quatre pendentifs, expriment la généalogie du Christ. Dans les huit compartiments île la coupole sont représentés des chœurs d'anges en adoration devant l’ Etemel, dont l'image se voit, au milieu d'un ciel éclatant, sur la petite voûte de la lanterne.
Jl reste à parler de la chapelle souterraine, dite «/«•/ Prrscpe,- ou de la Crèche, et qui est située au centre de la belle chapelle de Sixte V. {On en voit la coupe longitudinale dans la présente planche 3oy, et dans la planche suivante 3oK, le plan, la coupe transversale et la lace de l'autel placé au-dessus ) I«i position primitive de l’ancienne chapelle de la Crèche était distante de 70 palmes de eelle qu’elle occupe aujourd'hui. Sixte V ne permit pas qu’elle fut démolie; il exigea qu’elle fut transportée tout entière et d'une seule pièce. Cette translation offrait des dinirultés de plusieurs sortes. Cette chapelle était composée dé matériaux de petite dimension, c'est-à-dire d’un nombre considérable de morceaux ; les murs étaient fort anciens et détériorés; il s’y trouvait des voûtes et des vides nombreux; enfui il fallait changer l'orientation et asseoir la construction sur un sol plus bas. Fontana, qui, pour l’érection de l'obélisque de Saint-Pierre, venait de donner une preuve éclatante de son habileté à faire mouvoir «le lourdes masses, ne désespéra pas de triompher des difficultés d’un autre genre «pii se présentaient ici. Il commença, à l'aide de contre-fiches, par contre-buter les voûtes et les baies, pour les maint«*nir et pour empê«’her l’écartement. Il construisit ensuite un châssis en charpente «pii enveloppa tonte la chapelle; puis, à l'aide de trois cabestans, il fit avancer ce lourd fardeau jusqu'au lieu qu’il devait
Üil
occuper. Il restait encore à le faire descendre pour le poser sur un sol inférieur. Il imagina h cet effet de disposer, à égale distance et parallèlement entre elles, deux fortes tresses de cordages traversant la chapelle au-dessus de la corniche des pendentifs. Pour les fixer avec plus de solidité il les fit passer au travers d’ouvertures pratiquées dans les murs; puis, pour empêcher leur écartement, il les relia entre elles par deux autres cordages placés de manière à former un carré suspendu dans les airs et ayant le même centre que la chapelle. Aux deux premiers côtés du carré il fixa six moufles, correspondant à six autres agrafes du châssis en charpente. C’est ainsi que la petite chapelle du Pirsp/M’ fut suspendue au-dessus du lieu préparé pour la recevoir, et qu'on pût la faire descendre verlicalement et l’asseoir avec précision sur le sol (i).
Cette opération heureusement terminée, Fontana dut ensuite songer à orner cette petite chapelle, de façon qu’elle fût en harmonie avec la richesse qui l’environnait de toutes parts. Après avoir établi un escalier à double rampe pour descendre à la chapelle souterraine (voir le plan de la planche .'k»8), il plaça au-dessus de celle-ci un autel enrichi d’incrustations de marbres colorés et raies. Au-des- sus de cet autel s'élève un tabernacle (voir planche 3o8) en métal doré, supporté par quatre grandes figures d’anges en bronze. qui d'une main soutiennent le tabernacle, et de l'autre portent une corne d'abondance servant de candélabre. Ce tabernacle a la forme d'un temple, décoré d’un premier ordre ionique et surmonté d'une coupole, (.es piédestaux de la balustrade sont couronnes de statuettes de bronze figurant les douze apôtres, auxquels on a ajouté quatre anges comme complément. las tambour de la petite coupole est,, de forme octogone , et seize colonnes en spirale , et portant de petites figures d'anges, sont accouplées aux angles;
(i) Voye* l«r» gravure* et les tlHails de l'opération, page» ai et 53 de l’ouvrage de» IJoin. Fontana. « • ’
NOTICES HISTORIQUES
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entre ces colonnes sont ajustés des bas-reliefs. Ce petit monument, du reste, est peu remarquable pour la conception ou pour le style.
Chapt llv de Pfiul V [Bnrg/nsiaiid). *
A l imitation de Sixte V, qui avait consacré une chapelle au berceau du Christ, Paul V voulut aussi consacrer line chapelle à un antre objet vénéré, à l’image de la Vierge, qui passe pour avoir été peinte par saint I.uc. Il se proposait également de s'y ménager de son vivant une magnifique sépulture. Nous avons donné ci-dessus (page fil i) des détails sur la construction de cette chapelle, confiée à Klaminio Pon/.io. :
Cet habile architecte fit preuve d'un bon esprit et d’une éminente raison; il resta fidèle au grand princi|H* de l'unité et ne chercha point, par une nouvelle disposition, à surpasser son prédécesseur, en sacrifiant l'harmonie de l'ensemble à nn amour-propre mal entendu. Il adopta franchement le plan de Fontana, la forme générale du monument, les mêmes ordres et les mêmes hauteurs. Son œuvre pourtant n’est point une simple répétition; il a su rajeunir la masse en variant les détails. Si l’aspect général ne diffère pas sensiblement, du moins il offre plus d'agrément; les profils ont ici plus de finesse, et les marbres sont plus riches et mieux assortis. Dans la chapelle de Fontana, sous la voûte de la tribune qui fait face à l’entrée, il existe une eroisée en demi-cercle dont la lumière frappe trop vive- • ment l’œil de celui qui arrive et l'empêche de jouir pleinement de la première impression. F'iaminio Ponzio a reconnu eet inconvénient, et il y a remédié en remplaçant la croisée par une peinture. Il u n pas été aussi bien inspiré en ouvrant une lanterne au sommet de la voûte de la petite nef de l’église, à l’entrée même de sa chapelle; il » est résulté de là une opposition de lumière moins tranchée entre l’extérieur et l’intérieur, et par cela même d’un effet inférieur à celui de la chapelle de Fontana. „
En prodiguant les marbres outre mesure et en les variant sur tous les [loints, les deux architectes ont commis une erreur grave. Cette richesse est telle, que l'oeil ne trouve nulle part de repos, et que la composition de l'ensemble parait confuse. On pardonne plus difficilement ce luxe puéril à un artiste de la valeur de Flaminio Poijzio, qui, éclairé par l’exemple de son prédécesseur, n'aurait dû chercher à le surpasser que par ce qui constitue les beautés sérieuses de l'art.
Fais moulures et autres détails de cette chapelle, quoique plus corrects et d’un meilleur style que ceux de la chapelle de Sixte \ . ne sont pas tous irréprochables ; toutefois cette observation ne peut guère s'appliquer qu'aux chambranles des croisées, à l'ordre de l'autel et au fronton de celui-ci, dont. In forme est si répréhensible.
1 a sculpture d’ornement est ici mieux traitée que dans l’autre chapelle. On y trouve plus de finesse de style et plus d'ampleur dans l'exécution. Nous blâmerons toutefois l’excès de relief, tant îles guirlandes ajustées entre les chapiteaux de l'ordre du rex-de-ehaussce que des enfants, des aigles et des griffons qu’elles supportent. I es ornements en marbre de couleur qui découpent sèchement le ffit des pilastres dans la chapelle de Sixte V n’ont pas été reproduits duos celle-ci, et c’est une véritable amélioration. Notons enfin qu’on trouve ici quelques belles peintures de la main de Guido Reni. .
I.a composition architectonique des tombeaux est la même dans les deux chapelles; mais, sans parler des statues et des bas-reliefs, ils diffèrent par les cariatides de lattique et par les couleurs et l’ajustement des marbres. Au centre du tombeau de droite est la statue du [iape Clément VII, assis et donnant la bénédiction. Sur le soubassement en marbre on lit cette inscription :