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In, ,|t*tiiiiiit. Mais celle jierqiective était encore lointaine; pour lrrnn|ier les heure», aidé d'un de scs élèves, il menait en ordre ses dessins et ses manuscrits; la* famijdh se livrait -encore à celte lèche, '-qui était pour lui une distraction, quelques lienres avant sa mort, arrivée le 25 octobre 1855: .11 était âgé de snrvanl* ans.
Tfrlle a élc. la carrière «le cet artiste laborieux et modeste qui, pendant trenterinn ans. a poursuivi la réalisation d’nne pensée unique. Sim seul travail publié, le recueil des Édifices de Home mmlerne, suffit pour attacher une junte célébrité à son nom. • Il faut le placer, » dil M. Adolphe Lance, « au premier rang parmi les meilleurs recueils {mbiiéssiir le» monuments de l'Italie. » L’estime de ses confrères et les éloges flatteurs des artistes étrangers témoignent . de la valeur de cet important ouvrage. Un article publié en Angleterre, queiqne> jours après sa mort, dans nn journal spécial de l’architeelure <lhe Hui/der), n’a fait que confirmer la haute considération dont jouissait l’auteur en ce pays. Il y avait fait un voyage en 1841 pour visiter le» bibliothèques, et il > lut accueilli avec un honorable empressement par la Société des Architectes et par les pins distingués d'entre eux. l’n jour, — on nous (lerniettra de rapporter cette particularité, — il rendait Visite à l’un des éminents architecte* de Londres; na pouvant espérer de faire répéter son nom par un domestique anglais, il lui remit sa carte, pour qu’il l'annonçAt. Aussitôt il vit veoir au devant île lui le maître de la maison, qui, lui prenant la main avec une cordialité gracieuse, le conduisit silencieusement à sa bibliothèque, et lui montra le premier volume des Édifices de Home, en lui disant simplement : « Vous voyez ;
. il est usé; il m’en faut un autre. •
Le Tarouillv, — et il exprime souvent cette pensée, — a eu pour but principal d'étre utile aux architectes. Son désir et ses -prévisions nonl point été trompés : le recueil des Edifices de Home moderne est devenu un manuel que l’on consulte souvent et toujours avec fruit.
Il en serait de même, sansaurun doute, du recueil qu'il préparait sur la Basi- ,.iqu: Saint-Pierre et le Palais di Vatican et de celui des Manuscrits des arcri-
DE I*. M. T. K TaRODILLV.
éEojEs nua vins. Kapémns qu'ils ne seront point perdus ponrle publie. I n des livre» de Paul Le l'arouilly, président dii tribunal de commerce à Rennes, associe depuis longtemps par son amilié et son dévouement à scs travaux, en ap|>rérie. IVnp bien la portée pour les laisser tomber dans l'oubli, lisait que ee serait priver la mémoire de son frère d’une pari de célébrité .pu lui était promise, et il accepte comme un devoir pieux la tàclie difficile île les publier; mais l'oulit-r désintéressement-avec lequel il veut se consacrer à cette entreprise- serait peut-être insuffisant; et il est à désirer qu’il puisse recevoir l'aide nécessaire pour en assurer la prompte exécution.
si tes derniers ouvrages, si intéressants, arrivent au jour, ils formeronl avis- ■' les Koiricas de Rùag hiideexe l'ensemble le plus complet sur la belle é|Hiqui- de l'architecture romaine depuis la renaissance; et l'Italie devra confondre dans --a
reconnaissance avec les noms de quelques-uns de ses enfants celui de l'artiste
français qui aura réuni avec un soin si religieux ces titres glorieux de son passé artistique ; moisson si bien faite, qu’après lui il ne restera plus qu’à glaner.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Cette introduction a pour objet dcxposer les principes qui m'ont dirigé dans la publication de cet ouvrage, et particulièrement dans le choix des sujets auquel je me suis arrêté. J’ai essayé ensuite de faire connaître par des descriptions sommaires chaque genre des édifices de Rome, et de donner une idée de l’aspect de cette ville par une esquisse de l’ensemble. Enfin j’ai été conduit à présenter des réflexions sur les vicissitudes de l’art , et à rechercher les moyens de rendre plus rare, le retour périodique de ces temps de décadence et d'anarchie , où il cesse d’obéir aux lois du goût et de la raison.
L’étude des arts diffère essentiellement de l’étude des sciences;
Dilfcrmr
dans celle-ci, en effet, l'on n’admet pour bases que des axiomes et *•"*
1 1 Ci celle des science.
des faits précis : on pose des principes fixes et on en déduit des con-
imc« H) RS PH K 1.1 M 1 N A I K E .
DifbcuUe qu'on r|mmir a •IrAnir lr hem
séquences; on passe ainsi du connu à l’inconnu, en marchant toujours appuyé sur le raisonnement ou éclairé du flambeau de l’expérience.
Il en est autrement dans les arts d'imagination dont le but est la manifestation du sentiment du beau qui est en nous : ici point de principes absolus et immuables. I.e beau, eu effet, est susceptible de tant de variété, qu’on ne saurait lui assigner de limites certaines. Il se révèle d’ailleurs à notre sensibilité (dus encore qu’à notre intelligence : nous pouvons préciser, discuter les impressions qu’il produit en nous, mais non. le saisir lui-même dans son essence. Pour indiquer ce qui constitue le beau en architecture, n’est-on pas réduit à dire qu'il consiste dans l’expression caractérisée des convenances, dans des rapports heureux, dans la pureté des formes, dans l'harmonie des proportions, mots vagues et indécis qu’il faudrait définir et expliquer eux-mêmes ? et d’ailleurs n'est-il pas reconnu que la perfection peut s’obtenir de tant de manières, qu’un nombre illimité de chefs-d’œuvre, très-différents les uns des autres , peut résulter d'un meme programme, et qu'alors de tels problèmes ayant mille solutions distinctes rentrent dans la classe des problèmes indéterminés?
On ne doit donc pas s'étonner si l'architecture, art qui ne saurait trouver dans la nature un objet réel d'imitation, manque de définitions rigoureuses , de formules d'une application constante et propres à servir de guide à l'artiste incertain au milieu de cette multitude île systèmes qui se sont succédé jusqu’à ce jour(l).
Il est facile de s'apercevoir qu'ici nous n'avons en vue que la partie
i j On a cherche à assimiler les proportions «les édifices à relies des nombres ; mais ce système ne me semble avoir aucun fondement raisonnable. Que peut-il , en effet, y avoir de commun entre des rapports purement numériques, cl ceux dont l'appréciation n'apparlien qu’à nos sens? Il y a là évidemment une fausse application.
Oïl a été mieux inspire en cherchant à ramener les principes de l’architecture aux réglés
DISCOl'Ita IMltUMlVAlHL.
artistique de l'architecture: en effet, celle qui résulte de combinaisons raisonnées ou d’observations et de faits constatés par la science, peut toujours se formuler et conséquemment est accessible au travail et à l’étude; mais pour la partie tout idéale, pour celle qui est appelée à frapper les imaginations, à exercer sur l'âme une sorte de domination, c’est pour celle-là qu'on manque encore et qu’on manquera toujours d’un code complet de principes et de règles.
Pour suppléer à cette lacune et en l'absence de lois positives et in- *•> s-”1
doit •urlnulac forain
variables , il convient de recourir à l’observation des monuments et de ***>
les observation»
s’exercer à saisir entre leurs diverses parties, c'est-à-dire, entre les mas- 'i“™
* .)r Un
ses et les détails, ces rapports fugitifs, il est vrai, mais pourtant justes et précis ; il faut chercher à pénétrer le mystère de ces formes heureuses et comme privilégiées qui dans un bel ouvrage causent une satisfaction qu'on ne peut analyser, mais dont l’architecte a le sentiment et plus que tout autre l'intelligence. En étudiant avec persévérance les beautés d’un ordre élevé, celles-ci vous deviennent tellement familières, qu'on finit, pour ainsi dire, par se les approprier , et par s'identifier de telle sorte avec elles, qu'en travaillant soi-mème sur son propre fonds, on arrive, non pas à les appliquer directement, niais à y puiser, même dans des circonstances très-diverses, d'heureuses et fécondes inspirations.
lira donc utilité manifeste et nécessité même de. recourir aux le-
«le cette Hude.
çons du passé. Et qu'on n'aille pas croire que cette étude puisse rendre servile, ou mettre des entraves au génie : elle éveille l'imagination de
de la musique. Mais c'était seulement une analogie qu'il convenait d'établir et non une application directe qu'il eût fallu foire. On devait s'attache* uniquement à découvrir, s'il est possible , certaines lois qui seraient pour l'cril ce que les consonnanccs et les dissonances sont pour l'oreille, et alors le problème des proportions harmoniques se trouvait résolu pour l’architecture.
4 DISCOURS PRÉLIMINAIRE
l’artiste en lui faisant connaître les tentatives heureuses faites avant lui dans le champ immense qu’il explore, et elle ajoute à ses propres idées et. à ses lumières. En lui enseignant ce qu’on a produit jusqu'alors, elle ne lui donne pas la mesure du possible, mais elle lui démontre, par les annales de l’art, qu’une main ingénieuse et puissante saura toujours en reculer la limite.
Pourquoi ou a choisi Si l’on s’était proposé de former ici un recueil de ce que l'architec-
il» mnouHirnd ^ .
mmii-rtir. ture offre de plus éminent et de plus parfait, nul doute qu’il eut fallu donner la préférence aux monuments que nous a légués l'antiquité, et en cela c’eut été suivre une opinion d'une autorité incontestable, celle des grands maîtres des temps modernes, qu’on trouve unanimes pour en recommander l’étude , comme celle qui présente les meilleurs enseignements et comme une mine précieuse et abondante d’inspirations qu’ils ont souvent fouillée eux-mêmes. Les édifices antiques, empreints au plus haut degré d'un caractère de sagesse et de grandeur, offrent en effet les plus utiles comme les plus attachantes leçons. A une admirable simplicité dans l’ordonnance, ils réunissent presque toujours une élégance de détails et une correction de style dont on ne trouve que bien peu d'exemples. Mais tous ces chefs-d’œuvre, d'ailleurs arrivés à la connaissance du public par de nombreux ouvrages, ne peuvent malheureusement être compris que d'un nombre fort limité de lecteurs ; car il faut avoir fait une étude approfondie des usages des anciens, non-seulement pour pouvoir apprécier de tels monuments et les rétablir dans leur intégrité primitive, pour les recomposer enfin avec des débris souvent fort défigurés, mais encore pour être en état de reconnaître et de comprendre cette sagesse supérieure et cette judicieuse intelligence qui les avaient merveilleusement appropriés aux besoins d’une époque si loin de nous. Les monuments de la renaissance, moins connus, et enfants d'un âge plus rapproché
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 5
du nôtre, étaient destinés à satisfaire à des usages ou à des besoins plus conformes à ceux de notre époque : leur application devenait conséquemment plus directe et plus facile. D'après ces motifs réunis, notre choix a dû se fixer de préférence sur l'architecture des xv*, xvr et xvii* siècles.
Une considération déterminante pour nous, était non-seulement d'offrir des monuments d’un grand intérêt, mais de présenter des objets qui déjà eux-mêmes étaient l'application d'un système antérieur. On donnait ainsi la mesure de ce qu’il faut entendre par imitation, en montrant de quelle manière des hommes de génie ont su imiter sans être plagiaires, et comment ils sont parvenus à faire passer dans leurs œuvres et à s'approprier les beautés de l'antique, de telle sorte qu’on n’y retrouve plus l’ouvrage, mais l’esprit des anciens.
J’expliquerai maintenant pourquoi j'ai choisi mes exemples plutôt à Rome que dans toute autre ville. Sans doute les beautés de la ville moderne sont loin d’égaler celles de l’ancienne ; mais quelle ville fut jamais , comme la cité antique , placée dans des conditions aussi favorables! Maîtresse du monde entier, elle pouvait disposer de toutes les existences, les arts de tous les pays étaient devenus ses tributaires , la Grèce , ce berceau des merveilles, n était qu’une de ses provinces, et ses artistes les plus illustres étaient au nombre de ses esclaves.
Toutefois, quoique la ville moderne n’offre ni autant de richesses, ni autant de splendeur, bien qu'on y trouve plus rarement des productions aussi nobles, un goût aussi pur et aussi élevé, du moins c’est encore celle où l’on rencontre le plus fréquemment des conceptions hardies, des dispositions grandioses, des idées ingénieuses et brillantes, enfin cette élégance et cette grâce qui jamais n'abandonna l'école italienne, au temps même de sa plus grande décadence.
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6 DISCOURS PRELIMINAIRE
Doit-on s’étonner , au reste , que la cité moderne soit encore sans rivale et qu’elle soit si riche en monuments d’une perfection rare? depuis le xv® siècle n’a-t-elle pas été l’arène brillante où sont venus s’exercer tour à tour la plupart des grands maîtres, que la munificence et la politique éclairée des souverains pontifes appelaient de toute l'Italie? et l’on conçoit sans peine que ces architectes d’élite, qui tous se livraient avec passion à l’observation des précieux restes de l’antiquité, ont dû trouver d’heureuses idées et de vives lumières dans les grands exemples qu’ils avaient sous les yeux.
Rome était déjà la terre chérie des artistes ; aujourd’hui encore et plus que jamais, c’est la ville de l’étude: ce calme qu’on y trouve, ce concours nombreux d’amis des arts qui vous entourent, le pays, le ciel , les sites, les monuments, les ruines silencieuses et si éloquentes, enfin le grand nom même de la cité, nom qui a encore tant de prestige par les souvenirs brillants qui s’y rattachent, tout, en un mot, vous captive et vous porte au recueillement, tout vous invite au travail et à la méditation. N'est-ce pas là encore que se déroule sans effort devant vous cette longue chaîne de traditions conservées à travers tant de siècles, et dont on peut saisir les anneaux au moyen des débris de toute espèce confondus pêle-mêle dans une même enceinte? Là vous retrouvez, en effet, l’art étrusque dans les monuments sévères de la république , l’art grec dans ceux des premiers empereurs , l’art en décadence dans ceux de Constantin et de ses successeurs , l’art dégradé dans les œuvres du moyen âge , l’art régénéré dans les élégantes productions de la renaissance , enfin l'art perverti de nouveau et comme en démence dans les compositions capricieuses et désordonnées des deux derniers siècles.
Que d’enseignements ne puise-t-on pas dans l’étude de tout ce passé! quel profit ne doit-on pas recueillir au milieu de cette variété
DISCOURS PRÉUMINAIRK. , 7
de styles, en trouvant à côté des plus beaux exemples les conceptions les plus bizarres ! Ces comparaisons si fertiles en avertissements salutaires sont, pour ainsi dire, des leçons vivantes pour l’architecte. Elles rectifient son jugement, forment son goût et fixent invariablement ses principes.
Home moderne était déjà connue par les vues pittoresque A' Israël i
Silvcstre, de Specchi, de V nsi, de Panini, de Piranesi, de Barbault, publics sur H it4iie et par les ouvrages plus sérieux de Pietro Ferrcrio, de Falda , de Domenico de Rosti, et surtout par l’excellent recueil de MM .^Percier et Fontaine , dont la publication a beaucoup contribué de nos jours, ainsi que leurs préceptes et leur exemple , à ramener à de meilleurs principes l’art engagé alors dans une fausse route (i). Toutefois il
(*) Qu’il me soit permis d'exprimer ici mes regrets sur la perte récente qui vient d'affliger les arts; c’est un faible témoignage de mm» attachement filial, que j’aime à rendre i M. Percier, l’illustre maître qui a guide mes premiers pas dans U carrière des arts, et soutenu mon courage durant cette publication si longue et si laborieuse. *
il serait difficile de dire ce qu’on -trouvait le plus à louer en lui , de l'artiste ou de l'homme prive, tant il avait su se faire admirer et aimer à la Cois.
Il fut & notre époque, dénuée de croyances, le digne représentant de ces artistes pleins de foi, qui brillèrent au temps de l'antiquité ou de la renaissance, et qui, livres tout entiers à l'étude de leur art , dévoués de cœur h ses progrès , ue vécurent pour ainsi dire qu’en lui.
Ou ne peut nier que Percier n’ait marque le retour vers les saines doctrines ; il ranima le zèle pour l'étude sévère des anciens; et son école nombreuse, tout imbue de ses principes, contribua puissamment à renouveler l'architecture dun> toutes les contrées de l'Europe,. On lui doit encore une multitude de composition! délicieuses, qui seront dans tous les temps des modèles d’ajustement, d’élégance et de goût.
Il avait conservé, dans un Jge avance, nu vif amour pour son art. Au milieu mémo des souffrances de ses dernières années, o» retrouvait encore en lui une rare fraîcheur dans les idées ; conversation, toujours animee, était somee d'images et d’heureuses expressions; inai-s c’était surtout son âme expansive et chaleureuse, et les précieuses qualités du cœur qui rendaient cet excellent homme si cher à ses amis. Il leur laisse un vide immense et d'aincrs regrets , mêlés de doux et ineffaçables souvenirs.
En consacrant ce peu de lignes à la mémoire d'un grand artiste, j'ai la certitude de trouver de la sympathie parmi mes lecteurs, qui pour la plupart ont pu l’apprecier par scs œuvres; son nom d’ailleurs et son éloge trouvaient naturellement leur place dans un ouvrage sur Rome , vers laquelle il a su rappeler l'attention et diriger les et mies par d’utiles publications.
Ce mot d’un illustre étranger sur M. Percier mérite d’être connu et conserve; il m’a été
DISCOURS PRIÜ.IMI!*AIRE
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manquait encore un ouvrage qui reproduisit avec fidélité non-seuleinent l'exacte proportion des ensembles, mais qui fit de plus connaître les principaux détails des monuments, avec cette correction et cette rigueur de mesures qu'on apprécie et qu'on exige même aujourd’hui (i). Cet ouvrage était donc demandé par les artistes, et je n'ai épargné ni soins, ni dépenses, pour que son exécution répondit à leur attente et à leurs désirs.
Avant d'entrer plus avant dans mon sujet, je me hâte de donner ici l’explication de ce qui motive dans notre recueil 1 introduction d'édifices d’un intérêt secondaire. Ktait-il , en effet , raisonnable de trop limiter son choix et de n’admettre que les seules productions du premier ordre, ou seulement celles de la belle époque de la
répète plusieurs fois par le chevalier d'Esie, directeur du Musée du Vatican, 1 ami le plus intime de Com : ■ J’ai eu, disait celui-ci, de* relations infinie* avec les hommes, j en ■ ai connu particulièrement de tou* les rangs et de toutes les professions, mais la plus " belle âme que j'aie rencontrée sur celle terre, est celle de Percier. ■ Cela seul explique la vive affection que lui portaient ceux qui étaient admis dans son intimité.
(1) Dans ce passage, que nous aimons à transcrire, Rousseau a parfaitement fait sentir l'utilité des mesures : on regrette toutefois qu’il n'ait pas aussi bien compris toute l'importance de la perspective, que du reste le sujet qu'il traitait a du lui faire envisager sons un aspect défavorable : • L’art de représenter les objets, dit-il, est fort different de celui de les fairi? -connaître. Le premier plaît sans instruire; le second instruit sans plaire. L'artiste qui
• lève un plan et prend les dimensions exactes, ne fait rien de fort agréable à la vue;
• aussi son ouvrage n’est-il recherche que par les gens de l'art. Mais celui qui trace une " perspective, flatte le peuple et les ignorants, parce qu'il ne leur fait rien connaître et leur
- offre seulement l’apparence de ce qu'ils connaissaient déjà. Ajoutez que la mesure, nous
- donnant successivement une dimension et puis l'autre , nous instruit lentement de la vérité « des choses; au lieu que l'apparence nous offre le tout à la fois, et, sous l’opinion d’une « plus grande rapacité d’esprit, flatte le sens en séduisant l'amour-propre •» (dr C Imitation théâtrale }, I.e sentiment de Rousseau sur la persjsective est inexact ; seule , sans doute, elle est insuffisante pour faire connaître toute la vérité, mais elle sert du moins à la compléter, en représentant les objets sous leur effet optique. De plus, elle est utile à l’architecte lui-métnc, auquel elle enseigne les effets qu'il doit chercher ou éviter. Aussi Vitruve, Peruzzi et Yignole rrcoinmandent-ils l'etude de la perspective comme un moyen d’atteindre à la perfection de l’art ; Vignole ajoute meme que cette sciencp loi avait ouvert l'esprit dans l’art de bâtir. ® La teiensa délia pers/tettiva gli aveva a/tertn V ingegno /ter farte di fabbhcnrr «
DISCOURS PHM.I.MINAIRK.
renaissance? C’eût été, je pense, se montrer peu ju(iicienx que île ne pas enrichir l’ouvrage de compositions qui, sans offrir un mérite supérieur, se distinguent toutefois par une pensée heureuse . une ordonnance bien motivée, ou enfin par des détails remarquables; mais il convenait alors de moins s'étendre sur des sujets d’une moindre perfection : voilà pourquoi nos publications ne sont pas toujours complètes, pourquoi nous avons omis tantôt le plan et tantôt l’élévation ; quelquefois la coupe et quelquefois les détails, suivant le degré d’intérêt que les uns ou les autres nous semblaient offrir.
Il est (je ne l'ignore pas, et je le reconnais avec regret) bien des intentions architecturales que nos dessins ne pourront pas toujours faire comprendre et dont le mérite échappera aux personnes qui, n’ayant pas observé le monument lui-même, n’y suppléeront pas par une attention soutenue, de manière à parvenir, d’après les seules indications qu'il est possible de donner, à se représenter l’effet particulier devant résulter de certaines combinaisons. Il en est malheureusement de cela comme d’une partition musicale dont la beauté ne se révèle pas à la lecture et qui pour être comprise demande l’interprétation d’un orchestre.
Nous allous maintenant jeter un premier coup d'œil sur la ville éternelle; nous la visiterons ensuite en détail pour décrire successivement les monuments de tout genre qu'on y rencontre.
En arrivant à Rome, le voyageur enthousiaste éprouve bien des mécomptes ; il se refuse à reconnaître cette ville-reine dont on vante tant les merveilles ; son aspect est triste , ses rues étroites et rarement alignées , ses maisons mal tenues , ses palais négligés. Les ruines n’y sont même pas respectées; elles servent souvent aux usa-
Hrwwerr*
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qw’no epiotisc >Hi»r
10 DISCOURS PRELIMINAIRE
ges les plus vulgaires, ou souvent sont mêlées à d'ignobles et modernes constructions. Tous les monuments, jusqu'aux plus célèbres, lui semblent bien au-dessous de leur renommée, parce qu’il y remarque quelquefois un mélange d'impuretés et de licences introduites dans le dernier siècle avec une malheureuse profusion. Au milieu du désenchantement et du dépit qu'il éprouve, il ne jouit de rien, n’approuve rien , et n’a d'expressions que pour le blâme et la critique. Mais Rome , |>our être comprise, demande, comme la plupart des belles choses, un examen sérieux, une étude suivie : c'est assez dire que l’observateur superficie! à qui la nature a refusé le goût des arts, ou enfin celui qui ne fait à Rome qu’un séjour trop court pour être en état de l'apprécier , peuvent seuls conserver cette première et défavorable impression.
kiics « mtifcmi Telle est , au reste, la révolution qui s'o|>ère dans les idées à la suite
pir l'observation ... « .
>t ras*. des délicieuses promenades hutes au milieu de ce vaste musée, que le désordre des rues, d où résultent des effets piquants et variés, cesse bientôt de déplaire ; on éprouve je ne sais quel charme à errer à l’aventure dans ces rues paisibles, et à faire sans guide des découvertes ayant d’autant plus de prix qu’on ne les doit qu’à soi-même. Ah! combien alors vos premiers jugements se rectifient, quand l'art vous présente chaque jour les combinaisons les plus variées, lorsqu'il se manifeste à vos regards sous mille et mille formes ! tantôt grave, tantôt pittoresque, quelquefois ingénieux ou plein de majesté , ici vous charmant par la grâce de ses créations, ailleurs vous étonnant par leur audace; véritable Protée, il se retrouve encore sous d'élégants et légers badinages et semble avoir pris à tâche de vous affecter des sentiments les plus divers et les plus opposés.
i.pwgnKr.1 Rome ainsi vue eu détail laisse une foule de souvenirs précieux et
de la ville.
durables ; mais c'est surtout l’aspect général de la ville, considérée de
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
quelque site élevé, ou du Capitole, ou du Janicule, ou duQuirinal, ou du Pincius, ou d’une foule de points intermédiaires, qui produit une impression profonde. Aucune autre ville , en effet , ne présente un spectacle aussi solennel et si bien en harmonie avec scs destinées passées et présentes. Quel calme imposant dans tout ce qui s'offre aux yeux! que d’objets variés de formes et de couleurs, et qu’ils ont
d’éclat sous ce brillant soleil ? Au milieu de ce nombre infini d’habitâtions pittoresques, se détachent et dominent de majestueux palais ; puis ces loges toutes aériennes semées, pour ainsi dire, au-dessus des édifices, et cette multitude de coupoles rivales dont les moelleux contours se dessinent avec tant de grâce sur un fond d’azur : çù et là se distinguent encore le sommet des colonnes Trajane et Antonine et la pointe pyramidale des antiques obélisques dérobés à l’Egypte ; plus loin et à l’écart, les débris vénérables du Forum, et l’immense Colisée s’élevant d’une part , et Saint-Pierre, cet autre géant, surgissant de l’autre ; derrière et formant comme une ceinture à ce vaste ensemble , les vieux remparts avec leurs tours et leurs créneaux en ruine; plus loin encore, dans une campagne aride et délaissée, ces aqueducs sans fin qui semblent autant de ponts jetés par le peuple souverain pour aller à la conquête du monde ; enfin à l’horizon les monts Cimini, ceux de la Sabine et du Latium, qui couronnent, complètent- et harmonisent cet admirable tableau.
Tel est donc l’ensemble de cette grande cité dont nous allons passer rapidement en revue les monuments de divers genres , en essayant de faire ressortir le trait dominant et vraiment caractéristique de chacun d’eux. Nous commencerons d’abord par l’habitation ro- lliibiteUuM i ornai tirs.
f drvriptsoo
maine. 11 y en a de deux sortes : l'hôtel appelé Palazzo, qu’on traduit a« pi*, habituellement par le mot palais, et l'habitation plus modeste, la maison dite la Casa. Dans le palais, le vestibule se compose tantôt d’une
DISCOURS PRFI.I MIN AIRE
sorte de passage d'environ trois à quatre mètres de largeur, sur sept ou huit mètres de longueur; tantôt, et principalement dans les palais plus modernes, c'est un espace rectangulaire plus vaste, divisé par des colonnes ou des pieds-droits, supportant des arcades. Ces deux sortes de vestibules aboutissent à un portique environnant une cour décorée presque toujours avec une noble simplicité, et à l’extrémité de laquelle on aperçoit fréquemment une fontaine d'où une eau limpide et abondante s’échappe perpétuellement dans un bassin formé quelquefois d’un sarcophage antique. A l’une des extrémités de ce côté du portique attenant au vestibule, est une arcade accusant bien l'escalier et lui servant d’entrée. Cet escalier est généralement large, et ses marches sont toujours exécutées en pierre ou en marbre ; elles sont scellées, d'une part, dans le mur du pourtour, et de l'autre dans un mur central très-mince appelé anima (àrne), lequel divise en deux parties égales la cage de l’escalier. Au-dessus des rampes s'élèvent des voûtes en berceau , et les divers paliers sont marqués à chaque étage par des voûtes d’arète, ou même quelquefois par de |>etites coupoles.
Les pièces du rez-de-chaussée sont habituellement voûtées et servent de dépôt aux provisions de toutes sortes. Ou y trouve encore les cuisines, les ofliees , les lavoirs, les écuries et remises, lorsque toutes ces dépendances n'ont pas été reportées dans une cour secondaire. Les boutiques qu'on remarque quelquefois sur les diverses façades sont des modifications récentes introduites par les besoins nouveaux de notre époque tout industrielle. Le portique du rez-dechaussée de la cour est assez souvent répété au premier étage, mais il existe rarement au deuxième. Ces portiques sont ordinairement voûtés, taudis qu'au même étage les salles des appartements sont pour la plupart décorées de plafonds exécutés en bois et divisés en compartiments profonds que la peinture et la sculpture ont enrichis à l’envi.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. l3
Il serait difficile de saisir aucune intention de distribution dans cette suite de chambres qui se succèdent sans exprimer, à vrai dire, aucun besoin local. On ignorait dans ces temps éloignés, et on ignore même encore aujourd’hui en ce pays, tout le bien-être, toutes les commodités et les raffinements que notre civilisation , la douceur de la vie de famille , ou l’éclat des plaisirs du monde, ont introduits dans l’intérieur de nos appartements. Ici, au contraire, tout le soin, toute la recherche , et le luxe , sont reportés au dehors , sur la façade et la cour, sur le vestibule et l’escalier.
Je n’omettrai pas toutefois de mentionner deux salles très-vastes et très - remarquables , ayant une destination spéciale, et qu’on remarque au premier étage, dans plusieurs des beaux palais de Rome, l/une est une sorte d’antichambre s|>acieusc, décorée assez souvent de peintures , pour la plupart médiocres , et quelquefois aussi d’une estrade surmontée d’un baldaquin , que les princes et quelques marquis romains ont seuls le privilège d’élever (i). L’autre salle, plus vaste encore que la première , est désignée sous le nom de Solvne : comprenant pour l'ordinaire deux hauteurs d’étages, elle est située fréquemment à l’angle du palais, pour obtenir, sans doute, de la lumière et de la vue sur deux faces, et conséquemment plus d’agrément et de gaieté. Cette disposition du salon se retrouve aux palais Giraud, di Venezia, Farnese, Negroni, etc.... Quant aux autres salles ou galeries intermédiaires, la plupart sont inhabitées, et semblent n’exister que pour le plaisir des yeux, ou destinées seulement à donner, par leur étendue, la mesure de la richesse et de l’importance du propriétaire. Celui que sa naissance ou sa fortune élevait déjà au-dessus des autres semblait rechercher encore cette distinc-
Un en trouve un exemple au palais Mattéi. Voye* la <«>upe, pl 107.
DISCOURS PRELIMINAIRE
DeMri|itian Jr la m.vMtii
tion ; et cetait , sans doute pour éloigner l'ennui de ces tristes solitudes, qu'il se plaisait à les animer par d’intéressantes peintures, demandées souvent au pinceau des artistes les plus habiles. L’habitation réelle , les pièces véritablement à l’usage du maître et de la famille, existent presque toujours à uu étage intermédiaire, nommé pour cela Mezzanino; là encore on ne distingue dans l’ameublement aucune trace de cette élégance et de cette recherche qui , d'ordinaire chez nous , accompagnent l’aisance.
Dans l’habitation d’une médiocre importance , dans la Casa , on retrouve, mais dans des proportions plus restreintes, une partie des dispositions essentielles que nous avons notées dans le palais. L'analogie se remarque dès l’entrée; un passage se présente d'abord, et vient de même aboutir à un portique ouvert sur une cour de moyenne dimension. Ce portique, composé de trois arcades, supportées fréquemment par des colonnes de granit, forme ici le vestibule. On aperçoit à l'une de ses extrémités une arcade qui annonce l’entrée de l’escalier. Nous ne dirons rien de celui-ci, pour ne pas reproduire la description que nous avons donnée de l'escalier du palais, auquel il est entièrement semblable, et dont il ne diffère que parce qu’il est établi sur des proportions plus petites. Quant à la cour, si, comme celle du palais, elle n’est pas entourée d’un portique, du moins aperçoit-on, souvent à son extrémité, la fontaine accompagnée quelquefois d’un sarcophage. Les dépendances distribuées au rez-de-chaussée, à peu près de la même manière que celles du palais, sont toutefois d'une moindre étendue. Enfin, le vestibule, avec ses trois ouvertures, est assez généralement répété aux étages supérieurs, et on le désigne alors sous le nom de iMggia- Cette loge sert à donner de l’agrément à l'habitation ; elle lui procure, en effet, une promenade à couvert, et rend, de plus,
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
indépendantes les pièces de l’appartement qui viennent y aboutir.
Tels sont les caractères généraux, et, pour ainsi dire, le principe fondamental des distributions de l'habitation romaine. Ce sont, du moins, ceux qui frappent davantage, parce qu'on les rencontre trèscommunément; cependant on trouvera, dans le cours de cet ouvrage, des exemples assez nombreux de dispositions s'éloignant de ce type, ou n’ayant conservé que peu de chose de ses parties essentielles; mais ces exemples, je le répète, sont des exceptions à la règle générale.
Quant aux façades extérieures, leur aspect est presque toujours
«les habitation*.
d'une architecture sévère ; presque toujours ce sont de larges bandeaux qui marquent et séparent les étages, de belles croisées à consoles qui les décorent , un mâle et riche entablement qui les couronne. Ce système de décoration ne varie guère d’un palais à l’autre, si ce n’est par les proportions et par les détails. On ne cite que de rares exemples de l’emploi des ordres, comme à la Chancellerie, à la Farnesina , aux palais Giraud, Costa, Ossoli..., ou de stucs, comme au palais Spada ; toutefois les peintures et surtout les ornements en sgrafftto étaient fort en usage au xvi* siècle; mais presque tous ont disparu aujourd'hui , détachés par l’effet du temps ou par la main des hommes, plus destructive encore.
L’entrée appelée Portone (grande porte) est pour l’ordinaire formée d’une arcade ornée d’une écharpe de bossages , d'une saillie assez prononcée. Quelquefois , comme aux palais Sciarra et Palma , l'arcade est décorée de colonnes, ou bien encore c'est une porte d’une grande dimension , avec chambranles, consoles et corniche, comme aux palais Sacchelti et Negroni. L’entrée du palais Massimi, qui s'annonce par un portique, offre, il est vrai , une disposition toute différente ; mais ce chef-d’œuvre est pour ainsi dire un ouvrage à part,
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DrJff i|«taiin ilr* tdl.i ou indUiHiM
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une exception parmi les monuments, comme l’artiste qui la conçu en est une j>armi les architectes.
Il est encore une autre sorte d’habitation assez multipliée dans l’intérieur de Home , ou à peu de distance de ses portes î ce sont les maisons de plaisance appelées Villa , nom antique qui s’est perpétué jusqu’à nous. Comme la cité moderne est loin d’occuper toute l’étendue de l'ancienne, bien qu’elle soit comprise à peu près dans la même enceinte, une partie de cette enceinte, et principalement celle qui s'éloigne du Tibre, a été plantée de vignes , cultivée en jardins ou occupée par des maisons tic plaisance. Celles-ci rappellent par leur magnificence le luxe et l'opulencè des puissants citoyens de l’ancienne Home. On y trouve la même recherche , la même profusion d'ornements à l'extérieur . et la même splendeur dans la décoration intérieure ; on y a prodigué partout les stucs et les marbres , les peintures et les statues. Quel soin et quel goût n'a-t-on pas mis également dans la distribution des jardins! quelle variété de dessin ils présentent, quels effets inattendus on y rencontre ! l.à , c’est un pavillon élégant , ou bien un hémicycle abrité par de beaux feuillages , qui vous offrent un asile choisi , d'où vous pouvez contempler à l’aise un point de vue admirable ; plus loin , c'est une fontaine pittoresque dont les eaux jaillissent en flots abondants. Partout on a su profiter avec adresse des accidents du terrain, du mouvement du coteau, pour pratiquer des ■ terrasses, ménager des rampes, et élever de petits monuments de tous genres, dont la place semblait marquée à l'avance par le site: puis de toutes parts des vases, des statues, des groupes semés, pour ainsi dire, au milieu des fleurs et des bosquets. Ni les grottes , ni les cascades, ni les nymphées, rien , en un mot , n’a été oublié de ce qui peut parler à l'imagination ou séduire les sens. La nature elle-même, ici riante et grave tout à la fois, en se parant de tous ses charmes,
DISCOURS l'RF.I.IMlNAlBE. IJ
semble avoir concouru avec les créations de l’homme à produire tous ces enchantements. Contemplez ce ciel si pur, cette campagne si étendue et si accidentée, ces coteaux boisés, au sommet desquels on aime à distinguer quelque village lointain , enfin ces horizons si beaux , l’étude et l’admiration du peintre, et que sillonnent des montagnes aux teintes vaporeuses et bleuâtres , vous ne trouverez nulle part un plus merveilleux ensemble. Ce sont de telles demeures , sans doute , qui ont inspiré à l’Arioste ses- brillantes féeries, et le Tasse a dû y réver les palais magiques et les jardins d'Armide.
Ce n’est j>as toutefois dans les villa qu’il faudrait aller chercher des modèles d’architecture : on trouve rarement dans les édifices qui les décorent une ordonnance régulière et des détails inspirés par un goût sévère et pur ; mais on doit convenir, en même temps , que ce style incorrect et heurté, que cet étalage extraordinaire de magnificence ne s’allient pas mal aux œuvres de la nature si grandes , si riches et si variées. C'est peut-être dans de telles circonstances que l’architecture doit bannir tout ce qui sent l'étude et l’apprêt , et imiter la nature jusque dans son irrégularité.
Nous avons cru essentiel de mentionner ici les habitations de ce genre, bien quelles ne doivent occuper dans notre ouvrage qu'une place peu -étendue ; mais elles ont dans Rome une trop haute importance pour qu’il soit possible de les passer sous silence. Nous avons dû nous attacher à reproduire moins les habitations dont l'aspect est le plus pittoresque, que celles dont les dispositions, les proportions ou les détails sont dignes d'être offerts en exemple. Nous renvoyons pour les autres à cet ouvrage si apprécié des artistes, au choix des maisons de plaisance publié par MM. Percier et Fontaine, ouvrage qui fait si bien connaître les merveilles que nous avons essayé
Editer» rHijtiftt»
Prtniiém basilique*.
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de décrire dans nos dernières pages, et qu’on retrouve principalement dans les villa A Ibani , Borghese et Punjili.
Aucuns monuments ne méritent à Rome de lixer autant l'attention que les édifices religieux, dont le nombre est tellement multiplié, qu'il pourrait encore suffire aux besoins de plusieurs villes considérables. Si la grandeur de leurs proportions, si leur magnificence extraordinaire étonnent , on doit être encore plus frappé de la variété infinie de leur disposition et de celle de leurs détails , dont les différences séculaires, parfaitement tranchées, portent le caractère distinctif de chaque époque. Certes, s’il est un lieu où le temple chrétien doit inspirer un intérêt profond , ce doit être surtout lorsqu'on l’étudie dans le sanctuaire de la chrétienté, au coeur même de la puissance du christianisme. Là, en effet, on y saisit mieux les lois de son développement en présence des monuments de tous les âges, qui, comme autant de pages véridiques, en déroulent l'histoire avec une clarté toute particulière ; ainsi , dans l’antique basilique des premiers fidèles, on lit encore tous les anciens usages ; on y retrouve l 'atrium , sorte de vestibule ou de cour destinée aux purifications, une nef divisée par divers rangs de colonnes, le choeur avec sa balustrade et ses ambons ou pupitres de marbre, et à son extrémité, cet hémicycle resplendissant orné de mosaïques qui se détachent sur un fond d'or; décoration grossière et tout à la fois solennelle, peinture naïve des temps de décadence, détails curieux qui transportent si loin dans le passé et en expliquent si bien les mystères.
Les basiliques chrétiennes furent établies d’abord dans les monuments antiques du même nom où l’on rendait la justice , et qui furent appropriés aux besoins du nouveau culte. Elles conservèrent pendant quelque temps le caractère et la beauté simple qui les distinguaient dans leur origine; mais elles dégénérèrent bientôt et subirent l’in-
DISCOURS préliminaire.
fluence funeste que le moyen âge exerça sur toutes les productions de l’esprit. La décadence du goût se fit remarquer plutôt dans les ornements et dans les autres détails que dans les dispositions générales dont la tradition s'était conservée.
Lorsque les papes, après un séjour de près d’un siècle à Avignon, revinrent occuj>er le siège de Rome, ils songèrent à élever de nouveaux temples, et tendirent aux arts une main secourable. Les basiliques qu’ils bâtirent aux quinzième et seizième siècles s’éloignent peu, du moins quant à l’ensemble des dispositions, de celles des premiers temps. On ne trouve même de différences bien sensibles que dans l’arrangement du chœur et des clia|ielles latérales; mais combien les temps sont changés! Alors la magnificence pontificale a succédé à la simplicité apostolique de la primitive Eglise. On reste confondu d'admiration à la vue de cette double et riche colonnade formée des marbres les plus rares , en considérant ces ravissantes peintures répandues de toutes parts , en jetant les yeux sur ces plafonds magnifiques qui voilent ici la charpente du comble et dont les compartiments profonds rayonnent de l'éclat de l’or et brillent à la fois des plus vives couleurs. Mais bientôt à ce genre d’églises on en substitua un autre qui aujourd'hui s’est multiplié à l'infini : Saint-Pierre lui a servi de type et souvent de modèle.
L’abandon du système des basiliques peut être attribué à plusieurs Jtrr toütrf. causes : après une longue série de siècles, des modifications impor-' tantes s'étaient introduites dans les usages du culte; le programme était changé : peut-être aussi le goût de la nouveauté avait-il porté les esprits vers l’imitation des édifices de l’Orient. Mais la cause principale et la plus rationnelle qu'on puisse assigner à ce changement c’est la disette de matériaux. Jusqu'alors on avait fouillé les ruines, et l’opulente antiquité avait pourvu longtemps aux besoins toujours
DISCOURS I'RÉLIMIXAIRK.
croissants de la ville régénérée. Cette mine féconde, qui semblait inépuisable, ne donnait plus que de rares produits. Rome déchue ne pouvait plus exiger de ses esclaves d'Afrique ou d’Asie des marbres polis par leurs sueurs : il fallut recourir au sol et chercher des matériaux que la main des hommes n'avait plus façonnés. Alors les artistes nouveaux, privés de puissants moyens d’exécution, durent imaginer des modes de construction plus simples et moins dispendieux. C'est ainsi que l'élégante colonnade fut délaissée et remplacée par de lourds pieds - droits surmontés d'arcades. La voûte fut substituée aux majestueux soffites, et l’audacieuse coupole s’élança dans les airs à la jonction des branches de la croix. Ici, comme dans les basiliques modernes, on ne remarque plus la même unité dans la prière, ce n’est plus un sanctuaire unique, qui règne seul et qui seul reçoit les hommages des fidèles; mais de nombreuses chapelles établies dans la longueur et à l'extrémité des bas côtés partagent l'encens et les voeux. 11 n’est pas rare de rencontrer dans les églises de ce genre des dispositions de plans d’un mérite réel , des nefs d’une élégante proportion, et quelquefois même des détails d'une délicieuse pureté. Souvent aussi elles rivalisent de richesse avec les plus belles basiliques, tant on y a prodigué quelquefois les mosaïques, les compartiments de marbre, les dorures , les fresques et les sculptures.
«psru Ce serait ici le lieu de parler de Saint-Pierre , de cet édifice aux
Samt-Pierrr. .
proportions colossales, l'orgueil, dit-on, de 1 architecture et la plus étonnante de ses merveilles; mais Saint-Pierre, quoiqu’il ait exercé le génie de tant d’artistes supérieurs, bien qu’il soit l'œuvre successif d’architectes du premier ordre , Saint-Pierre , cependant , n’a pas trouvé place dans notre recueil. Cette vaste création , conçue sous l'impression d’une pensée malheureuse et dans un principe vicieux , peut-être, n’a pu suggérer de hautes inspirations aux habiles succcs-
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seurs de ce même Bramante dont la plupart des productions furent pourtant des chefs-d'œuvre. Il semblerait que tous ces maîtres, à fexempledu premier, aient tous succombé sous le poids d’un si pesant fardeau. On blâme dans le plan de Saint-Pierre sa disposition vulgaire , ses formes tourmentées et l’étude mal calculée des proportions. La façade est aussi l'objet de mille critiques fondées; elle manque de relief, et on ne saurait y trouver de parti décidé. La nef n'est pas non plus à l'abri de reproches : quoique immense , elle n’a pas cette apparence de grandeur que le talent, bien inspiré, sait donner même aux plus petites choses. C’est en vain qu'on cherche dans ee grand ouvrage une idée sublime, une conception surhumaine, qui réponde au but qu'on s'était proposé. On ne retrouve dans l'ensemble ni les élans du génie, ni eette parfaite unité d’intention et de direction qui a tant de prix, ni cette délicatesse enfin et cette grâce dans les détails , qui décèlent l'artiste dirigé par le sentiment du beau. Les voûtes méritent seules sous ce rapport une honorable exception : leur décoration est fort remarquable tant pour la convenance <jue pour le goût des ornements; à nos yeux Saint-Pierre n’est donc point un chef-d’œuvre, bien qu’il soit pourtant l’un des plus glorieux témoignages de la puissance et de la volonté persévérante de l’homme : il doit étonner sans doute, mais c'est plutôt par ses proportions gigantesques hors de toute comparaison , par ses richesses inouïes, et enfin par les grandes difficultés de construction qu'il a fallu vaincre. Cependant le blâme s’efface, les mauvaises impressions se dissipent, si l'on vient à considérer cette coupole célèbre, prodige de science et de poésie , ouvrage sublime dont la vue vous confond, et qui , par l'immensité de sa masse , l'éclat harmonieux de ses mosaïques, l'élégance de ses contours, et son exécution miraculeuse, fait naître dans lame ce ravissement indicible quelle n’éprouve jamais
Il ihil*lmn.
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22 * DISCOURS PRELIMINAIRE
qu'en présence des grandes œuvres de la nature. Conçue d’abord par Bramante, l'illustre artiste qui fonda l’église, elle fut ensuite modifiée par Michel-Ange qui en détermina la forme, les proportions exactes, et jusqu’aux détails de construction; mais le mérite de l’exécution et quelques modifications sont dus à Giacomo délia Porta et à Domenico Fontana ( i ). Au reste, ce vaste édifice a été publié avec tant de détails dans des ouvrages spéciaux qu’à mou avis il eût été hors de propos de le reproduire dans un recueil destiné surtout à faciliter les progrès de l’art, puisque l'architecte ne |>ourrait trouver que peu de fruits dans l’étude de ce monument; toutes ces considérations réunies nous ont paru assez puissantes pour motiver le parti que nous avons pris de renoncer à cette publication (2).
I .es habitations religieuses sont à Home en très-grand nombre; chaque église, en effet, est presque toujours accompagnée d’un couvent. Il est à remarquer que ces maisons de retraite ont un grand rapport avec les maisons antiques, sur les débris desquelles elles ont souvent été bâties. Nous n’en suivrons pas le parallèle déjà établi plusieurs fois, et nous nous contenterons de constater qu’en effet ces couvents sont une tradition plus ou moins fidèle de la maison du patricien , où la vie publique et la vie privée étaient complètement séparées. 1 , 'analogie n’est frappante que pour ceux d’une certaine
{lï Daus ce jugement sur Saint-Pierre , il est à propos de prévenir que j’ai cherche, autant que possible, à apprécier froidement le mérité d’un plan, d'une coupe et d’une élévation, et à conserver l’opinion et le langage d’un architecte. En présence de cette prodigieuse construction , qui semble plutôt le jet de la nature qu’un ouvrage sorti de la main des hommes, on n’est que trop disposé à se faire illusion sur des erreurs graves; mais je n’ai pas dû perdre de vue quloi j’écris la préface d’un livre d’architecture.
(a; Lorsque nous traiterons du Vatican et de ses immenses dépendances, la grande basilique ne pourra manquer d'être comprise dans notre ensemble. Nous nous abstiendrons toutefois d’en présenter aucuns details.
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étendue et qui portent le caractère d’un édifice complet. Nous ne nous occuperons que de ces derniers. Leur entrée principale est ordinairement située près de la façade de l’église dont ils sont comme une dépendance. Une petite cour, entourée quelquefois d'un jxirtique, se présente d’abord : autour d'elle sont distribuées les pièces à l'usage du public, telles que les vestibules, les parloirs, les sacristies et les bibliothèques. I<orsqu'on franchit cette cour, on |iénètre dans une seconde qui est le cloître, la véritable demeure du religieux : un beau et vaste portique l’entoure et forme une suite régulière d’areades supportées par des colonnes qui se trouvent quelquefois répétées au premier étage. Au centre on remarque une élégante citerne qui pourvoit aux besoins de la communauté, ou bien une fontaine jaillissante dont le murmure inégal rompt la monotonie du silence, et qui par sa fraîcheur féconde les fleurs et les orangers groiqx» autour d’elle. Sous le portique de cette cour ou trouve les vestibules , les escaliers, la sacristie , le réfectoire, la pharmacie, diverses salles de dépôt, et une entrée particulière à l’église.
Le logement des supérieurs et la plupart des cellules sont toujours reportés au premier étage. Quant aux cuisines, aux offices, aux lavoirs et autres dépendances , ils sont le plus souvent rejetés sur une petite cour de service ayant une sortie particulière sur la rue.
Telles sont les distributions les plus ordinaires des maisons religieuses : les chartreuses toutefois font exception et présentent avec les autres des différences bien tranchées. Elles ont cette particularité remarquable, qu’elles offrent dans tous les pays une disposition analogue et caractéristique qu’on retrouve également dans celle de Itoine, disposition motivée par la règle sévère des chartreux qui vivent encore plus retirés que les autres religieux. Chacun d’eux possède une habitation petite, mais complète, dont l'entrée existe sons les voûtes
Monuments 4»t*r*
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«4 DISCOURS PRÉLIMINAIRE
fin cloître. Elle se compose d'un vestibule , de plusieurs pièces , d une galerie terminée par un oratoire , et enfin d'un jardin ; le tout dans de très-petites proportions. Rien n’est mieux disposé pour le recueillement et la méditation i]ue ces sortes de demeures. Elles pourraient convenir aussi bien au philosophe livré aux plus profondes études qu'au chrétien consacré tout entier à Dieu.
J’ai cru devoir m'abstenir de parler ici des collèges , des bibliothèques, des portes de ville, des hôpitaux et des cimetières, jiarce que ces édifices, quoique importants et même assez multipliés dans Rome, manquent pour la plupart , dans leur disposition comme dans leurs façades, de ce caractère précis qui accuse nettement leur destination. Je me bornerai donc à renvoyer, pour ce qui les concerne, à l'explication des planches, où j’ai consacré à chaque monument un article spécial.
Je ne pouvais également me dispenser d'entrer dans quelques détails sur les fontaines que Rome possède en grand nombre et dont elle peut se glorifier à juste titre. On ne saurait croire combien ces monuments, qui répondent à mille besoins et contribuent de tant de manières au bien-être général , servent en même temps à donner de la vie et de l’éclat à la ville par leur variété infinie , et combien ils ajoutent à sa magnificence par la beauté de leurs eaux.
On est toutefois surpris que l’architecture, qui dans ce pays joue un rôle si important , ait si peu concouru à l'embellissement des fontaines, et que la sculpture ait reçu principalement mission de les orner. Je crois pouvoir expliquer cette préférence et l’attribuer au besoin de variété qui doit se faire sentir dans une ville où les petits comme les grands édifices ont presque toujours un aspect sévère. Un monument d’architecture au milieu de tant d’autres de même nature eût été sans beaucoup de relief et n’eût produit qu’un effet |>eu re-
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inarqua'bte ; on a compris qu’alors il fallait clierclier le contraste, pour rendre cet effet plus sensible : et , sans doute , voilà pourquoi on a eu recours à la sculpture. Celle-ci, au reste, dans de telles circonstances, présente des ressources infinies ; car, avec les idées mythologiques transmises par les anciens, il est aisé de peupler les fontaines d'une foule dé divinités .allégoriques qui ne sont , même aujourd'hui , une énigme pour personne.
Si nous avions envisagé dans les fontaines le jet des eaux , l'adresse et l’habileté qu’on a mises à les répandre, nul doute qu'on n'eût trouvé à Rome des modèles nombreux à imiter. Mais dans l'ouvrage qui nous occupe, consacré spécialement à l’architecture proprement dite, on devait. s'attacher plutôt à reproduire les fontaines vraiment architecturales ; il est résulté de cette obligation, qu’alors très-limités pour le choix des sujets , nous n’avons pu en retrouver qu'un assez petit nombre méritant , sous ce rapport , d’être offerts en exemple (i).
On peut , au reste, pour des renseignements plus étendus , consulter un ouvrage complet sur cette matière, public vers la lin du xvn' siècle par Falda , où le caractère pittoresque des fontaines a été passablement-conserve , et où l’on trouvera quelquefois des vues de Rome d’un effet assez piquant.
Après cette esquisse rapide des édifices de tout genre, on pourrait considérer notre tâche comme remplie, si nous ne regardions également comme un devoir de dire la vérité tout entière , et de ne
(i) Kous avons èru devoir nous écarter néanmoins de cette exclusion h l’égard de plusieurs romaines où la sculpture domine, lorsqu’elles nous ont semblé offrir quelque motif heureux dont larchUectc pouvait faire son profit.
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. Inllucnrr 4r la moie
pas uous borner à ne la présenter que sous une seule face. Jusqifici nous avons payé un juste tribut d'admiration aux beaux édifices dont nous avons fait la description; mais il est aussi un aveu qu.il faut savoir faire, malgré tout le charme des souvenirs qui nous dominent; il faut savoir convenir que bien qu'on trouve à Rome les modèles de la plus rare perfection , lé délire de l'extravagance a , dans .la même ville , passé toutes bornes. On ne saurait expliquer comment il arrive que , dans le lieu même où l'on rencontre les plus précieux exemples, tant parmi les anciens que parmi les modernes , on . ait pu pousser si loin l'égarement de l’esprit. Il y a. de quoi s'étonner davantage , en considérant que cet aveuglement ne vient peut-être pas de l'impuissance de bien faire, qu'on ne le remarque pas seulement dans le vulgaire des artistes, mais encore dans les hommes d’une supériorité réelle, qu'un désir immodéré de se singulariser à entraînés hors des limites du vrai et d une saine raison.
Il faut bien le reconnaître , chaque siècle a sa physionomie, sa couleur: une divinité qu'on rougit de nommer, bien quelle obtienne partout des hommages, la mode, préside souvent aux destinées de l’art; elle éblouit par ses futilités brillantes , elle séduit la plupart des hommes à qui la réflexion pèse. Quiconque voudra spéculer sur ce malheureux penchant qui nous entraîne vers la nouveauté, parviendra toujours à plaire; c'est le chemin qui conduit le plus tôt à la fortune, il est semé de fleurs; il faut beaucoup de courage, des convictions bien profondes, une religion bien austère, pour eu suivre un autre, et pour marcher avec constance, en opposition à la foule versatile et légère, au milieu des sarcasmes et des censures.
Malheureusement peu d’hommes ont assez, d’énergie de caractère pour se l anger ainsi sons une baïuiière discréditée et hostile à l’opinion : il en est bien peu qui osent fronder le goût, les mœurs et les
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préjugés d'une nation entière, si ce n’est même de tout un siècle : [)eut-ètre en est-il moins encore qui sachent au besoin se dépouiller eux-mêmes des impressions et des habitudes de leur enfance, afin de pouvoir consulter avec une entière indépendance ces ravissants ouvrages, héritage inappréciable, monuments augustes du génie des anciens, ou interroger avec fruit ce modèle éternel de l'artiste, la nature, qui a si admirablement inspiré ses premiers interprètes.
' Quelle serait utile* et intéressante, l’étude philosophique qui pourrait conduire à expliquer cette tendance de l'homme à abandonner le vrai et le simple pour se jeter avec une ardeur et un aveuglement inconcevables dans la voie des nouveautés! La porte à peine entrouverte aux erreurs, la- route à peine frayée, la foule s’y précipite sans réflexion , et les erreurs vont toujours croissant. De là tant d’incroyables extravagances. Celui qui saurait constater les premiers écarts, et signaler le danger, aurait déjà beaucoup fait pour les arts, s’il parvenait surtout • à éclairer quelques esprits sages et à conserver en eux le goût des bonnes traditions. Fécondé, ce germe précieux se développerait , prendrait de la force; et l’on verrait bientôt les théories mensongères anéanties de nouveau, et la raison victorieuse reprendre son légitime cnipite.
Il n’entre pas dans ma pensée de faire ici le procès des novateurs; i*. quelques-uns, je n’en doute pas, ont été mus par les intentions les plus droites et les plus désintéressées ; mais que ceux qui seraient tentés de les imiter se défient d’une imagination dont les inspirations égarent quelquefois, et que l’exemple du passé leur profite. Souvent, on le .sait, les doctrines les plus funestes ont été proclamées au nom île la raison; on connaît dans quels écarts sont tombés les Borromini , les Fuga, les Berriini, et tant d’autres hommes supérieurs, célébrés . cependant comme les lumières de leur siècle. La postérité a fait justice
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de ces renommées éphémères; elle a détrôné sans retour toutes ces gloires usurpées. Qu'on n'oublie pas surtout que le plus grand artiste des temps modernes, que Michel-Ange, abusant de sa prodigieuse facilité à ployer son génie à tous les genres, a contribué à pervertir le goût; que ses tristes exemples ont exercé sur notre art une influence d'autant plus fatale, qu’ils avaient pour eux l'autorité d’un grand nom et la puissance d’une haute renommée. L'indépendance de son caractère, qui lui faisait répéter sans cesse ce mot devenu célèbre : dû va intlietra ' agit a/tri non gli passa mai avanti (Celui qui se met à la suite des autres ne parvient jamais à les passer)., l’empêcha de se livrer à des études profondes sur les monuments antiques. Il était d'ailleurs septuagénaire lorsqu’il commença à s’occuper sérieusement d’architecture, et c'est ce qui peut expliquer quelques faiblesses si rares chez ce grand homme. Ses licences ne tardèrent pas à trouver des imitateurs, qui, renchérissant sur les bizarreries du maitre, les [toussèrent jusqu'à la plus folle extravagance.
i. Cependant, au milieu de ce dérèglement de l'esprit, il est étrange de
» l'apftvi ....
<bh»M«. voir, les chefs d’école, Borromim lui-même, animés d’un saint zèle, invoquer encore l'exemple des anciens, et en appeler au tribunal de la raison. Quelle foi, je le demande, peut-on avoir dans cette raison en démence qui a si malheureusement dirigé ces artistes? Pour la contrôler, n’est-il pas sage de se rattacher à des exemples ayant subi l’épreuve du temps, et que la postérité a librement sanctionnés? Tout enfin n’est-il pas profit dans cette étude du passé?. Y perd-on pour cela son libre arbitre? Non sans doute; on y apprend ce que les grands maîtres y ont appris eux-mêmes : qu’il est nécessaire de s'assujettir à certaines règles, sous peine de tomber dans le désordre et dans l'anarchie la plus complète. Et qu'on ne s'effraye pas, du reste, de la nécessité des règles : la nature elle-même s’en impose et nous donne
DISCOURS PRELIMINAIRE
une grande leçon, un éternel exemple, dans cette harmonie universelle, dans ce principe d’unité et d’ordre qu’on voit régner dans toutes ses oeuvres. • • . ,
Je ne prétends pas pour cela me déclarer ici l’ennemi de toute
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nouveauté et proclamer qu'il faille rejeter et bannir avec rigueur «•*»»»■
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toute espèce d’innovation. Pourquoi, dans les beaux-arts seulement, l'esprit humain resterait-il stationnaire et comme parqué dans un même cercle d'idées ? Pourquoi le génie ne pourrait-il se manifester sous plusieurs formes? A Dieu ne plaise que je veuille avancer une pareille doctrine! Cependant que celui qui sent en lui une sève puissante et créatrice, qui a foi dans ses idées, n'oublie pas les avertissements du passé. Lors même que ses innovations ne porteraient que sur des objets de détail qui ne peuvent causer un grand préjudice à l’art, il faut qu’il y mette encore de la prudence et de la réserve. Mais s'il s’agit d’un système tout entier, avant de chercher à le propager il faut l’avoir étudié et médité longtemps , il faut en avoir pesé toutes les conséquences , et n’entreprendre une mission régénératrice ' et aventureuse, qu’entraîné par une conviction irrésistible, par cet amour passionné de la vérité , qu’aucune considération ne saurait retenir.
Alors même, si vous aimez profondément votre art, si vous avez réellement en vue ses progrès, que.de doutes encore doivent s’élever dans votre esprit ! Ne craignez-vous pas de propager des doctrines qui soient un acheminement vers la décadence, ou d'attacher votre nom à l'un de ces types malheureux stigmatisés par l'histoire? (Ju'un examen sérieux et impartial vous éclaire, et que la comparaison de votre système avec ceux qui se sont succédé jusqu'alors, soit pour vous un lumineux flambeau. En considérant attentivement les œuvres des architectes des trois grands siècles, vous trouverez que, malgré la différence des temps et des lieux, malgré les nuances de style qui
Le* irjmtlciraulMiM dowcat être piulût proffreuitr*
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3 o DISCOURS l'RKI.IMIS’AIRk.
caractérisent' les écoles, il y a pourtant entre eux des rapports sensibles, une affinité qu'on peut saisir, enfin nne sorte de parenté, des airs de famille, qui n'échappent pas à ceux qui savent observer.
• Fades non omnibus una
Nec di versa tamcn : <|ualem decet esse sororum (i).
(Itidi, liki. U,
C'est que les artistes de ces belles époques , guidés par une haute raison , sont restés simples et naturels, c'est qu’ils ont su comprendre que, pour atteindre aux dernières limites de l’art, il fallait moins chercher à ouvrir des routes nouvelles qu'à améliorer des méthodes déjà en progrès , et n’attendant , pour parvenir au plus haut degré de perfection, qu'une habile main qui sût les y conduire.
L'histoire a constaté plusieurs fois que les arts suivent dans leurs transformations progressives la même marche que la nature, qui, dans l'accomplissement de ses œuvres, procède avec lenteur, mais toujours d’un pas ferme et sûr. Toutes ces révolutions artistiques, engendrées par un esprit de caprice et de désordre ne produisent jamais qne des fruits avortés. Elles laissent rarement dans l'avenir une trace durable, et n’en obtiennent que blâme et mépris. Voyez, au contraire, comme tout s’enchaîne dans une révolution graduée , amenée et voulue par le temps, comme fut celle de la renaissance , cette époque mémorable de résurrection et de miracles dont nous ne sommes malheureusement pas les héritiers directs.
(l ) Le visage n’est pas le même pour taules, vans être pourtant different : il est tel qu’il convient i des ssrurs. ♦ ' ,*
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Pour faire mieux comprendre quelle fut alors la marche des perfectionnements , il convient de rappeler quelques faits antérieurs, en prenant les choses d'un peu haut.
L'architecture sous Auguste et sous les premiers empereurs avait * r»i ,
•u premier tiéd*.
atteint cette perfection qui est comme l’idéal de l’art f mais elle ne «... i™ -i*..™. put se soutenir longtemps à ce degré d'élévation. Dès le temps d'Adrien, elle commença à déchoir et à suivre cette pente malheureuse qui devait la conduire à sa perte. Cet empereur architecte lui porta un coup funeste en cherchant à naturaliser à Rome le goût des monuments qui l'avaient frappé dans ses voyages en Grèce , en Afrique et en Asie.
Sous Dioclétien, l'imitation des édifices de l'Orient , et une profusion
irréfléchie d'ornements, achevèrent de pervertir les esprits, et l’on
cessa d'apprécier ce beau véritable, toujours sobre de parures et basé
sur les convenances et la raisori. Enfin la décadence est accomplie *.. .>• ««a.
sous Constantin , et deux siècles après la barbarie commence.
Il serait injuste diattribuer à la seule présence des barbares tous les malheurs des arts. Avant qu'aucune irruption des hordes du Nord ■ vînt désoler cette malheureuse contrée , son état politique avait •déjà fait tout le mal ; car c'est la destinée des lettres. et des arts, de suivre toujours celle des gouvernements. • •
Doit-on s'étonner de cette décadence , lorsqu'on se rappelle les tristes lois qui gouvernaient l'empire sur son déclin , lorsqu’on voit la pourpre des Césars disputée sans cesse par d’obscurs ambitieux et vendue à l’encan par des soldats mercenaires? alors le désordre introduit dans la société dut même pénétrer dans les productions de l’esprit.
A la suite de toutes ces calamités vinrent les barbares qui agravèrent le mal. lorsque' l’Italie était pillée , dévastée , gouvernée par les Vandales, les Goths, les Visîgoths et les Lombards, quand d’un bout à l’autre de la péninsule tous les liens sociaux étaient roni-
DISCOrRS PRELIMINAIRE.
pus, que pouvaient produire les artistes? Sans patrie, sans avenir, réduits à la condition d’esclaves, aux gages de tyrans grossiers auxquels il fallait plaire , leurs oeuvres durent se ressentir de l'avilissement dans lequel ils étaient tombés.
Au milieu de cet effroyable chaos, l'Italie s’apauvrit, elle perdit de jour en jour ses plus précieux trésors, je veux dire les monuments des arts, et elle ne produisit rien qui pût la consoler de ses >'«.1, pertes. Il semble qu’alors le génie italien fût descendu dans la tombe. Ivcs deux flambeaux de la civilisation, la Grèce et ftome, étant éteints, le monde fut de nouveau plongé dans la plus profonde ignorance, et les Muses exilées ne trouvèrent d’asile nulle part sur la terre.
Ce|>eiidant, s'il arrive que l’état politique s’améliore sur quelques points, si la paix renaît, si un gouvernement régulier s'organise, les arts sont aussitôt en progrès ; c’est l’instinct de l’artiste qui se manifeste, c’est un élan individuel; mais les encouragements ne viennent pas , et le progrès cesse.
Après le x* siècle, qu’on a justement qualifié de siècle de fer, un avenir meilleur semble |>ourtant se préparer. On distingue alors quelques améliorations à cette architecture grossière et bâtarde, implantée sur l’antique. Est-ce déjà la renaissance qui s'annonce? Ce point de départ est diflicile à saisir, et ressemble à ce crépuscule douteux , qui n’est plus les ténèbres , et n'est pas encore la lumière.
Uixi'.xn'rttutF Alors existaient quelques jeunes républiques organisées la plupart à proximité des deux mers: déjà, pendant les croisades, ces petits Etats s’étaient enrichis des dépouilles de l’Asie, et avaient formé des établissements en Orient. Nous signalons ces circonstances ,
parce qu’elles eurent une fiotable influence sur l’avenir des arts. Les
Pisans sont les premiers à se faire remarquer par leur empressement à embellir leur ville, et ils élèvent ces édifices somptueux qui aujour-
DISCOURS PRELIMINAIRE
d'hui encore témoignent de leur puissance et font honneur à leurs artistes. Bientôt des guerres intestines et acharnées se déclarent, et l’Italie entière se divise en deux camps de Guelfes et de Gibelins.
Chaque parti , chaque ville , cherchait alors à se distinguer par quelque grand monument, et cette rivalité municipale profite aux arts.
De riches palais, de splendides maisons communes, de magnifiques églises, s’élèvent de toutes parts, et les artistes, encouragés par les acclamations d’une population enthousiaste, retrouvent leur verve et leur imagination. Leurs premiers essais, il est vrai , sont empreints des souvenirs de l'Orient : on y distingue encore de l’hésitation et de l’incertitude dans les théories, niais on y reconnaît déjà des détails gracieux , et les ensembles sont à la fois majestueux et pittoresques.
\ oilü ce qui se passait aux XI*, xii* et xm' siècles : l’esprit humain avait enfin secoué la poussière du sépulcre, il avait repris sa mari-lie et ne devait plus s’arrêter. Quelques génies précurseurs avaient o®*» rami
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jeté dans les esprits les premiers germes d’une nouvelle civilisation et ramené les idées vers un genre de beautés oublié depuis longtemps.
C’est alors que parait le Dante : ses sublimes poésies réveillent la pensée et retrempent Us âmes; après lui Pétrarque et Boccace inspirent le goût de la littérature latine; enfin, au xv' siècle, l'antiquité exhumée s’élève glorieusement sur les débris du moyen Age qui s’efface chaque jour. Cet amour de l’érudition se propage bientôt d’une manière extraordinaire : au cœur de l’Italie, à Florence surtout, cette passion des complètes sur les anciens s’accroît de jour en jour. I,a liberté de discussion et d’examen favorise le mouvement des intelligences, et les esprits s éclairent. Des théories nouvelles longtemps combattues finissent toutefois par l’emporter sur des habitudes et des traditions invétérées qu’on a peine encore à abandonner.
l'.n ce même temps . eu l4f>3 , la barbarie obtient un triomphe, mais
Prise
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dr* r. rrrere Italie.
Ilrlour sas Ancien*
i'| DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
loin de l'Italie. Constantinople succombe sous les efforts des infidèles. Cet événement jette en Italie une multitude de Grecs exilés ou proscrits. Ils y trouvent un accueil bienveillant , l'hospitalité la plus généreuse et une seconde patrie. Ces Grecs érudits avaient conservé une foule de traditions précieuses et un nombre considérable de manuscrits curieux qu'on reçoit avec un empressement inexprimable. L’imprimerie est découverte : elle naît à propos pour favoriser cet élan général. Ce concours de circonstances heureuses rend plus large , plus rapide et plus complète cette révolution artistique et littéraire, qui déjà depuis longtemps travaillait tous les esprits.
F,e souvenir de Rome et de sa gloire dut renaître, alors qu'on découvrait, chaque jour, les écrits admirables laissés par ses poètes, par ses historiens, ses philosophes et ses orateurs. Aussi voyons-nous les artistes, partageant l'enthousiasme de cette époque, accourir à Rome pour visiter ses ruines, pour y chercher de magnifiques exemples, pour assister à ces leçons muettes dont rien pourtant n’égale l’élor-htau quence. Mais en quel état déplorable ils durent trouver cette ancienne maîtresse de l'univers! Elle était restée à l'écart et n’avait partagé ni
qui afflîjrfrrn! Rom<* . . . , il , , , . • **l . .t.
les bienfaits de la régénération, ni suivi le mouvement de 1 Italie centrale. Quel spectacle de deuil elle devait présenter! Apres avoir été ravagée tant de fois , cette grande cité n'était plus, hélas! que l’ombre d’ellc-mème. En 4>o, elle avait été saccagée par Alaric, roi des Visigoths; en 455, Genséric, roi des Vandales, l'avait pillée pendant quatorze jours, et Ricimer, quelques années après (en 472 ), lui avait fait subir le même sort. Totila, en 546, avait brûlé le Capitole et renversé le tiers de ses murs; l’empereur Constant II, en 663, avait ignominieusement dépouillé ses églises et fait enlever les bronzes de son admirable Panthéon. Sans parler de cette suite de petites guerres intestines qui la désolèrent si longtemps, combien
DISCOURS l'RKt.JMINAlHK.
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n’eut-elle pas à souffrir des invasions et de la protection même des empereurs de Constantinople et d’Allemagne, ou de celle des rois de France et d'Espagne, qui la rançonnèrent tour à tour! Mais aucune dévastation ne lui fut, peut-être, aussi funeste que celle de Robert Guiscard (1), d'odieuse mémoire , qu’on vit s’acharner sur des ruines , et qui pilla, démolit, ou incendia, dans la vieille Rome, tous ces vénérables monuments du Foruin , échappés miraculeusement à tant de catastrophes; sans doute parce que ces témoignages glorieux de l'art et de la puissance d’une grande nation avaient jusqu'alors inspiré aux vainqueurs le respect et l'admiration. Le génie lugubre de la dévastation semblait de nouveau planer sur cette malheureuse cité, réduite bientôt à n’être qu’un amas de ruines et de décombres. Non jamais ville n’offrit un spectacle si affligeant et ne fut accablée d'une aussi longue suite d’infortunes! Si l'histoire n’a rien présenté d’aussi brillant que la première moitié de ses annales, jamais non plus elle n’a rien raconté de plus triste et de plus déplorable que la seconde moitié; heureuse encore si, lorsqu'elle commençait à renaître, une armée d’Espagnols et d’Allemands, ou plutôt une horde de brigands, dirigée par l’indigne connétable de Bourbon, n'était venue, au xvi* siècle (a), détruire sa prospérité nouvelle , dévaster ses monuments , et faire subir à ses habitants les plus cruels opprobres.
Rome, disions-nous, n’avait pas pris part à cet élan généreux dont la Toscane, du xii* au xv* siècle, avait donné un si louable exemple; sa prospérité matérielle ne s'était pas non plus améliorée, et si des besoins impérieux eussent alors réclamé de grands monuments, elle eût été hors d’état de les entreprendre. Aussi ses artistes, inoccupés et
((} En 1084.
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DISCOURS PRELIMINAIRE
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découragés, l'avaicnt-ils depuis longtemps abandonnée, lai maison du patrice Cresoentius, bâtie au xc siècle, en est la preuve. Quoi de plus riche, si Ion veut , pour la multitude des ornements , et tout à la fois déplus misérable pour le style? Est-il rien d'aussi puéril et d'aussi dégénéré que l'architecture des cloîtres de Saint-Jean de Latran et de Saint-Paul, hors les murs , construits aux xii* et xme siècles? C’était pourtant alors que les Pisans se signalaient par ces monuments magnifiques qui, aujourd’hui même, jettent tant d'éclat sur leur ville, et que Paris voyait s'élever Notre-Dame, sa belle et riche cathédrale. La comparaison des monuments entrepris à cette époque serait curieuse à établir, car elle ferait connaître de quelle manière diverse les édifices de l’Orient ont été compris chez les différents peuples, et comment ils ont inspiré leurs artistes au retour des croisades.
Une grande calamité pour Rome fut d’avoir été abandonnée par les papes pendant une partie du xiv* siècle (i). Durant leur absence, deux familles ambitieuses et puissantes, les Colonna et les Orsini, se signalèrent par leur rivalité, et se disputèrent le pouvoir. Leurs luttes sanglantes occasionnèrent dans toute la contrée de longs troubles et d'affreux désortlres. En ce même temps éclata cette révolution non moins imprévue qu’extraordinaire, suscitée et organisée par un seul homme, par le tribun Cola di Rienzo. Elle s'annonça d’abord sous les apparences les plus favorables , et l’on put croire un instant à un meilleur avenir. Mais cette révolution sans nulle consistance ne parut que comme un météore lumineux qui brille un moment et s’éteint sans laisser la moindre trace de sa durée éphémère. Si, ii tant d'événements funestes, on ajoute ce fléau terrible, qui dans le cours du xivc siècle vint décimer la malheureuse Italie, on s'expliquera
(i) Dt? i3o5 à »37?i.
DISCOl’HS PREl.lMINAlRK.
aisément l'affreuse misère et l'incroyable <Jé|>opnla t ion de Rome . déchue au point de ne plus compter que dix-sept mille habitants.
Il était temps que eet état de choses eût un terme; sans quoi la cité éternelle, qui déjà croulait pièce à pièce, périssait tout entière, et ne serait plus aujourd'hui qu'une ruine solitaire, mais grande, mais sublime comme sou passé.
Heureusement les circonstances changèrent et devinrent plus fav O- llt»re«x eflrt
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râbles, l/e retour du saint-siège, suivi bientôt du concours nombreux des savants et des artistes, fut pour Rome un double élément de prospérité. L'ardente ferveur de ces hommes supérieurs excita bientôt une sympathie universelle et un tel enthousiasme pour l'antiquité glorifiée par eux, que de toutes parts on vint considérer, admirer et étudier ces ruines merveilleuses, restées si longtemps exposées à tous les regards, sans qu'on daignât y porter la moindre attention. Parmi les premiers architectes que leur admiration et leur culte pour les anciens entraînèrent vers l'antique métropole, il faut citer Brunellesehi , Léon Baptiste Alberti, le Cronaca, Bramante; après eux, de brillants génies suivirent ce mémorable exemple, lequel se perpétuera d'àge en âge, tant que le goût de la bonne architecture sera en honneur parmi les peuples.
De retour dans leur patrie, ces grands maîtres, formés à l’école de tant de beaux exemples, et nourris des préceptes de Vitruve , fixèrent dans de judicieux traités les vrais principes d'un art abandonné depuis si longtemps à l’ignorance, au caprice et à la routine, ou élevèrent ces nobles édifices qui portent l'empreinte de leurs savantes études sur les monuments anciens.
Ce fut alors que Rome reprit son rang; si jusque-là elle était restée étrangère à ce mouvement de progrès et de régénération qui s'opérait près d’elle, bientôt c'est elle seule qui va briller, et d'une clarté si vive, qu’elle effacera même tout l’éclat des autres villes.
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38 DISCOURS PRÉI.IMINAIRE.
Plusieurs pontifes dans le cours du xv’ siècle, Martin V, Nicolas V, Sixte IV, se déclarent les amis et les protecteurs des arts , et les encouragements mérités qu’ils savent distribuer, préparent le siècle brillant qui a immortalisé Jules II et Léon X. Les trois premiers pontifes attachent même à leur personne par des distinctions honorables et flatteuses, d'habiles maîtres, tels que Giuliano da Majano, Alberti , Baccio Pintelli , qu'un amour passionné pour leur art avait conduits à Rome , dans le but d'y perfectionner leurs études à l’école des anciens.
Rome donc sembla renaître ; de somptueux édifices furent entrepris et achevés en peu d'années; et comme si le génie romain ne devait rien créer de lui-même , la grande cité fut pour la troisième fois redevable à des étrangers des beaux monuments qui l'embellirent. On voit cette destinée singulière se reproduire aux trois grandes époques de son existence: à son berceau, ce sont les étrusques ; au temps de sa plus grande splendeur, ce sont les Grecs; à l'époque de la renaissance , ce sont les Toscans , qui tour à tour sont appelés à créer, à perfectionner et à renouveler son architecture. Les papes d'alors et leurs premiers successeurs surent parfaitement comprendre quel éclat durable leur pontificat pouvait emprunter aux arts et aux talents des grands artistes : et en effet , si , de son vivant , c'est le prince qui honore de sa protection l'homme de génie, c’est l’œuvre du protégé qui, après la mort du protecteur, l'honore à son tour et immortalise sa mémoire. 11 y avait d'ailleurs une grande portée de vues, une politique aussi adroite que profonde , à identifier la religion avec l’art , à placer celui-ci à côté de la foi , comme un interprète inspiré, qui, captivant les imaginations par l'éclat, la grâce ou la majesté de ses créations, devait attacher au culte les populations italiennes si fortement impressionnables.
DISCOURS PRELIMINAIRE
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L'architecture, exercée à Rome pendant longtemps par des artistes
•le l'arckitn Itur
nés en Toscane, conserva durant un demi-siècle le caractère de son
de la renaissance .
origine; ainsi l’on exécuta d’abord des habitations ayant l'apparence ferme et sévère des palais florentins; je citerai l’une d'elles, le palais di Venezia , remarquable surtout à cet égard et offrant l'aspect formidable d’une forteresse crénelée. Giuliano da Majano en fut l’architecte. f.a continuation de cet édifice , qui se distingue à la première vue par une moindre élévation , a été désignée sur nos gravures sous le nom de petit palais. On y trouve plus d’élégance et de régularité , mais le style d’une forteresse y domine encore. Je le crois l'œuvre de Baccio Pintelli , de cet artiste plein de goût et de talent qui exécuta à Rome un nombre considérable de monuments, et principalement des cloîtres et des églises. Nous aurons occasion de le citer souvent dans le cours de cet ouvrage. Son style se rapproche de celui de Brunelleschi ; mais il sut mettre dans ses détails une délicatesse extrême et une grâce infinie, imitées depuis par Bramante, qui, luimème, sous ce rapport , ne parvint pas a l'égaler. En ce même temps,
Alherti , ce savant et habile architecte, devenait le conseil de Nicolas V ; il jetait le premier les fondations de l’église de Saint-Pierre et commençait à la fois le Vatican. Son architecture est d’un goût pur et d’un style élevé ; elle a de l’analogie avec celle de Baccio Pintelli, sans avoir autant de sécheresse. Giuliano da Sangallo, qui appartient à la même école, a les mêmes imperfections et les mêmes qualités, quoiqu'il un degré moindre. Enfin apparaît cette grande figure de Bramante Lazzari , cet homme d’exécution et né pour les grandes entreprises. Il semblait fait pour comprendre Jules II , son souverain ; aussi impatient que lui de produire, le jour ne pouvait suffire à son