‹ Èdifices de Rome moderne, ou Recueil des palais, maisons, èglises, couvents, et et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome dessinès, mesurès et publièsChapitre 8 sur 104 · I.^raelrrr de rellr de U «Irtivêiw · texte numérisé non relu

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(O DISCOl HS PRÉLIMINAIRE.

ardeur immodérée, et ses constructions s’élevaient encore aux clartés des flambeaux. Eu peu d’années il exécute une grande partie du Vatican; et tandis qu’il construit les immenses fondations de Saint- Pierre , qu'il élève sa vaste enceinte , qu’il monte jusqu'à la hauteur des voûtes et avec une rapidité incroyable toute cette masse colossale, on le voit entreprendre et achever des édifices tels que la Chancellerie et le palais Giraud, des temples tels que S. Pietro in Montorio, monuments aussi admirables |>ar l'élévation du style, la grandeur de la pensée, que par la grâce et la finesse des détails.

Un est surpris que ce grand homme n’ait pas formé de disciples (i), et qu’il soit resté le dernier, comme le plus digne représentant de l'école florentine. I .es artistes qui lui succédèrent, quoique Florentins pour la plupart , appartiennent néanmoins tous à l’école romaine. On trouve le vrai type de celle-ci dans les œuvres d'Antonio da Saugallo et de Baldassarre Peruzzi, les dignes successeurs de Bramante. L'architecture alors se transforma, elle perdit un dernier reste de sécheresse , et atteignit au plus haut degré de perfection : à l’élégance des formes, à la grandeur et à la majesté des masses, elle réunit une juste précision de rapports et une grande pureté de détails. I<es palais Farnese et Massimi s’élevèrent presque simultanément; ils vinrent le disputer à la Chancellerie, et embellir a la fois une ville fière encore aujourd'hui de posséder de tels chefs-d’œuvre.

(i) Il rsl vrai f[K Raphaël avait reçu de Bramante, ton onde, des principes d'architecture pour le trace des etlilices qu'il introduisait dans ses tableaux , et qu’il eu fit plus tard l'application au petit nombre de bâtiments qu'il a élevés; mais» à notre avis , te grand peintre ne saurait être considéré comme un véritable architecte , et conséquemment comme avant été le depositaire réel des doctrines de Bramante.

Quant à Antonio da Saugallo, qui fut chargé de diriger, comme inspecteur, les travaux que la vieillesse et le* infirmités de Bramante l'empêchaient de surveiller, maigre les relations journalières et artistique* qui s’ensuivirent entre eux, il ne parait pas avoir été influence par le virus maître et avoir fait à son propre système la moindre modification.

DISCOORS l'rté.MMIJiAlBE. 4l

Une foule d’habitations charmantes furent édifiées h la même époque; Ualdassarre Peruzzi y prit une grande part. Cet habile architecte, dont la destinée fut d’ailleurs si agitée et si malheureuse, fut peut-être pour l’architecture, ce que Raphaël a été pour la peinture. Il y avait entre ces deux génies aimables une grande conformité «le talent. Jamais, depuis eux, on ne vit dans l’un et l’autre art des compositions aussi remarquables pour le goût et la variété; jamais autant de grâce ne fut alliée à autant de sagesse.

Telle fut donc la marche que l’art, toujours en progrès, suivit à Rome, depuis le milieu du xv' jusqu’au milieu du xvi' siècle. Cet art sut être à la fois grand , noble et élégant : et il atteignit alors à sa plus haute perfection ; ce fut le temps des saines doctrines et d une gloire durable , car jamais elle ne fut plus méritée : temps mémorable, siècle privilégié, où les bons esprits exerçaient un empire absolu, où le sentiment du beau avait pénétré les âmes, où les arts étaient compris de populations entières qui applaudissaient avec transport à leurs succès. Honneur soit donc rendu aux grands architectes de ces temps de prodiges! Lorsque tout se régénérait autour d’eux , que les lettres reprenaient un nouvel éclat, que la peinture agrandissait sa sphère, et portait si loin le prestige de son exécution; lorsque les sciences, pénétraient dans les secrets de la nature et que le génie des découvertes rencontrait à la fois l’imprimerie et le nouveau monde, eux aussi, eu suivant le mouvement général des intelligences, élevèrent l’art si utile et si noble de l’architecture au niveau de cette grande époque : au lieu de continuer une routine, qui depuis longtemps le laissait stationnaire, ils surent franchir le cercle étroit qui emprisonnait leurs devanciers, et sans autres secours que d’antiques et faibles indications, retrouver ces routes perdues , mais sûres, qui mènent aux chefs-d’œuvre et à l’immortalité.

DISCOURS PRKI.IMIKMRR.

iT-«rr, Si, pendant un siècle entier et jusqu'au milieu du xvi* , larcin-

de drc.tdrorc • I /» • %

lecture est constamment en voie de perfectionnement, apres cette époque le progrès cesse : elle conserve encore une grande physionomie, niais déjà le goût est en décadence. Cette naïveté, cette fraîcheur de jeunesse, le caractère distinctif de la première époque , a disparu; l'élégance des formes, l’élévation du style sont sensiblement déchus. Déjà même on ne retrouve plus ce qu’à vrai dire il faut appeler du nain d'architecture de la renaissance. Quelques beaux génies cependant brillent encore à cette époque : Michel - Ange Buonarroti, Vignola, Ammanati, Palladio, Pirro I.igorio, Giacomo délia Porta; mais si Michel-Ange, moins heureux dans ses innovations en architecture que dans les autres arts, produit quelques beaux ouvrages, il n'en est pas moins le premier à entrer dans ces sentiers malheureux qui, sous la funeste dictature intellectuelle qu’il exerça, devaient conduire l’art à sa perte. Yignole, législateur plein de raison et de goût , semble venir à propos pour eontre-balancer l’efiet des mauvais exemples; en même temps qu’il pose des règles, il en fait l'application aux monuments qu’il élève. Malheureusement Rome ne possède qu’un petit nombre d’ouvrages de ce maître habile; il • faut aller à vingt lieues de son enceinte, à Caprarola, pour voir et

admirer ses conceptions non moins sages qu’élégantes, et pour retrouver la véritable architecture de la renaissance. Palladio , autre grand génie, puise dans l’étude des anciens qu'il explique et qu'il commente , cette logique et cette raison puissantes qu’il déploya dans le cours de sa carrière si active et si brillante; mais c’est Venise et Vicetice, sa patrie, qui! est appelé à embellir de ses nombreux ouvrages; à peine Rome, à qui il est redevable de tout son savoir, en possède-t-elle un ou deux; encore sont-ils assez peu importants. Ammanati imprime à ses édifices un noble caractère; les masses en

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

sont imposantes, les divisions ont de la grandeur, enfin les détails se font remarquer tantôt par leur pureté, tantôt aussi par des incorrections. Pirro Ligorio fait une étude particulière des monuments antiques, et laisse de précieux manuscrits, fruits de ses profondes recherches. Dans son amour pour l'antiquité, il élève, dans le jardin du Vatican, cette habitation charmante connue sous le nom de Filla Pia , si parfaitement conçue à l'imitation des anciens, qu'un citoyen de l’ancienne Rome l’eût réputée, sans doute, l'ouvrage d'un architecte contemporain. Enfin , Giacomo délia Porta , doué d’imagination et de facilité, se fait remarquer par des conceptions hardies et de belles dispositions, mais il se laisse entraîner à la mode, et, dans un grand nombre de productions, où le mauvais goût domine, il fait oublier que Vignole fut son maître.

Cette deuxième époque, qui dura un demi-siècle et environ jusqu a la fin du xvie , fut une époque de transition : elle donna naissance à cette architecture d abord insignifiante et sans caractère, qui bientôt se signala par ses bizarreries et par ses extravagances. On peut dire que cette troisième époque fut une nouvelle décadence : elle en a. tous les symptômes. Les principes d’une éternelle raison furent méconnus et délaissés; enfin le désordre et l'anarchie, audacieusement proclamés, régnèrent seuls, comblés d'honneurs.

Cependant, cette décadence fut moins malheureuse que celle du moyen âge; elle produisit encore des hommes remarquables, dont quelques-uns même eurent du génie; elle put se glorifier de Domenico Koiitana , de Pietro da Cortona, de Rernini-, de Borromini , et de Fuga, le dernier d'entre eux ; mais les productions de cette époque, en opposition manifeste arec les bonnes traditions alors complètement oubliées, sentent la manière, et, comme le clinquant, brillent d'un éclat impur.. On ne peut s'empêcher de reconnaître que ses artistes

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

les plus distingués ont encore de la vie, de l'imagination et de la puissance, mais on ne s'aperçoit que trop qu'ils produisent sous l'influence d’uu mauvais génie, et que l'esprit du temps les domine et les entraîne.

Ih: U mitiwnrr Cette brillante régénération italienne de i45o eut un tel retentisse-

rit France.

ment en Europe, qu’elle modifia les idées les plus enracinées dans presque toutes les contrées où la civilisation avait pénétré, et contribua puissamment à étendre* cette civilisation naissante. Le système architectonique des nations du Nord subit alors de grands changements, et bientôt après, le système entier fut complètement abandonné. Si, pendant longtemps, les préceptes et les exemples laissés par les anciens n’y furent, pas généralement connus, on ne doit l'attribuer qu'aux difficultés qui existaient pour communiquer avec l’Italie, et à l’état peu avancé de l'imprimerie et de la gravure; car partout où les nouvelles doctrines étaient proclamées, elles trouvaient de l’écho et des partisans zélés. Ce fut principalement en France que l'influence des idées ultramontaines se lit le plus tôt et le plus profondément sentir. Les diverses expéditions en Italie, entreprises par Charles VIII, Louis XII et François I*r, avaient fait connaître aux guerriers français cette contrée délicieuse , au temps où les beaux-arts avaient atteint leur plus haut période. Qu’on s'imagine l'enthousiasme extraordinaire que le spectacle sj nouveau de tant de chefs-d'œuvre dut faire naître dans l'armée; tous les récits merveilleux qui s’ensuivirent durent, comme au retour des croisades, exciter dans la nation entière une vive sympathie et une grande curiosité. On dut demander aux artistes de reproduire toutes ces éclatantes nouveautés, et c'est ainsi que plusieurs architectes furent conduits à se

DISCOURS PRELIMINAIRE

rallier au système de la réforme. Parmi eux, il faut citer surtout Pierre ï^escot, Jean Bullant et Philibert Delorme, qui exécutèrent, avec l'Italien Scrlio, les plus beaux monuments dont la France puisse à juste titre se glorifier. Serlio était élève de Baldassarre Peruzzi ; mais il n'avait pas vingt ans quand il jierdit son maître , et il en comptait à peine vingt-trois quand il fut appelé en France. Delorme, dès l’àge de quatorze ans, étudiait à Rome; on ignore si Lescot et Huilant ont de même visité l'Italie, mais tout le ferait croire, si on en jugeait d'après la correction et la pureté de leur style. On dirait même que nos trois grands architectes ont été les disciples de Peruzzi, tant ils , ont su se maintenir dans les principes de son école.

On est en droit d’être surpris que les architectes d'un pays où l'on connaissait à peine les éléments de l'art au commencement du xvi* siècle, aient déjà pu rivaliser, à la fin du même siècle, avec ceux de l’Italie, cette terre classique si riche naguère en artistes du premier ordre, mais qui commençait à perdre les bonnes traditions, et n’avait à opposer à la France que deux hommes, bien illustres, il est vrai, Palladio et Vignola , dont un seul même semblait appartenir à la renaissance.

Il est à remarquer que les trois grands architectes français, qui les premiers ont appliqué le nouveau système, ont su le faire en hommes supérieurs, c’est-à-dire, avec indépendance et originalité. On doit leur savoir gré d'avoir conservé dans leurs œuvres des réminiscences de l’architecture nationale, comme pour en perpétuer la tradition.

C’est à François Ier qu’on est en partie redevable de cet élan spon- m™.. i"

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tane qui alors anima les artistes, dans cette Oaule chevaleresque, mais encore à demi barbare ; des trois derniers princes conquérants qui passèrent les Alpes , il fut le seul à comprendre et à aimer les

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}<> DISCOURS PRÉLIMINAIRE

arts, le seul qui se plût à les encourager [>ar scs largesses, et par les plus séduisantes distinctions, prodiguées aux hommes de lettres et aux savants , aussi bien qu'aux artistes.

L’art suivit en France les mêmes phases de décadence qu’en Italie, mais toutefois avec des modifications, que les habitudes et le goût particulier du pays y introduisirent. Sous 1/Ouis XIV, l'architecture, moins correcte et moins élégante que pendant le siècle précédent, fut surtout empreinte d’un grand caractère. Ce temps des Blondel et des Mansard eut de l’analogie avec l’époque, déjà éloignée, des Amnmnati et des Gincomo délia Porta ; et pour que la similitude lût complète, la France, un demi-siècle après, eut aussi ses Burromini et dut subir les conséquences de leur système. On n’échappa aux insignes extravagances de ce système que pour revenir, disaiton, au style grec, c’est-à-dire, à cette architecture bâtarde, sans rapport réel avec le type qu'on prétendait imiter, et toute personnifiée dans les œuvres barbares de l’architecte Ledoux. Heureusement cette vogue pour une architecture d'une pesanteur révoltante fut de courte durée.

Après cette époque vient la nôtre, dont je nie dispenserai de parler en détail, persuadé que pour bien en juger, il faut être à distance comme pour apprécier un tableau. Il serait difficile, au reste, de pouvoir la caractériser avec précision, au milieu de ce conflit d opinions si peu arrêtées qu'on pourrait se demander quelle est notre loi, si même nous avons des croyances. On pourrait su|>poser, il est vrai , que notre culte s’adresse aux anciens , proclamés par nous les maîtres par excellence ; mais ces dieux , sans autels , n'obtiennent de nous que des hommages stériles. Sans avoir poulies anciens un fanatisme ridicule, pourquoi, du moins, ne chercherions-nous [tas à entretenir avec eux un commerce plus intime, pour

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nous initier davantage à leurs doctrinre, et jiénétrer plus avant dans leurs secrets? On préfère, je le sais, s'inspirer des monuments de la renaissance dont l'application à nos usages est , en effet , plus facile et plus immédiate. Je suis loin de blâmer cette tendance. On aurait tort, sans doute, de négliger les leçons de tant de bons esprits; mais il faut que les «leux études se suivent , et que celle de l’antique précède l’autre, si l’on veut avoir sur son art toutes les lumières du passé. Quelques-uns affectent «le n’avoir aucun système, ou pensent qu’on peut les admettre tous sans préférence; aussi I«mrs ouvrages, dépourvus de caractère et d'unité, se ressentent-ils de cette absence de convictions. Pour d’autres enfin, il n’est ni théories ni règles; aucune autorité ne leur semble meme assez respectable pour qu’ils veuillent s'v soumettre. Dans leur amour pour l'indépendance, ils prétendent exclure la régularité et la symétrie de celui des arts «jui saurait le moins s’en passer (i). Ce qu’ils recherchent davantage, ce sont les formes les plus étranges et plutôt bizarres qu’originales; malgré l’extrême aversion qu’ils manifestent pour toute «*spèce d'iniitatiou , on les voit toutefois, infidèles à leur système, chercher des inspirations, même dans les compositions les plus déplorables du siècle passé. Il est commode, sans doute, de s’affranchir de toute règle, de s’épargner des veilles, des travaux suivis, des recherches pénibles, mais ce n’est qu’à ce prix pourtant qu’on peut espérer «l’atteindre au sommet de l'art et d’obtenir une place honorable dans le souvenir des

(i) Toute* le* fois (ju’en architecture ou admet comme principe l'imitation des procèdes de la nature, c'est admettre implicitement la régularité cl la symétrie, puisqu'on effet elles existent dans la plupart de ses «ruvres. Cette symétrie est surtout prononcée dans les étr**s animé*, cher l'homme et chez les animaux : et nous sommes tellement habitues à la voir régner partout, que chaque fois que, par une exception rare, une ou plusieurs de ces conditions de régularité ont été omises pour uu individu, cette erreur de la nature nous est odieuse. Nous sommes loin d'avoir et la meme exigence et la meme susceptibilité lorsqu'il s’agit des productions humaines, où pourtant le» mêmes régies sont si souvent violée*.

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Jg DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

hommes. Au lieu d’écouter l’ignorance qui les flatte et les encourage, ces artistes égarés devraient plutôt prêter l’oreille à la voix sevère des censeurs, qui les poursuivent souvent avec d’autant plus d amertume, qu'ils ont plus lieu de regretter que de belles qualités soient ainsi perdues, sans profit pour les arts.

Ce n’est pas en particulier chez tel ou tel peuple qu’existe cette malheureuse indécision des esprits : elle est générale en Europe. Partout des efforts pour en sortir, et partout la même impuissance. L’Italie elle-même, faut-il l’avouer? est aujourd'hui stationnaire ou arriérée. Peut-être sommes-nous arrivés à l’une de ces époques de transition , où les intelligences ont comme suspendu leur marche , et semblent attendre l’avénement de quelque grand génie qui les dirige et les entraîne à sa suite.

I /architecture n’a jamais obtenu en France qu'une faveur précaire, ::3 et n’a guère trouvé d’encouragements réels que dans le goût particulier du prince [jour cet art; conséquemment ces encouragements ont toujours- été passagers. Chez les anciens, au contraire, cet art était populaire, il était apprécié, et il eut de nombreuses occasions de se pro- . «*. dnire; à Athènes, par exemple, c’était une nation entière qui prenait part à l'œuvre de l'artiste dont elle dirigeait, pour ainsi dire, les inspirations. I,à, un monument nouveau occupait les esprits, comme chez nous, au dernier siècle, l'apparition d'une pièce nouvelle était un fait retentissant qui excitait un vif intérêt, et soulevait mille critiques.

A Rome, l'architecture fut d’abord encouragée par la religion. Au retour d une glorieuse campagne, ce fut longtemps la coutume d'élever un temple au dieu protecteur auquel on devait la victoire. Les généraux, au lieu de songer à s'enrichir des dépouilles de l'ennemi , les consacraient à embellir la ville par un monument du-

DISCOURS PIIKUMIN AlRK.

rable. Quelquefois ils mouraient pauvres en léguant à la postérité un noble souvenir de désintéressement. Plus tard , vers la fin de la république , ceux qui briguaient les magistratures cherchaient, pour obtenir les suffrages, à se distinguer par l’érection de quelque édifice d utilité publique. Ce moyen de plaire au peuple manquait rarement <1 atteindre son but, et souvent il fut mis en usage même par les patriciens les plus fiers. Ainsi, Appius Claudius Csecus, l’un des plus illustres de ces Appius si orgueilleux, ambitionnait la censure pour présider à 1 établissement de cette route magnifique conduisant de Rome a Capoue, et qui , après plus de vingt siècles, porte encore son nom : monument impérissable qui, aujourd’hui meme, témoigne de son zèle pour le bien public, et atténue le souvenir odieux attaché à la personne des Appius, à cause de leurs luttes obstinées contre le peuple pour le maintien des prérogatives de l'aristocratie (i). Le grand Pompée lui-même, après tant dëclatants services rendus au pays, cherchait encore à perpétuer sa mémoire par d'importants travaux : il élevait de somptueux portiques, et le premier théâtre qui fut bâti en pierre. Ce louable sentiment se soutint sous les empereurs : un riche particulier, Agrippa, construisait des temples, bâtissait des thermes, et peuplait Rome de fontaines monumentales. Auguste mettait sa gloire à renouveler la ville , dont il fut comme le second fondateur : plusieurs de ses successeurs rivalisèrent de zèle et déployèrent une magnificence inouïe dans les temples, les amphi-

(») On conçoit très- bien que ces routes militaires, ou voies romaines , devaient être de» travaux populaire» et entraient dans la politique du gouvernement. Non-seulement clics procuraient aux légions, alors toutes composées de citoyens, un adoucissement aux fatigues de la marche, non- seulement elles facilitaient les relations commerciales et de toutes sortes , mais elles contribuaient à perpétuer la puissance et la domination des Romains, qui bientôt se fût « teinte, faute de pouvoir transporter des troupes, dès qu'une sédition éclatait sur quelque point de leur vaste empire, ou qu'une de leurs provinces était menacée de l’invasion de l'ennemi.

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5o DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

théâtres, les thermes, et les autres monuments de toute espèce qu’ils édifièrent.

Il semble, au reste, que ce soit le destin de cette terre privilégiée, de ne pas perdre les bonnes traditions, et que tout ce qui brille au pouvoir par le rang ou par la fortune, soit, dans tous les temps, l’ami naturel et le protecteur déclaré des arts. Ainsi, lorsque après tant d'effroyables désastres, Rome eut succombé sous le poids de ses infortunes, lorsque ses esclaves déchaînés, les barbares du Nord et de l'Afrique, eurent assouvi sur son cadavre mutilé leur haine profonde et leur vengeance implacable, ne voit-on pas les souverains pontifes s'empresser de panser ses plaies, de fermer ses cicatrices? Une généreuse émulation les anime, et leur piété éclairée console et protège les arts. Dans les églises qu'ils élèvent, ils prodiguent toutes les pompes de l'architecture et de la sculpture, et les embellissent des brillants prestiges de la peinture. Leur zèle pour le bien public va plus loin encore, et ils agissent en véritables édiles. Rome leur doit le rétablissement de ses aqueducs brisés, et d’une multitude de fontaines dont les eaux abondantes sont une richesse pour la ville. Les admirables colonnes de Trajan et de Marc-Aurèlc sont restaurées par leurs soins, et les obélisques antiques renversés depuis des siècles sont replacés sur de nouvelles bases. Dans leur sollicitude extrême, ils veillent attentivement à la conservation des autres monuments de l'antiquité, et n'en excluent même ni les temples, ni les idoles du paganisme.

A Florence, à l'époque de la renaissance, c'est comme au temps de l'ancienne Grèce, comme à Athènes, où la population se mêlait aux artistes et les inspirait par l’intérêt même quelle leur portait. Pour montrer comment on entendait alors, en cette ville, la mission des arts, et faire comprendre à quel degré d'estime ils étaient placés

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

dans l’opinion, il nous suffira de rappeler le décret mémorable, rendu lors de la nomination d'Arnolfo di Lapo à la place d'architecte des travaux de Sainte-Marie des Fleurs , de ce monument tout

national, projeté comme devant être le dernier effort de l’industrie humaine : ce décret , qu'on doit regarder comme étant l'expression lidèle des sentiments du peuple florentin, est conçu dans les termes d’une juste considération pour l’artiste aux talents duquel ses concitoyens confiaient un ouvrage qui avait pour eux une importance si grande. On y remarque l’attention singulière qu’on a prise de lui épargner les entraves et les conditions gênantes; on ne le limite en aucune manière, pas meme pour la dépense : la seule obligation qu’on lui impose, c’est de rendre son oeuvre digne de la république (i).

En ce même temps , les riches particuliers suivaient l’impulsion don- l» p«irufan,

à IViOBptr de» gotiveraemeiRU, dkCrrlMM

(«y O? décret, où respire une majesté toute romaine, e%t un monument du xiu* siècle * qui • »’iliu*uer mérite d’être connu; nous eu donnons ici le texte et la traduction littérale : PBr d*

dooimipoU

« Attcso che la somma prudenza di un

• popolo d’origine grande, sia di proce- « dere ne) H aIT.iri suoi di modo che dalle

• operazioni esteriori si ricouosca non mono

• il savio , che (nagnanimo suo operare ;

• si or <lina ad Arnolfo eapo maestro dd nostro romunr, che faccia il modello o

■ disegno délia rinnovazionc di Santa-Re- •• paraia , cou quella più alla e sontuosa

magnilicenza , che inventar non si possa,

- ne magginre ne più bel la dall* indus tria e poter degli uomini; sccondoché da più savi di questa città c stalo detto c con-

• sigiiato in publica e priva ta adunanza, •• non doveru intraprcpdcrc le cose del

■ comuitc, se il conretto non è, di farle

• correspondent i ad un cuort che sien fatto

• grand issimo , perché rnmposto dcll* animo

- di più cittadini uni ti insicme in un sol « volere. »

Attendu qu’il est de la souveraine prudence d’un peuple d’une illustre origine de procéder dans ses affaires de manière qu’on reconnaisse dans ses actes extérieurs la sagesse non moins que la magnanimité de sa conduite : il est ordonné è Arnolfo, architecte de notre commune, d’exécuter le modèle ou dessin pour la reconstruction de Santa-Reparata, et d’y déployer la plue haute et la plus somptueuse magnificence qu’il soit possible d’imaginer, de sorte que l'industrie et le pouvoir des hommes ne puissent atteindre à rien d’aussi grand ni d'aussi beau; suivant ce qui a été dil-et conseille en assemblée publique et particulière par les plus sages de cette cité, qu’on ne doit entreprendre aucunes choses qui concernent la commune, à moins qu’on u’ait la penscc de les faire correspondre à une audace qui devient immense, parce qu'elle se compose de la résolution d* un grand nombre de citoyens réunis en une seule volonté. *

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

No* riche* ont rarement crttr noble ambition.

C'etl à l'art i < enquérir linoéiK ta position

née par les princes et par les gouvernements : ils édifiaient pour leurs familles, non de frêles habitations, mais de véritables monuments construits pour traverser les siècles. On ne pouvait du moins accuser ces hommes d être à la fois opulents et spéculateurs avides : une pensée généreuse présidait à leurs résolutions et leur dictait ces louables sacrifices ; ils se plaisaient à embellir la ville qui les avait vus naître, et songeaient encore à laisser d’eux-mêmes un souvenir durable. Leur noble ambition n’a pas été trompée; et si les familles Farnèse et Strozzi sont éteintes, on cite à Rome et à Florence les palais qu'elles ont élevés comme des chefs-d'œuvre dont la patrie s'honore. Trouvons-nous rien de semblable dans nos mœurs! Un esprit mercantile et d'égoïsme étroit s’est emparé des sociétés modernes. Nos riches, satisfaits de briller un instant par l'éclat d’un luxe futile, s'inquiètent [jeu de la postérité, et cette postérité, à laquelle ils n’ont légué aucuns souvenirs, juste pour eux comme pour tous, doit condamner à un éternel oubli des noms sans gloire, auxquels ne se rattachent ni actions mémorables, ni monuments des arts.

Telle est, malheureusement, il faut en convenir, la différence marquée qui existe entre les deux pays dans l’ainour qu’ils portent à l’art. Ce n’est vraiment qu’en Italie que ce sentiment pour l'architecture est profond et universel; ce n'est que dans cette contrée, toute poétique, que chacun semble se complaire à orner son habitation , et se montre désireux d’accuser à l’extérieur le goût qui distingue le propriétaire.

On ne peut espérer, sans doute, de voir ce sentiment se répandre parmi les populations tant que l’art n’aura pas su conquérir la haute position qu'il devrait occuper dans leur estime; aussi longtemps qu’il n’aura pas réussi à frapper des imaginations rebelles, par l'élégance, la hardiesse et la majesté de ses conceptions; en un mot, tant que n'étant pas pénétré de toute l’importance attachée à ses œuvres ,

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

il n'aura pas cessé de se prostituer. Ainsi , ses succès, sa considération, son avenir, dépendent en quelque sorte de lui-même. La question dès lors consiste tout entière à chercher quels seraient les moyens les plus propres à servir l’art et à le diriger dans la voie du progrès. Pour arriver à ce but, il y aurait bien des réformes à entreprendre, qu’il serait long et hors de propos de formuler ici : qu'il nous suffise d’en indiquer une, la plus essentielle peut-être, et qui seule réaliserait d’importantes améliorations : pour obliger l'art à se respecter luimème, il faudrait atteindre et paralyser l’ignorance présomptueuse, et ne plus lui permettre d’étaler avec tant d’impudence les honteuses productions dont elle souille nos villes (i). Eli quoi! lorsqu’une législation répressive , prévoyante et protectrice de la fortune des particuliers, contraint l'avocat, l’ingénieur et tant d’autres à des études sérieuses et les soumet à des épreuves de savoir, comment à l’égard de l’architecte, qui souvent dispose comme eux de cette fortune, la loi reste-t-elle muette et montre-t-elle tant d’insouciance pour la prospérité d’un art, auquel se lie jiourtant la gloire des nations? Comment dans nos villes , les constructions particulières manquent-elles si souvent d'une direction intelligente et sont-elles ainsi abandonnées aux spéculations cupides du premier mercenaire (a)?

De tels abus sont trop préjudiciables j>our être tolérés plus longtemps. Il faut que les citoyens, qui souvent confient à l’architecte

(t) En Russie , m’a-t-on dit, il existe un réglement de police fort sage : tout particulier qui, dans une ville, veut élever une construction quelconque, est obligé de soumettre le dessin «le l.i façade à un jury d'architectes chargés d'examiner si te projet doit produire un bon effet et se lie bien avec les bâtiments voisins. Cette formalité, qui gène peu la liberté individuelle, doit contribuer singulièrement à l'embellissement d'une ville, si la censure, loin d'étre systématique et capricieuse , est juste et éclairée.

(a) On trouve les mêmes regrets exprimés dans un ouvrage de Masois, ce digne artiste «pi'unc mort prématurée a enlevé aux arts et à ses nombreux amis, qui appréciaient en lui tant de qualités aimables , l'urbanité de l'homme du monde réunie aux talents de l’architecte et au

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DISCOLItS PRÉLIMINAIRE.

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les intérêts les plus graves, trouvent en lui des gages certains de talent. C^tte condition accomplie, presque toujours ils pourront compter sur des garanties non moins essentielles, celles que donne la moralité : car l’étude des beaux-arts a le privilège d’élever l'âme et de communiquer aux sentiments de la noblesse et de la dignité.

On doit encore chercher à contre-balancer l'effet des mauvais exemples, malheureusement trop nombreux parmi les édifices privés, en apportant un soin extrême et une grande surveillance à la construction des édifices publics; car non-seulement un monument reçoit l’empreinte du goût d'une époque , et est destiné par sa longue existence à transmettre aux générations suivantes des impressions et des idées, mais il a même une influence immédiate sur l’architecture contemporaine; et, en effet, on a observé, dans tous les temps, une tendance générale des artistes vers l imitation des ouvrages éclatants de leur époque; aujourd'hui , comme autrefois, l'habitation du riche se modèle sur celle du prince , et, dans la demeure du simple citoyen, on retrouve encore un reflet de celle des deux autres.

Parmi les symptômes les plus alarmants qui menacent les destinées de l’art, nous devons signaler l’indifférence du public. Chez nous, il faut l'avouer, jamais un nom d’architecte n’obtient ce degré de considération et de faveur qui donne à l’âme ce ressort énergique à l'aide duquel elle s’élève dans les hautes régions de l'idéal. On ne sait

«avoir de l'antiquaire. Os passades que nous transcrivons du Palais de Scaurut sont empruntes eux-mêmes à Vitruve, à Xcnuphoo et au code do Théodose : « L'architecture est souvent pra- « tiquée par une foule de gens sans études, sans expérience , que l'amour du gain engage à professer un art auquel ils n’ont point etc initiés. Aussi je vous avoue que je n'ose blâmer . les peres de famille qui, dans la crainte d’être ruinés par l'impéritie nu la mauvaise foi d'un • architecte ignorant, ne se fient qu'à eux-mêmes du soin de conduire les travaux qu’ils veu- ■■ lent faire exécuter.. .... Cet art exige un esprit cultivé Son étude devrait être le par-

tage exclusif de ceux qui out du génie et Ia connaissance des belles-lettres. *

DISCOURS FR ELIMINAI R F..

faire aucune distinction entre le bâtisseur inculte et l'artiste de génie > qui a le pouvoir d'impressionner la multitude, soit qu’il élève un palais aux grands de la terre ou bien un temple à l’ Etemel. Privé d'encouragements flatteurs , l’architecte est réduit de nos jours à aimer son art pour l’art seul : il est vrai qu’il a la consolation de trouver dans les jouissances de ce commerce intime , un dédommagement aux fatigues et aux veilles de l’étude, et surtout aux dégoûts trop nombreux attachés à l’exercice de la profession. Mais il lui manque toujours ce stimulant si actif et si puissant que les artistes puisent seulement dans la sympathie du public pour l’art et pour ceux qui l’exercent. C’est cette sympathie qui fait opérer des miracles et qu’il faut s’efforcer de faire naître par tous les moyens possibles. Le plus efficace serait, sans contredit, d'introduire l’étude des beaux-arts dans l'éducation, du moins comme partie complémentaire, à l’imitation des Grecs qui l’associaient à leurs études philosophiques; sans cette initiation, on peut dire qu’il manquera toujours à l'intelligence de l'homme l’un de ses plus magnifiques développements. Il est aisé de prévoir tout le bien qu'une telle réforme pourrait produire. On ne peut douter, en effet, que ces connaissances, maintenant peu répandues , devenant plus générales, l’intérêt pour l’architecture n'aille toujours croissant. Que de vives lumières jailliraient de ce concours de tant d'opinions désormais affranchies! Que de jugements alors redressés! Le public éclairé ne se ferait plus l’écho d'un petit nombre; il jugerait avec ses propres impressions, et trouverait dans ses connaissances nouvelles des jouissances qu’il ne soupçonne même pas aujourd'hui : alors l’architecte pourrait prétendre à ces acclamations enivrantes qui seules impriment à l'art une grande impulsion.

On doit justement s’étonner de rencontrer cette triste indifférence chez un grand peuple, jaloux d’occuper la première place dans la civi-

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DISCOURS PRÉLIMINAIRE

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lisation ; et l’on ne saurait expliquer comment des populations qui se montrent si fières de la beauté de leurs villes , peuvent citer avec orgueil les monuments qu'elles y admirent , sans y rattacher jamais un nom illustre, sans rendre jamais le moindre hommage à celui dont les productions font la gloire de ses concitoyens (i). 11 en est autrement dans un pays voisin, où l’on a l'instinct des arts, et où l’on sait apprécier tous les genres de mérites. lit , du moins, la gloire est pour tous, et les Brunelleschi, les Bramante et les Palladio, sont, au delà des Alpes, placés à côté de Galilée, du Tasse et de Raphaël, et |>artagent avec eux l’admiration de la postérité.

Qu'on ne m’accuse jias de chercher ici à appeler sur mon art un intérêt exagéré et à lui donner une importance qu’il ne saurait avoir. 1, 'architecture en est digne à tous égards; n’est-elle pas, en effet, la manifestation la plus éclatante, non-seulement du goût d’une nation pour les arts, mais encore du dcgré.de civilisation et de puissance aur quel elle s’est élevée? D'une part, les monuments résument l'histoire artistique contemporaine , puisque chaque art y a presque toujours déposé son tribut; de l'autre, il y a connexité entre eux et la fortune du peuple qui les a édifiés. Si le peintre, le poète et le sculpteur peuvent, à leur gré, donner à leurs œuvres le cachet tout individuel de

(lj, Parmi tant clcxemples de cette funeste cl criante injustice envers nos grands artistes, je n’en veux citer qu'un seul que je choisirai de préférence dans notre époque. L'une de* illustrations contemporaines, Pcrcier, inconnu aux uns, ne semble-t-il pas déjà oublie de* autres? Combien cependant n’a-t-il pas contribué au progrès de Part par ses élégantes et ses ingénieuses conceptions! Paris ne lui doit-il pas plusieurs de ses beaux monuments? le vieux palais de nos rois n'a-t-il pas été répare et embelli par ses soins? enfin, les magnifiques salles de nos musées, et les escaliers superbes et pittoresques qui y conduisent, ne sont-ils pas l'œuvre de son génie? Ce sont là, il me semble, des titres qui recommandent un nom à la mémoire des hommes! Heureux sont les poètes, heureux sont les peintres! leurs œuvres au moins leur appartiennent tout entières et s'identifient avec leurs personnes. Cùina et dndrotttaquf , le Dchtgt et les Sai/inct, rappellent des noms chers aux Muses, qu'on ne pourrait ignorer sans honte.

DISCOURS PHEMMINAIRK.

leur imagination , il n’en est jkis ainsi de l’architecte qui relève au contraire de toute une existence populaire, de toute une civilisation déjà développée, et c’est cette distinction même qui donne une si liante importance à ses créations ; c'est quelles ne sont pas seulement I élan spontané d’une inspiration isolée , mais l'accomplissement d'une volonté générale; et cette association d’un peuple à l’œuvre de l’architecte, loin d’en diminuer le mérite, l’augmente au contraire de toute la grandeur du programme.

lilles sont infidèles à leur, gloire , les nations "qui négligent, au temps de leur puissance, de lier leur existence à des constructions durables, qui soient connue autant d'annales éternelles de leur histoire! Que reste-t-il d'une (ouïe de villes autrefois riches et puissantes? Aucunes traces et des souvenirs confus. Ces villes étaient bâties sur un sable sans consistance, le vent du désert a passé dessus et les a dispersées comme une vile poussière. Athènes, mais Rome et Flot'Cnee, ces étoiles lumineuses de trois civilisations diverses, survivront toujours k elles-mêmes , et se maintiendront à jamais radieuses dans, la mémoire des hommes.

Je sais qu’il est des esprits austères, appréciant tout par le calcul, •qui ne peuvent concevoir que sans les plaisirs de l'imagination le bonheur d’ici-bas est incomplet; étrangers au culte des Muses, ils méconnaissent cette aspiration naturelle de l'homme vers le beau et l’infini, et conséquemment vers les beaux-arts, qui sont la réalisation .• de ce sentiment. Pour les utilitaires , pour ces esprits positifs et absolus, les chants inspirés du poète, les divines créations de l’artiste, les découvertes seulement spéculatives du savant, tous ces titres de gloire, dont les nations étaient si fières jusqu’ici, n’ont aucune valeur réelle et ne sont que des futilités dignes de mépris. Ils prétendent régénérer l’humanité, et ils la mutilent. Leur triste système, en détrô-

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DISCOURS PRÉl.lMINAIRF.

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nant nos plus belles facultés , tend à rapporter tout à l'intérêt , ce dieu sourd et aveugle de notre âge : s’il devait prévaloir sur la terre, le • passé ferait entendre sa voix pour accuser et maudire les héritiers de ses doctrines , dissipateurs insouciants du riche patrimoine qui devait fructifier dans leurs mains. Mais non , les sombres présages de quelques esprits chagrins ne se réaliseront point; non, fart ne saurait périr. Obscurci quelque temps par les préjugés et les goûts d'un siècle où l'industrie domine , il sortira des ténèbres comme un astre rajeuni et resplendissant. Les Sociétés modernes, devenues moins exclusives et moins préoccupées des intérêts matériels, reconnaîtront bientôt leur • insuffisance, et songeront davantage aux besoins de lame et de la pensée. En revenant aux arts , elles les replaceront dans leur estime, au rang dont les jugeait dignes celui que l’antiquité d’abord et vingt siècles consécutifs ont si bien nommé le divin Platon. Voici comme il proclaaru. maitïians son noble langage Ja liauj^ mission qu'il voulait leur confier dans ce gouvernement modèle dont il a tracé l'organisation puissante :

« // faut que la peinture, l’architecture et les autres arts, il faut que les n jeux memes et les spectacles, enfin que tous les objets extérieurs, s’il est « possible, fixent perpétuellement nos regards sur la véritable beauté,

« afin que, vivant au milieu d’images toutes parfaites, comme dans un •

« air pur et serein , nous en soyons pénétrés jusqu’au fond de l’âme,

« et que , par une sorte d’instinct , nous puissions atteindre, dans nos « actions et dans nos mœurs , à ce meme degré d'harmonie et de « beauté (i). »

(i) Plat.de Rep., lit. 3.

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