L. OUSARDIN
n re - ES ; De” 1 Pour faire apprécier d'un coup d'œil toute l'étendue de la destruétion qu'entraina cette déplorable catastrophe, nous plaçons ici
une gravure exprimant, d'après un dessin fait sur les ruines encore
fumantes, l’état du monument après l'incendie, et offrant ainsi l’affligeante comparaison des parties détruites et de celles restées debont. Parmi ces dernières un grand nombre, et entre autres les colonnes de la nef, n'étaient elles-mêmes en réalité que des débris, rendus par la caleination impropres à être utilisés.
Pendant que ce sinistre événement s’accomplissait aux portes de Rome, à une autre extrémité de la ville le pape Pie VIT était sur le pôint de succomber à nne grave maladie. Il mourut un mois après, sans avoir eu connaissance de ce malheur. Son successeur, Léon XII. et après lui les papes qui lui ont succédé, se sont attachés à le réparer.
Léon XIT institua une commission chargée d'aviser à ce qu’il y avait de mieux à faire en cette circonstance. Cette commission, composée de cardinaux et des membres de l'académie de Saint-Luc, auxquels on adjoignit un certain nombre d'érudits, arrêta qu'on rétablirait la vieille basilique dans son état primitif. Une lettre encyclique fut adressée par le pape à tous les évèques du monde catholique, pour inviter les fidèles à s'associer par leurs dons à l'établissement de la nouvelle construction. Les princes et les peuples envoyèrent leurs offrandes, et une somme de 50,000 écus romains fut fournie annuellement par le trésor du gouvernement romain pour subvenir aux dépenses. L'architecte Pascal Belli, aidé des architectes Bosio et Camporesi, fut chargé de la direction des travaux. Après sa mort, survenue en 1833, il fut remplacé par notre honorable et docte ami l'architecte Luigi Poletti, à qui revient pour la plus grande part l'honneur de la reconstruction. Nous regrettons de n’avoir pu aller cette année, ainsi que nous l’avions projeté depuis longtemps, visiter ses brillants travaux. Nous sommes privé en conséquence du plaisir de leur donner ici le tribut d’éloges qu’ils méritent, et nous ne pouvons parler de la restauration que d’une manière sommaire.
État actuel. — Tout le monde s'accorde à louer la magnificence
de la nouvelle basilique. Selon le vœu émis par la commission, elle
devait être rétablie dans les mêmes proportions et dans la mêne forme que l’ancienne. Mais ces sévères prescriptions fléchirent devant le désir de rendre cet édifice plus somptueux et plus digne, par la richesse de ses matériaux, d’être un des principaux temples de la capitale de la chrétienté.
Une nouvelle façade à été construite; elle est décorée d’un portique soutenu par quatorze colonnes de marbre grec veiné. L'intérieur de la basilique est divisé en cinq nefs par quatre-vingts colonnes de granit du Simplon (1), avec bases et chapiteaux corinthiens en marbre blanc. Les quarante plus grandes colonnes sont placées dans la grande nef du milieu, vingt de chaque côté; elles portent des arcades au-dessus desquelles règne un entablement en marbre veiné et s'élèvent les parois latérales, décorées d’un second ordre d’architecture. Dans le soubassement de ce second ordre sont distribués une suite de portraits des papes exécutés en mosaïque. Entre les pilastres de ces parois de la grande nef s'ouvrent de chaque côté dix fenêtres cintrées. Deux immenses colonnes en granit de Baveno, avec bases et. chapiteaux en marbre blanc de Carrare, soutiennent le grand arc de Placidie, dont la face a recu des mosaïques qui reproduisent les sujets des anciennes peintures.
« Les murs des deux dernières nefs latérales sont décorés de quarante-quatre pilastres corinthiens; vingt-deux de chaque côté. Ces pilastres, de beau cipollin, avec bases et chapiteaux de marbre blane, ressortent admirablement sur les parois de marbre veiné, et soutiennent les arcs, entre lesquels on voit alternativement une niche et une fenêtre, les unes et les autres de forme cintrée. Au-dessus de ces pilastres et des colonnes qui leur correspondent en face s'élève une corniche qui supporte le plafond, lequel, tant dans ces deux dernières nefs que dans les deux autres latérales, est en belle har-
(1) Ces colonnes proviennent des environs de Baveno, sur le iac Majeur. Elles y ont été mises sur des radeaux; du lac Majeur elles ont descendu le Tessin jusqu'au P6; elles ont
ensuite descendu ce dernier fleuve. jusqu’à la mer, où elles ont été embarquées sur des navires.
monie avec les plafonds de la nef du milieu et de la croisée (nef transversale). »
Le nouveau pavé de l’église a été surélevé de 0,892, afin de mettre le pavé moderne au-dessus des invasions des eaux du Tibre.
L'immense charpente à été habilement combinée et refaite avec de belles poutres de sapin, provenant des forêts des Camaldules. Un splendide soffite, qui dans l’ancienne basilique existait seulement au-dessus de la nef transversale, masque aujourd'hui la charpente dans toute l'étendue de l’église.
La nef transversale occupe l’aire de l’ancienne; mais elle a été reconstruite sur un dessin différent. Elle n’est plus divisée en deux parties ; on a supprimé le pesant mur qui la partageait dans le milieu. Ce mur, qui n'appartenait pas à la construction primitive, était un témoin honteux de l'impuissance de l’art à une époque de décadence. « Le pavé de cette nef est en marbre blanc et en marbre dit bardiglio (1). Les parois sont incrustées de marbre de Carrare, jusqu’à l’entablement qui est en marbre blanc avec une frise de marbre violet. Cet entablement est soutenu par un ordre de vingt-quatre pilastres corinthiens canneles, faits avec les fragments des colonnes de marbre violet de l’ancienne basilique ; et ils ont les bases et les chapiteaux de marbre blanc. A chaque extrémité de la nef, il y a un autel flanqué de quatre grosses colonnes, aussi d’ordre corinthien, également faites avec lesdits fragments. »
« Au milieu de la nef, on observe l’ancien autel papal de la confession, érigé en 1280 et restauré des dommages de l’incendie. Cet autel est orné de quatre colonnes, d’un beau porphyre, soutenant un baldaquin d’architecture gothique, fait en forme de pyramide.
« Au-dessus de l’ancien maître-autel s'élève un somptueux baldaquin, soutenu par quatre colonnes très-estimées d’albâtre oriental. Les grands blocs avec lesquels ont été faites ces colonnes, érigées en
(1) La fin de cette description est empruntée à de récentes additions faites à la Description de Rome par Nibby.
ET CRITIQUES. 695 janvier 1853, furent donnés au Saint-Siége, sous le pontificat de Grégoire XVI, par Mehemed-Ali, vice-roi d'Égypte, afin qu'ils fussent employés à la décoration de cette basilique.
« Vis-à-vis de cet autel s'ouvre l’ancienne tribune, en grande partie renouvelée, à laquelle on monte par deux degrés d’un rare granit rouge oriental. Dans cette tribune règne aussi le même ordre d’architecture que dans la nef; et il lui est semblable, non-seulement dans ses proportions, mais dans la qualité des marbres. Six pilastres en ornent les côtés; et les parois sont incrustées de marbre cipollin vert, jusqu'à l’entablement. Quatre colonnes avec leurs contre-pilastres décorent la partie centrale. Au milieu de ces colonnes s'élève sur einq gradins le siége pontifical, tout en marbre blanc avec des ornements et des bas-reliefs dorés, la voüte et la façade de l’arc de cette tribune sont décorées des anciennes mosaiques faites vers l'an 1220, lesquelles ont été restaurées des dommages occasionnés par le feu, Un pavé construit en marbres rares et précieux complète la magnificence de cette tribune. »
Aux côtés de la tribune sont quatre chapelles richement décorées. Dans la seconde on vénère un crucifix en bois, sculpté par Cavanelli, crucifix qui, suivant une pieuse tradition, aurait parlé à sainte Brigitte, dont on voit la statue, exécutée par Stefano Maderno. La troisième chapelle est l’ancien chœur, dont Carlo Maderno fut l’architecte. Les deux autres chapelles ont été exécutées d’après les dessins du chevalier Poletti.
Basilique dé Saint-Paul hors les murs; coupes sur la longueur et sur
la largeur des nefs.
Ces coupes, avec le figuré du plan de la planche précédente, sont les dessins les plus importants que nous donnons sur la basilique
de Saint-Paul. On trouvera ici le complément des mesures qui
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n'avaient pu être indiquées sur le plan; de sorte qu’il reste peu de chose d’inexpliqué de l'antique et précieux édifice, dont les dimensions principales sont ainsi bien connues.
La même planche contient deux détails de la remarquable charpente, qui a toujours été citée comme un modèle du genre.
Sur les deux coupes on aperçoit au fond de l’abside et l’on admire encore aujourd’hui une antique mosaique restaurée (voir page 689). Cette peinture a été attribuée à l'artiste Cavallini, mentionné à la fin du précédent article, et qui mourut en 13/4, à l'âge de quatre-vingtcinq ans; il fut enterré dans la basilique. Si cette peinture à été commencée sous le pape Honorius IT, vers 1220, Cavallini n'aurait alors été qu’un des collaborateurs postérieurement employés à ce
travail.
Basilique de Saint-Paul hors les murs ; cibotre et détails divers.
Ce ciboire, qui occupe le milieu de la planche, était placé au-dessus du maitre-autel de la confession de Saint-Paul. Il était situé dans l'axe de la grande nef, à l'entrée du transept et près de l’are triomphal. L’autel papal fut exécuté dans le style ogival par Arnolfo di Lapo, artiste florentin, aidé de son compagnon Pietro. Il était orné, ainsi que la confession, de marbres d’une grande richesse. Les quatre colonnes qui supportent le baldaquin étaient de porphyre rouge. Les inscriptions placées dans la partie supérieure indiquent qu'il fut construit en 1280, par ordre de l’abbé Bartolomeo. Cet autel], restauré depuis l'incendie, a été conservé.
On peut consulter avec fruit la même planche pour des détails trèscurieux qui font connaître les arrangements de certaines parties difficiles de la charpente et les combinaisons adroites auxquelles ils ont donné lieu.
Notre gravure reproduit également une portion du plafond qui
existait au-dessus de la nef transversale et qui fut exécuté en 1587,
sous Sixte V.
Basilique de Saint-Paul hors les murs; vue principale de l'intérieur
de l'église, prise de l'entrée de la grande nef.
Cette perspective donne une idée fort complète et très-exacte du magnifique aspect de l’intérieur de l'antique basilique avant l’incendie de l’année 1823. C’est avec un vif intérêt sans doute qu'on retrouvera ici l’image de cette riche et curieuse décoration, dont les détails sont à jamais perdus.
La belle charpente qui a servi d’aliment à l'incendie avait été conçue dans un système de fermes accouplées, système qui a été rétabli dans la nouvelle basilique. Les bois avaient été extraits de la Calabre pour la vieille basilique, tandis que les nouveaux bois ont été fournis par les forêts des Camaldules. Nous avons déjà dit que la charpente moderne n’est plus visible comme l'était l’ancienne, et qu’elle est masquée par un brillant et riche soffite.
On remarquait autrefois sur le pavé de l’église l’épure de la coupole de Saint-Pierre, que Michel-Ange, ou son successeur Giacomo della Porta, durent tracer pour y conserver le plan destiné à l’exécution.
Basilique de Saint-Paul hors les murs; détails de plusieurs
mosaiques.
Les mosaïques réunies sur cette planche présentent des types distincts, d'autant plus précieux que ces monuments disparaissent et deviennent chaque jour plus rares. Les deux mosaïques du v* et du xi® siècle, enlevées l’une de dessus l’are triomphal et l’autre de
la facade, ont été transportées dans la nef transversale et restaurées. La mosaique du v® siècle surtout conserve un document important, qui fixe d’une manière authentique la date de la fondation et de
l'achèvement du vieil édifice.
Eglises situées aux. Trois-Fontaines (alle Tre Fontane), hors de
la porte S. Paolo.
Ce lieu, où existait jadis une bourgade nommée ad Aquas Salvius et habitée par les premiers chrétiens, était fort révéré, parce que, selon Ja tradition, c'était en cet endroit que fut décapité saint Paul. On prétend qu’en tombant, sa tête fit trois bonds, et qu'aux endroits où elle toucha la terre, jaillirent miraculeusement trois sources où fontaines, qui, depuis, ont fait appeler ce lieu /e Tre Fontane. Ces trois sources sont actuellement dans l'intérieur de l’église Saint-
Paul, une des trois églises dont 1l est parlé dans cet article.
La première, dédiée aux saints Vincent et Anastase, fut élevée en
626 par le pape Honorius. Adrien 1° la restaura en 772, et Léon IT en 800. Charlemagne la dota de terres et de châteaux, et Innocent I, en 1140, la donna aux moines de Cîteaux. Elle est d'architecture sothique et à trois nefs, divisées par des pilastres. Sur ces pilastrés sont peints à fresque les douze apôtres, exécutés, dit-on, sur les cartons de Raphaël.
L'église 5. M. Scala Cœli fut bâtie sur un cimetière rempli de corps de martyrs. En 1582 le cardinal Alexandre Farnèse la fit reconstruire sur les dessins de Vignole, et le cardinal Aldobrandini la fit terminer par Giacomo della Porta. Le plan en est très-bien ajusté et tout à fait académique. Son nom de Scala Cœli lui viendrait d’une vision de saint Bernard, qui crut voir une échelle mystique, par où montaient au ciel les âmes des défunts pour qui il disait
la messe.
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La troisième église, dédiée à saint Paul, occupe l'emplacement même où le saint apôtre reçut le martyre. Les trois sources dont il est parlé plus haut sont placées dans l’intérieur, sur une même ligne; elles sont décorées en forme d’autels, ornées de niches, avec colonnes de vert antique. On verra au plan A que la forme de l’église a été subordonnée à la disposition de ces fontaines. Ce fut le cardinal Aldobrandini qui fit bâtir cette église, en 1590, sur les dessins et sous la direction de Giacomo della Porta.
Dans la vue pittoresque du haut de la planche, l’église de SS. f'in-,
cenzo ed Anastaso est placée à gauche; celle de 5. M. Scala Cœli, qui se voit à droite, avec ses frontons et son joli petit dôme, rappelle le style de Palladio. Quant à l’église 5. Paolo, qu’on distingue au fond, elle n’a rien dans son extérieur qui se recommande à l’attention. L'architecte est resté ici, comme presque toujours, bien infé-
rieur à son maître.
Palais Grustiniant; plan et coupe, et vue du vestibule.
Ce palais des princes romains Giustiniani fut élevé par le marquis Vincenzo, célèbre par ses richesses et par sa magnificence. Il y avait réuni une collection de peintures remarquables et une nombreuse galerie de bas-reliefs et de statues antiques, s’élevant à plus de cinq cent soixante. Ce même marquis, si opulent, fit graver et publia sa belle galerie en deux volumes in-folio. Aujourd’hui les sculptures sont en partie dispersées, ainsi que les tableaux de prix.
Commencé par Giovanni Fontana, ce palais fut achevé par Borromini, qui laissa sur les facades des détails entachés de son goût bizarre et maniéré. Le plan est disposé dans un assez bon parti; le vestibule particulièrement mérite d’être cité : il est orné de douze belles colonnes de granit gris, et des statues antiques y sont distri-
buées avec goût.
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