COS. III. PATRI. PATRIAE. ET — IMP. CAES
M. AVRELIO. ANTONINO. PIO. FELICI. AVG. TRIB. POTEST. VII. COS. III. P. P. PROCOS. FORTISSIMO. FELICISSIMOQUE, PRINCIPI. ET. — IVLIAE. AVG. MATRI. AVG. N. ET CASTRORVM. ET. SENATVS. ET. PATRIAE. ET. IMP. CAES.
M. AVRELII. ANTONINI. PII. FELICIS. AVG. — PARTHICI. MAXIMI. BRITTANNICI. MAXIMI. — ARGENTARII. ET. NEGOTIANTES. BOARII. HVIVS,. LOCI. QVI.
INVEHENT. DEVOTI. NVMINI. EORVM.
Élévation d'une maison, via d'Ara-Celi.
Le vestibule et le portique qui le suit sont dans d'excellentes pro- 1x, 52. portions; ce petit vestibule, garni de bancs au pourtour, est bien disposé ; l'étude de l’escalier, éclairé à la fois sur la rue et sur la cour, est bien entendue. Tout ici, bien que dans de petites proportions, est heureusement combiné. La façade, également très-simple, plait par une bonne distribution et par les justes rapports entre la porte, les
fenêtres, le petit balcon et les bandeaux.
Porte d'une vigne de la villa Matter.
Cette porte est aujourd’hui détruite ou complétement dénaturée ; x, 58. et cela est regrettable, car tout y est grand, bien calculé et étudié avec intelligence. Aussi nous plaisons-nous à reproduire ce petit
édifice, qui peut être utile à un architecte.
Porte d'une vigne, via di S. Sebastiano.
Peut-être peut-on s'étonner du caractère tout à fait monumental donné à cette porte, bien qu'elle conduise simplement à un jardin. Le motif d’ailleurs en est heureux et la composition ne manque pas d'un certain mérite.
Porte du palais Serristori, via di Borgo Fecchio.
Elle présente une belle étude de refends et le caractère de l’ensemble est d’un style sévère.
Plan et vue générale de la basilique de Saint-Paul (S. Paolo) hors
les murs et de ses dépendances.
Cette vénérable basilique, située près des rives du Tibre et sur la route antique d'Ostie (wia Ostiensis), à un mille des murailles de Romé et de la porte d'Ostie, aujourd’hui S. Paolo, fut, dit-on, primitivement bâtie par l'empereur Constantin le Grand, sur un cimetière où avait été enterré l’apôtre saint Paul. Ce premier temple fut consacré en 324 par le pape saint Silvestre ; mais comme il était trop petit pour l'affluence des fidèles, les empereurs Valentinien Il, vers 388 (1), et Théodose [°", successeurs de Constantin, le firent reconstruire plus ample et plus orné; il fut terminé sous le règne d'Honorius. Le
souvenir de ces faits est conservé dans les deux vers suivants, écrits en
(1) Ou trouve au bas du fût de la dernière colonne de la nef latérale, la mention du 4° consulat de Valentinien, qui correspond à l’année 390. Quant à Honorius, sous le règne désastreux duquel l'édifice fut achevé, il mourut en 423. Ce serait done dans cet intervalle de 388
à 423, qu'il faudrait placerla construction de la basilique.
mosaique sur le grand arc intérieur du côté de la grande nef, dit arc
triomphal (voyez les planches 335 et 338) :
Theodosius cœpit, perfecit Honorius aulam
Doctoris mundi, sacratam corpore Pauli.
En 440, Galla Placidie, femme de Constance, qui fut associé à l'empire, et fille, sœur et mère des empereurs Théodose, Honorius et Valentinien IE, fit exécuter sur l'arc triomphal, nommé pour ce motif Arc de Placidie, la mosaïque dite 7riomphe du Christ.
L'église de Saint-Paul fut dans tous les temps l’objet d’un soim particulier de la part des papes.
En 1725, Benoît XIII fit élever la facade par Antonio Canevari et Matteo Sassi; cette façade, dirigée du eôté du Tibre, est ornée de colonnes de marbre accouplées. Le petit plan topographique indique la distance de la basilique à la porte S. Paolo et sa situation à peu de distance des rives du fleuve, ainsi que de l'emplacement des trois églises : S. Maria Scala Cœli (alle tre fontane), SS. Vincenzo ed Anastasio, et une dernière église sous l’invocation de saint Paul, élevée au lieu même où l’on prétend que l’apôtre des Gentils fut décapité, et ou, selon les légendes, jaillirent trois sources aux endroits touchés par sa tête, qui fit trois bonds en tombant. Les trois sources, qui ont fait appeler ce lieu : alle tre fontane, existent dans l’intérieur de l’église (voyez la planche 339).
La petite vue générale fait connaître l’aspect de l'ensemble des bätiments; et le plan en donne les dispositions et les mesures exactes.
On sait que cette belle et antique basilique devint en 1893 la proie d’un incendie ; il en est parlé plus loin (page 690). Nous avons été assez heureux pour pouvoir la contempler avant ce cruel désastre: mais alors notre travail sur Saint-Paul n'était pas achevé, et pour compléter nos renseignements nous avons dü recourir à l'excellent ouvrage publié par monsignore Nicolaïi : Della basilica di S. Paolo.
Roma, 1815, { vol. in-f°, 21 planches.
Ce temple immense, solitairement dressé dans le désert qui commence aux portes de Rome, était d'un intérêt d'autant plus précieux, qu'il formait en quelque sorte un véritable musée d'antiquités chrétiennes ; C'était, en même temps, un de ces rares édifices pouvant donner l’idée, non-seulement des premières basiliques chrétiennes, mais encore des basiliques antiques; par son étendue et sa magnificence, 1l pouvait rivaliser même avec les plus renommées du paganisme.
Les basiliques, chez les anciens, étaient, dans le principe, des salles faisant partie du palais du souverain {comme l’indique leur: nom dérivé du mot grec Baseds, roi) et où l’on rendait la justice; on les appelait aussi regiæ ædes. Chez les Romains, les basiliques furent les tribunaux où siégeaient les juges et des espèces de bourses où se réunissaient les négociants pour traiter de leurs affaires commerciales. Selon Pline, Rome comptait jusqu’à dix-huit de ces édifices. Construits sur un plan rectangulaire plus long que large, ils formaient une salle, souvent divisée, dans le sens de sa longueur, par deux rangs de colonnes en une nef centrale plus large et en deux bas-côtés plus étroits et moins élevés. Dans de certaines basiliques, et entre autres dans la basilique Æmilia, figurée sur les fragments du grand plan de Rome conservé au Capitole (voir page 560) et dont vingt-quatre colonnes furent. employées dans la construction de Saint-Paul hors les murs, il y avait quatre rangs de colonnes et par conséquent de doubles bas-côtés. Au-dessus de ces bas-côtés s'élevait fréquemment un second ordre donnant lieu à une galerie ou tribune. Le vaisseau tout entier était recouvert d’un toit en bois ; quelquefois les bascôtés seuls étaient recouverts et la nef du milieu était à ciel ouvert. On pense que : « l'absence des voûtes et la légèreté des murs extérieurs dans ces monuments, ont été pour eux une cause de destruction presque générale. » À l’extrémité opposée à l'entrée, l'édifice se terminait par un hémicycle où était placé le tribunal. En avant de l'hémicycle s'étendait le transsept, élevé de quelqués marches au-dessus
du pavé des nefs ; il recevait quelquefois latéralement un tel développement, que Vitruve dit : que le monument prenait alors la forme d'un T. On retrouve là l'origine d’un des éléments particuliers au plan d’un grand nombre d'églises du moyen âge.
Les chrétiens consacrèrent volontiers les basiliques à l’usage de leur culte. Ces édifices, affectés seulement à des usages civils, ne leur inspiraient point la même répugnance que les temples qui avaient servi aux cérémonies religieuses du paganisme. Le plan d’ailleurs se prêtait aisément aux exigences liturgiques de la nouvelle religion; ils l’adoptèrent, en lui faisant subir quelques modifications, pour les premières églises qu'ils bâtirent. Ils trouvaient également dans le caractère de cette architecture une certaine conformité morale : à la place du culte tout extérieur du paganisme, ils venaient substituer un culte tout intérieur ; aussi de extérieur du temple païen, la décoration passa-t-elle à l’intérieur de la basilique chrétienne ; c’est ce qui a fait dire avec raison que les premières églises n'avaient été que des temples retournés.
Sous les portiques de l'étage supérieur, comme on en voit un exemple à Sainte-Agnès hors les murs (voyez planches 112, 113 et 114),se tenaient les vierges et les femmes, qui alors ne se mêlaient pas aux hommes. Cette disposition, du reste, ordinaire aux églises grecques, est rare dans les églises latines. Plus tard, aux vi, vrr‘ siècles et suivants, dans les églises qui-furent réparées ou édifiées nouvellement, le portique supérieur, devenu inutile, fut remplacé par un mur élevé, percé de fenêtres afin d'obtenir plus de jour, tandis que dans le principe on recherchait l'obscurité comme plus favorable au recueillement et rendant plus mystérieuses les cérémonies sacrées. Malgré les transformations qu’elle subissait à travers les âges, la basilique conservait toujours son caractère de monument antique approprié à des usages nouveaux; mais elle ne devait être qu'une forme de transition, pour ainsi dire, adoptée par le christianisme jusqu’à ce qu'il eût arrêté lui-même un programme en rapport avec les besoins
de son culte, et réalisé dans un nouveau système de construction l'expression vraiment originale de son architecture religieuse.
On a cherché à retrouver les vestiges de la première basilique de Saint-Paul, attribuée à Constantin; monsignore Nicolai, dont nous avons cité plus haut l'ouvrage sur cette basilique, a fait des recherches attentives et suivies à l'extérieur du monument, dans le but principal de s'assurer si l’église bâtie par Constantin avait été agrandie et étendue par les successeurs immédiats de ce prince, ou si ceux-ci l'avaient fait détruire pour en construire une autre plus grande et plus somptueuse. Si, en effet, ils n'avaient fait qu'agrandir le monument primitif, on en reconnaîtrait naturellement des traces sur les murs et aux points de jonction des deux constructions. Or, à l’exception des deux chapelles modernes du saint sacrement et du crucifix, du chœur et de la partie supérieure du clocher, toute la construction paraît homogène, uniforme ; l'édifice tout entier ne présente à l'extérieur qu’une seule couleur et la même qualité de matériaux. La brique paraît de la même cuisson et elle est partout de la même grosseur et de la même longueur. Les murs de la grande nef ressemblent à ceux de la nef transversale et ceux-ci à ceux des nefs latérales. On a poussé ces investigations scrupuleuses jusqu’à sonder les points qui paraissaient les plus suspects; mais ces épreuves n’ont servi qu’à confirmer les conclusions déjà tirées de l’aspect extérieur. Excepté le chœur, qui, à la première vue, semble d’une construction identique, qu’on reconnaît bientôt comme étant postérieure , il n’existe aucune soudure, ni d’autres ressauts de mur que ceux des additions que nous venons de signaler, et les éperons, destinés à fortifier l’édifice et qui probablement furent construits peu de temps après son achèvement, car ni la qualité des matériaux, ni le mode d'emploi n’y ont pas sensiblement variés.
En avant de la basilique de Saint-Paul il y avait, au moyen âge, un atrium où grande cour carrée, que le pape Adrien I, à la fin du vin° siècle, fit paver en marbre; tout autour régnait un portique soutenu
par de grosses colonnes. On retrouve des traces de cette ancienne disposition dans la vignette jointe ici au texte.
Elle reproduit, d’après une gravure publiée à Rome par Ant. Lafreri, à l’occasion du jubilé de 1575 (1), l’état extérieur de la basilique au xvi° siècle. Les colonnes du portique sont encore debout en partie; mais la toiture en est détruite.
L’affluence des fidèles à cette basilique était telle que, pour garantir la foule de la pluie et des ardeurs du soleil, les papes avaient fait établir un autre portique qui se prolongeait jusqu’à la porte de Rome, dite : $. Paolo. Il en restait encore des traces au x° siècle. Outre la construction de ce long portique qui atteste la haute importance qu'avait dès lors ce monument religieux, on sait qu'au 1x° siècle
(1) Dans une autre gravure publiée sous le pontificat d'Alexandre VII (1655-1667), et par
conséquent près d’un siècle après la première, la basilique présente à l'extérieur un aspect
identique ; seulement il manque au portique ruiné de la cour les deux colonnes situées à droite
et à gauche de la petite porte d’entrée. Serait-ce simplement l’effet d’une négligence du gra-
veur, qui aurait mal copié la gravure de Lafreri? Cela est peu probable, car pour les autres parties de l'édifice le dessin est semblable dans ces deux gravures. Il faut voir là plutôt une
indication réelle de la destruction lentement opérée de ce portique.
Jean VII bâtit dans son voisinage une grosse bourgade, appelée Giovannipoli, dans le double but de défendre la basilique contre les incursions des Sarrasins et d’assainir le canton où elle est située et où paraît avoir toujours régné endémiquement la malaria. « Cette petite ville, dit Melchiorri, dut être dans le lieu où, aujourd’hui (en 1538), hors de la basilique, il y a vers Rome une prairie avec une croix, qui indique que là furent ensevelis environ quatorze mille habitants de Rome dans la peste de 1656 à 1657. »
État ancien. — Parmi les monuments les plus anciens de la basilique de Saint-Paul, après la mosaique du grand arc de Placidie, dont il a été parlé précédemment, on citait la porte d'entrée située au centre de la facade principale. Elle avait été exécutée à Constantinople en 1070, sous le pontificat d'Alexandre IT, d’après les ordres du consul romain Pantaleone Castelli. Outre les images des prophètes et plusieurs sujets relatifs aux apôtres, le consul Castelli y était représenté prosterné aux pieds de saint Pierre; on y avait aussi figuré ses armoiries. Ces curieux bas-reliefs ont péri en grande partie dans l'incendie. Du côté droit, c'est-à-dire du côté de la porte sainte, on apercevait au fond un grand sarcophage antique, dont la sculpture, travail de la décadence, représente Marsyas écorché par Apollon. Ce tombeau renferme les restes de Pierre Léon, qui fut le tyran de Rome au xi° siècle.
Au-dessus du portique, élevé en 1725 sur les dessins de Canevari, la façade était décorée de mosaïques, exécutées au xt1° siècle par Pierre Cavallini.
La longueur de la basilique était de 433 pieds, depuis la porte d'entrée jusqu’au fond de la tribune. Les cinq nefs avaient 310 pieds de longueur et une largeur de 224. La grande nef, large de 82 pieds, avait 106 pieds de hauteur.
Le plan de la basilique de Saint-Paul est donné avec ses mesures dans la planche 334. On voit que ce plan était disposé en eroix
latine et divisé en cinq nefs par quatre-vingts colonnes formant
quatre rangs de vingt colonnes chaque. Celles des deux rangées du centre étaient plus grosses que celles des deux autres; vingt-quatre d’entre elles, plus précieuses, treize à droite et onze à gauche, étaient en marbre violet, dit paonazzeto; elles étaient cannelées aux deux tiers et avaient 36 pieds de hauteur. Selon une tradition trèsancienne et qui s'est maintenue très-vive jusqu’à nos jours, on croit qu'elles proviennent du mausolée d'Adrien. Cette opinion aurait été corroborée, dit-on, après l’incendie et la chute des colonnes, par la découverte du nom de l’impératriee Giulia Sabina, femme d'Adrien, inscrit à leurs extrémités et retrouvé dans le rapprochement des morceaux. Cependant cette provenance est contredite par d’autres archéologues, qui pensent que ces colonnes avaient été probablement tirées de la basilique Æmilia, au Forum. Les seize autres colonnes, complétant, avecles précédentes, les deux rangs de la grande nef, étaient en marbre de Paros. Toutes ces belles colonnes ont péri dans l'incendie. Quant à celles des petites nefs latérales, également en marbre de Paros, elles furent moins endommagées. Cependant, dans la reconstruction du nouveau Saint-Paul, elles ont été remplacées, comme les premières, par des colonnes de granit du Simplon.
Les nefs latérales étaient sans autel et sans décoration, et avaient la plus grande partie de leur pavé en briques. Le pavé de la grande nef, au contraire, était composé de fragments de marbre. Le plafond était formé d’une charpente de poutres de sapin d’une longueur très-remarquable; c’est elle qui servit d’aliment à l'incendie.
Les parois des murs de la grande nef étaient recouvertes de peintures représentant des sujets bibliques, sur l’âge desquelles les opinions des archéologues varient beaucoup. Selon d’Agincourt, elles auraient été exécutées au x1° siècle. Ce curieux monument de l’art de la peinture, ainsi qu'une bonne partie de la série chronologique des portraits des papes qui se déroulait au-dessous, a aussi péri misérablement. Cette série des papes s'élevait au nombre de deux cent cinquante-trois. Elle fut commencée d’abord par saint Léon [*", puis
continuée par saint Symmaque. Benoît XIV fit restaurer ces peintures et ajouter des portraits nouveaux; enfin la série en fut complétée par Pie VIT.
A l'extrémité de la grande nef deux immenses colonnes de marbre grec, dit salino, et d’une circonférence de 5",129, soutenaient le grand are triomphal ou arc de Placidie, du nom de Galla Placidia (voir page 681). On voyait au-dessus de cet are, sur le côté qui fait face à la porte d’entrée, l'antique mosaïque que saint Léon I, ou, suivant d’autres écrivains, Galla Placidia fit exécuter en 440, et qui représente le Sauveur au milieu des vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse, avec les apôtres saint Pierre et saint Paul et les symboles des quatre évangélistes.
Pour pénétrer par les cinq arcades du fond de la grande nef dans la nef transversale, qu'on nomme également croisée, lon montait cinq degrés. Ce transept, pavé en briques, était divisé en deux nefs par huit grosses colonnes (sept de granit et une de cipollin) soutenant un fort mur de division, allégi au milieu par un arc concentrique à l'arc triomphal, mais plus petit que ce dernier, avec lequel ilse combine, ainsi qu'avec la tribune.
Quand on cherche ce qui a pu motiver la construction de ce mur, et qu'on le voit aboutir à des ouvertures circulaires ou à des croisées cintrées, qu'il a fallu boucher et dont on reconnaît à l'extérieur la trace encore bien évidente, on acquiert la certitude que c’est là une addition faite en un temps de barbarie. Il est vraisemblable qu’on a voulu, par ce moyen grossier, fortifier cette vaste nef transversale et diminuer les grandes portées, qui devaient inquiéter les constructeurs. Ils n’ont pas craint, au milieu de la décadence du goût qui régnait alors, de dénaturer l'édifice par un pareil expédient; et ils ont enlevé son caractère à cette belle nef, qui devait surprendre par son immense étendue et par l'abondance du jour, qui y pénétrait de toutes parts.
On a prétendu que la partie supérieure du clocher avait été ren-
versée à la suite de tremblements de terre, puis reconstruite; des traces de cette reconstruction se reconnaissent en effet. Nous serions mêmé porté à croire que l'édification du mur du milieu de la nef transversale eut lieu à la suite d’un événement de ce genre, et qu'il fut considéré comme un immense éperon placé à l’intérieur, tandis qu’à l'extérieur quatre puissants éperons venaient encore fortifier cette même nef. Dans le même but de consolidation on supprimait à la fois de nombreuses croisées, lézardées par les secousses et qui sans doute menaçaient ruine. On retrouve encore aujourd’hui, après des siècles, les traces de l’existence primitive de ces baies ou croisées.
Au centre de la partie de la nef transversale voisine de la grande nef, et au-dessus de la confession où l’on conserve, dit-on, la moitié des corps de saint Pierre et de saint Paul (1), s'élevait l'autel papal, surmonté d’un ciboire d’architecture gothique, exécuté en 1280, et dont le dessin est dû au célèbre Arnolfo di Lapo. Ce monument de l’art du xur° siècle, qui a été restauré après l'incendie, ést figuré dans la planche 356.
A chacune des extrémités de la double nef transversale étaient deux autels décorés de quatre colonnes de porphyre.
Le fond de l’abside, ou tribune; comme disent les Italiens, était occupé par le maïître-autel, également décoré de quatre colonnes de porphyre, et dessiné par Onorio Lunghi, architecte, mort en 1619.
La voûte de l’abside était couverte de peintures en mosaique du xut siècle, commencées sous le pape Honorius IFF et terminées par l'abbé Orsini, qui devint pape sous le nom de Nicolas IT. Ces mosaiques ont échappé à la destruction et ont été restaurées.
On voit, d’après la description qui vient d'être faite de l’ancienne basilique de Saint-Paul, combien ce vénérable édifice présentait d’intérêt pour l’histoire de l’art par la variété d'époques et de styles des
(1) L'autre moitié est dans la basilique de Saint-Pierre, au Vatican; les têtes de ces apôtres
sont à Saint-Jean-de-Latran.
6go NOTICES HISTORIQUES
objets qu'il renfermait. Ainsi il confinait aux beaux siècles de l’antiquité par les vingt-quatre colonnes en paonazzeto de la nef et par leurs chapiteaux. Les autres colonnes, la mosaique du grand are de Placidie, le sarcophage de Pierre Léon (voir page 686), donnaient une idée de ce qu'étaient les arts sous les successeurs de Constantin. On suivait les traces de leur décadence pendant les siècles de barbarie dans la porte de bronze du milieu de la façade, dans la construction du mur de séparation de la nef transversale, dans le candélabre et les peintures qui décorent la grande nef. Les mosaïques de la facade et celles de l’abside sont des monuments de la première renaissance des arts au moyen âge, de ce xin° siècle, époque à laquelle l’art gothique atteignit au nord de l'Italie le plus beau développement. Enfin l'architecture des autels modernes et celle du portique de la façade, dessiné par Canevari, attestaient une nouvelle décadence au xvri* siècle.
La basilique de Saint-Paul est confiée aux bénédictins de la consrégation du Mont-Cassin, qui furent établis par Martin V, en 1424, dans l’ancien monastère annexé à l’église et construit au xin° sièele(x). La planche 534 donne le plan de ce monastère. Le cloître est formé d'une suite d’arcades assises sur de forts piliers. Dans ces arcades sont enchâssées une foule de petites colonnes accouplées, la plupart à spirales et décorées de mosaïques de marbre. Cette décoration, œuvre du xri° siecle, est sans dignité; elle manque à la fois de la gravité romaine et de l’élégance antique. De nombreuses inserip-. tions profanes et sacrées ont été incrustées dans les murs autour du cloître par les soins de l'abbé Galetti. Ces inscriptions sont reproduites dans le livre déjà cité de monsignore Nicolaï.
Incendie. — Ge fut dans la nuit du 15 au 16 juillet 1823 qu'eut lieu le fatal incendie qui détruisit la basilique de Saint-Paul, épar-
(1) Ces religieux sont obligés, pour se soustraire aux dangers de la malaria, qui est endemique dans le voisinage de la basilique de Saint-Paul, de quitter cette résidence pendant les
fortes chaleurs de l'été.
ET CRITIQUES. 6gi
gnée par le temps depuis quatorze siècles. L'événement fut occasionné par suite de l’incurie d'ouvriers plombiers. Le feu se ‘déclara d'abord dans la belle charpente; il se communiqua ensuite avec une incroyable rapidité à la toiture, qui, devenue la proie des flammes, s’écroula tout entière, entraînant dans sa chute une partie des murs. [/immense fournaise brûla ainsi plusieurs heures avec une activité sans égale. Les belles colonnes de marbre de la nef furent caleinées; celles de porphyre des autels et de la tribune furent fendues; les mosaiques furent détachées du mur. En einq heures la destruction du vénérable temple chrétien fut presque complète et la perte irréparable. La tribune seulement, quelques mosaïques et
quelques sarcophages échappèrent en partie au désastre.