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la Chancellerie les deux portes projetées par Bramante, on comprendra de suite (indépendamment de la valeur intrinsèque des dessins, soit projetés, soit exécutés, qu’il ne s’agit pas du reste de comparer entre eux) que par cette seule restitution, cette facade, qui présente aujourd’hui dans le style de quelques-unes de ses parties quelque chose d’équivoque et de heurté, reprend à l'instant même toute l'unité harmonieuse et paisible de sa belle ordonnance.
Plan général et vue de la place et des édifices-du Capitole.
Nous terminerons la longue revue artistique que nous avons entreprise des édifices de Rome moderne par les bâtiments du Capitole, de ce lieu célèbre parmi les plus fameux de l’histoire, situé aujourd'hui au centre de Rome, et qui fut l’Acropole, la citadelle sacrée du plus vaste empire. On sait que la petite colline du Capitole, élevée de 191 pieds au-dessus des eaux moyennes du Tibre (141 pieds au-dessus du niveau de la mer), était dans le principe inaccessible, excepté du côté du Forum, d’où on y montait par trois rampes. A ses extrémités s'élevaient deux éminences, séparées par un terreplein désigné sous le nom d’/ntermontium, et où était un petit bois dont Romulus fit un asile. L’/ntermontium est aujourd’hui la place du Capitole, dont le nom a été bizarrement transformé par la langue italienne en celui de Campidoglio (champ d'huile). Une de ces éminences, celle située au sud-ouest et vers le Tibre, était la citadelle (arx), comprenant dans son enceinte plusieurs temples, et où l’on conservait la cabane de Romulus; là aussi était la roche Tarpéienne. Sur l’autre éminence, située vers le nord, et où est aujourd'hui l’église d’Æra-Cœli, s'élevait le temple de Jupiter Capitolin, ce sanctuaire auguste de la puissance romaine, qui, fondé par Tarquin le Superbe; et trois fois incendié, fut rebâti par Sylla, par Vespasien et Domitien.
. On en voyait encore les ruines au var siècle; au ix° siècle il avait entièrement disparu.
Le Capitole moderne ne répond pas à la majesté des souvenirs que son nom éveille. À la place de la magnificence monumentale qui régnait en cet endroit privilégié de la Rome antique, on ne trouve aujourd’hui qu'une place de médiocre étendue, décorée de statues et de trophées, et entourée sur trois côtés d’édifices d’une architecture symétrique, mais qui n’a rien d'imposant. Avant que Michel- Ange eût donné à cette place l'ordonnance régulière qu’elle a gardée, et qui forme encore un de ses principaux mérites, elle dut sans doute subir de nombreuses- transformations, depuis l’époque où disparurent les derniers vestiges du temple de Jupiter jusqu’au xvr° siècle. Ni le temps, ni l’ordre de choses nouveau substitué par le christianismé aux traditions du passé ne durent cependant pas déshériter ce lieu célèbre de son importance historique. On sait que Pétrarque, sur l'invitation du sénat romain, vint s’y faire couronner le 8 avril 1341. Quelques années plus tard, en 1347, Rienzi, dont Pétrarque fut l'ami et partagea les espérances républicaines, se croyant appelé à renouveler l’entreprise des Gracques et à reconstituer la liberté antique dans une ville opprimée par une oligarchie de barons turbulents, entraînait par son éloquence la foule au Capitole et s’y faisait décerner le titre de tribun. C’est dans ce même palais du Capitole qu'il se vit assiégé, en 1354, par ce même peuple romain dont il était naguère l'idole. Reconnu pendant qu’il cherchait à se sauver, 1l fut entraîné au bas de l'escalier, devant le lion de porphyre égyptien où lui-même avait-coutume de faire lire les condamnations; et là il reçut d’un artisan un premier coup qui devint pour la foule le signal de se précipiter sur lui. Le lion de porphyre dont il est question dans ce récit n’a sans doute rien de commun avec les lions placés aujourd'hui au bas de la rampe et qui furent transportés 1e au xvie siècle (voir plus bas, page 723). Une trentaine d'années après la mort de Rienzi, le pape Boniface IX fit élever sur les restes de l'antique Zabularium
un palais, ou plutôt une forteresse, pour la résidence des sénateurs. Ce palais sénatorial, reconstruit depuis, occupe le fond de la place du Capitole.
Il serait intéressant de suivre à travers les temps les diverses
transformations opérées dans cette place célèbre; mais les docu- .
ments manquent. La vignette intercalée ici dans le texte, et copiée sur un
ancien plan de Rome gra-
vé en 1555, reproduit l’é-
tat des lieux tel qu'il était antérieurement à cette da-
te, et postérieurement à
l’année 1538, époque à la-
quelle Ja statue de Marc- Aurèle fut dressée au milieu de la place, comme on la voit figurée dans la gravure. Mais il n’y a point de traces encore des bâtiments que Paul IIT chargea Michel-Ange d'élever à droite et à gauche de la place ; et des masures s’étagent encore sur la pente nord-ouest de la colline, où devait bientôt être établie la rampe monumentale dessinée par lui. |
Nous donnons encore ici, en regard, une autre vue du Capitole, réduite d’après une gravure du même temps.
Cette gravure, sans date (du moins dans l'épreuve que nous avons pu consulter, et qui fait partie d’un recueil appartenant à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris), reproduit l’état de la place et des bâtiments du Capitole, antérieur de quelques années à celui exprimé dans une autre gravure du même recueil, datée de 1600, et dont nous parlons plus bas, page 723. En effet, dans la gravure mise 1ci sous les yeux, on voit une ancienne construction avec portique au rez-de-chaussée et loge au premier étage, à la place où devait bientôt
s'élever le palais des Conservateurs, dessiné par Michel-Ange; et sur
le mur qui lui fait face, on n'a pas encore appuyé la fontaine
figurée dans la gravure de 1600.
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Les conservateurs désiraient (Vasari attribue ce désir au peuple romain) tirer le Capitole de son état d'abandon et lui restituer une partie de la splendeur monumentale qui convenait à la célébrité du lieu. Cette décoration fut décidée par Paul IE qui chargea Michel- Ange d'en donner les dessins. Le grand artiste était déjà âgé et avait d’ailleurs la direction de l'achèvement de Saint-Pierre. Cette nouvelle tâche était la plus noble à laquelle un architecte püt être appelé dans Rome à cette époque. Et, il faut bien le dire : Michel-Ange est resté, sous quelques rapports, au-dessous de sa mission. Du reste 1l est Juste de tenir compte des difficultés d’un terrain exigu et manquant de profondeur. D'un autre côté, il faut se rappeler que la disposition générale de la place était déjà fixée par les constructions
antérieures pour les masses principales.
Quelque partisan qu'il fût du nouveau, Michel-Ange ne voulut pas s’écarter des données primitives. Seulement, comme il sentait évidemment qu'une place de cette importance était trop petite, on le vit s'efforcer d'en agrandir l'effet apparent. C’est dans cette intention sans doute qu'il adopta cet ordre colossal d’un emploi nouveau et dont les malencontreuses imitations ont gâté tant de monuments depuis le xvi° siècle. Il fut mieux inspiré dans la disposition divergente qu'il donna aux façades des deux édifices de droite et de gauche, plus rapprochées à l’entrée de la place et plus écartées au fond, du côté du palais du Sénateur. Ce parti pris contribua à donner du jeu aux lignes de la perspective, à multiplier les ressauts et à rendre les formes plus accidentées et plus pittoresques.
Les trois édifices qui encadrent la place sont : au fond, vers l’est, le palais du Sénateur; à droite, et vers le sud, celui des Conservateurs; enfin vis-à-vis, à gauche et en pendant, le palais du Musée. Du côté de l’ouest la place est fermée par une balustrade, et elle aboutit au milieu à une rampe, ou gradinata, bordée également de balustrades et dont les larges degrés offrent un accès facile aux piétons. Michel-Ange établit seulement le soubassement et construisit l’escalier monumental du palais du Sénateur, qui fut terminé par d’autres architectes, comme nous le verrons à l’article suivant. Quant aux deux palais latéraux, ils furent élevés sur ses dessins; mais celui des Conservateurs seulement fut commencé de son vivant. Michel-Ange mourut en 1564, et Vasari, qui publia en 1568 la seconde édition de ses lies des Peintres, en parle comme d’un bâtiment qui n’est pas encore tout à fait terminé; mais il indique comme étant encore à
l'état de projet l'édifice actuel du Musée et la gradinata (1). Une
(1) Divimpetto a questa {facciata) ne ha a seguitare un’ altra simile di verso tramontana sotto Araceli, e dinanzi una salita di bastioni di verso ponente, qual sara piana con un ricinto e parapetto di balaustri, dove sarà l’entrata principale, con un ordine e basamenti, soprà
à quali va tutta la nobiltà delle statue, di che oggi è cosi ricco il Campidoglio.
(Vasart, Vita di Michel Agnolo Buonrarotti.)
gravure de l’an 1600 nous a conservé l’état du Capitole à cette date. Le palais des Conservateurs est construit; celui du Musée ne l’est pas encore, et à la place de ce dernier il n'existe qu’une simple fontaine, et une arcade avec un fronton. Il paraît que le palais du Musée ne fut bâti que sous Innocent X, qui occupa le trône pontifical de 1644 à 1655. Le palais du Sénateur, dans la même gravure, a encore son ancienne façade; mais la tour carrée est renouvelée.
Au pied de la rampe, ou gradinata, et à la naissance des balustrades qui l’accompagnent, sont deux lions de basalte et de style égyptien, découverts devant l'église S. Stefano del Cacco et transportés ici par ordre de Pie IV (1559-1565). La partie supérieure des balustrades vient s'appuyer sur deux forts piédestaux portant des statues colossales de Castor et Pollux, dompteurs de chevaux, en marbre pentelique. Elles furent trouvées dans le Ghetto, sous le pontificat de Pie IV, qui les fit restaurer par Valsoldo, et ce fut Grégoire XIII qui les fit mettre en place. A droite et à gauche de ces statues, sur les balustrades qui bordent la terrasse, sont des trophées en marbre faussement désignés sous le nom de trophées de Marius. Les antiquaires sont incertains sur l’époque de ces ouvrages, qui ornaient autrefois sur l’Esquilin un réservoir de l’eau Julia, et que Sixte V fit transporter au Capitole. Quelques-uns veulent les faire descendre jusqu’au temps de Septime Sévère; mais, d’après le caractère de leur seulpture, on est plus généralement disposé à les reporter au temps de Trajan. A la suite viennent les médiocres statues de Constantin et de son fils, découvertes dans les thermes de cet empereur, sur le mont Quirinal. Enfin à l'extrémité de droite, du côté du palais des Conservateurs, est une colonne milliaire, qui marquait le premier mille de la voie Appienne et qui fut trouvée en 1584, à peu de distance en dehors de la porte S. Sebastiano. L'autre colonne en regard, du côté opposé, n’est qu'une imitation moderne pour servir de pendant.
Au centre de la place est une statue équestre, en bronze, de Marce-
Aurèle, posée sur un piédestal bas et d’un gout peu sévère, dont le dessin est attribué à Michel-Ange. Ce piédestal est d’un seul bloc de marbre, provenant d’une architrave du forum de ‘Frajan. La statue de Mare-Aurèle, admirée de Michel-Ange, est un spécimen d’autant plus précieux, qu'il est le seul de ce genre de monuments de Part antique qu'on voie à Rome. Dès l’origine elle était dorée. Au moyen age le cheval seul, d’abord, était dressé devant Saint-Jean-de-Latran. La statue entière fut transportée, comme nous l’avons dit précédem-
ment, en 1536 sur le Capitole.
Après avoir successivement passé en revue les divers monuments et les objets d’art qui concourent à la décoration de la place du Capitole, nous avons voulu en donner ici une vue qui en montre l’ensemble sous un aspect pittoresque et avec un effet de perspective tout à fait différent de celui de la planche 352.
Sur le plan général tracé dans la planche 352 on remarque, dans l'intervalle entre le palais du Sénateur et celui du Musée, une suite de degrés s'appuyant sur ce dernier palais et conduisant à un portique servant d'entrée latérale à l'église d’Ara-Celi. Ce portique, dont nous avons donné l'élévation dans notre premier volume, planche 4 (voir également la planche 354), est attribué à Vignole, ainsi que celui en face, établi à côté du palais des Conservateurs, au
haut d’une rampe à degrés qui mène sur le monte Caprino.
Palais du Sénateur.
L'antique et glorieux nom de Sénateur et les fameuses sigles : S. P. Q. KR. sont les seules traces de la vie politique de l’ancienne Rome que le temps, par une sorte de dérision, ait conservées jusqu’à nos jours dans la Rome moderne des papes. Les dénominations seules subsistent; mais elles ne correspondent plus à rien de ce qu'elles servaient à exprimer dans l'antiquité. Le sénateur actuel, qu’on pourrait considérer comme substitué à l’ancien préteur, est un magistrat nommé à vie et choisi parmi les princes romains. Il réside au palais du Capitole et il est le chef de la municipalité, représentée par d’autres magistrats nommés conservateurs, et que l’on peut comparer aux anciens édiles. Ceux-ci sont choisis dans un certain nombre de familles nobles et renouvelés en partie tous les six mois.
Dans l’article précédent nous avons réuni quelques renseignements sur l’histoire de ce palais jusqu’à l'époque de Michel-Ange. TT n’en éleva que le soubassement et l'escalier monumental à double rampe qui conduit au premier étage. (Pour la façade du palais voir les planches 352 et 354.) La fontaine en avant du perron fut établie par ordre de Sixte V. Dans la niche centrale est une statue en marbre blanc et à draperies de porphyre, trouvée à Cora, dans le Latium, et représentant Minerve; on la désigne vulgairement sous le nom de Rome triomphante. Michel-Ange projetait de mettre ici une statue
colossale de Jupiter, dont les proportions se fussent mieux harmonisées avec la masse des statues du Nil et du Tibre, placées à droite et à gauche. Celles-ci sont en marbre de Paros et ont été trouvées sur le Quirinal; on les croit de l’époque des Antonins.
Une gravure exécutée à Rome en 1559, d’après un dessin de l'architecte français Dupeyrac, et par conséquent postérieure de quatre ans à la mort de Michel-Ange, nous a conservé le projet de façade du palais du Sénateur tel que Michel-Ange l'avait conçu. Sur ce dessin la vieille tour du Capitole existe encore, et il y a une loge couverte au-dessus du perron de la double rampe d’escalier. Cette loge n'a pas été construite. En avant du massif qui porte les deux rampes d'escalier s'étendent deux degrés, à la place où on a depuis établi les bassins d’une fontaine.
Le projet de Michel-Ange fut modifié par ses successeurs : Giacomo della Porta, éleva tout le premier étage; le reste des constructions fut terminé par Girolamo Rainaldi. De 1848 à 1850, ce palais fut amplement restauré par l'architecte Calderari, pour y établir les bureaux de la municipalité romaine. Une porte d'entrée, avec un escalier pour aller à ces bureaux, fut ouverte du côté de la roche Tarpéienne.
Le grand escalier à deux rampes de la façade donne accès, au premier étage (voir le plan, planche 353), à un grand salon, dont la forme a été modifiée il y a quelques années par l'architecte Camporesi. Il est orné des statues colossales de Paul III, de Grégoire XIIT et du roi de Naples Charles d'Anjou, qui, au xin° siècle, fut sénateur de Rome.
La tour carrée qui domine l'édifice fut élevée sur les dessins de Martino Longhi, sous le pontificat de Grégoire XIIL. Du haut de cette tour on jouit du plus beau panorama sur la ville et sur la campagne
de Rome.
A1 Le NI
Plan du premier étage des palais du C apitole. Elévation géométrale du palais des Conservateurs (et du musée du Capitole ). lue de la
place, prise sous le portique du palais des Conservateurs.
La façade reproduite au haut de la planche est commune aux deux bâtiments qui forment en quelque sorte les ailes de la place du Capitole, c’est-à-dire au palais du Musée et à celui des Conservateurs, qui lui fait face.
Ces deux édifices furent exécutés d'après les dessins de Yichel- Ange. Nous avons cherché ci-dessus (page 722) à établir à quelle époque eut lieu leur construction respective. Après lui on indique, comme ayant dirigé les travaux, /’ignole, qui lui-survécut neuf ans et lui succéda comme architecte de Saint-Pierre ; mais il est douteux qu'il y ait pris une part un peu considérable. F’achèvement des bâtiments du Capitole et l'élévation de celui occupé par le musée sont dus à Giacomo della Porta. Ce n’est toutefois ni à Michel-Ange ni aux architectes que nous venons de nommer qu'il faut imputer le dessin incorrect et bizarre de la fenêtre du milieu de chacune des deux facades. Cette déplorable addition fut introduite après coup par un architecte nommé Giacomo del Duca.
Considérées dans leur masse, ces façades sont assez satisfaisantes ; l'entablement du grand ordre est d’un assez bon caractère. Mais les colonnes ioniques des portiques du rez-de-chaussée ne sont pas d’une proportion heureuse, et elles paraissent comme écrasées par l'élévation démesurée du grand ordre de pilastres corinthiens adossés aux pieds-droits des portiques, qu’elles flanquent à droite et à gauche, sans y adhérer. L'ensemble de cette disposition a été considéré comme une nouveauté.
« C'est au petit ordre de colonnes ioniques du rez-de-chaussée, » dit M. Quatremère de Quincy, « que Michel-Ange adapta l’ajuste-
ment, alors inusité, de ce chapiteau ionique (à volute rentrante) auquel où a donné son nom, parce qu'il en fut l’inventeur. Il est possible, en effet, qu'il n'ait point eu, en son temps, connaissance des exemples antiques de chapiteaux ioniques dont les volutes retournent en dehors. Du reste son chapiteau tient de l’ionique le plus généralement employé, en ce que ses faces sont dissemblables et que ses volutes pendantes et ovales se contournent avec grâce. Il en diffère par l’addition d’un astragale et d’un gorgerin, et par la ligne courbe que décrit des quatre côtés son tailloir. Selon Winckelmann, c’est une erreur de croire que Michel-Ange ait innové en ce genre. Il est vrai qué les plus anciens chapiteaux ioniques ont leurs volutes placées dans une ligne horizontale, mais quelquefois aussi elles sont retournées, comme au temple d'Érechtée, à Athènes. » (Histoire de la mie et des ouvrages de Michel-Ange, page 150.) Il a pu d’ailleurs, ce nous semble, emprunter à plusieurs monuments de Rome, et entre autres aux chapiteaux ioniques des huit colonnes du temple dit de la Concorde, l’évidement suivant une ligne courbe du tailloir et la disposition rentrante des volutes angulaires; seulement au lieu de la répéter sur les quatre faces d’une manière identique, il a conservé sur deux des faces le coussinet ou balustre du chapiteau ionique primitif.
On sait qu'on a réuni, dans les cours, l’escalier et les salles du palais des Conservateurs, des statues et des fragments antiques précieux, au nombre desquels se trouve la célèbre Louve antique, en bronze, allaitant Romulus et Rémus. L'énumération de ces objets curieux ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage. Nous rappellerons seulement encore que c’est dans des salles de ce palais que sont conservés les fragments de marbre contenant les célèbres fastes capitolins.
Outre une galerie de peintures (pinatoteca), un musée consacré par Pie VIT à la gloire de l'Italie moderne contient les bustes et les portraits d’Italiens illustres.
Musée du C ‘apitole.
Il a été parlé ci-dessus de la construction de ce palais, disposé pour recevoir une magnifique collection d'objets d'art. Le musée du Capitole, commencé par Clément XII, fut successivement enrichi par Benoît XIV, Clément XIII, Pie VI et Pie VIT. En 1838, sous le pontificat de Grégoire X VE, il fut de nouveau remis aux soins et à la garde du sénat romain.
Dans la cour est une statue colossale de l'Océan, trouvée près d’un forum, dit: de Mars, et à cause de cela nommée vulgairement Marforio. Le génie satirique des Romains en fit pendant un certain temps une sorte de compère et d’interlocuteur d’un autre torse antique ayant aussi une célébrité populaire sous le nom de Pasquino.
Un nombre considérable d'inscriptions, de statues, de bustes, d’objets divers, sont disposés dans les diverses salles, dites : des Inscriptions. des Bronzes, des Empereurs, des Philosophes, du Faune, du Gladiateur mourant... Sur les murailles d’un escalier du Musée ont été fixés les fragments du plan de Rome antique, en marbre, découverts au Forum, dans le temple de Romulus et de Rémus, et dont nous avons déjà eu occasion de parler (voir Église SS. Cosmo et Damiano, page 260). Ces fragments, au nombre de vingt-six, furent réunis par Paul II dans les jardins Farnèse; Benoît XIV les recueillit de nouveau et les fit placer sur les murs de l’escalier qui mène au Musée du
Capitole.
Vue des édifices du Capitole, prise de la montée à la roche
1 rpéienne ;
De ce point de vue le palais du Sénateur se présente sous un nou- x, 16. vel aspect pittoresque, et, par le mouvement des lignes que lui com-
munique la perspective, par le développement et les ressauts multi-
pliés de l'escalier à double rampe et de la fontaine au-dessus desquels il s'élève, il prend une sorte de grandeur théâtrale qui en exagère un peu l'effet réel, tel qu'il apparait dans la vue de face, reproduite dans la planche 35».
De l’autre côté de la place du Capitole on aperçoit en face, au haut d'un escalier qui mène à l’église d’Ara-Celi, une partie du portique de Vignole (représenté tome I, planche 4), où la pureté du style est d'autant plus sensible, qu'elle fait constraste avec la manière heurtée et sans finesse de Michel-Ange.
La tour carrée, qui se profile sur le ciel entre le portique de Vignole et le palais du Sénateur, est la torre de’ Conti, construite en 1207 par Innocent IT, de la famille Conti. S'il faut en croire Nibby et quelques antiquaires, elle s'élève sur les ruines du temple de la Terre, construit à la suite d’un tremblement de terre, vers l'an de Rome 490, et qui, plusieurs fois rebâti, avait acquis assez d’étendue pour que le sénat s’y réunit quelquefois. Dans des fouilles faites en 1825 on y a trouvé, à 26 pieds de profondeur, un beau pavé de marbre et des tronçons de colonnes en granit rouge. Du reste il y a des opinions différentes sur le lieu où était situé ce templum Telluris. Niebubr le place entre le temple de la Paix et l’église 45. Pretro in Pincoli, et par conséquent bien à l’est de l'emplacement indiqué par la torre de” Conti. Des historiens plus récents de Rome établissent, en rapprochant des textes anciens, qu’il s'élevait dans le quartier des Carenes, au pied du mont Cœlius.
Tant de révolutions ont bouleversé le sol de la Rome antique, que les hommes ont depuis des siècles perdu la mémoire des temples et des palais détruits, et dont les débris sans nom sont, depuis des siècles aussi, profondément ensevelis sous les cendres de la cité. Mais quelques rares monuments encore en partie debout, quelques fragments mutilés, épargnés par le temps, suffisent à renouer à
travers les âges les traditions de l’histoire et de l'art.
Parvenu au terme de nos pérégrinations à travers les édifices de la Rome moderne, arrêtons-nous un instant iei pour contempler la ville éternelle, dans son ensemble, du haut dela tour du Capitole, qui en offre une si belle vue. De ce point central, à mesure que ses monuments semblent surgir sous le regard, les souvenirs de son passé glorieux s’éveillent et se pressent dans la pensée. Chaque relief du sol raconte une période historique. [ci, sur le mont Capitolin, on touche aux origines de la cité, à l'asile ouvert par Romulus, à la citadelle assiégée par nos ancêtres les Gaulois, à la roche Tarpéienne, à la prison Mamertine, au fameux temple de Jupiter, cette basilique paienne du monde romain. Au pied du Capitole s'étend le Forum, ce théâtre des luttes tribunitiennes de la république. Dans une autre direction, voici la rotonde du Panthéon d’Agrippa, encore debout depuis Auguste, mais vide, depuis plus de mille ans, des images de tous ces dieux-qu'il devait réunir. Puis, au delà de ce Forum que notre regard dominait tout à l'heure, au milieu d’un emplacement désert, se dressent les ruines gigantesques du Colisée de Vespasien, que les martyrs du christianisme arrosèrent de leur sang. Dans le voisinage du colossal amphithéâtre on distingue l’are de Constantin, expression dernière et déjà barbare de l’art antique degénéré et mourant, bien qu'à peine un peu plus de deux siècles séparent cette construction de la précédente; mais à côté de cette décadence et dans ce court intervalle de temps, le monde a vu s'accomplir une grande révolution : la religion du Christ, naguère persécutée, s’est assise sur le trône de Byzance avec Constantin.
C'était à Rome cependant que le christianisme devait fixer le siége de sa domination triomphante. Si nous dirigeons-encore une fois nos regards vers un point opposé, nous verrons au loin, à l'écart sur l’autre rive du libre, par delà toute la ville antique et moderne, Saint-Pierre et le Varicax, le premier des temples de la chrétienté et le palais où siége le premier de ses évêques.
Ce palais à reçu en outre une destination, qui, à un autre titre, en
fait une des merveilles du monde : il contient un immense et splendide musée, où ont été recueillis les plus précieux trésors de l'art antique; richesse intarissable qui semble défier les études de la plus longue vie. Et ce n’est pas une des moindres singularités de la métropole chrétienne, de présenter dans la demeure même des papes, cette sorte de temple païen, où, parmi tout un peuple de statues, celles des dieux détrônés, échappées aux ravages des temps et des hommes, recoivent encore les adorations des mortels; non plus, à la vérité comme images religieuses et vénérées, mais comme expressions
sublimes du sentiment esthétique le plus idéal de la forme.
Ici se termine cette longue publication destinée à décrire Rome sous un des aspects qui lui assignent encore, après tant d’autres gloires, une prééminence particulière, sous celui du brillant développement de son architecture depuis l’époque de la Renaissance.
Qu'il soit un instant permis à l'artiste qui a consacré sa vie entière à cette étude, et qui, à travers tous les grands et mélancoliques souvenirs de cette ville, si souvent parcourue, retrouve aussi les traces de son passé, d’évoquer ici ses souvenirs personnels!
Il y a bientôt trente-cinq ans, j'entrais pour la première fois dans cette admirable ville, qui devait me captiver si puissamment. Avec l’ardeur confiante de la jeunesse j'entrepris une tâche dont je ne mesurais pas alors toute l'étendue. Mes jours se sont écoulés dans ce labeur ; et pendant que je me livrais à cette étude, à laquelle j'ai dû de si douces jouissances intellectuelles, mes cheveux ont blanchi, et je touche à la vieillesse quand j'arrive au terme de mon ouvrage.
Ce n’est pas sans émotion que l'on se sépare, après une si longue accoutumance, d'un travail qui a été la préoccupation assidue de
ET CRITIQUES. 0 toute une vie. Cependant Rome, qui est une mine inépuisable, m'offrait encore, pour le point de vue particulier de mes études, un magnifique sujet dans la BASILIQUE DE SaiNr-Prerre et le PaLaIS pÜ Varican. La tâche était grande; mais le temps n'avait pas amorti mon ardeur. Heureux de reprendre mon ancienne chaîne, je commençal, 1] y a quelques années, ce nouveau travail, destiné .à former une partie distincte et séparée de mon recueil des Édifices de Rome moderne, et qui pourra également y être réunie et en être le complément. Les dessins sont très-avancés et plusieurs planches sont déjà gravées. Libre désormais des soins que réclamait l'ouvrage que je termine aujourd'hui, j'espère pouvoir mener rapidement à, terme cette dernière publication ; je suis à un âge d’ailleurs qui
m'impose l'obligation de me hater.
NotE DE L'ÉDITEUR. — La mort a malheureusement surpris M. Letarouwuily
au milieu de son travail sur Saint-Pierre et le Vatican.
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