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CETTE introduction a pour objet d'exposer les principes qui m'ont
But de l'introduction,
dirigé dans Ja publication de cet ouvrage, et particulièrement dans s'L le choix des sujets auquel je me suis arrêté. J'ai essayé ensuite de faire connaître par. des descriptions sommaires chaque genre des édifices de Rome, et de donner une idée de l'aspect de cette ville par une esquisse de l’ensemble. Enfin j'ai été conduit à présenter des réflexions sur les vicissitudes de l'art, et à rechercher les s moyens de rendre plus rare, le retour périodique de ces temps de décadence et d'anarchie, où il cesse d’obéir aux lois du gout et de la raison. Lie L'étude des arts diffère essentiellement de l'étude des sciences ;
Différeuce
dans celle-ci, en effet, l’on n’admet pour bases que des axiomes et tte l'étude des arts
et celle des sciences.
des faits précis : on pose des principes fixes et on en déduit des con-
Jen * |
Difficulté qu'on éprouve à définir le beau.
séquences; on passe ains appuyé sur le raisonnement
Il en est autrement dans le manifestation du sentiment
principes absolus et immuab
ce qui constitue le beau en architecture, n’est-on pas réduit à dire qu'il dnstes dans l'expression caractérisée des convenances , ans des rapports heureux, dans la pureté des formes, dans l'harmonie des proportions, mots vagues et indécis qu'il faudrait définir et expliquer eux-mêmes ? et d'ailleurs n'est-il pas reconnu que la perfection peut s’obtenir de tant de manières, qu'un nombre illimité de chefs-d’œuvre, très-différents les uns des autres, peut résulter d’un même programme, et qu’alors de tels problèmes ayant mille solutions distinctes rentrent dans la classe des problèmes indéterminés ? D?
On ne doit done pas s'étonner si l'architecture, art qui ne saurait 4 trouver dans la nature un objet réel d'imitation, manque de définitions rigoureuses, de formules d’une application constante et propres à servir de guide à l'artiste incertain au milieu de cette multitude de systèmes qui se sont succédé jusqu'à ce jour(1).
Il est facile de s’apercevoir qu'ici nous n'avons en vue que la partie
(1) On a cherché à assimiler les proportions des édifices à celles des nombres; mais ce système ne me semble avoir aucun fondement raisonnable. Que peut-il, en effet, y avoir de commun entre des rapports purement numériques, et ceux dont l'appréciation n’appartien qu'à nos sens? Il y a là évidemment une fausse application.
On à été mieux inspiré en cherchant à ramener les principes de l'architecture aux règles
de principes et de règles.
tte lacune et en l'absence de lois positives et innt de recourir à l'observation des monuments et de s'exercer à saisir entre leurs diverses parties, c'est-à-dire, entre les masses et les détails, ces rapports fugitifs, il est vrai, mais pourtant Justes et précis ; il faut chercher à pénétrer le mystère de ces formes heureuses et comme privilégiées qui dans un bel ouvrage causent une satisfaction qu'on ne peut analyser, mais dont l'architecte a le sentiment et plus que tout autre l'intelligence. En étudiant avec persévérance les beautés d’un ordre élevé, celles-ci vous deviennent tellement fa- milières , qu'on finit, pour ainsi dire, par se les approprier, et par s'identifier de telle sorte avec elles, qu'en travaillant soi-même sur son propre fonds, on arrive, non pas à les appliquer directement, mais à y puiser, même dans des circonstances très-diverses, d'heureuses et fécondes inspirations.
Il y a donc utilité manifeste et nécessité même de recourir aux lecons du passé. Et qu'on n'aille pas croire que cette étude puisse rendre
servile, ou mettre des entraves au génie : elle éveille l'imagination de
de la musique. Mais c'était seulement une analogie qu’il convenait d'établir et non une application directe qu'il eût fallu faire. On devait s'attacher uniquement à découvrir, s’il est possible , certaines lois qui seraient pour l'œil ce que les consonnances et les dissonances sont pour l'oreille, et alors le problème des proportions harmoniques se trouvait résolu pour l'architecture.
Le goût doit surtoutse former d’après les observatious qu'on est ä même de faire
sur les monuments
Avautages de cette étude.
Pourquoi on a choisi
des monuments
modernes.
dans le champ immense qu'il ex et à ses lumières. En lui enseigna ne lui donne pas la mesure du les annales de l’art, qu'une mai jours en reculer la limite.
Si l'on s'était proposé de former ici un :
ture offre de plus éminent et de plus parfait, nu ( donner la préférence aux monuments que nous a lég ’antiquité, et en cela c’eût été suivre une opinion d’une autorité incontestable, celle des grands maîtres des temps modernes, qu'on trouve unanimes pour en recommander l'étude , comme celle qui présente les meilleurs enseignements et comme une mine précieuse et abondante d'inspirations qu'ils ont souvent fouillée eux-mêmes. Les édifices antiques, empreints au plus haut degré d’un caractère de sagesse et de grandeur, offrent en effet les plus utiles comme les plus attachantes lecons. A une admirable simplicité dans l'ordonnance, ils réunissent presque toujours une élégance de détails et une correction de style dont on ne trouve que bien peu d'exemples. Mais tous ces chefs-d'œuvre, d’ailleurs arrivés à la connaissance du public par de nombreux ouvrages, ne peuvent malheureusement étre compris que d’un nombre fort limité de lecteurs ; car il faut avoir fait une étude approfondie des usages des anciens, non-seulement pour pouvoir apprécier de tels monuments et les rétablir dans leur intégrité primitive, pour les recomposer enfin avec des débris souvent fort défigurés, mais encore pour être en état de reconnaître et de comprendre cette sagesse supérieure et cette Judicieuse intelligence qui les avaient merveilleusement appropriés aux besoins d'une époque si loin de nous. Les monuments de la renaissance, moins connus, et enfants d’un âge plus rapproché
Dr TURSE er ante pour nous, était non-seulement l'un grand intérêt, mais de présenter des mes étaient l'application d'un système antérieur. à donnait air HER de ce qu'il faut entendre par imitation , en montrant de quelle manière des hommes de génie ont su imiter sans | être plagiaires, et comment ils sont parvenus à faire passer dans leurs œuvres et à s'approprier les beautés de l'antique, de telle sorte qu'on n'y retrouve plus l'ouvrage, mais l'esprit des anciens. J'expliquerai maintenant pourquoi j'ai choisi mes exemples plutôt à Rome que dans toute autre ville. Sans doute les beautés de la ville moderne sont loin d’égaler celles de l'ancienne ; mais quelle ville fut jamais, comme la cité antique, placée dans des conditions aussi favorables! Maîtresse du monde entier, elle pouvait disposer de toutes les existences, les arts de tous les pays étaient devenus ses tributaires , la Grèce, ce berceau des merveilles, n'était qu'une de ses provinces, et ses artistes les plus illustres étaient au nombre de ses esclaves. | Toutefois, quoique la ville moderne n'offre ni autant de richesses, mi autant de splendeur, bien qu'on y trouve plus rarement des productions aussi nobles, un goût aussi pur et aussi élevé, du moins c’est encore celle où l’on rencontre le plus fréquemment des conceptions hardies, des dispositions grandioses, des idées ingénieuses et brillantes, enfin cette élégance et cette grâce qui jamais n'abandonna l’école
italienne, au temps même de sa plus grande décadence,
Pourquoi ceux de Rome.
C'est la ville
de Petude.
rivale et qu'elle soit si riche
depuis le xv° siècle n’a-t-elle
lie? et l’on conçoit sans peine que ce livraient avec passion à l'observation des ont dû trouver d’heureuses idées et de vives lum exemples qu'ils avaient sous les yeux.
Rome était déjà la terre chérie des artistes ; aujourd’hui encore et plus que jamais, c’est la ville de l'étude : ce calme qu’on y trouve, ce a concours nombreux d'amis des arts qui vous entourent, le pays, le ciel, les sites, les monuments, les ruines silencieuses et si éloquentes, enfin le grand nom même de la cité, nom qui a encore tant de prestige par les souvenirs brillants qui s'y rattachent, tout, en un mot, vous captive et vous porte au recueillement, tout vous invite au travail et à la méditation. N'est-ce pas là encore que se déroule sans effort devant vous cette longue chaîne de traditions conservées à travers tant de siècles, et dont on peut saisir les anneaux au moyen des débris de toute espèce confondus pêle-mêle dans une même enceinte? Là vous retrouvez, en effet, l'art étrusque dans les monuments sévères de la république, l’art grec dans ceux des premiers empereurs, l’art en décadence dans ceux de Constantin et de ses successeurs , l'art.dégradé dans les œuvres du moyen âge, l’art régénéré dans les élégantes productions de la renaissance, enfin l'art perverti de nouveau et comme en démence dans les compositions capricieuses et désordonnées des deux derniers siècles.
Que d'enseignements ne puise-t-on pas dans l'étude de tout ce
passé! quel profit ne doit-on pas recueillir au milieu de cette variété ÿ
En
exemples les con-
| fertiles en avertisse-
plus sérieux de Pietro Ferrerio, de Falda, de
ontaine, dont la publication a beaucoup contribué de nos jours, ainsi que leurs préceptes et leur exemple, à ramener à de meilleurs
principes l'art engagé alors dans une fausse route (1). Toutefois il
4 (1) Qu'il me soit permis d'exprimer ici mes regrets sur la perte récente qui vient d’affliger les arts; c’est un faible témoignage de mon attachement filial, que j'aime à rendre à M. Percier, l'illustre maître qui a guidé mes premiers pas dans la carrière des arts, et soutenu mon
courage durant cette publication si longue et si laborieuse.
Il serait diflicile de dire ce qu'on trouvait le plus à louer en lui, de l'artiste ou de l’homme privé, tant il avait su se faire admirer et aimer à la fois. *
Il fut à notre époque, dénuée de croyances, le digne représentant de ces artistes pleins de foi, qui brillèrent au temps de l'antiquité ou de la renaissance, et qui, livrés tout entiers à l'étude de leur art, dévoués de cœur à ses progrès, ne vécurent pour ainsi dire qu'en lui.
On ne peut nier que Percier n'ait marqué le retour vers les saines doctrines ; il ranima le zèle pour l’étude sévère des anciens; et son école nombreuse, tout imbue de ses principes, contribua puissamment à renouveler l'architecture dans toutes les contrées de l’Europe. On lui doit encore une multitude de compositions délicieuses, qui seront dans tous les temps des modèles d’ajustement, d'élégance et de goût.
Il avait conservé, dans un âge avancé, un vif amour pour son art. Au milieu même des souffrances de ses dernières années, on retrouvait encore en lui une rare fraicheur dans les idées : sa conversation, toujours animée, était semée d'images et d’heureuses expressions ; imais c'était surtout son âme expansive et chaleureuse, et les précieuses qualités du cœur qui rendaient cet excellent homme si cher à ses amis. Il leur laisse un vide immense et d'amers regrets, mélés de doux et ineffaçables souvenirs.
En consacrant ce peu de lignes à la mémoire d’un grand artiste, J'ai la certitude de trouver de la sympathie parmi mes lecteurs, qui pour la plupart ont pu lapprécier par ses œuvres; son nom d’ailleurs et son éloge trouvaient naturellement leur place dans un ouvrage sur Rome, vers laquelle il a su rappeler l'attention et diriger les études par d’utiles publications.
Ce mot d’un illustre étranger sur M. Percier mérite d’être connu et conservé; il m'a été
ouv rages déjà
publiés sur Rome
Pourquoi des édifices d’un intérêt secondaire ont été compris
dans ce recueil,
et cette rigueur de mesurés nu on appr
aujourd'hui (1). Cet ouvrage était donc d
je n'ai épargné ni soins, ni dépenses, dit à leur attente et à leurs désirs. a
Avant d'entrer plus avant dans mon sujet, ici l'explication de ce qui motive dans notre recu d'édifices d'un intérêt secondaire. Était-il, en effet . raisonnable de trop limiter son choix et de n’admettre que les seules productions
du premier ordre, ou seulement celles de la belle époque de la
répété plusieurs fois par le chevalier d’Este, directeur du Musée du Vatican, l'ami le plus intime de Canova : « J'ai eu, disait celui-ci, des relations infinies avec les hommes, j'en «ai connu particulièrement de tous les rangs et de toutes les professions, mais la plus « belle âme que j'aie rencontrée sur cette terre, est celle de Percier. » Cela seul explique la vive affection que lui portaient ceux qui étaient admis dans son intimité.
(1) Dans ce passage, que nous aimons à transcrire, Rousseau a parfaitement fait sentir l'utilité des mesures : on regrette toutefois qu'il n'ait pas aussi bien compris toute l'importance de la perspective, que du reste le sujet qu'il traitait a dû lui faire envisager sous un aspect défavorable : « L'art de représenter les objets, dit-il, est fort différent de celui de les faire «connaître. Le premier plaît sans instruire ; le second instruit sans plaire. L'artiste qui «lève un plan et prend les dimensions exactes, ne fait rien de fort agréable à la vue; «aussi son ouvrage n'est-il recherché que par les gens de l’art. Mais celui qui trace une « perspective, flatte le peuple et les ignorants, parce qu’il ne leur fait rien connaître et leur «offre seulement l'apparence de ce qu’ils connaissaient déjà. Ajoutez que la mesure, nous « donnant successivement une dimension et puis l’autre, nous instruit lentement de la vérité « des choses; au lieu que l’apparence nous offre le tout à la fois, et, sous l'opinion d’une «plus grande capacité d'esprit, flatte le sens en séduisant l’'amour-propre » (de l'Imitation thédtrale). Le sentiment de Rousseau sur la perspective est inexact ; seule, sans doute, elle est insuflisante pour faire connaître toute la vérité, mais elle sert du moins à la compléter, en représentant les objets sous leur effet optique. De plus, elle est utile à l'architecte lui-même, auquel elle enseigne les effets qu'il doit chercher ou éviter. Aussi Vitruve, Peruzzi et Vignole recommandent-ils l'étude de la perspective comme un moyen d'atteindre à la perfection de l’art; Vignole ajoute même que cette science lui avait ouvert l'esprit dans l’art de bâtir. « La scienza della perspettiva gli aveva aperto l’ingegno per l’arte di fabbricare »
RE: 9 | 45 . . L er peu judicieux que de
ions qui, sans offrir un mé-
ou ent par des détails remarquables ; Dr
s'étendre sur des sujets d'une moindre
urquoi nos publications ne sont pas toujours com- 1 nous avons Omis tantôt le plan et tantôt l'élévation ; h pe et quelquefois les détails, suivant le degré d'inue les : s Où les autres nous semblaient offrir.
Il est (je ne l’ignore pas, et je le reconnais avec regret) bien des é.. intentions architecturales que nos dessins ne pourront pas toujours faire comprendre et dont le mérite échappera aux personnes qui,
n'ayant pas observé le monument lui-même, n’y suppléeront pas par
une attention soutenue, de manière à parvenir, d’après les seules in-
dications qu'il est possible de donner, à se représenter l'effet particu-
lier devant résulter de certaines combinaisons. Il en est malheureuse-
ment de cela comme d'une partition musicale dont la beauté ne se
révèle pas à la lecture et qui pour être comprise demande l'interpré-
tation d’un orchestre.
Nous allons maintenant jeter un premier coup d'œil sur la ville éternelle ; nous la visiterons ensuite en détail pour décrire suecessivement les monuments de tout genre qu'on y rencontre.
En arrivant à Rome, le voyageur enthousiaste éprouve bien des mecomptes ; il se refuse à reconnaître cette ville-reine dont on vante tant les merveilles ; son aspect est triste, ses rues étroites et rare-
ment alignées, ses maisons mal tenues, ses palais négligés. Les
ruines ny sont même pas respectées; elles servent souvent aux usa-
Premières impressions qu'on éprouve
a Rome
Elles se rectient par l'observation et l'étude.
Aspect général de la ville,
ges les plus vulgaires, dernes constructions.
lui semblent bien au-dessous
+ 7 : 22 ii || quelquefois un mélange d impuretés
dernier siècle avec une e:malhe{e@
pour être comprise , demande, comme la plu un examen sérieux, une étude suivie: c’est assez dir teur superficiel à qui la nature à refusé le goût des arts, ou enfin celui qui ne fait à Rome qu'un séjour trop court pour être en état de l'apprécier, peuvent seuls conserver cette première et défavorable impression. *
Telle est, au reste, la révolution qui s'opère dans les idées à la suite des délicieuses promenades faites au milieu de ce vaste musée, que le désordre des rues, d'où résultent des effets piquants et variés, cesse bientôt de déplaire ; on éprouve je ne sais quel charme à errer à l'aventure dans ces rues paisibles, et à faire sans guide des découvertes ayant d'autant plus de prix qu'on ne les doit qu'à soi-même. Ah! combien alors vos premiers jugements se rectifient, quand l’art vous présente chaque jour les combinaisons les plus variées, lorsqu'il se manifeste à vos regards sous mille et mille formes ! tantôt grave, tantôt pittoresque, quelquefois ingénieux ou plein de majesté, ici vous charmant par la grâce de ses créations, ailleurs vous étonnant par leur audace ; véritable Protée, il se retrouve encore sous d’élégants et légers badinages et semble avoir DPF à tâche de vous affecter des sentiments les plus divers et les plus opposés. é | airs
Rome ainsi vue en détail laisse une foie de souvenirs précieux et
durables; mais c’est surtout l'aspect général de la ville, considérée de
Ki
7. d'objets variés de formes et de couleurs, et qu'ils ont d'éclat sous ce brillant soleil! Au milieu de ce nombre infini d'habitations pittoresques, se détachent et dominent de majestueux palais ; puis ces loges toutes aériennes semées, pour ainsi dire, au-dessus des édifices , et cette multitude de coupoles rivales dont les moelleux contours se dessinent avec tant de grâce sur un fond d'azur: çà et là se distinguent encore le sommet des colonnes Frajane et Antonine et la poings framidale des antiques obélisques dérobés à l'Égypte ;
plus loin et à l'écart, les débris vénérables du Forum, et l’immense
4 Colisée ’élevant d’une part, et Saint-Pierre, cet autre géant, surgissant
de l’autre; derrière et formant comme une ceinture à ce vaste ensemble , les vieux remparts avec leurs tours et leurs créneaux en ruine ; plus loin encore, dans une campagne aride et délaissée, ces aqueducs sans fin qui semblent autant de ponts jetés par le peuple souverain pour aller à la pulse “du monde ; enfin à l'horizon les monts Cimini, ceux de la Sabine et du Latium, qui couronnent, complètent et harmonisent cet admirable tableau.
nr Lél,est done AT de cette grande cité dont nous allons passer rapidement en revue les monuments de divers genres, en essayant de faire ressortir le trait dominant et vraiment caractéristique de "AGE d'eux. Nous commencerons d’abord par l'habitation ro- 4 Il y en eux sortes : l'hôtel appelé Palazzo, qu'on traduit habituellement par le du palais, et l'habitation plus modeste, la mai-
son dite {a Casa. Dans le FAT le vestibule se compose tantôt d'une # b “
nf «
Habitations romaines,
description
du palais.
1e DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
ou huit mètres de longueur; tantôt, et principa me plus modernes, c'est un espace rectangulaire plus des colonnes ou des pieds-droits, supportant des arcades. ( tes de vestibules aboutissent à un portique environnant une cour décorée presque toujours avec une noble simplicité, et à l'extrémité de laquelle on aperçoit fréquemment une fontaine d’où une eau limpide et abondante s'échappe perpétuellement dans un bassin formé quelquefois d'un sarcophage antique. À l’une des extrémités de ce côté du portique attenant au vestibule, est une arcade accusant bien l’escalier et lui servant d'entrée. Cet escalier est généralement large, et ses marches sont toujours exécutées en pierre ou en marbre ; elles sont scellées, d’une part, dans le mur du pourtour, et de l’autre dans un mur central très-mince appelé anima (âme), lequel divise en deux parties égales la cage de l'escalier. Au-dessus des rampes s'élèvent des vouütes en berceau, et les divers paliers sont marqués à chaque étage par des voûtes d’arête, ou mème quelquefois par de petites coupoles. Les pièces du rez-de-chaussée sont habituellement voütées et servent de dépôt aux provisions de toutes sortes. On y trouve encore les cuisines, les offices, les lavoirs , les écuries et remises, lorsque toutes ces dépendances n'ont pas été reportées dans une cour secondaire. Les boutiques qu'on remarque quelquefois sur les diverses façades sont des modifications récentes introduites par les besoins nouveaux de notre époque tout industrielle. Le portique du rez-dechaussée de la cour est assez souvent répété au premier étage, mais il existe rarement au deuxième. Ces portiques sont ordinairement voütés, tandis qu'au même étage les salles des appartements sont pour la plupart décorées de plafonds exécutés en bois et divisés en compar-
timents profonds que la peinture et la sculpture ont enrichis à l'envi.
même encore aujourd'hui en ce pays, tout le bien-être, toutes les
commodités et les raflinements que notre civilisation , la douceur de la vie de famille , ou l'éclat des plaisirs du monde, ont introduits dans l'intérieur de nos appartements. Iei, au contraire, tout le soin , toute la recherche , et le luxe, sont reportés au dehors, sur la façade et la cour, sur le vestibule et l'escalier.
Je n'omettrai pas toutefois de mentionner deux salles très-vastes et très-remarquables, ayant une destination spéciale, et qu'on remarque au premier étage, dans plusieurs des beaux palais de Rome. L'une est une sorte d’antichambre spacieuse, décorée assez souvent de peintures, pour la plupart médiocres, et quelquefois aussi d’une estrade surmontée d’un baldaquin , que les princes et quelques marquis romains ont seuls le privilége d'élever (1). L'autre salle, plus vaste encore que la première, est désignée sous le nom de Salone : comprenant pour l'ordinaire deux hauteurs d’étages, elle est située fréquemment à l'angle du palais, pour obtenir, sans doute, de la lumière et de la vue sur deux faces, et conséquemment plus d’agrément et de gaieté. Cette disposition du salon se retrouve aux palais Giraud, di Venezia, Farnese, Negrom, etc... Quant aux autres salles ou galeries intermédiaires, la plupart sont inhabitées, et sem-
ent n’exister que pour le plaisir des yeux, ou destinées seulement à donner, par leur étendue, la mesure de la richesse et de l’importance du propriétaire. Celui que sa naissance ou sa fortune élevait déjà au-dessus d'autres semblait rechercher encore cette distinc-
(1) On en trouve un exemple au palais Mattei. Voyez la coupe, pl: 107.
Descriplhon
de la maison.
14 DISCOURS PRÉLIMINAIR) E.
tion; et c'était, sans s doute pour es T
mille, existent presque toujours à un étage intermédiaire, nommé pour cela Mezzanino; là encore on ne distingue dans l’ameublement aucune trace de cette élégance et de cette recherche qui, d'ordinaire chez nous, accompagnent l’aisance.
Dans l’habitation d’une médiocre importance, dans-/« Casa, on retrouve, mais dans des proportions plus restreintes , une partie des dispositions essentielles que nous avons notées dans le palais. L'analogie se remarque dès l'entrée; un passage se présente d’abord, et vient de même aboutir à un portique ouvert sur une cour de moyenne dimension. Ce portique, composé de trois arcades, supportées fréquemment par des colonnes de granit, forme iei le vestibule. On aperçoit à l’une de ses extrémités une arcade qui annonce l'entrée de l'escalier. Nous ne dirons rien de celui-ci, pour ne pas reproduire la description que nous avons donnée de l'escalier du palais, auquel il est entièrement semblable, et dont il ne diffère que parce qu'il est établi sur des proportions plus petites. Quant à la cour, si, comme celle du palais, elle n'est pas entourée d’un portique, du moins apercçoit-on, souvent à son extrémité, la fontaine accompagnée quelquefois d’un sarcophage. Les dépendances distribuées au rez-de-chaussée, à peu près de la même manière que celles du palais, sont toutefois d’une moindre étendue. Enfin, le vestibule, avec ses trois ouvertures, est assez généralement répété aux étages supérieurs, et on le désigne alors sous le nom de ZLogpia. Cette loge sert à donner de l'agrément à l'habitation; elle lui
procure, en effet, une promenade à couvert, et rend, de plus,
JURS PRÉLIMINAIRE. 15
es de Vappartesse qui viennent y aboutir.
ères généraux, et, pour ainsi dire, le principe istributions de l'habitation romaine. Ce sont, du moins, ceux qui frappent davantage, parce qu'on les rencontre trèscommunément ; cependant on trouvera, dans le cours de cet ouvrage, des exemples assez nombreux de dispositions s'éloignant de ce type, ou n'ayant conservé que peu de chose de ses parties essentielles; mais ces exemples, je le répète, sont des exceptions à la règle générale.
Quant aux façades extérieures, leur aspect est presque toujours d'une architecture sévère ; presque toujours ce sont de larges bandeaux qui marquent et séparent les étages, de belles croisées à consoles qui les décorent, un mâle et riche entablement qui les couronne. Ce système de décoration ne varie guère d'un palais à l’autre, si ce n'est par les proportions et par les détails. On ne cite que de rares exemples de l'emploi des ordres, comme à la Chancellerie, à la Farnesina , aux palais Giraud, Costa, Ossoli…., où de stucs, comme au palais Spada ; toutefois les peintures et surtout les ornements en sgraffito étaient fort en usage au xvit siècle; mais presque tous ont disparu aujourd’hui, détachés par l'effet du temps ou par la main des hommes, plus destructive encore.
L'entrée appelée Portone (grande porte) est pour Pordinaire formée d'une arcade ornée d’une écharpe de bossages, d’une saillie assez prononcée. Quelquefois, comme aux palais Sciarra et Palma, l’arcade est décorée de colonnes, ou bien encore c’est une porte d’une grande dimension, avec chambranles , consoles et corniche , comme aux palais Sacchetti et Negroni. L'entrée du palais Hassimi, qui s’annonce par un portique, offre, il est vrai, une disposition toute dif-
férente ; mais ce chef-d'œuvre est pour ainsi dire un ouvrage à part,
Facades
des labitations
Fr LS
Description des villa où maisons
de plaisance.
une exception parmi les monuments, comme
en est une parmi les architectes.
térieur de Rome, ou à peu de distance de ses portes ; ce sont les : maisons de plaisance appelées 77lla, nom antique qui s'est perpétué jusqu’à nous. Comme la cité moderne est loin d'occuper toute l'étendue de l’ancienne, bien qu’elle soit comprise à peu près dans la même enceinte, une partie de cette enceinte, et principalement celle qui s'éloigne du Tibre, a été plantée de vignes, cultivée en jardins ou occupée par des maisons de plaisance. Celles-ci rappellent par leur magnificence le luxe et l’'opulence des puissants citoyens de l’ancienne Rome. On y trouve la même recherche, la même profusion d’ornements à l'extérieur, et la même splendeur dans la décoration intérieure ; on y a prodigué partout les stucs et les marbres, les peintures et les statues. Quel soin et quel goût n’a-t-on pas mis également dans la distribution des jardins! quelle variété de dessin ils présentent, quels effets inattendus on y rencontre ! Là, c'est un pavillon élégant, ou bien un hémicycle abrité par de beaux feuillages , qui vous offrent un asile choisi, d'ou vous pouvez contempler à l’aise un point de vue admirable ; plus loin, c’est une fontaine pittoresque dont les eaux jaillissent en flots abondants. Partout on a su profiter avec adresse des accidents du terrain, du mouvement du coteau, pour pratiquer des terrasses, ménager des rampes, et élever de petits monuments de tous genres, dont la place semblait marquée à l'avance par le site: puis de toutes parts des vases, des statues, des groupes semés, pour ainsi dire, au milieu des fleurs et des bosquets. Ni les grottes, ni les cascades, ni les nymphées, rien, en un mot, n’a été oublié de ce qui peut parler à limagination ou séduire les sens. La nature elle-même,
ici riante et grave tout à la fois, en se parant de tous ses charmes,
ec les créations de l’homme à produire tous Contemplez ce ciel si pur, cette campagne si
dune, ces coteaux boisés, au sommet desquels on
aime à distinguer quelque village lointain, enfin ces horizons si beaux, l'étude et l'admiration du peintre, et que sillonnent des montagnes aux teintes vaporeuses et bleuâtres, vous ne trouverez nulle part un plus merveilleux ensemble. Ce sont de telles demeures , sans doute, qui ont inspiré à l’Arioste ses brillantes féeries , et le Tasse a dü y rêver les palais magiques et les jardins d'Armide.
Ce n'est pas toutefois dans les villa quil faudrait aller chercher des modèles d'architecture : on trouve rarement dans les édifices qui les décorent une ordonnance régulière et des détails inspirés par un goût sévère et pur ; mais on doit convenir, en même temps, que ce style incorrect et heurté, que cet étalage extraordinaire de magnificence ne s'allient pas mal aux œuvres de la nature si grandes, si riches et si variées. C’est peut-être dans de telles circonstances que l'architecture doit bannir tout ce qui sent l'étude et lapprèt, et imiter la nature jusque dans son irrégularité.
Nous avons cru essentiel de mentionner ici les habitations de ce venre, bien qu'elles ne doivent occuper dans notre ouvrage qu'une place peu étendue; mais elles ont dans Rome une trop haute importance pour qu'il soit possible de les passer sous silence. Nous avons dû nous attacher à reproduire moins les habitations dont l'aspect est le plus pittoresque, que celles dont les dispositions, les proportions ou les détails sont dignes d’être offerts en exemple. Nous renvoyons pour les autres à cet ouvrage si apprécié des artistes, au choix des maisons de plaisance publié par MM. Percier et Fontaine,
ouvrage qui fait si bien connaître les merveilles que nous avons essaye
Edifices religieux.
Premières basiliques.
de décrire dans nos dernières pages, et qu'on dans les villa {ban , Borghese et Panfil.
Aueuns monuments ne méritent à Rome de fixer autant attention que les édifices religieux, dont le nombre est tellement multiplié, qu'il pourrait encore suffire aux besoins de plusieurs villes considérables. Si la grandeur de leurs proportions, si leur magnificence extraordinaire étonnent, on doit être encore plus frappé de la variété infinie de leur disposition et de celle de leurs détails, dont les différences séculaires, parfaitement tranchées, portent le caractère distinctif de chaque époque. Certes, s’il est un lieu où le temple chrétien doit inspirer un intérêt profond , ce doit être surtout lorsqu'on l’étudie dans le sanctuaire de la chrétienté, au cœur même de la puissance du christianisme. Là, en effet, on y saisit mieux les lois de son développement en présence des monuments de tous les âges, qui, comme autant de pages véridiques, en déroulent l’histoire avec une clarté toute particulière; ainsi, dans l'antique basilique des premiers fidèles, on lit encore tous les anciens usages ; on y retrouve l’atrium , sorte de vestibule ou de cour destinée aux purifications, une nef divisée par divers rangs de colonnes, le chœur avec sa balustrade et ses ambons où pupitres de marbre, et à son extrémité, cet hémicyele resplendissant orné de mosaïques qui se détachent sur un fond d’or; décoration grossière et tout à la fois solennelle, peinture naïve des temps de décadence, détails curieux qui transportent si loin dans le passé et en expliquent si bien les mystères.
Les basiliques chrétiennes furent établies d’abord dans les monuments antiques du même nom où l’on rendait la justice , et qui furent appropriés aux besoins du nouveau culte. Elles conservèrent pendant quelque temps le caractère et la beauté simple qui les distinguaient
dans leur origine; mais elles dégénérèrent bientôt et subirent l'in-
ments et dans FE autres détails que dans les dispositions générales dont la tradition s'était conservée.
Lorsque les papes, après un séjour de près d’un siècle à Avignon, revinrent occuper le siége de Rome, ils songèrent à élever de nouveaux temples, et tendirent aux arts une main secourable. Les basiliques qu'ils bâtirent aux quinzième et seizième siècles s’éloignent peu, du moins quant à l’ensemble des dispositions, de celles des premiers temps. On ne trouve même de différences bien sensibles que dans l’arrangement du chœur et des chapelles latérales ; mais combien les temps sont changés! Alors la magnificence pontificale a succédé à la simplicité apostolique de la primitive Église. On reste confondu d'admiration à la vue de cette double et riche colonnade formée des marbres les plus rares, en considérant ces ravissantes peintures répandues de toutes parts, en jetant les yeux sur ces plafonds magnifiques qui voilent ici la charpente du comble et dont les compartiments profonds rayonnent de l'éclat de l'or et brillent à la fois des plus vives couleurs. Mais bientôt à ce genre d’églises on en substitua un autre qui aujourd'hui s'est multiplié à l'infini : Saint-Pierre lui a servi de type et souvent de modele.
L'abandon du système des basiliques peut être attribué à plusieurs causes : après une longue série de siècles, des modifications importantes s'étaient introduites dans les usages du culte; le programme était changé : peut-être aussi le goût de la nouveauté avait-il porte les esprits vers l’imitation des édifices de l'Orient. Mais Ja cause principale et la plus rationnelle qu'on puissé assigner à ce changement c’est la disette de matériaux. Jusqu'alors on avait fouillé les ruines,
et l’'opulente antiquité avait pourvu longtemps aux besoins toujours
Basiliques modernes,
Eglises avec voutes.
Apercus sur Saint-Pierre.
puisable, ne donnait plus que de rares produits. Ron
vait plus exiger de ses esclaves d'Afrique ou d’Asie des marbres polis . Ù . pie
par leurs sueurs : il fallut recourir au sol et chercher des matériaux
que Ja main des hommes n'avait plus façonnés. Alors les artistes
nouveaux, privés de puissants moyens d'exécution, durent imaginer
des modes de construction plus simples et moins dispendieux. C'est ainsi que l’élégante colonnade fut délaissée et remplacée par de lourds pieds - droits surmontés d’arcades. La voûte fut substituée aux majestueux soffites , et l’'audacieuse coupole s’élança dans les airs à la jonction des branches de la croix. Ici, comme dans les basiliques modernes, on ne remarque plus la même unité dans la prière, ce n'est plus un sanctuaire unique, qui règne seul et qui seul reçoit les hommages des fidèles ; mais de nombreuses chapelles établies dans la longueur et à l'extrémité des bas côtés partagent l’encens et les vœux. Il n’est pas rare de rencontrer dans les églises de ce genre des dispositions de plans d’un mérite réel, des nefs d’une élégante proportion, et quelquefois même des détails d’une délicieuse pureté. Souvent aussi elles rivalisent de richesse avec les plus belles basiliques, tant on y a prodigué quelquefois les mosaïques, les compartiments de marbre, les dorures, les fresques et les sculptures.
Ce serait ici le lieu de parler de Saint-Pierre, de cet édifice aux proportions colossales, l’orgueil, dit-on, de l'architecture et la plus étonnante de ses merveilles ; mais Saint-Pierre, quoiqu'il ait exercé le génie de tant d'artistes supérieurs, bien qu'il soit l’œuvre suecessif d'architectes du premier ordre, Saint-Pierre, cependant, n'a pas trouvé place dans notre recueil. Cette vaste création, conçue sous l'impression d'une pensée malheureuse et dans un principe vicieux ,
peut-être, n’a pu suggérer de hautes inspirations aux habiles succes-
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u premier, aient tous succombé sous le poids d’un si pesant fardeau. On blâme dans le plan de Saint-Pierre sa disposition vulgaire, ses formes tourmentées et l'étude mal calculée des proportions. La façade est aussi l'objet de mille critiques fondées; elle manque de rehef, et on ne saurait y trouver de parti décidé. La nef n’est pas non F plus à l'abri de reproches : quoique immense, elle n’a pas cette apparence de grandeur que le talent, bien inspiré, sait donner même aux plus petites choses. C’est en vain qu’on cherche dans ce grand ouvrage une idée sublime, une conception surhumaine, qui réponde au but qu'on s'était proposé. On ne retrouve dans l’ensemble ni les élans du génie, ni cette parfaite unité d'intention et de direction qui a tant de prix, ni cette délicatesse enfin et cette grâce dans les détails, qui décèlent l'artiste dirigé par le sentiment du beau. Les voûtes méritent seules sous ce rapport une honorable exception : leur décoration est fort remarquable tant pour la convenance que pour le goût des ornements; à nos yeux Saint-Pierre n'est donc point un chef-d'œuvre, bien qu'il soit pourtant l’un des plus glorieux témoignages de la puissance et de la volonté persévérante de l’homme : il doit étonner sans doute, mais c'est plutôt par ses proportions gigantesques hors de toute comparaison, par ses richesses inouies, et enfin par les grandes difficultés de construction qu'il à fallu vaincre. Cependant le blâme s’efface, les mauvaises impressions se dissipent, si l’on vient à considérer cette coupole célèbre, prodige de science et de poésie, ouvrage sublime dont la vue vous confond, et qui, par l'immensité de sa masse, l'éclat harmonieux de ses mosaiques, l'élégance de ses contours, et son exécution miraculeuse, fait
naître dans l'âme ce ravissement indicible qu’elle n'éprouve jamais
Häbitations
religieuses
29 DISCOURS PRÉLIMINAIR
modifiée par Michel. -Ange qui en détermina la forme, le tions exactes, et jusqu'aux détails de construction; mais fre mérite de l'exécution et quelques modifications sont dus à Giacomo della
Porta et à Domenico Fontana (1). Au reste, ce vaste édifice a été
publié avec tant de détails dans des ouvrages spéciaux qu'à mon
avis il eût été hors de propos de le reproduire dans un recueil destiné surtout à faciliter les progrès de l'art, puisque l’architecte ne pourrait trouver que peu de fruits dans l’étude de ce monument; toutes ces considérations réunies nous ont paru assez puissantes pour motiver le parti que nous avons pris de renoncer à cette publication (2).
Les habitations religieuses sont à Rome en très-grand nombre: chaque église, en effet, est presque toujours accompagnée d’un couvent. Il est à remarquer que ces maisons de retraite ont un grand rapport avec les maisons antiques, sur les débris desquelles elles ont souvent été bâties. Nous n'en suivrons pas le parallèle déjà établi plusieurs fois, et nous nous contenterons de constater qu’en effet ces couvents sont une tradition plus ou moins fidèle de la maison du patricien, où la vie publique et la vie privée étaient complétement
séparées. L'analogie n'est frappante que pour ceux d’une certaine
(1) Dans ce jugement sur Saint-Pierre, il est à propos de prévenir que j'ai cherché, autant que possible, à apprécier froidement le mérite d’un plan, d’une coupe et d’une élévation, et à conserver l'opinion et le langage d’un architecte. En présence de cette prodigieuse construction, qui semble plutôt le jet de la nature qu'un ouvrage sorti de la main des hommes, on n’est que trop disposé à se faire illusion sur des erreurs graves ; mais je n’ai pas dù perdre de vue qu'ici j'écris la préface d’un livre d’architecture.
(2) Lorsque nous traiterons du Vatican et de ses immenses dépendances, la grande basilique ne pourra manquer d’être comprise dans notre ensemble. Nous nous abstiendrons toutefois d'en présenter aucuns détails.
; LC dinairement située près de la façade de l’église dont ils sont comme
une dépendance. Une petite cour, entourée quelquefois d’un portique, se présente d'abord : autour d'elle sont distribuées les pièces à l’usage du publie, telles que les vestibules, les parloirs, les sacristies et les bibliothèques. Lorsqu'on franchit cette cour, on pénètre dans une seconde qui est le cloître, la véritable demeure du religieux : un beau et vaste portique l'entoure et forme une suite régulière d’arcades supportées par des colonnes qui se trouvent quelquefois répétées au premier étage. Au centre on remarque une élégante citerne qui pourvoit aux besoins de la communauté, ou bien une fontaine jaillissante dont le murmure inégal rompt la monotonie du silence, et qui par sa fraîcheur féconde les fleurs et les orangers groupés autour d'elle. Sous le portique de cette cour on trouve les vestibules, les escaliers, la sacristie, le réfectoire , la pharmacie, diverses salles de dépôt, et une entrée particulière à l’église.
Le logement des supérieurs et la plupart des cellules sont toujours reportés au premier étage. Quant aux cuisines, aux offices, aux lavoirs et autres dépendances, ils sont le plus souvent rejetés sur une petite cour de service ayant une sortie particulière sur la rue.
Telles sont les distributions les plus ordinaires des maisons religieuses : les chartreuses toutefois font exception et présentent avec les autres des différences bien tranchées. Elles ont cette particularité remarquable , qu’elles offrent dans tous les pays une disposition analogue et caractéristique qu'on retrouve également dans celle de Rome, disposition motivée par la règle sévère des chartreux qui vivent encore plus retirés que les autres religieux. Chacun d'eux possède une
habitation petite, mais complète, dont l'entrée existe sous les voûtes
Chartreuses,
Monuments divers.
l'outaines
galerie terminée par un oratoire, et enfin d’un jard de très-petites proportions. Rien n’est mieux disposé pour le recueillement et la méditation que ces sortes de demeures. Elles pourraient convenir aussi bien au philosophe livré aux plus profondes études qu'au chrétien consacré tout entier à Dieu.
J'ai cru devoir m'abstenir de parler ici des colléges, des bibliothèques, des portes de ville, des hôpitaux et des cimetières , parce que ces édifices, quoique importants et même assez multipliés dans Rome, manquent pour la plupart, dans leur disposition comme dans leurs façades, de ce caractère précis qui accuse nettement leur destination. Je me bornerai donc:à renvoyer, pour ce qui les concerne, à l'explication des planches, où j'ai consacré à chaque monument un article spécial.
Je ne pouvais également me dispenser d'entrer dans quelques détails sur les fontaines que Rome possède en grand nombre et dont elle peut se glorifier à juste titre. On ne saurait croire combien ces monuments, qui répondent à mille besoins et contribuent de tant de manières au bien-être général, servent en même temps à donner de la vie et de l'éclat à la ville par leur variété infinie, et combien ils ajoutent à sa magnificence par la beauté de leurs eaux.
On est toutefois surpris que l'architecture, qui dans ce pays joue un rôle si important, ait si peu concouru à l’'embellissement des fontaines, et que la sculpture ait reçu principalement mission de les orner. Je crois pouvoir expliquer cette préférence et l’attribuer au besoin de variété qui doit se faire sentir dans une ville où les petits comme les grands édifices ont presque toujours un aspect sévère. Un monument d'architecture au milieu de tant d’autres de même nature
eût été sans beaucoup de relief et n’eût produit qu'un effet peu re-
on à eu recours à la sculpture. Celle-ci, au reste, dans de telles
cet effet plus sensible: et, sans doute, voilà pourquoi
circonstances, présente des ressources infinies ; car, avec les idées mythologiques transmises par les anciens, il est aisé de peupler les fontaines d'une foule de divinités allégoriques qui ne sont, même aujourd'hui, une énigme pour personne.
Si nous avions envisagé dans les fontaines le jet des eaux, l'adresse et lhabileté qu'on a mises à les répandre, nul doute qu'on n'eût trouvé à Rome des modèles nombreux à imiter. Mais dans l'ouvrage qui nous occupe, consacré spécialement à l'architecture proprement dite, on devait s'attacher plutôt à reproduire les fontaines vraiment architecturales : il est résulté de cette obligation, qu'alors très-limités pour le choix des sujets, nous n'avons pu en retrouver qu'un assez petit nombre méritant, sous ce rapport, d’être offerts en exemple (1).
‘On peut, au reste, pour des renseignements plus étendus , consulter un ouvrage complet sur cette matière, publié vers la fin du xvn® siècle par Falda, où le caractère pittoresque des fontaines a été passablement conservé, et où l’on trouvera quelquefois des vues de
Rome d'un effet assez piquant.
Après cette esquisse rapide des édifices de tout genre, on pourrait considérer notre tâche comme remplie, si nous ne regardions
également comme un devoir de dire la vérité tout entière, et de ne
(1) Nous avons cru devoir nous écarter néanmoins de cette exclusion à l'égard de plusieurs :
fontaines où la sculpture domine, lorsqu'elles nous ont semblé offrir quelque motif heureux dont l'architecte pouvait faire son profit.
Beaucoup de monuments sont entachés
de mauvais goût.
lufluence
de la mode.
nous avons payé un juste tribut d'admiration aux beaux éd nous avons fait la description; mais il est aussi un aveu qu l faut savoir faire, malgré tout le charme des souvenirs qui nous dominent ; il faut savoir convenir que bien qu'on trouve à Rome les modèles de la plus rare perfection, le délire de l’extravagance a , dans la même ville, passé toutes bornes. On ne saurait expliquer comment il arrive que, dans le lieu même où l’on rencontre les plus précieux exemples, tant parmi les anciens que parmi les modernes, on ait pu pousser si loin l’égarement de l'esprit. Il y a de quoi s'étonner davantage, en considérant que cet aveuglement ne vient peut-être pas de l'impuissance de bien faire, qu'on ne le remarque pas seulement dans le vulgaire des artistes, mais encore dans les hommes d’une supériorité réelle, qu’un désir immodéré de se singulariser a entraînés hors des limites du vrai et d’une saine raison.
Il faut bien le reconnaître, chaque siècle a sa physionomie, sa couleur : une divinité qu'on rougitde nommer, bien qu’elle obtienne partout des hommages, la mode, préside souvent aux destinées de l’art; elle éblouit par ses futilités brillantes , elle séduit la plupart des hommes à qui la réflexion pèse. Quiconque voudra spéculer sur ce malheureux penchant qui nous entraîne vers la nouveauté, parviendra toujours à plaire; c'est le chemin qui conduit le plus tôt à la fortune, il est semé de fleurs ; il faut beaucoup de courage, des convictions bien profondes, une religion bien austère, pour en suivre un autre, et pour marcher avec constance, en opposition à la foule versatile et légère, au milieu des sarcasmes et des censures.
Malheureusement peu d'hommes ont assez d'énergie de caractère pour se ranger ainsi sous une bannière discréditée et hostile à l’opi-
nion : il en est bien peu qui osent fronder le goût, les mœurs et les
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. b
ation entière, si ce n’est même de tout un siècle : peut-être en est-il moins encore qui sachent au besoin se dépouiller eux-mêmes des impressions et des habitudes de leur enfance, afin de pouvoir consulter avec une entière indépendance ces ravissants ouvrages, héritage inappréciable , monuments augustes du génie des anciens, ou interroger avec fruit ce modèle éternel de l'artiste, la nature, qui a si admirablement inspiré ses premiers interprètes.
Quelle serait utile et intéressante, l'étude philosophique qui pourrait conduire à expliquer cette tendance de l'homme à abandonner le vrai et le simple pour se jeter avec une ardeur et un aveuglement inconcevables dans la voie des nouveautés! La porte à peine entr'ouverte aux erreurs, la route à peine frayée, la foule s’y précipite sans réflexion, et les erreurs vont toujours croissant. De là tant d’incroyables extravagances. Celui qui saurait constater les premiers écarts, et signaler le danger, aurait déjà beaucoup fait pour les arts, sil parvenait surtout à éclairer quelques esprits sages et à conserver en eux le goût des bonnes traditions. Fécondé, ce germe précieux se développerait, prendrait de la force; et l’on verrait bientôt les théories mensongères anéanties de nouveau, et la raison victorieuse reprendre son légitime empire.
Il n'entre pas dans ma pensée de faire ici le procès des novateurs; quelques-uns, je n’en doute pas, ont été mus par les intentions les plus droites et les plus désintéressées ; mais que ceux qui seraient tentés de les imiter se défient d’une imagination dont les inspirations égarent quelquefois, et que l'exemple du passé leur profite. Souvent, on le sait, les doctrines les plus funestes ont été proclamées au nom de la raison; on connaît dans quels écarts sont tombés les Borromint, les Fuga, les Bernini, et tant d’autres hommes supérieurs , célébrés cependant comme les lumières de leur siècle. La postérité a fait justice
Fe
Des novateurs.
La raison invoquée à l'appui
de leur système.
de ces renommées Rs elle a détrôneé sans
tiste des temps LUE , que Michel- -Ange, abusant de sa M A facilité à ployer son génie à tous les genres, a contribué à pervertir le goût; qué ses tristes exemples ont exercé sur notre art une influence d'autant plus fatale, qu'ils avaient pour eux l'autorité d’un grand nom et la puissance d'une haute renommée. L'indépendance de son caractère,
qui lui faisait répéter sans cesse ce mot devenu célèbre : Chi va indietro
agli altri non gli passa mai avanti (Celui qui se met à la suite des
autres ne parvient jamais à les passer), l’'empècha de se livrer à des études profondes sur les monuments antiques. IT était d’ailleurs septuagénaire lorsqu'il commença à s'occuper sérieusement d'architecture, et c’est ce qui peut expliquer quelques faiblesses si rares chez ce grand homme. Ses licences ne tardèrent pas à trouver des imitateurs, qui, renchérissant sur. les bizarreries du maître, les poussèrent jusqu’à la plus folle extravagance.
Cependant, au milieu de ce déréglement de l’esprit, il est étrange de voir les chefs d'école, Borromini lui-même, animés d’un saint zèle, invoquer encore l'exemple des anciens, et.en appeler au tribunal de la raison. Quelle foi, je le demande, peut-on avoir dans cette raison en démence qui a si malheureusement dirigé ces artistes ? Pour la contrôler, n'est-il pas sage de se rattacher à des exemples ayant subi l'épreuve du temps, et que la postérité a librement sanctionnés ? Tout enfin n'est-il pas profit dans cette étude du passé? Y perd-on pour cela son libre arbitre? Non sans doute; on y apprend ce que les orands maîtres y ont appris eux-mêmes : qu'il est nécessaire de s’assujettir à certaines règles, sous peine de tomber dans le désordre et dans l'anarchie la plus complète. Et qu'on ne s’effraye pas, du reste, de la
nécessité des règles : la nature elle-même s’en impose et nous donne
éternel exemple, dans cette harmonie univer-
toutes ses œuvres.
Je ne prétends pas pour cela me déclarer ici l'ennemi de toute nouveauté et proclamer qu'il faille rejeter et bannir avec rigueur toute espèce d'innovation. Pourquoi, dans les beaux-arts seulement , l'esprit humain resterait-il stationnaire et comme parqué dans un même cercle d'idées ? Pourquoi le génie ne pourrait-il $e manifester sous plusieurs formes ? À Dieu ne plaise que je veuille avancer une pareille doctrine! Cependant que celui qui sent en lui une sève puissante et créatrice, qui a foi dans ses idées, n'oublie pas les avertissements du passé. Lors même que ses innovations ne porteraient que sur des objets de détail qui ne peuvent causer un grand préjudice à l’art, il faut qu'il y mette encore de la prudence et de la réserve. Mais s'il s’agit d'un système tout entier, avant de chercher à le propager il faut l'avoir étudié et médité longtemps, il faut en avoir pesé toutes les conséquences, et n'entreprendre une mission régénératrice et aventureuse, qu'entraîné par une conviction irrésistible, par cet amour passionné de la vérité, qu'aucune considération ne saurait retenir. Alors même, si vous aimez profondément votre art, si vous avez réellement en vue ses progrès, que de doutes encore doivent s'élever dans votre esprit! Ne craignez-vous pas de propager des doctrines qui soient un acheminement vers la décadence, ou d’attacher votre nom à l’un de ces types malheureux stigmatisés par l'histoire ? Qu'un examen sérieux et impartial vous éclaire, et que la comparaison de votre système avec ceux qui se sont succédé jusqu'alors, soit pour vous un lumineux flambeau. En considérant attentivement les œuvres des architectes des trois grands siècles, vous trouverez que, malgré la
différence des temps et des lieux, malgré les nuances de style qui
L'esprit humain ve doit pas néanmoins rester stationnaire
dans les arts.
Les transformations doivent ètre plutôt proyressives
que spontances.
Porc ire Facies non omnibus una Nec diversa tamen : qualem decet esse sororum (1).
Ovine, lib. II.
C'est que les artistes de ces belles époques , guidés par une haute raison, sont restés simples et naturels, c’est qu'ils ont su comprendre que, pour atteindre aux dernières limites de l’art, il fallait moins chercher à ouvrir des routes nouvelles qu'à améliorer des méthodes déjà en progrès, et n'attendant, pour parvenir au plus haut
degré de perfection, qu’une habile main qui sût les y conduire.
L'histoire a constaté plusieurs fois que les arts suivent dans leurs transformations progressives la même marche que la nature, qui, dans l’'accomplissement de ses œuvres, procède avec lenteur, mais toujours d’un pas ferme et sûr. Toutes ces révolutions artistiques engendrées par un esprit de caprice et de désordre ne produisent jamais que des fruits avortés. Elles laissent rarement dans l’avenir une trace durable, et n'en obtiennent que blâme et mépris. Voyez, au contraire, comme tout s’enchaîne dans une révolution graduée, amenée et voulue par le temps, comme fut celle de la renaissance , cette époque mémorable de résurrection et de miracles dont nous ne sommes malheureuse-
ment pas les héritiers directs.
(1) Le visage n’est pas le même pour toutes, sans être pourtant différent : il est tel qu'il convient à des sœurs.